
Ca y est ! Paris s'est brutalement vidée, ce dernier week-end, d'une partie de ses habitants partis...en vacances. Finis les musées, les salles de spectacles, les grands magasins bondés, submergés.
N'était la chaleur insupportable, on aurait presque envie de parcourir les rues désertées. Ce qui m'amuse, c'est que les femmes redécouvrent, sous la canicule, les charmes et avantages de la robe. L'arborer, c'est, maintenant, faire ressurgir une espèce d'érotisme et de fête des corps dont on s'était déshabitués.
Le temps normal s'est effacé ou, plutôt, on a l'impression qu'il est en suspens: quelques semaines de répit avant le retour de sa grande mécanique monotone, broyeuse de nos vies.
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Les vacances, c'est donc d'abord ça, c'est-à-dire la vacance des contraintes, de tout ce qui pèse et nous oppresse: les costumes, la respectabilité, les horaires, le parcage du troupeau humain dans un lieu, une ville, un appartement.
Mais souvent, quand on prend des vacances, on a tendance à s'imposer des contraintes renforcées. On se fixe ainsi quelque part. C'est une villa ou un terrain de camping, un lieu où on s'ennuie encore plus que chez soi.
On fixe désespérément l'horizon maritime ou bien on s'épuise dans des randonnées dans la nature. Tout cela est d'une lancinante monotonie. Bref, on ne cesse de tourner en rond.
Ou alors, on a recours au tourisme de "catalogue" grâce auquel, comme dans une liste de courses que l'on coche, on peut "faire" en 15 jours, l'Egypte, la Grèce ou le Maroc. C'est épuisant et frustrant. Toutes ces "merveilles", on en est vite gavés d'autant qu'on en a rarement les cadres de compréhension. Quant à l'aventure, il n'y en a aucune puisqu'on se laisse guider.
Tout ça pour, au final, faire quelques selfies de soi devant un monument que l'on s'empressera de poster sur les réseaux sociaux.
Au final, quand on prend des vacances, on a généralement tendance à en faire ou bien trop (carrément tout un pays) ou bien pas assez (à glandouiller quelque part). Mais au final, on part tous pour rester chez soi.
Ce qui nous répugne le plus, en fait, c'est l'inconnu, l'altérité.
L'altérité, mon histoire personnelle et la force des choses font que j'y ai été d'emblée, et presque continuellement, confrontée. Ca n'a pas toujours été drôle mais ça m'a permis, petit à petit, d'y prendre goût.
Le retournement, le recentrement de tous mes codes (de langage, d'apparence vestimentaire, de cuisine, de relation entre les sexes, de politesse, d'horaires), j'ai essayé de m'y adapter. J'arrive maintenant, plus ou moins, à "lire" les Français. Mais eux, ils n'arrivent pas à me lire, ce qui est source de nombreuses incompréhensions.
Mais au total, ma conviction aujourd'hui, c'est qu'on a tous besoin d'ailleurs, d'altérité et de rêve, en bref, de changer de peau. On périt d'ennui, en fait, dans notre coquille sociale ultra bétonnée. Mais la briser, en sortir, ça nous angoisse profondément.
Mes meilleures vacances, ça a toujours été, en fait, celles au cours des quelles j'errais....
J'errais au hasard de billets de train ou bien des routes parcourues par mon bolide ("La Dame dans l'auto avec des lunettes et un fusil", "Thelma et Louise", ce sont des fantasmes très forts chez moi).
J'errais inlassablement et sans sans trop savoir pourquoi ni dans quel but et sans savoir non plus où je serai demain, après-demain. L'Europe, c'est épatant pour ça parce qu'on peut changer, d'un jour à l'autre, de pays, de langue, de monnaie. Et à chaque fois, c'est soi-même que l'on change, c'est tout son comportement que l'on doit réévaluer.
Chacun cherche son chat, dit-on. Mais on ne sait jamais de quel chat, il s'agit ni si, un jour, on arrivera à le retrouver. L'important, en fait, c'est l'errance, ce papillonnement compulsif qui est l'expression même de notre vie et de ses désirs. Toujours hésitante, toujours changeante. On n'est jamais satisfaits, on veut toujours autre chose. C'est la malédiction de la condition humaine mais c'est ce qui nous fait avancer.
Images de Giorgio de Chirico, magazine Harper'S Bazaar, Jean-Pierre Cassigneul, Tamara de Lempicka, Victor Brauner.
Je recommande :
- Werner Herzog : "Mémoires - Chacun pour soi et Dieu contre tous". Le grand cinéaste allemand, le cinéaste de l'impossible ("Aguirre", "Fitzcaraldo", "Cobra Verde"). Et sa vie est aussi incroyable que ses films. Une boulimie d'action, création, écriture, voyages aventureux. Un bouquin fascinant (qui vient de sortir en poche).
- il faut lire aussi les 3 grands écrivains voyageurs suisses: Ella Maillart, Anne-Marie Schwartzenbach, Nicolas Bouvier; ainsi que le Britannique Bruce Chatwin.
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