vendredi 2 octobre 2026

Et encore...



Ca commence à faire une éternité, presque 20 ans, que je me manifeste sur ce blog.

C'est peut-être un peu ridicule parce que presque plus personne ne s'intéresse au genre et que mon public français semble s'amenuiser. Je n'ai plus guère de messages et échanges épistolaires.

A l'heure de Facebook, d'Instagram et de Tik Tok, le blog, c'est complétement ringard. On privilégie désormais  l'exhibition narcissique de son bonheur à grands coups de photos smartphone. Et on se repaît de la jalousie que l'on va inévitablement susciter chez les autres.

C'est une manière de se soumettre à l'injonction générale de transparence qui nous est faite. Même si on sait bien que notre bonheur factice est en peau de lapin. Ca cache d'autant plus une angoisse profonde que c'est ripoliné, éclatant, en sucre.

La transparence, je n'y crois de toute manière absolument pas. On ne cesse de se dissimuler et de mentir. 

Et moi-même, par tempérament, je suis une personne très construite et plutôt insaisissable. Pas drôle, dans son propre monde, c'est généralement la première impression que je donne.

Et c'est sans doute largement vrai, bien sûr. D'ailleurs, parmi les rares mails que je reçois, un certain nombre sont violemment insultants. J'exaspère probablement.

Disons que je n'aime pas me confier, que je préfère me cacher, avoir un double jeu.

Et c'est peut-être pour ça que j'aime bien le blog. On y parle de soi bien sûr mais toujours par le biais de l'écriture. Et l'écriture, ça n'a rien à voir avec la fausse évidence de l'image. C'est fait de tours er contours qui ne touchent jamais leur but, leur centre. On se perd soi-même et on perd les autres sur ces chemins qui ne mènent nulle part. C'est le grand vertige généralisé.

"Qui ne sait celer, ne sait aimer", c'est un peu ma devise. Disons simplement que je suis une grande amoureuse. Mais à ma manière évidemment. En jouant de la réserve, de la distance et de la confrontation, voire du conflit.

Et je terminerai avec une dernière considération sur mon blog. Sa relative désaffection dans les pays francophones contraste avec sa progression à l'international. Quand je consulte ses statistiques de fréquentation, j'en suis à 1 000 par jour ou 30 000 par mois. C'est énorme comparativement à mes débuts.

Je ne sais pas ce que ça signifie et quelle est la part des grands systèmes informatiques là-dedans. Mais j'observe que ça concerne beaucoup l'Amérique latine (Brésil, Argentine, Colombie) et le Moyen-Orient (Turquie, Pakistan, Arabie Saoudite).

Je pense qu'on s'intéresse plus à mes images qu'à mes textes. Mais ça me fait vraiment plaisir d'imaginer que des Saoudiennes ou des Pakistanaises consultent, peut-être, régulièrement Carmilla le Golem.

Images de Willy Herzig, le Magazine des années 20, entre le kitsch et la subversion, "La vie Parisienne", Josef Fenneker, La dernière image, c'est peut-être un peu moi-même.

Je recommande: 

- Sylvain Prudhomme : "De l'autre côté du lac". Un roman mystérieux comme je les aime évoquant les abords d'un lac de haute montagne et une jeune femme photographe.

Je précise enfin que je suis actuellement en déplacement et manque donc de disponibilité mentale. Pas de post, donc, la semaine prochaine.


 


samedi 26 septembre 2026

Inaccomplie

 

C'est une tendance très forte en moi: je me disperse beaucoup et je vais rarement au bout des choses. Je fais peut-être illusion mais je sais aussi que j'ai un côté "superficielle". 

- Je suis environnée de livres, dans les domaines les plus divers (de l'économie à l'histoire romaine en passant par la littérature scandinave), mais j'en abandonne beaucoup aussi en cours de route. Même pas parce qu'ils m'ennuient mais parce que j'ai subitement trouvé un autre centre d'intérêt. Il n'est pas exclu, toutefois, que je les reprenne beaucoup plus tard.

- Je me débrouille dans pas mal de langues mais parfaitement dans aucune. Mais ça ne me décourage pas et je ne peux pas résister à la tentation, quand je voyage, de vouloir en apprendre d'autres: du turc, du tchèque, du hongrois, du lituanien.

- Dans ma vie professionnelle, c'est un peu pareil. Je pense ne pas être trop mauvaise en gestion financière puisque c'est mon boulot. Mais il y a meilleur(e)s que moi, des gens pour qui c'est une passion exclusive et qui connaissent absolument tout, sur le bout des doigts, en la matière. Et puis, je ne suis jamais complétement à jour: j'ai toujours quelques dizaines de mails en attente et quelques dossiers non résolus.

- Sur le plan affectif, amoureux, c'est aussi le chaos. Adolescente, je tombais sans cesse amoureuse d'une succession de types improbables. Et aujourd'hui, je demeure infichue de me fixer sur quelqu'un. Mais incapable aussi de rompre complétement au point que les choses s'éternisent et que je vis dans un polyamour perpétuel. 

Les amis, c'est pareil. Je n'ai aucun attachement absolu: ils vont, ils viennent au gré des événements et des humeurs. Mais je ne les oublie jamais non plus. Quand ils réapparaissent, je renoue avec eux comme si on venait juste de se quitter.

Et finalement, je n'entretiens ni fâcheries, ni engagements indéfectibles, ni avec les amoureux, ni avec les amis.

- M'habiller, c'est une torture: je n'arrive pas à trouver mon style alors j'oscille entre le trop BCBG et le trop sexy. Et, au total, je change sans cesse mais ne suis jamais satisfaite et ne me reconnais dans aucune peau.

- Mon appartement, il est en travaux continuels. Il ne me convient jamais entièrement et j'ai sans cesse des projets de réaménagement que je conduis rarement jusqu'au bout.

Au final, je dois bien constater que je suis changeante et inconstante et que je vais rarement au bout des choses. Je préfère vivre dans une espèce de flou, d'à peu près et d'indétermination continuels.

J'ai longtemps culpabilisé à ce sujet parce que, dans la vie sociale ou professionnelle, ça semble un sacré handicap. On nous demande en effet, aujourd'hui, un engagement total, absolu, dans tout ce que l'on fait: son boulot, sa vie affective, ses convictions politiques. On doit être absolument fiable et transparent dans tous les domaines. 

Mais mon problème, c'est que je ne sais justement pas ce que je veux, ni qui je suis. Ceci ou cela, j'hésite sans cesse; mes idées, mes projets, sont fluctuants. L'indécision, l'inachèvement, c'est ce qui me hante. Je ne sais, en fait, même pas qui je suis. Les gens qui suivent imperturbablement leur ligne droite, ça m'a toujours étonnée.

Mais j'ai un peu changé de point de vue aujourd'hui. Je me fais moins de reproches. Et j'en viens même à me dire que ce qui peut être considéré, chez moi, comme une fragilité, ou une insuffisance, est peut-être aussi l'expression d'une plus grande lucidité.

- Ne pas achever la lecture d'un bouquin, ça n'est pas forcément condamnable. Qui peut prétendre, par exemple, avoir lu "La recherche du Temps perdu" ? Il y a toujours quelque chose qui nous "échappe" dans un livre, des éléments qu'on a oubliés ou une ambiance et des passions qu'on n'a pas perçus. En fait, on ne vient jamais à bout d'une œuvre, d'un penseur.

- Etre trop bon professionnel, connaître sur le bout des doigts les subtilités réglementaires, c'est souvent un handicap. On devient vite un maniaque qui voit partout des obstacles. Les trop bons, les "perfectionnistes", freinent souvent aussi le développement dynamique d'une entreprise.

- Etre tyrannique, exclusif et exigeant en amour, c'est se condamner à la déception permanente et aussi manquer de lucidité sur soi-même. L'amour, ce sont deux détresses et deux angoisses qui se croisent mais on n'avouera jamais cette réalité qui devient alors vite "toxique", destructrice. 

Devenir plus tolérant, moins exclusif, c'est trouver une nouvelle sérénité, liberté, vivre dans des relations apaisées. Exiger le moins possible de l'autre, ça peut permettre de le découvrir et de trouver une espèce d'harmonie avec lui.

Finalement, on vit trop dans le sentiment de ses échecs. On enrage d'être, sans cesse, velléitaire, de ne ne jamais aller jusqu'au bout des choses. On vit dans un sentiment permanent "d'inachèvement".

On n'est pas à la hauteur, se dit-on souvent. Sans doute...Peut-être... Mais est-ce qu'on ne se plie pas trop non plus aux injonctions sociales ? Est-ce qu'on ne devrait pas proclamer un Droit à l'imperfection, à l'inachèvement ? 

Il faudrait, dit-on, tout mener à bonne fin, tout achever, pour que le monde soit clair, net et sans bavures. C'est la logique d'entreprise et, aussi, la logique conjugale. Si on se dérobe à cette exigence, on est mal jugés. 

Mais est-ce que nos vies ne sont pas, en fait, forcément boiteuses, imparfaites et toujours inachevées ? Et plutôt que de culpabiliser à ce sujet, ne devrait-on pas en tirer, plutôt, une nouvelle forme de lucidité et, partant, de Liberté ?

Ce qui est terrible dans la vie, c'est, en fait, tout ce qui a une fin, toutes les choses révolues ou définitives: le dernier jour de vacances, les lendemains de fêtes, les grandes ruptures amoureuses. Quelle angoisse, quelle déprime ! Comment échapper, le plus possible, à ça ?

Refuser tout ce qui est définitif, achevé, terminé, ce n'est pas simplement une manière de se dérober au monde. C'est peut-être aussi faire preuve de courage et de liberté face aux exigences sociales.


Images de Gerda Wegener, Jacques Monory, Pablo Picasso, Leonora Carrington, Max Ernst, Jean-Jacques Henner, Egon Schiele, Katrien de Blauwer

Je recommande:

- Blanche LERIDON: "Nos inachèvements". Une très belle surprise d'automne. Un livre clair, jamais ennuyeux et stimulant. Chacun s'interrogera sur son comportement, son fonctionnement psychologique, à sa lecture.


samedi 19 septembre 2026

De l'angoisse sexuelle


On vit une période d'angoisse sexuelle générale.

Tant du côté des femmes, que des hommes.

Entre les deux camps, la suspicion est devenue générale.

A l'origine de cette fracture, la dénonciation, bien sûr avec raison, de la domination immémoriale de l'homme sur la femme: économique, sociale et surtout culturelle, symbolique.

Au point qu'on cherche parfois à couper les ponts avec l'autre sexe, à s'en affranchir le plus possible. Jusqu'à vouloir créer, en rupture, un nouveau monde, un gynécée bien fermé avec des règle absolument pacifiques.

Ou alors, on se met à rêver d'un monde délivré de la différence des sexes. Dans le quel, être une femme ou un homme n'est plus un Destin mais un choix. C'est l'émergence de la figure narcissique du transgenre dans la quelle le Désir ne se porte plus sur l'Autre mais sur soi-même, son corps propre. C'est finalement le solipsisme absolu d'un monde sans sexe. 

Mais qui a vraiment envie de cela ? De deux mondes qui se côtoient simplement sous les apparences d'une trompeuse bonne entente ? 

En réalité, l'Homme et la Femme sont deux continents noirs l'un pour l'autre.

On croit pouvoir sortir de cette impasse de la guerre sans fin en prônant la Paix. Soit en promouvant une illusoire réconciliation, pacification, soit en cherchant à faire tomber le mur de la différence des sexes. Mais on oublie que l'Histoire, individuelle et collective, n'est faite que de luttes et de conflits.

Malheureusement, il n'y a que des rapports de pouvoir qui gouvernent les relations humaines. C'est tout de suite le maître et l'esclave de Hegel. Il ne s'agit pas d'un affrontement physique mais psychologique, celui de deux consciences qui cherchent à s'affirmer, l'une par rapport à l'autre.

Dans les faits, un homme s'intéresse-t-il vraiment à une femme et inversement ? Cherchent-ils, tous les deux, à partager, communiquer, leurs univers mentaux, leurs rêves et leurs pensées ?

 Ca n'est, de toute manière, transmissible qu'en partie. Il y a toujours une part irréductible de nous-mêmes absolument incommunicable. Et cette espèce de part maudite est d'un poids très lourd dans la confrontation d'un homme et d'une femme.

Mais surtout, le maître, le dominant, l'homme en général, ne s'intéresse pas à l'autre, à la femme. L'attention qu'il semble lui porter n'est que tactique. Il vit dans une certitude décomplexée de lui-même. Il est un mec et ça explique et justifie tout. Et les femmes, il croit savoir comment elles fonctionnent ("elles sont toutes comme ça") et il n'y prête donc guère intérêt. C'est cette bêtise satisfaite qui alimente la jouissance de sa vie.

Mais dans cette relation déséquilibrée, la femme, d'abord entièrement soumise, tire progressivement son épingle du jeu. Ce n'est pas qu'elle souhaite prendre la place de l'homme, celle du maître, pour vivre dans la même satisfaction bornée. Et du reste, pas plus que les hommes ne connaissent les femmes, les femmes ne s'intéressent à eux et les connaissent. 

Les femmes ne "désirent" pas les hommes en tant que tels et elles ne rêvent surtout pas, non plus, d'être comme des hommes, de vivre dans les mêmes certitudes. 

Elles désirent plutôt qu'on les désire. C'est leur manière de renverser la table, de conquérir la position du maître. La femme s'attache plutôt à "ferrer" l'homme en se faisant désirer par lui. Jouer à être esclave pour devenir maîtresse, c'est de cette manière qu'elles renversent la relation,  Qu'elles deviennent elles-mêmes sublimement indifférentes, voire cruelles et exigeantes.

Il n'y a pas d'amour mutuel, il faut toujours lutter pour s'affirmer et il n'y aura jamais de grande réconciliation et d'harmonie finale. L'angoisse sexuelle n'a donc pas fini de monter. Mais cette tension permanente et croissante, c'est aussi ce qui fait la beauté de la vie.

Images de Franciszek Starowiejski, Zdzislaw Beksinski, Pablo Picasso, Josef Fenneker, Artemisia Gentilesci, Odilon Redon, Félicien Rops, Bruno Schulz

Je recommande;

- Georges Bataille: "Le bleu du ciel"

- Alain Roger: "Le misogyne". Un livre sûrement difficile à trouver qui avait paraît-il, en son temps (années 70), rencontré un petit succès. M'avait été offert par une amant de passage. Une manière d'exprimer comment il me percevait. 

- Gabrielle Wittkop: "Hemlock". Les destinées tragiques de trois femmes entraînées dans le crime par l'enchaînement de leurs faiblesses et passions. Gabrielle Wittkop a un petit cercle d'admirateurs (dont je fais partie).