On redécouvre en ce moment, avec de nombreuses rééditions et biographies, deux grandes écrivain(e)s : George Sand et Colette. J'ai lu un peu plus la première que la seconde mais j'avoue connaître mal l'une et l'autre.
Mais c'est vrai que des femmes qui ont fait l'Histoire, culturelle ou politique, il y en a assez peu. Et j'ai moi-même beaucoup de lacunes les concernant.
Il en est une qui, toutefois, depuis mon adolescence, m'a beaucoup intéressée: Christine de Suède qui fut "Roi" (c'est son titre officiel) de son pays au 17ème siècle.
Ca semble très lointain, très brumeux. Mais il y avait tout de même une grande ébullition intellectuelle à cette époque.
Surtout, la Suède comptait alors parmi les grandes puissances européennes.
Ca m'étonne toujours un peu parce qu'en France, on a une vision déformée de cette grande zone géographique qu'est l'Europe Centrale et du Nord. On croit que ça s'est toujours résumé, pour l'essentiel, à l'Allemagne et à la Russie.
En réalité, ces deux pays fragmentés, divisés, ne comptaient quasiment pas à l'époque. Les grandes puissances, c'étaient plutôt alors des pays que l'on considère aujourd'hui comme négligeables : le Danemark, la Suède, la Pologne (la République des deux Nations). Et il s'en est fallu de peu que l'un de ces pays ne conquière une hégémonie définitive en Europe. Et c'est peut-être dommage parce qu'on n'aurait pas aujourd'hui à ferrailler avec la Russie sauvage.
C'est donc dans un pays puissant d'Europe que Christine de Suède a été proclamée "Roi" en 1632, à l'âge de 6 ans. Elle abdiquera 2 décennies plus tard.
Durant son règne, elle promeut un développement général de la culture en faisant largement appel à des intellectuels et artistes étrangers, Français et Italiens notamment.
On connaît notamment son lien avec le philosophe Descartes qu'elle invita à Stockholm. Mais l'hiver suédois, s'ajoutant à la désinvolture de Christine, lui sera fatal et il mourra là-bas en 1650.
Mais il faut souligner que Christine a fortement renforcé les liens de son pays avec la France. Ceux-ci ont d'ailleurs été initiés au cours de la terrible Guerre de 30 ans, cette grande catastrophe européenne durant la quelle, c'est généralement méconnu, Français et Suédois étaient curieusement alliés.
On a souvent prêté à Christine une personnalité scandaleuse. Elevée comme un garçon, elle est aujourd'hui souvent présentée comme une lesbienne ou une égérie "queer".
La vérité, c'est plutôt qu'elle a été élevée avec exigence et rigueur, voire dureté, pour se préparer à l'exercice du pouvoir. Le commandement militaire, la diplomatie, les langues étrangères, elle a été formée, comme un homme, à tout cela. Christine de Suède a, en fait, ouvert la grande question de la relation entre le genre et le pouvoir.
Quant à ses tendances sexuelles, il est vrai qu'elle ne s'est jamais mariée alors qu'une Reine se doit de donner un héritier à son trône. Mais de quel homme peut-on rêver quand on est toute puissante et à la tête d'un grand Etat européen ?
Disons qu'elle était plutôt asexuelle comme beaucoup de femmes à cette époque. Mais elle s'est montrée conséquente. Cette absence d'héritier a motivé sa démission.
Après sa démission, elle entame une étrange vie itinérante dans toute l'Europe et principalement en Italie et en France.
Sa vie sera alors marquée par plusieurs scandales. Le premier d'entre eux est qu'elle abjurera le protestantisme pour embrasser le catholicisme. Une vraie trahison pour les Suédois très ancrés dans le Lutherianisme. Et d'un autre côté, elle ne se montrera pas, non plus, une très bonne catholique.
Et puis, elle se montrera cruelle, impitoyable, en assassinant à Fontainebleau, sur un coup de tête son écuyer soupçonné d'avoir transmis des informations sensibles à l'Espagne.
Enfin, elle se montre peu à peu nostalgique du pouvoir, espérant même reconquérir la Suède ou la Pologne.
Quand ces espoirs seront déçus, elle se résignera et passera les 30 dernières années de sa vie à Rome où elle soutiendra les Arts (la musique et le théâtre) et les sciences. Elle repose dans la crypte de Saint-Pierre de Rome.
Le destin romanesque de cette femme, pétrie de contradictions et ambiguïtés m'apparaît très inspirant. Probablement parce que je suis un peu comme elle : imprévisible et difficile à cerner et dominer. Elle m'évoque aussi irrésistiblement Greta Garbo, pareillement seule, distante, froide et sans enfants. Une femme d'une beauté sans pareille mais qui, paradoxalement, ne parvenait pas à se sentir incarnée dans un corps et un sexe.
Images de Greta Garbo, Colette, George Sand, Christine de Suède (à différents âges).
Je recommande :
- Stéphane Guégan; "Les amours de George". C'est tout récent et c'est édité par Gallimard. Les deux grandes affaires de la vie de George Sand, ça a été l'amour et l'écriture. On découvre dans ce bouquin une foule de célébrités: Mérimée, Musset, Balzac, Chopin, Delacroix, Marie Dorval. Très agréable.
- René de Ceccaty: "Un renoncement". Un bouquin un peu ancien (2013) qui m'avait fascinée. Consacré à Greta Garbo et à son incapacité à se sentir tout simplement vivre. Sa beauté presque irréelle faisait qu'elle s'éprouvait presque immatérielle, sans corps et sans sexe. "Je mourrai en vieux célibataire" disait-elle.
- Marion Lemaignan: "Christine de Suède". La plus récente et la plus complète biographie du "Roi Christine". Passionnant.

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