dimanche 9 septembre 2012

Honoré de Balzac et Joseph Conrad en Ukraine








Le château de Wierzchownia

Pendant mes vacances, j’ai réalisé un vieux rêve : visiter Berditchev. 


Je ne suis pas sûre que vous ayez jamais partagé ce fantasme parce que Berditchev, ce n’est aujourd’hui qu’un fichu trou en Ukraine, à une centaine de kilomètres de Kiev.






A Berditchev

Plus paumé, il n’y a pas et d’ailleurs il y a une expression en polonais : « écris-moi à Berditchev » Pisz do mnie na Berdyczow »), ce qui veut dire « écris-moi au diable » mais en sachant que le diable saura justement trouver mon adresse.





L'église Sainte-Barbara où s'est marié Balzac et, en exclusivité, ma petite voiture ukrainienne (la voiture de Carmilla) devant cette église.

Mais pour moi, Berditchev, c’est un lieu extraordinaire, une ville mythique, un des grands lieux de la culture européenne.


D’abord parce que Berditchev a été un creuset important de la culture juive. Berditchev, c’est en particulier le foyer d’éclosion du Hassidisme avec son Grand Maître Levi Yitzhak dont le mausolée demeure un important lieu de pèlerinage. Le Hassidisme, je considère ça avec plein d’interrogations mais c’est malgré tout fascinant.



La célèbre synagogue de Berditchev

Surtout parce que deux figures majeures de la littérature mondiale ont eu leur destin lié à Berditchev et, à quelques années près, auraient même pu s’y croiser. Il s’agit de Balzac et de Conrad.



Le château de Wierzchownia et le lac devant lequel se promenait Balzac

Etrangement, ce qui réunit ces deux écrivains, c’est qu’on ne trouve à peu près aucune trace de cette expérience ukrainienne, pourtant hors du commun, dans leurs écrits. Voilà de quoi disserter sur les rapports entre la vie et l’œuvre d’un artiste.

De même, dans les biographies qui leur sont consacrées, on aborde à peine cet épisode de leur vie.

Le plus surprenant, c’est Balzac. Il a tout de même passé près de deux années en Ukraine, certes à la fin de sa vie, et s’y est marié, en mars 1850, cinq mois avant sa mort.


La maison natale de Joseph Conrad

Quand il y a séjourné, Berditchev était une ville extraordinaire : la Jérusalem de Volhynie, un grand centre commercial, un foyer de contrebandiers, une ville multiculturelle où l’on parlait yiddish, polonais, russe, ukrainien.

Surtout, Balzac a du être époustouflé par la richesse et le niveau de vie de son grand amour : la comtesse polonaise Eveline Hanska. Elle avait 2 000 serfs, quelques milliers d’hectares, une centaine de domestiques autour d’un gigantesque château, situé en pleine campagne à Wierzchownia (prononcer vièchrovnia en accentuant sur le o).


Aux alentours de la maison de Joseph Conrad

Balzac a donc vécu assez longuement là-bas, dans un monde qui ne pouvait que le fasciner et le troubler. On aurait pu croire que le peintre de la comédie humaine allait y trouver de nouvelles sources d’inspiration. Mais non ! Pendant toute cette période, il n’a à peu près rien écrit, rien, en tous cas, qui se rapportât à l’Ukraine. Je considère ça comme une véritable énigme.


Pareil pour Joseph Conrad considéré comme un écrivain de langue anglaise. Il est né, en fait, dans un petit bourg au sud de Berditchev. Sa maison natale, très spacieuse, témoigne du niveau de vie élevé de sa famille. C’est aussi un lieu idyllique, complètement perdu dans la nature.

C’est dans ce coin parfaitement paisible qu’est né l’auteur d’ « Au cœur des ténèbres » sous le nom de Josef Korzeniowski (prononcer Kojéniovski). Sa langue dominante était le polonais.


La maison de Joseph Conrad

C’est très déconcertant. On peut penser que Joseph Conrad a voulu s’arracher à ce monde trop calme et protégé. Il a navigué de 17 à 38 ans sur toutes les mers du monde, avant de se métamorphoser en écrivain dans une langue et sous un nom d’emprunt. Mais on ne trouve aucune trace dans ses livres, du moins à ma connaissance, de son enfance ukrainienne.


L'église orthodoxe de Berditchev

Photos de Carmilla Le Golem sur Sigma DP2 Merrill

Les lieux où ont vécu Balzac et Conrad sont parfaitement entretenus et conservés. Il est particulièrement intéressant et impressionnant de visiter le château de la comtesse Hanska mais c’est complètement perdu et un peu difficile à trouver. Il est sans doute préférable d’être russophone. Idem pour la maison de Joseph Conrad.

dimanche 2 septembre 2012

Le pays des confins - KIEV



Me revoilà ! Heureusement que je limite toujours la durée de mes vacances à 3 semaines parce qu’au-delà, c’est sûr, je ne reviendrais pas.

Quel cafard !




Mais aussi, pour moi, quel enthousiasme : la vie est tellement différente là-bas et, surtout, à maints égards, plus agréable qu’en France.

Mais je suis incapable de disserter en ce moment. Alors, je me contente de vous livrer quelques unes de mes photos. Je commence par Kiev et je continuerai au cours des prochaines semaines.


Ca déroge un peu à l’esprit de mon blog mais je fais ça parce que je suis un peu révoltée par l’ignorance entretenue par les media occidentaux au sujet de l’Ukraine.


Le nom Ukraine, ça signifie littéralement « terre frontalière » et c’est sans doute pour ça que ça apparaît tellement nébuleux à l’Ouest : un pays traversé par des histoires, des langues, des religions, des territoires multiples.








Mon église préférée, celle de Saint-Vladimir avec, en particulier des fresques de VROUBEL.






Photographies de Carmilla Le Golem sur le tout nouveau Sigma DP2 Merrill pourvu d’une définition record : un appareil pour ayatollahs de la photographie.

dimanche 12 août 2012

"Août, hors du temps"




Voilà !!! Je vous quitte… pour 3 semaines…et je ne posterai sûrement pas pendant cette période.

Evidemment, je me rends en Ukraine.


Pourquoi diable, toujours retourner en Europe Centrale alors que c’est à peine si, en dehors de Paris, je connais la France ?


C’est l’émotion. C’est d’abord la langue, les langues. Même si je suis bien plus forte en français qu’en russe et en polonais, ce sont mes langues affectives.


C’est aussi la cuisine. Je me pourlèche déjà les babines à la pensée de mes agapes demain soir à Kiev : du poisson-chat, de l’anguille fumée, des écrevisses, du crabe de la mer d’Okhotsk, toutes ces choses méconnues en France.


C’est enfin et surtout le plaisir d’endosser une nouvelle peau, une nouvelle identité et d’oublier la France. C’est très agréable, les relations sociales et entre les sexes sont bouleversées. Ca étonnera peut-être mais j’éprouve un grand sentiment de liberté en Ukraine : tout y est possible, tout peut s’arranger, on peut donner libre cours à ses fantaisies, alors qu’en France, on vit de plus en plus emmaillotés, encorsetés (fais pas ci, fais pas ça) dans une grande nurserie.



D’abord, ça va être la grande fête, la grande débauche à Kiev, avec les copines. Il nous faudra bien deux ou trois nuits pour nous raconter nos aventures, nos tragédies et nos amours. Après, je prendrai le volant de ma petite Skoda Fabia (évidemment Carmilla en Skoda, c’est la honte mais, en Ukraine, c’est préférable) pour aller me balader dans la campagne et je terminerai à Odessa.


Photos de Carmilla Le Golem prises tout près de chez moi à Paris
Quelques unes de ces photos ont été réalisées avec mon nouveau monstre, le Sigma DP2 Merrill, un appareil extrême. Quand, après une ou deux crises de nerfs, on arrive à sortir quelque chose de ce truc, ça déchire vraiment.


Enfin, si vous allez au cinéma, je vous conseille « Voie rapide » de Christophe SAHR et « Jane Eyre » (pour sa beauté romantique). 

samedi 4 août 2012

« You have no idea how much you move me »



Lu et aimé :

Nicholas JUBBER : « A la barbe des Ayatollahs – Dans l’Iran et l’Afghanistan d’aujourd’hui ». Formidable : sûrement l’un des meilleurs livres que j’ai jamais lus sur la culture persane et, croyez-moi, je m’y connais. Nicholas Jubber, un jeune britannique baroudeur, révèle l’influence persistante, sur l’Iran et l’Afghanistan d’aujourd’hui, de la culture préislamique (du zoroastrisme en particulier) et de l’épopée persane du XI ème siècle, le Shahnameh ou Livre des Rois de Ferdowsi. Surtout, la culture persane, ça ne se limite pas à l’Iran. Ca s’étend aussi à l’Afghanistan, au Tadjikistan et à l’Ouzbekistan. A Samarkand et à Douchanbé, on parle persan, ne l’oublions pas.


Paolo RUMIZ : « L’ombre d’Hannibal ». Là encore, un grand livre. Moi qui n’y connais pas grand-chose à l’Italie et encore moins à Hannibal, j’ai été fascinée. Quelle fabuleuse épopée depuis  l’Afrique jusqu’en Espagne, en France, en Italie, au Moyen-Orient, en Crète, en Turquie, en Arménie ! J’avais déjà dit du bien de Paolo Rumiz et de son précédent livre : « Lisières d’Europe ». Il est vraiment un grand écrivain-voyageur. Son l’inspiration rappelle celle de Ryszard Kapuscinski (dont il était ami). Ce qui est dommage, c’est que l’on n’ait traduit que deux de ses livres en français.



Paolo d’IORIO : « Le voyage de Nietzsche à Sorrente ». Nietzsche, j’ai des réserves ; ou plutôt, je me méfie de tous ceux, innombrables aujourd’hui, qui se proclament nietzschéens. Mais j’aime bien le personnage et l’histoire de sa vie et je connais bien certains des lieux qu’il a fréquentés : Naumburg, Sils-Maria, Orta San Giulio (ça vaut vraiment le détour). Il s’agit ici d’un récit de voyage et d’histoire. En 1876, Nietzsche se rend pour la première fois en Italie avec Malwida Von Meysenburg et plus précisément à Sorrente où se trouvent Wagner et Cosima. La découverte du Sud est une révélation pour Nietzsche et cela décidera de l’orientation à venir de sa pensée et de sa rupture avec Wagner. Un bouquin facile, agréable, stimulant qui m’a appris plein de petites choses sur Nietzsche et l’Europe au 19ème siècle.


Muriel JOLIVET : « Tokyo instantanés ».  Des chroniques du Japon quotidien à Tokyo. Des flashs relevés dans la rue, les couloirs du métro ou dans les grandes surfaces un peu à la manière du « Journal du dehors » d’Annie Ernaux.




Bernard SCHLINK : « Mensonges d’été ». 7 nouvelles consacrées au mensonge par l’auteur du « Liseur ». On se retrouve bien en Europe Centrale et j’adore : c’est concis, aiguisé et ça ouvre, en peu de mots, sur les abîmes de l’identité. La première nouvelle m’a particulièrement intéressée : la rencontre d’un type moyen et d’une femme riche. C’est cruel parce que le type s’enferme inévitablement dans le mensonge en croyant pouvoir effacer la distance.




Christine BRUSSON : « Le génie du sexe ». J’ai acheté ce livre après en avoir feuilleté 3 ou 4 pages à la Fnac. J’ai trouvé l’écriture magnifique. Comment « parler du sexe sans tomber dans l’hystérie de la pornographie ou de la pudibonderie ? » Les souvenirs personnels et littéraires s’entrecroisent. A lire absolument. Exemple, la 1ère page : « Je vivais dans un studio à Paris. Un matin, alors que le ciel avait cette teinte jaune que j’appelle la lumière-de-fin-du-monde, je suis entrée dans une boucherie. Je respirai l’odeur forte de la viande. Je vis la chair crue éclairée par les néons. Je sentis le sperme de mon amant couler dans mon slip. L’association de ces trois choses me donna la nausée. »


Philippe Simonnot  Charles Le Lien : « La monnaie Histoire d’une imposture ».  Difficile, en France, de trouver de bons bouquins d’économie : 90 % de ce qui est publié relève de la vulgate marxisto-keynésienne. Les media et les politiques assurent le relais : on n’arrête pas de nous seriner que l’origine de la crise de 2008 est à trouver dans la folie des marchés financiers. Philippe Simonnot et Charles Le Lien remettent les choses à l’endroit en pointant les excès de la Puissance Publique avec l’interventionnisme extrême d’Etats irrespectueux de la vraie nature de la monnaie : on pratique la politique de l’hélicoptère (on déverse aveuglément de grands sacs de billets) et on  fait fonctionner à plein la planche à billets. Allons même plus loin : contrairement à ce que raconte le clan des purs, il y a une collusion des banquiers et du pouvoir politique pour détourner et piller l’épargne nationale, seule source effective de richesse.  L’une des solutions : retrouver l’étalon-or avec, pourquoi pas, un euro-or. Philippe Simonnot est l’un des grands économistes français (il faut absolument lire, en poche, « 39 leçons d’économie contemporaine ») mais le caractère inactuel de sa pensée fait qu’on ne le sollicite guère dans les media.


Tableaux, « de circonstance », de Kasia Domańska (née en 1972). Cette peintre polonaise commence à être connue, notamment aux Etats-Unis où elle vient d’exposer.

La plage, évidemment ce n’est pas trop mon truc; je m’y ennuie vite mais il y a, quand même, une esthétique de la plage, un jeu fascinant de formes et de couleurs. La photographe française, Sylvie Hugues, a réalisé un très beau livre sur ce sujet.

Mais je n’ai peut-être pas les mêmes références. Voici les plages que j’ai fréquentées et aimées ces dernières années : Sopot (Pologne), Palanga (Lituanie), Jūrmala (Lettonie) et bien sûr Yalta (Crimée i.e. Ukraine). Dans quelques jours, vous pourrez me retrouver à Odessa.