La Galicie, ce sont mes origines mais je me rends compte qu'en France, ça n'évoque absolument rien. On confond ça, généralement, avec la Galice en Espagne, un comble ! Est-ce que j'ai l'air d'une Espagnole ?
Ou alors, quand on est plus éclairé, on me parle de la division SS-Galicie, ce qui n'est pas très flatteur, surtout qu'on embraie, ensuite, sur les Ukrainiens nazis-fascistes. C'est quand même plus compliqué que ça.
C'est vrai que la Galicie, ça n'a jamais été qu'une grande province tiraillée, partagée, entre la Pologne, l'Autriche-Hongrie, l'URSS, l'Ukraine. En plus, la misère et l'arriération y étaient, parait-il, épouvantables surtout du temps de l'Autriche-Hongrie. La Galicie, c'était le fin fond de l'humanité. C'est pour ça que des centaines de milliers de Galiciens ont émigré aux Etats-Unis.
La Galicie, c'est pourtant ce qui me fait rêver. Il y a, aujourd'hui, des mouvements politiques, notamment en Ukraine, qui militent pour la création d'un Etat galicien indépendant. J'avoue, même si je déteste tous les nationalismes, que je ne suis pas loin d'y adhérer. Une République de Galicie, j'irais tout de suite m'y installer.
La Galicie, c'est en effet une région merveilleuse. C'est d'abord la montagne, les Carpates, qui occupent toute la partie Sud. Bien sûr, ce ne sont pas les Alpes, c'est moins impressionnant, moins élevé, mais c'est plus sauvage, plus mystérieux et il y fait plus froid. Et au moins, il y a de la neige (ce qui n'est plus le cas des Alpes). Et puis, surtout, il y a la campagne encore miraculeusement préservée (on ne sait plus ce qu'est la campagne, la nature, les animaux, les insectes, en France).

La Galicie, c'était aussi l'une des régions les plus multiculturelles en Europe. On y parlait couramment l'allemand, le polonais, le ruthène, le yiddish, le russe. Surtout la culture juive était très forte et très présente en Galicie. C'est dans cette région d'Europe que les Juifs étaient les plus nombreux. Evidemment, tout ça a largement disparu à cause de la Grande Catastrophe. Il n'y a plus que quelques traces. Affreux, un grand vide ! Seul réconfort: en Ukraine occidentale, on demeure, au moins bilingue mais le yiddish, bien sûr, on ne connaît plus. Terrible !.
Surtout, la Galicie, c'est vraiment le pays de la littérature avec une pléiade de grands écrivains:
- en allemand: Joseph Roth (on ne connaît, malheureusement, en France, que "La marche de Radetzky" qui n'est pas son meilleur bouquin. Il y a, vraiment, bien mieux: "La Crypte des Capucins", "La fuite sans fin", "La légende du Saint-Buveur" ), Leopold Von Sacher Masoch, Soma Morgenstern( on vient de publier, en poche, ses 3 grands livres: "Le fils du fils prodigue", "Le testament du fils prodigue" et "Idylle en exil");
- en polonais: Bruno Schulz, Andrzej Kusniewicz, Julian Stryjkowski;
- en hébreu: Shmuel Yosef Agon (né à Buczacz en 1868, Ukraine, prix Nobel de littérature en 1966, mort en 1970), Aharon Appelfeld (né en 1932, je recommande son dernier bouquin: "Les Partisans" 2015);
- en ukrainien: Ivan Franko, Yurij Andrukhovych. J'adore Andrukhovych (né en 1960). Je le trouve même supérieur à Andreï Kourkov, l'écrivain-phare de la littérature ukrainienne contemporaine. Andrukhovych est d'une absolue modernité et d'une extraordinaire inventivité. Curiosité: Andrukhovych a, récemment, fait scandale en se proclamant partisan d'une scission de l'Ukraine entre l'Est et l'Ouest, c'est à dire entre l'archaïsme et la modernité. J'adhère largement à cette idée.
J'ajouterai, enfin, que les parents de Sigmund Freud étaient originaires de Galicie.
Vous ai-je convaincus ? Vous ne savez peut-être pas où aller, cet été, en vacances ? Partez donc en Galicie, c'est très facile et bon marché; ce sera, aussi, plus original et ça impressionnera davantage vos amis qu'un quelconque pays méditerranéen où vous rencontrerez, forcément, votre voisin. Il y a d'abord des villes magnifiques, très vivantes, avec des cafés et restaurants extraordinaires: Cracovie et Lviv d'abord; j'ajoute Zakopane, Sanok, Nowy Sacz, Drohobycz, Kolomyia, Ivano-Frankivsk, Brody, Ternopil, Zolkiew. De toute façon, si vous avez des difficultés à composer votre itinéraire, sollicitez-moi.
Tableaux de Wyczolkowski (1852-1936), Wyspianski (1867-1907) Falat (1853-1929), peintres symbolistes polonais.
Il faut, aussi, ajouter deux grands peintres galiciens, les deux plus grands: Bruno Schulz (1892-1942) et Zdzislaw Beksinski (1929-2005). Ils me fascinent absolument.
Carte géographique et armoiries de la Galicie (cet oiseau bizarre nous change, au moins, des aigles habituels).
Enfin,si vous vous intéressez à la Galicie, je vous recommande le livre, récemment publié, de Martin POLLACK: "Empereur d'Amérique-Le grand exode de Galicie". Une réserve: c'est l'envers, affreux, de la Galicie.