samedi 19 septembre 2026

De l'angoisse sexuelle


On vit une période d'angoisse sexuelle générale.

Tant du côté des femmes, que des hommes.

Entre les deux camps, la suspicion est devenue générale.

A l'origine de cette fracture, la dénonciation, bien sûr avec raison, de la domination immémoriale de l'homme sur la femme: économique, sociale et surtout culturelle, symbolique.

Au point qu'on cherche parfois à couper les ponts avec l'autre sexe, à s'en affranchir le plus possible. Jusqu'à vouloir créer, en rupture, un nouveau monde, un gynécée bien fermé avec des règle absolument pacifiques.

Ou alors, on se met à rêver d'un monde délivré de la différence des sexes. Dans le quel, être une femme ou un homme n'est plus un Destin mais un choix. C'est l'émergence de la figure narcissique du transgenre dans la quelle le Désir ne se porte plus sur l'Autre mais sur soi-même, son corps propre. C'est finalement le solipsisme absolu d'un monde sans sexe. 

Mais qui a vraiment envie de cela ? De deux mondes qui se côtoient simplement sous les apparences d'une trompeuse bonne entente ? 

En réalité, l'Homme et la Femme sont deux continents noirs l'un pour l'autre.

On croit pouvoir sortir de cette impasse de la guerre sans fin en prônant la Paix. Soit en promouvant une illusoire réconciliation, pacification, soit en cherchant à faire tomber le mur de la différence des sexes. Mais on oublie que l'Histoire, individuelle et collective, n'est faite que de luttes et de conflits.

Malheureusement, il n'y a que des rapports de pouvoir qui gouvernent les relations humaines. C'est tout de suite le maître et l'esclave de Hegel. Il ne s'agit pas d'un affrontement physique mais psychologique, celui de deux consciences qui cherchent à s'affirmer, l'une par rapport à l'autre.

Dans les faits, un homme s'intéresse-t-il vraiment à une femme et inversement ? Cherchent-ils, tous les deux, à partager, communiquer, leurs univers mentaux, leurs rêves et leurs pensées ?

 Ca n'est, de toute manière, transmissible qu'en partie. Il y a toujours une part irréductible de nous-mêmes absolument incommunicable. Et cette espèce de part maudite est d'un poids très lourd dans la confrontation d'un homme et d'une femme.

Mais surtout, le maître, le dominant, l'homme en général, ne s'intéresse pas à l'autre, à la femme. L'attention qu'il semble lui porter n'est que tactique. Il vit dans une certitude décomplexée de lui-même. Il est un mec et ça explique et justifie tout. Et les femmes, il croit savoir comment elles fonctionnent ("elles sont toutes comme ça") et il n'y prête donc guère intérêt. C'est cette bêtise satisfaite qui alimente la jouissance de sa vie.

Mais dans cette relation déséquilibrée, la femme, d'abord entièrement soumise, tire progressivement son épingle du jeu. Ce n'est pas qu'elle souhaite prendre la place de l'homme, celle du maître, pour vivre dans la même satisfaction bornée. Et du reste, pas plus que les hommes ne connaissent les femmes, les femmes ne s'intéressent à eux et les connaissent. 

Les femmes ne "désirent" pas les hommes en tant que tels et elles ne rêvent surtout pas, non plus, d'être comme des hommes, de vivre dans les mêmes certitudes. 

Elles désirent plutôt qu'on les désire. C'est leur manière de renverser la table, de conquérir la position du maître. La femme s'attache plutôt à "ferrer" l'homme en se faisant désirer par lui. Jouer à être esclave pour devenir maîtresse, c'est de cette manière qu'elles renversent la relation,  Qu'elles deviennent elles-mêmes sublimement indifférentes, voire cruelles et exigeantes.

Il n'y a pas d'amour mutuel, il faut toujours lutter pour s'affirmer et il n'y aura jamais de grande réconciliation et d'harmonie finale. L'angoisse sexuelle n'a donc pas fini de monter. Mais cette tension permanente et croissante, c'est aussi ce qui fait la beauté de la vie.

Images de Franciszek Starowiejski, Zdzislaw Beksinski, Pablo Picasso, Josef Fenneker, Artemisia Gentilesci, Odilon Redon, Félicien Rops, Bruno Schulz

Je recommande;

- Georges Bataille: "Le bleu du ciel"

- Alain Roger: "Le misogyne". Un livre sûrement difficile à trouver qui avait paraît-il, en son temps (années 70), rencontré un petit succès. M'avait été offert par une amant de passage. Une manière d'exprimer comment il me percevait. 

- Gabrielle Wittkop: "Hemlock". Les destinées tragiques de trois femmes entraînées dans le crime par l'enchaînement de leurs faiblesses et passions. Gabrielle Wittkop a un petit cercle d'admirateurs (dont je fais partie).


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