samedi 17 octobre 2026

En Basse-Silésie

 

Me voici de retour d'un petit séjour à l'Est. Mais avec un moral bien bas.


La faute à l'ignominie américaine, celle de Trump en particulier, mais aussi de tous ses supporters, qui vient de lâcher brutalement l'Ukraine en pactisant avec Moscou.

 Le basculement politique et culturel est vertigineux. Mais je n'ai pas l'impression que ça émeuve grand monde. Les grandes capitales européennes n'ont guère exprimé d'indignation. 

 Il est vrai que ce qui vient de passer est tétanisant.


Cette guerre de la Russie contre l'Ukraine, c'est tout de même une guerre de l'autocratie et de la prédation contre la démocratie.
 

Mais les USA viennent de bazarder toutes leurs valeurs fondatrices en se rangeant clairement du côté des brutes et des exterminateurs. 


Ce qui vient de se passer, c'est un peu comme si Churchill avait conclu un accord avec Hitler. Toutes les valeurs éthiques et politiques viennent d'être mises cul par dessus tête.


Et on ne peut même pas se dire qu'il ne s'agit que d'un épisode Trump. Qu'après lui, après sa mise à la retraite, les USA retrouveront le sens de leur Histoire.


Le Mal est beaucoup plus profond et il touche d'ailleurs la plupart des pays d'Europe.


Il y a une lassitude générale : de moins en moins, on aime la démocratie.


Sans doute parce qu'elle nous fait vivre dans une incertitude et un bouleversement continus.


On aimerait bien, quelquefois, s'arrêter un peu , faire une pause, se reposer sur quelques certitudes.


Mais c'est impossible parce que la démocratie est remise en cause perpétuelle.


 Très vite, on devient des ringards, on se sent continuellement dépassés
.

Et les despotes ont beau jeu de s'appuyer sur ce sentiment diffus. Leur projet, c'est de figer l'Histoire, de l'ancrer à des certitudes établies une fois pour toutes: la légitimité des riches, des rapports de classes et de sexes.


Et à cette fin, ils développent un vaste programme de crétinisation morale et intellectuelle.


Mais je ne veux pas m'appesantir. Je risque de devenir, moi-même, sentencieuse et moralisatrice.


Je reviens tout de même d'un petit séjour en Basse-Silésie, Sudètes.



C'est une région aujourd'hui à cheval sur la République tchèque et la Pologne. 


Un petit territoire soumis aux vicissitudes de l'Histoire, tour à tour polonais, allemand, autrichien, tchèque.

On a tendance à penser qu'il n'y a là-bas que d'affreuses villes industrielles avec des mines et de la sidérurgie.


Mais non ! Dans la partie Sud, on trouve de douces montagnes arborées où se nichent stations de cures et châteaux.


 C'est même là que des sanatoriums accueillaient, autrefois, les nombreux malades tuberculeux. Un certain Franz Kafka en a, bien sûr, était l'hôte le plus prestigieux.


Et en fait, on a l'impression d'être là-bas dans une région un peu hors-du-temps, loin des fracas du monde.

Aller là-bas, c'est faire un peu un retour dans le passé.
 

Un passé fantasmé bien sûr parce que l'Histoire s'y est montrée, en fait, tragique.


Et une des curiosités de cette région, c'est qu'elle est largement composée d'Ukrainiens.


De Polonais d'Ukraine, d'abord, brutalement expulsés en Silésie par Staline, au lendemain de la seconde guerre mondiale, pour consacrer l'extension vers l'Ouest de l'URSS.


Et d'Ukrainiens-Ukrainiens d'aujourd'hui venus, presque naturellement, dans cette région au lendemain de l'agression de Poutine.

 Malheureusement, je me sens moi-même moins à l'aise là-bas. Je ne décline surtout pas mon origine parce que l'ambiance a changé.


La faute à un abruti de Président polonais, Karol Nawrocki, ancien petit délinquant et admirateur de Trump.


Il essaie, évidemment, de faire son beurre en ressuscitant la vieille xénophobie.



Mes petites photos silésiennes. Comme toujours, j'en poste trop mais on n'est jamais objectif sur ce que l'on a réalisé et on n'arrive pas à sélectionner. 

J'ai pas mal séjourné au Château de la Biche (Zamek Sarny), un lieu vraiment hanté. Et le chat pris en photo, c'était l'un de ceux qui venaient m'embêter le matin au petit-déjeuner.

La grande ville, c'est Wroclaw (ancienne Breslau allemande).

Je recommande :

- "Le banquet des Empouses" de la Prix Nobel de littérature Olga Tokarczuk qui vit, justement dans cette région de la Basse-Silésie. Ce bouquin est inspiré par "La montagne magique" de Thomas Mann. Il a pour cadre la petite ville de Sokolowsko.

- "Le Tsar en personne" de Roman Badanine et Mikhaïl Roubine. Un livre exceptionnel et essentiel sur Vladimir Poutine. Fruit de 20 ans de journalisme d'investigation. Il corrige, en particulier, l'image totalement fausse de Poutine diffusée par Giovanni da Empoli dans "Le mage du Kremlin". Aucun messianisme ne meut Poutine. Il n'est qu'un truand ordinaire dont la seule idéologie est de vivre dans le luxe et de régner jusqu'à la mort.



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