samedi 20 décembre 2025

Des bandes dessinées



Quand je me suis tout à coup retrouvée, enfant, dans une école française, ça a été un traumatisme terrible.

Je ne comprenais absolument rien et j'avais l'impression que tout le monde se moquait de moi, de mon air ahuri et de mes balbutiements. La terreur,  c'étaient les récréations pendant les quelles j'essayais de me cacher dans un coin: pourvu que personne ne s'adresse à moi !  Je n'avais trouvé de copine qu'une autre paumée comme moi, une fille sotte qui faisait office de traditionnel bouc-émissaire.

Ma sœur s'adaptait mieux que moi, elle était bien plus sociable. Moi la sauvageonne, je suppliais mes parents de me retirer de cet Enfer. 

Et puis, un déclic s'est un jour produit. Une prof compatissante m'a prêté des bandes dessinées, des Tintin et des Astérix. Ca m'a d'abord beaucoup intriguée parce que, dans le monde communiste, on ne connaissait pas du tout ça.

J'ai commencé à les feuilleter et puis j'ai accroché et je me suis, finalement, mise à les dévorer. J'ai alors lu, à toute allure, tout Tintin et tout Astérix.

Le premier résultat, ça a été qu'en quelques mois, j'ai réussi à accrocher la langue française. Au point même que je faisais, rapidement, moins de fautes d'orthographe que mes camarades (mais ça, c'est, en fait, parce que je n'ai pas de rapport affectif à la langue française).

Je suis donc reconnaissante à la bande dessinée de m'avoir permis de me sauver de la noyade, d'émerger et de finalement tracer ma route. Et j'ai continué de m'intéresser à la bande dessinée, celle destinée aux adultes, d'une esthétique vraiment très novatrice en France et en Belgique. Et j'en lis encore aujourd'hui même si je n'en parle pas dans ce blog. 

Mais je continue de vénérer Tintin. Astérix, j'y suis moins sensible. D'abord presque tout est historiquement faux et on ne peut pas effacer, d'un grand coup de torchon l'exceptionnelle culture romaine, tout de même supérieure à la Gaule. Et puis, j'ai du mal à apprécier ce côté franchouillard et faussement rebelle, cette prétention à être plus malin que les autres. Et aussi cet idéal d'une existence simplement conviviale, dont le bonheur final est de ripailler et se soûler joyeusement autour d'une grande table. On sait pourtant que les grands banquets, ça se termine généralement très mal.

Mais Tintin, même en étant une fille, j'arrivais à m'identifier. D'abord parce qu'il a à peine un visage et à peine un sexe. Pas de parents non plus ni de famille et puis un boulot très vague mais pas de problèmes d'argent. Je me vivais moi-même un peu comme ça à l'époque, une marginale sans identité. Mais ai-je vraiment changé aujourd'hui ?

Mais surtout, pour moi, Tintin, ça a été une figure morale. Il incarne, en effet, la Lutte absolue, sans concession, du Bien contre le Mal. Et il ne transige jamais, n'admet aucun compromis, aucune défaillance. Tintin, c'est la Loi morale absolue d'Emmanuel Kant et c'est ce qui m'a fascinée en lui. Cette influence tintinesque explique d'ailleurs, sans doute, que je sois devenue, à maints égards, une rigoriste pas toujours drôle.

Mais Kant était aussi le contraire de Tintin parce qu'il faisait confiance à la routine et n'a jamais voyagé loin de sa ville de Koenigsberg. Et Tintin, ce n'est surtout pas la répétition, c'est cela qui nous tue, c'est au contraire l'aventure, l'aventure vers le plus lointain et le plus dangereux. 


Le danger, ce n'est pas seulement ce qui nous fait frissonner, c'est ce qui nous construit en réclamant du courage. Mais le courage chez Tintin, ce n'est pas seulement une force de caractère. De cela, les brutes sont également capables mais, en fait, on n'est jamais courageux si on est du côté du Mal. Le courage, chez Tintin, il vise, en fait, uniquement ce qui est juste.

Et puis, aux côtés de Tintin, il y a des personnages extraordinaires: 

- le capitaine Haddock, un personnage vraiment en chair et en os, le plus humain de tous dans sa faiblesse (l'alcool, la colère) mais aussi dans sa générosité; 

- les Dupont(d)s, une extraordinaire illustration de la bêtise comme condamnation au Double et à la répétition: du Réel, on ne peut rien dire de plus que ce qu'il est, tout le reste est tautologie.

- Milou, comme contrepoint à son maître trop parfait; il est parfois faillible, il lui arrive de succomber à la tentation.

- Le professeur Tournesol dont le génie provient de son caractère imperturbable: avoir raison contre tout le monde, ne jamais douter de soi. 

- Abdallah, comme portrait du sale gosse, de l'enfant-roi d'aujourd'hui.

 - Séraphin Lampion, le prototype du "beauf", de la petite bourgeoisie montante, sans-gêne, plein d'assurance et vraiment casse-pieds. Un plouc mais finalement sympathique. 

Evidemment Tintin, ça n'a pas duré très longtemps chez moi. C'est trop asexué, désincarné et dès que j'ai ressenti mes premiers émois affectifs, je m'en suis détournée. Mais quand j'y repense aujourd'hui, je demeure impressionnée pat Tintin tant on y trouve de leçons d'humanité et de vie.

"Tintin au Tibet", c'est d'ailleurs le livre le plus moral de Tintin. Et il est imprégné d'une étrange fascination pour le Bouddhisme.

Mes albums préférés de Tintin sont, probablement, "L'oreille cassée" et "Les 7 boules de cristal". 

J'ai aussi aimé Gaston Lagaffe et Achille Talon. Plus tard, le très poétique Fred (Philemon et l'âne en atoll) et Mandryka (Le concombre masqué). Et bien sûr Gotlib, Druillet, Moebius et Sempé. Et aujourd'hui, Enki Bilal, Johan Sfar, Riad Sattouf, Mathieu Sapin, Nicolas Wild. Et parmi les femmes, après Brétecher, il y a eu Marjane Satrapi, Florence Cestac et Catherine Meurisse.

Et enfin, le Québecois Guy Delisle (un véritable grand reporter) et l'Américain Charles Burns (d'une étrangeté fascinante).

Enfin, concernant Tintin et Astérix, je conseille vivement 2 Hors-Série de Philosophie Magazine (qui demeurent faciles à trouver):

- Tintin au pays des Philosophes.

- Astérix chez les Philosophes.

Il existe enfin un bouquin du grand philosophe Michel Serres: "Hergé mon ami".


17 commentaires:

  1. Bonjour Carmilla
    Vous m’étonnez, j’ignorais que vous aimiez les bandes dessinées. Mais, ce que je retiens de votre aventure, c’est le hasard de la rencontre, cette institutrice, qui vous a remarquée, et qui vous a prêté quelque chose d’intéressant, ce qui est important dans la vie d’un enfant, surtout s’il est hors de sa culture d’origine. Ces rencontres dessinées par le hasard, on appelle cela le destin. Vous étiez destinés a rencontré cette femme qui vous avait remarqué, et dont le rôle était de vous aider. C’est quand même quelque chose que de rencontrer sur sa route un mentor, et ce n'est pas donné à tous les enfants de ce monde. Au lieu de punir, on aide, on se porte vers, on lui donne sa chance. Combien d’enfants dans le monde ont eu cette chance de rencontrer un maître bienveillant qui les a aidés, pour les propulser vers un avenir stimulant pour atteindre la réussite ? L’idée des bandes dessinées étaient la bonne, ce qui vous a ouvert les portes d’une autre culture. C’est venu par la bande des bandes dessinées, qui font parties de la littérature mais aussi des arts du dessin. Construire un récit avec des images et des textes, rendre le tout attrayant, et surtout inspirant, c’est un beau cadeau à l’humanité. On peut faire passer beaucoup de messages dans une bande dessinée. Même les (on-dit) que les enfants arrivent à déchiffrer, comme une espèce de porte du secret qu’on se doit de franchir. Jadis, on considérait les bandes dessinées comme de la perte de temps, un manque de sérieux, parce qu’on avait été éduqué dans un cercle classique et qu’en dehors de ce cercle, il n’y avait pas de véritable éducation, que lire une bande dessinée, c’était perdre son temps. Pourtant, aujourd’hui ces bandes dessinées sont devenus incontournables. Les enfants apprennent partout et par seulement l’humour, mais aussi les autres sentiments ceux qu’on n’évoque pas toujours comme nous le devrions, la haine, la stupidité, la violence, la rancune, mais aussi les sentiments positifs comme l’amour, la générosité, l’encouragement, l’entraide, la ferveur du beau ; sans oublier l’art du dessin qui pour certaines personnes devient une révélation. Je reconnais que je ne suis pas un grand lecteur de bandes dessinées, car je n’ai pas été comblé par ce genre d’éducation ; mais je sais reconnaître cette forme d’art. Il faut voir les bandes dessinées pour adulte, l’esprit des dessins, des couleurs, des formes, et des histoires. Ce n’est sans doute pas pour rien, que vous êtes ouvertes aux arts et surtout pictogrammes, vous avez un sens de la beauté, vous ne faites pas juste regarder, mais vous sentez les messages de beautés que transmet les couleurs et les formes.
    Merci pour votre texte joyeux et lumineux.
    Bonne fin de journée Carmilla.
    Richard St-Laurent

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  2. En effet Richard,

    Sans être une grande spécialiste, je suis quand même l'actualité de la Bande Dessinée. On en lit beaucoup en Europe de l'Ouest et c'est plutôt destiné à des adultes.

    C'est bien différent d'un livre parce que la recherche plastique est essentielle.

    Mais certains livres ont aussi une dimension documentaire. Les livres de Riad Sattouf parlent ainsi très bien du Moyen-Orient. Ceux de Johan Sfar du judaïsme. Et votre compatriote Delisle évoque parfaitement la Chine ou Israël.

    Et puis la bande dessinée pour enfants a généralement une dimension morale mais exprimée de façon subtile. On y apprend l'amour, le Bien et le Mal.

    Quant à apprendre une langue étrangère avec des bandes dessinées, je crois en effet que c'est une bonne méthode. Mon expérience est d'ailleurs assez banale et quand je voyage, j'achète souvent des bandes dessinées en langue étrangère. Ca permet de progresser facilement.

    Mais qu'en est-il au Canada ? Est-ce qu'on lit beaucoup de bandes dessinées, notamment la belge et la française ?

    Bien à vous,

    Carmilla

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  3. Bonjour Carmilla
    Pour une fois, je ne saurais dire, par contre je remarque qu’à la bibliothèque municipale, lorsque les classes primaires visitent ce lieu, une bonne part des jeunes se lancent dans le secteur des bandes dessinées. Je les envies de vivre ce moment unique de l’éducation, et j’aurais bien aimé pouvoir en faire autant à leur âge. Ce qui ne fut pas le cas, les religieux qui nous enseignaient, s’ils voyaient un étudiant lire une bande dessinée, peu importe laquelle, ladite bande, était confisqué, et n’était jamais rendue. Ce qui souligne ce passage dans votre texte, que les bandes dessinées n’existaient pas sous un régime communisme pas plus que chez les catholiques. Dans leur esprit, une bande dessinée c’était la possibilité d’être confondu à des idées originales et condamnables, autant chez les communistes que chez les catholiques. Ce qui m’a amené à la réflexion, que le communisme qui se voulait athée était très proche du catholicisme, par certaines façons de faire et surtout par une manière détestable de penser. C’était ma façon de réfléchir sur le monde, à l’époque de mon adolescence, ce qui est très étrange pour un adolescent, en fait, je n’ai pas vécu ma jeunesse pas plus que mon adolescence, je suis devenu mature trop rapidement. J’étais pour la liberté et férocement contre la censure, et toutes les sortes de censures. Ce n’était pas la condamnation des bandes dessinées ; c’était la condamnation d’un principe inacceptable. C’était empêcher de connaître, de priver de connaissances. Finalement, j’ai lu Tintin et Astérix dans ma vingtaine. Et, je n’ai pas manqué de remarquer que Tintin était politique, il suffisait de lire entre deux images, et même nous pouvions y trouver des passages racistes ; d’autre part je me suis bidonné avec Astérix ; où là encore, je découvrais des passages politiques. Étrange manière de lire des bandes dessinées. Ce qui aurait dû être une découverte et un plaisir dans mon adolescence m’a été interdit, alors comme Albert Camus, j’ai compris, qu’il me restait la révolte. J’ai appris assez rapidement ce que c’était que d’avoir des convictions, et comment les défendre. Défendre un principe, ce n’est pas toujours défendre la cause. Est-ce qu’on lit beaucoup de bandes dessinées au Canada ? Peut-être du côté francophone comparé aux anglophones, mais encore là j’ai des doutes. Je savais que du côté européen on lisait et on lit encore beaucoup les bandes dessinées. Ce qui n’est pas le cas ici, du moins d’après mes pauvres observations. Je sais très bien que j’ai défendu un principe de lecture, mais pas particulièrement les bandes dessinées. Il y a des parts de moi qui ressemblent à des champs en ruines, donc je ne suis jamais occupé, et d’autres laissés à l’abandon !

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  4. Je vais vous surprendre, je ne connais pas Guy Delisle, sans doute que j’ai déjà entendu le nom, mais ça s’arrête là. Il m’arrive dans certains salons du livres, de me planquer devant un dessinateur, qui dessine devant les passants, et ce qui me fascine, c’est cette facilité de dessiner. Pour certains c’est un don, pour d’autres c’est une habilité qu’ils ont développée. Je me laisse surprendre dans mon enchantement, je peux rester longtemps devant l’artiste à l’œuvre, oui je suis ravi devant les dessinateurs comme devant les musiciens et les danseurs, qui s’expriment par leur art. Il en va de même devant les musiciens de rues, ce qui rajoute à la beauté et sensibilité du monde. Ce qui, pendant quelques instants, nous enchantent, nous sort de nous-mêmes, et nous rappellent que la vie n’est pas toujours un combat. Une bande dessinée, c’est aussi une œuvre d’art, quoi qu’on n’en dise. Il n’y a pas de petit art, ou de grand art ; il n’y a que l’art. Le reste, c’est une histoire de goût ou de préférence qui ne se commente pas. Je laisse cela à chacun. C’est une forme de liberté que j’apprécie, un moment perdu enrichissant et dépaysant. Difficile de visiter un musée avec moi, car je suis d’une lenteur proverbiale, je passe, je reviens, je m’arrête, et repars et cela peut se prolonger pendant des heures. Je me prolonge dans la contemplation avec passion. J’oublie le temps, et c’est encore pire dans les bibliothèques, chez les libraires, à ce niveau je suis invivable, impossible de voyager avec moi, car il faut posséder la vocation des tours de poteaux. Seule la solitude est assez patiente pour m’accompagner. Et, que dire, de mes longues séances silencieuses de lectures interminables, ou d’écriture sans fin, là ou je retrouve la paix sans frontière ni obligation, où les images et les idées défilent sans entraves, ce qui est ma manière de vibrer intensément. Lorsque je regarde les enfants plongés dans la lecture d’une bande dessinée, je constate qu’ils ne sont pas dans la lecture car ils ont ouvert la porte du rêve. Lire des bandes dessinées, devrais-je augmenter ma part du rêve moi le grand rêveur qui transforme ses rêves en réalité ? Ce qui n’est pas toujours une réussite. Ce que je ne manque pas de faire avec vos textes Carmilla, que je lis, et souvent relis, pour finalement m’accrocher aux images, m’arrêter devant votre pensé, votre imaginaire, car il faut avoir et posséder un sentiment fort de son identité pour agir ainsi. Cette semaine, vos images enrichissent votre texte ; c’est franchement beau à regarder ces images de Tintin, qui vous va à ravir, entre vos paragraphes.
    Merci Carmilla
    Richard St-Laurent

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  5. Merci Richard,

    Il n'y a pas à exprimer d'excuses ou regrets. Je ne suis pas, moi-même, une grande spécialiste de la bande dessinée. Et d'abord, je ne sais absolument pas dessiner, je suis infirme en la matière.

    Je ne considère pas non plus la bande dessinée comme l'équivalent du livre. Elle fournit un accès plus simple et plus rapide au rêve et au merveilleux, tandis que le livre réclame un effort accru de l'imagination.

    Quand on lit un roman, c'est à chacun de nous qu'incombe la tâche de le visualiser à partir des indices fournis. Tandis que la bande dessinée, elle nous fournit des images toutes faites, comme un plat préparé en cuisine.

    C'est vrai que les bandes dessinées sont également porteuses d'un message politique. Et celui-ci est, en effet, parfois franchement ambigu et réactionnaire, voire raciste. Mais il en va ainsi, également, du roman. On n'échappe jamais complétement aux préjugés de son temps.

    Au total, vraiment très peu d'auteurs de bandes dessinées passeront à la postérité. Mais c'est pareil pour les romanciers.

    L'important, c'est que certains nous permettent, à certains moments, de nous évader de ce monde plat et banal, de rêver. Le rêve, c'est en effet ce qui nous permet de nous évader et de continuer à vivre. On meurt quand on ne peut plus rêver. On a besoin d'un peu d'Art pour cela.

    Si je n'avais que mon boulot comme horizon, je crois que je m'effondrerais très vite. Heureusement, on vit tous, plus ou moins, dans une continuelle dualité.

    Bien à vous,

    Carmilla

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  6. Bonjour Carmilla
    Fin de la lecture
    De
    La maison vide
    Par Laurent Mauvignier
    Hier soir à 22 heures.

    Une fois qu’on a lu la dernière page, qu’on referme ce livre, on garde le silence !
    Bonne fin de journée Carmilla
    Richard St-Lurent

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  7. Bonjour Carmilla

    Vous avec tout à fait raison.

    (On meurt lorsqu’on cesse de rêver)
    Je me sens privilégier de pouvoir encore rêver.
    Je n’ai aucune envie de m’effondrer.
    Un ouvrage comme : La maison vide
    C’est un puissant stimulant pour le rêve.
    Bonne fin de journée Carmilla
    Richard St-Laurent

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  8. Merci Richard,

    On peut dire que vous lisez rapidement. C'est tout de même un gros pavé.

    Et c'est vrai qu'on vit dans une continuelle dualité, partagés, sans cesse, entre le Réel et le Rêve. C'est probablement cela qui nous sépare le plus des animaux.

    Bien à vous,

    Carmilla

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  9. Bonjour Carmilla
    Est-ce que je lis rapidement ? Tout dépend du genre de lecture, si c’est un roman ou un essai, qui plus est, si le sujet est passionnant pour moi. Assis à perdre conscience d’être assis, entre un dictionnaire d’un côté, et des feuilles de papier et un crayon de l’autre côté, je creuse mon exploration. Je ne reviendrai pas sur le contenu du livre, je laisse la joie de la découverte à la lectrice et au lecteur, parce que c’est un livre qu’on lit avec ses tripes, et je comprends qu’une femme ou un homme pourrait avoir des réactions particulières. L’action se déroule dans la campagne française, ce qui a rejoint ce que j’ai vécu et surtout les histoires qu’on m’a racontées. J’ai fait en quelque sorte une jonction entre la France de 1900 et le Québec, et tout y est, la politique, la religion, les questions de pouvoirs personnels, les crises, les guerres, les disputes entre voisins, les récoltes, les jours de fêtes, les grands banquets, mais aussi les déceptions, parce qu’on y retrouve aussi beaucoup de psychologie. Au fil de cette lecture, je voyais les champs, les bâtiments des fermes, les chemins de travers en terre ou en gravelle. J’entendais les discussions lorsque je les lisais. J’étais là au travers des personnages. J’étais avec eux dans leurs déceptions, leurs malheurs, leurs quotidiens. Et que dire, les odeurs des chevaux qu’on attelle, le parfum gras du lait qui tombe dans la chaudière, le fumier qu’il faut sortir de l’étable, les pierres qu’il faut ramasser. Tout y est. Et, ces amours qui vous frappe comme la foudre, ou bien, qui vous sont imposés. À cette époque ça existait dans la campagne française comme au Québec. C’était comme une transe dans une autre époque, face à des humains que je voyais, que j’entendais, mais à qui je ne pouvais pas parler. Ce que souligne l’auteur sur cette époque entre 1900 et 1950, où la France ne l’a pas eu facile. Entre l’histoire et l’Histoire, il y a les humains, qu’il ne faut jamais oublier, qui nous ressemble, réalité qu’on peut vivre partout peu importe en Pologne, comme en France, ou au Québec. C’est le meilleur Goncourt que j’ai lu depuis Les Bienveillantes de Jonathan Littell. J’aime les gens entiers, les personnages intenses, que se soit en littérature ou bien dans la réalité. Si vous voulez me séduire, racontez-moi une histoire, mettez-y toute votre fougue, toute votre passion, rajoutez-en, je suis preneur. De même avec les idées, avec le temps je suis devenu un lecteur d’essai sans oublier les livres d’histoires et certaines biographies, plus quelques livres de science. Mes soirées sont consacrées à la lecture, et mes journées à l’écriture et au vagabondage dans la région, aux discussions interminables qui me ramèneront invariablement à la lecture.
    Bonne fin de journée Carmilla
    Richard St-Laurent

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  10. Merci Richard,

    On se lamente sur l'avenir, on dit que c'était mieux avant mais on oublie trop, en effet, que le Passé a généralement été effroyable. Et cela, même dans des pays riches comme le Canada ou la France. Et que dire des territoires russes.

    Mais au delà de la pauvreté, de la lutte incessante, la vie avait aussi une certaine grandeur et une dimension tragique. Il y avait des héros, à leur manière.

    Vous m'aves donné envie de lire ce Mauvignier.

    Bien à vous,

    Carmilla

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  11. Bonjour Carmilla
    Pourquoi nous lamenter sur le futur ? C’est quoi cette échelle d’évaluation dans la comparaison des époques, où nous pensons que le meilleur habitait nos souvenirs, sans oublier nos souffrances. Facile de comparer la réalité actuelle au passé, nous pouvons comparer, ce que nous ne manquons pas de faire, en chérissant nos souffrances tout en se berçant d’illusions, parce que justement nous pouvons comparer, utiliser nos mesures mentales, pour tirer des conclusions hâtives et injustes. Et l’avenir lui ? Comment mesurer l’avenir, et surtout le prévoir, puisqu’il n’existe pas, et que ce que nous imaginons passera complètement hors de cette réalité. Autrement dit, comment comparer rien à rien ? L’incomparable, ne peut devenir une idée, encore moins un récit. Craindre l’avenir, pour se rendre malade aujourd’hui, à coups d’hypothèses farfelues comme si un bourreau nous bloquait le chemin armé de son long fouet de cocher. Et, nous en remettons sur le tas. Pour ça nous décrochons tous les championnats. Ce futur, nous l’ignorons, mais comme nous détestons l’ignorance à cause des craintes que nous entretenons, alors on s’empoissonne l’existence. Voilà la manière de construire nos enfers et surtout de les meubler. Nous voilà les jardiniers de nos propres malheurs. Je me demande pourquoi nous vivons ainsi ? Ce qui nous incite à inventer des légendes, des récits, voir même, des religions, avec des bons et des méchants, pour nous complaire dans nos faussetés, et pour dessert savourer nos superstitions. Et, nous ne manquons pas d’en rajouter une couche dans une augmentation incontrôlable. J’aime l’imaginaire comme outil de l’art, pas comme un poison qui nous gâche la vie. Là où l’imaginaire devient un moyen pour prendre toute sa signification dans la réalité de la vie. Pourquoi craindre cette signification de la peur, de la souffrance, de la défaite ? Dompter sa peur nous offre la possibilité de dompter sa vie. Soudain, les nuages se dispersent, cette peur s’évapore, les coups durs nous amènent dans un autre espace de découvertes, que nous peinions à imaginer, que nous croyions impossible. Né pour vivre, mais aussi né pour lutter, né pour tuer, né pour mourir. Voilà qui résume notre existence, dans la douceur de l’État de droit, bien mince rideau devant la réalité, qui ne manque pas de nous secouer, mais, qui pour l’heure tient lieu de remparts, qu’il faudra dépasser encore une fois. L’oiseau qui refuse de quitter son nid va mourir s’il ne bouge pas. L’impératif du départ s’impose. Ce qui pose la difficulté du changement chez les humains.

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  12. Ce que nous vivons présentement dans le feu de l’action devant ce conservatisme corrosif, ressemble à un refus du changement, qui tente de nous noyer afin qu’on ne puisse pas évoluer et qui pose la question : Pourquoi tu vivrais mieux que moi ? Question en filigrane que pose des gens de l’est, prisonniers de leurs certitudes dans un désir de nous ramener à leur médiocrité. Pas question de tomber dans le panneau. Une seule solution : la résistance. Je refuse qu’on disparaisse, asphyxié dans un conflit universel, qu’on tente de nous faire croire, emmuré dans une conquête qui ressemble à un maquillage mensonger. Oubliez la conquête avec toutes ses destructions et ses assassinats, ceci tient à un conflit cultuel qui nous touche tous. Personne présentement ne peut affirmer qu’il n’en subira pas les désagréments et l’inutilité de l’affaire. Le tout enveloppé de faits divers pour nous distraire de la réalité, pour nous inciter à prendre la fausse route de l’ignorance, pour finalement tuer l’imaginaire. Pas question de remettre à plus tard, de contourner le gant jeté, de tourner le dos au duel. Nous risquons de recevoir, comme civilisation, une balle dans la nuque. Rien de moins, et l’évolution empruntera un autre chemin statique en attendant un déblocage qui mettra du temps à devenir. Loin de moi l’idée d’attiser la peur. Notre premier devoir se résume à regarder la réalité dans les yeux, de ne pas détourner ce regard, ne pas mentir, ne pas maquiller de fausses théories. Ne pas craindre, mais agir d’une telle manière, que l’autre nous craigne. Mais comment nous faire craindre devant des êtres sans conscience, sans culture, sans scrupule, désespérer de perdre le peu qu’ils possèdent, perdus dans les méandres d’un marécage, ivre mort d’une ivresse de croyances ? Nous invitant à une espèce de suicide collectif, où dominera le totalitarisme dans une ignorance crasse. Pourtant le défi est grand, dans le genre du beau risque, de la ferveur en nous-mêmes, de la recherche de la véritable plénitude, en ce matin de rêve, après une lourde bordée de neige paisible, où le ciel demeure gris, mais où toutes les espérances scintillent. Ne doutons pas de nos capacités, a notre pouvoir de changer la donne, de façonner nos réalités, et tout cela pour le meilleur !
    Bonne fin de journée Carmilla
    Richard St-Laurent

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  13. Merci Richard,

    Il n'est pas sûr que le Futur soit effroyable, du moins sur le plan économique.

    De nombreux analystes considèrent même qu'on est à la veille d'une nouvelle révolution technologique (avec l'IA en particulier) qui va dégager des gains de productivité considérables et permettre un accroissement important de la richesse mondiale.

    Le risque, c'est cependant une surveillance et une banalisation généralisées de nos vies. Et puis une crétinisation générale avec la mercantilisation complète du monde.

    Mais le pire n'est pas certain,

    Joyeux Noël à vous, Richard,

    Carmilla

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  14. Bonjour Carmilla

    Heureux retour de la lumière et de nos espérances.

    Célébrons la vie !

    Joyeux Noël Carmilla !

    Richard St-Laurent

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  15. Merci Richard,

    De la lumière concrète, on en a, en ce moment, en France avec un temps sec, ensoleillé et un peu frais : aux alentours de 0 degré, ce qui vous fait sans doute rigoler mais justifie cependant, dans certaines régions, le lancement d'un plan grand froid.

    Quant à la vie et aux espérances, elles demeurent, en France, moroses. Qu'on veuille du changement, je peux le comprendre. Mais qu'on s'apprête à choisir les extrêmes, c'est désolant et consternant.

    Bien à vous,

    Carmilla

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  16. Bonjour Carmilla
    -24 ce matin à 7H00, présentement -19 à 10H00, heureusement vent calme, ciel parfaitement dégagé, c’est d’une beauté sublime ! J’ai passé mes dernières journées à regarder la neige tomber, toujours subjugué par ce phénomène depuis mon enfance. Je m’assoie devant ma fenêtre, béat d’admiration. Mon bonheur, c’est de regarder la neige tomber. Moment par excellence ouvert sur tous les rêves. Je me repasse en boucle mes souvenirs du nord, en pensant à ce que j’ai vécu ; à une époque exceptionnelle. Ce qui me procure une grande joie, une paix infinie, un bien-être incommensurable. Le froid m’excite, parce qu’il est à la fois une promesse d’aventures, de découvertes, et une période de défis sans fin. Pour moi, le Québec, c’est cela et pas autre chose, du froid, de la neige, de la poudrerie, dans cette époque de fin d’année et de renouveau annoncé, où nous pouvons refaire le monde à notre manière, où nous semons l’espérance comme je plante mes glands de chênes qui germent à l’intérieur, petites pousses vertes fragiles, entre le froid et des promesses printanières lointaines. Une réalité que je tiens d’une seule main par la peau du cou. Oui, cette terre est rude, mais très romantique. Certes, nous avons développé des techniques, des manières de faire, et surtout des histoires, des aventures, et un courage à toute épreuve. Il le fallait bien dans ce pays de poudrerie, où comme Gilles Vigneault le dit si bien, « où mon père a fait bâtir maison ». Nous pouvons être fier de notre endurance, de notre persévérance, de notre abnégation, car celui qui laisse des traces dans la neige ne ment pas. À moins que la poudrerie efface le tout ! Nous le savons, nous sommes uniques. Nous sommes des résistants. Nous avons la chance de l’espace, de la vastitude, de l’illimité. Et, je me sens rudement privilégier d’avoir pu parcourir cette terre, du sud au nord, et de l’ouest à l’est, et encore, je n’en n’ai pas fait totalement le tour. Il m’en manque encore des bouts, pour rencontrer des humains et ces humains sont de ma race, ils ont de quoi raconter autour d’un bon poêle à bois qui répand sa chaleur sur le plancher de la cuisine. Encore Vigneault : « Mon pays ce n’est pas un pays, c’est l’hiver ». Ce n’est pas peu dire, enveloppé de contes, de légendes, d’histoires et de menteries, de toutes les exagérations possibles et impossibles, façonné par sa géographie implacable, mais aussi de rires et d’étoiles. Je tiens à mon hiver comme à ma manière d’être. Peut-être que c’est lui l’hiver, qui me possède ?
    Bonne fin de journée Carmilla
    Richard St-Laurent

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  17. Merci Richard,

    La neige, l'hiver, c'est ce qui me manque le plus en Europe.

    C'est même en voie de complète disparition avec le réchauffement climatique.

    Même à Varsovie, même à Moscou, il n'y a pas toujours de neige à Noël, alors que celle-ci était généralement présente dès le 1er novembre.

    Le froid, c'est vrai, encourage les rencontres, les échanges, les amitiés, la solidarité.

    Difficile de faire comprendre ça dans un pays comme la France où le moindre flocon est perçu comme une catastrophe.

    Bien à vous,

    Carmilla

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