dimanche 15 janvier 2017

Au pied des Tatras


J'ai traversé, en coup de vent, la Pologne la semaine dernière. Plus précisément Cracovie et ses environs.


Curieusement, dès mon arrivée, un grand coup de froid, un grand coup de neige, tout à fait imprévus, se sont abattus sur le pays. Je n'ai pas pu m'empêcher de penser que c'était à mon intention.


Quel plaisir ! Un peu de neige et de froid : - 15 ° dans la journée et - 25 ° dans la nuit. Surtout des gens transfigurés, souriants, heureux ! On accueille la neige et le froid comme des périodes magiques de grâce et de beauté. Rien à voir avec la France !


Evidemment, il faut s'habiller comme des cosmonautes. Les jupes, les "high heels", il faut, vraiment être courageuses. Moi-même, j'y ai renoncé. Tant pis ! Mais ça permet aussi de se déguiser, plus personne ne vous reconnaît et ça, c'est formidable. On peut se combiner une nouvelle vie.


Sinon, la Pologne, c'est un pays assez étonnant, bizarre. 



Vous reconnaissez bien-sûr, ci-dessus, la magnifique calèche de Carmilla et mes pauvres canassons qui m'attendent désespérément dans le froid et la neige.


Ne pas oublier, d'abord, que c'est devenu un "tigre économique" (c'est pour ça que des centaines de milliers d'Ukrainiens y travaillent et qu'il n'y a plus de chômage en Pologne). Et puis le pays est aujourd'hui politiquement très divisé: entre les républicains, laïcs, les milieux urbains et les partisans (la campagne, l'Est, les gens défavorisés) du parti au pouvoir, le PIS. 


On assimile aujourd'hui, en Europe de l'Ouest, le régime polonais à celui de la Hongrie de Viktor Orban. C'est à nuancer très largement parce que le PIS n'est pas vraiment un parti de droite, extrême-droite. C'est d'abord un parti d'obédience religieuse avec plein d'idéaux sociaux. Le PIS conduit ainsi une politique "généreuse" (retraite, allocations aux mères etc..) que ne désavoueraient pas les militants de gauche français . En bref, ce sont les curés qui sont aujourd'hui au pouvoir en Pologne, ce qui est un peu différent. C'est évidemment exaspérant, on vous fait sans cesse la morale, on prône la vertu mais ce n'est malgré tout pas une dictature (il y a, en particulier, une presse très vaste et très riche en Pologne).


Ce n'est bien sûr pas très drôle mais c'est sûrement provisoire. Je suis, en tous cas personnellement fascinée par le personnage qui détient réellement le pouvoir en Pologne: Jaroslaw Kaczynski, frère jumeau de Lech, ancien Président, décédé, en 2010, dans un accident d'avion à Smolensk. Jaroslaw Kaczynski est dingue mais c'est un ascète absolu, totalement indifférent à la vie matérielle. Il vit seul, très modestement. Sa seule passion: les chats. Le chat de Jaroslaw Kaczynski (notamment Alik aujourd'hui décédé) est, ainsi, un personnage éminent de la République Polonaise et fait l'objet de nombreux articles dans la presse.
















Photos de Carmilla Le Golem à Cracovie et ses environs.

Si vous réfléchissez déjà à vos proches vacances d'été, sachez qu'à compter de la mi-février, tous les Européens pourront se rendre, sans visa, en Biélorussie. 2 conditions toutefois: la durée ne pourra excéder 5 jours et il faudra venir à Minsk par avion. C'est quand même un grand progrès et je conseille absolument le voyage. La Biélorussie, c'est l'un des pays les plus mystérieux d'Europe !

samedi 7 janvier 2017

Lectures pour des temps nouveaux


Je reviens, aujourd'hui, d'un petit voyage (relation à venir), alors je suis fainéante! Je me contente, donc, de vous recenser les bouquins que j'ai aimés ces derniers mois:

Christoph HEIN:  "Le noyau blanc". L'un des grands écrivains allemands contemporains. A vécu en RDA. J'ai adoré ! L'incompréhension et la difficulté à s'adapter à une nouvelle société beaucoup plus compliquée et contraignante qu'on ne l'imaginait, où rien ne peut s'arranger, où tout est encadré par les règles bureaucratiques et l'esprit juridique. Je recommande également, vivement, son précédent bouquin: "Paula T. une femme allemande".


Négar DJAVADI: "Désorientale". Une révélation. Un premier roman, drôle et bouleversant, la saga d'une famille iranienne qui traverse une histoire particulièrement mouvementée. Une réflexion, aussi, sur l'appartenance à deux cultures (iranienne et française). Un livre qui est également musical (je recommande sa bande-son que vous pouvez trouver sur Internet) et cinématographique (c'est la profession de Négar Djavadi).


Andreï IVANOV: "Le voyage de Hanumân". Le récit de l'exil de deux paumés au Danemark et leur vie quotidienne dans un camp de réfugiés. Le sort tragique des immigrants, exilés, réfugiés. C'est aussi une description au vitriol du Danemark, pays censé être celui du bonheur. Qu'est-ce que c'est le bonheur aujourd'hui ? C'est réchauffant, lénifiant, mais c'est aussi écœurant, terrifiant. Andreï Ivanov est né en Estonie mais a choisi d'être apatride et écrit en russe. Un livre féroce, d'une grande actualité.


Benedetta CRAVERI: "Les derniers libertins". Liberté, aristocratie, raison, nouveauté! S'il est un siècle fascinant, c'est bien le 18ème en France où la liberté des mœurs et l'audace de pensée n'ont, sans doute, jamais été aussi grandes. Beaucoup de livres autrefois publiés au 18 ème siècle, pas seulement le Marquis de Sade, seraient aujourd'hui censurés, interdits. Ça interroge sur notre supposée liberté des moeurs actuelle. Un livre merveilleux, très documenté, très érudit, par une Italienne. Le destin de 7 grands libertins (le duc de Lauzun, le vicomte de Ségur, le vicomte de Brissac, le comte de Narbonne, le chevalier de Boufflers, le comte de Vaudreuil, le comte de Ségur) enfants des Lumières et précurseurs de la révolution même s'ils en ont été les victimes;


Kjell WESTO: "Un mirage finlandais". Depuis quelque temps, je m'intéresse à la Finlande. Curieusement, c'est un pays dont presque tout le monde se fiche complètement. On croit que c'est un pays perdu dans les brumes et les glaces (ce qui est faux car le climat est, en fait, assez doux voire relativement chaud en été et même l'hiver, ça n'est pas si terrible). Le poids de l'histoire y est pourtant très fort: qui connaît la guerre civile finlandaise, en 1918, qui continue d'imprégner les mentalités aujourd'hui ? Chaque Finlandais a, aujourd'hui, un rapport complexe avec les Suédois (2ème langue officielle du pays) les Russes et aussi les Allemands. J'ai adoré ce thriller écrit par un Finnois suédophone. Palpitant ! Dépêchez-vous de le lire même si la Finlande ne vous branche pas plus que ça. Vous apprendrez, comme moi, plein de choses.


Timothy SNYDER: "Terre noire. L'holocauste et pourquoi il peut se répéter". Le grand historien américain a bouleversé notre vision de la seconde guerre mondiale. Il faut absolument avoir lu "Terres de sang". Oserais-je le dire ? On ne sait pas, en France ce qu'a été la seconde guerre mondiale: on a, même, été relativement peinards et tant pis si je choque en écrivant ça ! Ce nouveau livre de Timothy SNYDER est ultra-dérangeant: difficile à lire et d'une érudition extrême.Très puissant ! Il retrace toute la genèse de la Shoah et va jusqu'à affirmer, en conclusion, qu'au regard des préoccupations "écologiques" actuelles" un renouvellement des massacres de masse est aujourd'hui possible.


Julia KRISTEVA: "Je me voyage". Kristeva, je trouve ça, dans son ensemble, très pesant. Ça m'assomme et, à vrai dire, je ne comprends pas grand chose à ses essais. Quant à ses quelques romans, c'est, pour moi, une catastrophe! J'ai quand même bien aimé son dernier bouquin où elle parle, un peu, d'elle même et notamment de sa jeunesse en Bulgarie. Ça me l'a rendue plus proche  parce que j'aime bien la Bulgarie. Ce qui m'a sidérée: Sollers n'a jamais foutu les pieds en Bulgarie et ne connaît pas trois mots de la langue !

 

Olivier ROY: "Le djihad et la mort". Et si le but des terroristes était non pas de tuer mais de mourir ? Si le Djihad était pour eux non pas un projet politique mais un prétexte pour se suicider ? Une thèse très iconoclaste, très (violemment) critiquée mais aussi, à mes yeux, très féconde. J'aime bien Olivier Roy, grand orientaliste (d'abord spécialiste de l'Iran et de l'Afghanistan).


Laurence Grenier: "Proust en 500 pages au lieu de 3 000" et Laure Hillerin: "Proust pour rire". "La recherche du temps perdu", il faut des années pour la lire et, quand on a fini, on a oublié le début. Et pourtant "la Recherche" ne peut se comprendre que comme un tout. Il faut, effectivement, avoir lu et relu, dans son entier, "la Recherche" pour la comprendre pleinement mais on n'a pas tous un temps infini devant soi. Voilà 2 bouquins qui ont fait hurler les ayatollahs proustiens mais que je défends absolument! Si vous n'avez jamais lu "La recherche" (ce qui n'a rien d'honteux) ou si vous voulez la relire, vous la remettre en tête, je vous conseille, vraiment, ces deux bouquins. Le premier (que j'ai trouvé très fort), celui de Laurence Grenier, parce qu'il restitue l'intégralité (c'est une très bonne synthèse) de l'esprit et de l'histoire de "La Recherche" (même si le style et ses circonvolutions n'y sont évidemment plus), le second, parce qu'il met bien en évidence que c'est une oeuvre profondément drôle et humoristique. Tant pis si certains considèrent que c'est du "Proust pour les nuls"!


Hélène L'HEUILLET: "Du voisinage - Réflexions sur la coexistence humaine". On croit vivre à une époque de fraternité généralisée! Plus rien ne séparerait, aujourd'hui, les hommes. Nous sommes donc tous voisins. Mais notre voisin est, très rarement, notre ami! Notre voisin (d'immeuble, de palier, de bureau), c'est souvent l'horreur ! Il devient même souvent l'ennemi, il suscite le déchaînement de la plus extrême violence. Comment vivre, alors, et coexister avec son voisin ? Un très bon bouquin de philo original et novateur.


Tableaux de Ida TURSIC et Wilfried MILLE. Ils peignent et travaillent en duo, ce qui est exceptionnel, voire unique. Nés en 1974, elle à Belgrade, lui à Dijon, représentants éminents de la nouvelle école figurative.

dimanche 1 janvier 2017

La vie amère


On échange plein de niaiseries pendant les fêtes, on devient bêtas, lénifiants, pires que des gosses. Mais c'est vrai que c'est réconfortant: on a le sentiment, durant cette courte période, d'une suspension du Mal et de l'angoisse de la mort. On se souhaite une vie sans aspérités, la vie peinarde, sans soucis, immobile, béate, la reproduction de soi-même entièrement vouée au bonheur et on semble y croire. On se croit devenus immortels. On retrouve la "pensée magique", enfouie mais jamais complètement effacée: on a l'impression qu'on est parvenus à se concilier, brièvement, les dieux et les morts. On redevient "primitifs".


Parce que, demain, dès lundi prochain, tout ça sera effacé. On redeviendra nous-mêmes infects, on retrouvera la banalité et la cruauté d'un monde désenchanté. On sera à nouveau seuls, désemparés; et on sait bien, aussi, que rien de ce qu'on a souhaité ne se réalisera.

Parce qu'on sait bien que ce qui nous attend, nous guette en 2017, bien plus que la félicité (de toute manière fugitive), c'est l'angoisse, la déception, le chagrin, la souffrance, la haine.

C'est à ça qu'il faut, plutôt, se préparer. C'est triste bien sûr mais que serait un monde dont le Mal et la souffrance seraient exclus ? La mort, c'est, hélas, le moteur de la vie humaine et de la création de soi.

"On peut mourir d'être immortel" écrivait Nietzsche. Et c'est sûr que c'est ça qui nous arriverait, immanquablement, dans un monde voué au bonheur absolu, expurgé de toute souffrance. On mourrait tous d'ennui. La vie, c'est bien la lutte à mort pour la reconnaissance, parole de vampire !

Bonne année quand même !  Beaux voyages, belles rencontres, belles images !



Images de John Martinez. Artiste new-yorkais, décorateur d'opéra.

Sur les fêtes, leur signification anthropologique, je vous recommande vivement de lire un petit article de Claude Levi-Strauss: "Le père Noël supplicié" que l'on vient de rééditer.

Enfin, si vous recherchez un moment de grâce dans la banalité du monde, allez voir le film de Jim JARMUSCH: "Paterson".
Egalement, mais à un moindre degré: "Souvenir" de Bavo DEFUME avec Isabelle Huppert.

vendredi 23 décembre 2016

9 ans


Carmilla a 9 ans: c'est, pour moi, incroyable, presque ridicule ! Quand j'avais débuté, je m'étais fixé l'objectif de tenir un an tout au plus.

Et puis, il s'est trouvé que j'ai enchaîné, imperturbablement, à raison d'un post par semaine.

La première explication, c'est que ça ne m'a jamais pesé de rédiger mes posts, que je n'ai jamais eu de difficultés pour les écrire (toujours très vite) et que je ne me suis jamais demandé qu'est-ce que j'allais bien pouvoir raconter cette semaine. Alors que je suis très réservée en public, écrire ne me pose, en revanche, pas de problèmes.

Mon blog, il m' a, en fait, toujours amusée, divertie. Je crois qu'on rêve tous d'une autre vie !


Mais un blog, ça se construit, surtout, par rapport à des lecteurs. C'est devenu très difficile de conquérir un petit public, ça m'a pris un temps fou mais c'est une récompense. C'est, avant tout, une découverte, un échange avec d'autres personnes que je n'aurais jamais pu rencontrer.

C'est aussi une interrogation. Qu'est-ce qui vous conduit à me lire régulièrement, qu'y trouvez-vous ? Quelles affinités nous lient ?

C'est également, parfois, un étonnement. J'ai l'impression, à certaines remarques, que l'on me comprend mal ou plutôt qu'on me prend absolument au sérieux, au pied de la lettre. Pourtant, toute écriture, même modeste, est toujours création, reconstruction, de soi. En d'autres termes, Carmilla, bien sûr que c'est moi mais pas complètement non plus. Je force toujours un peu le trait et je provoque, j'aime bien renverser les tables. Rien de plus déprimant que la tiédeur et la banalité. Mais dans la vraie vie, j'espère bien ne pas être aussi arrogante que l'image que je brandis.

Ça ne veut pas dire non plus que je ne crois pas en ce que j'écris: la séduction, l'interdit, la culpabilité, la différence des sexes, les jeux de pouvoir, on a tendance à évacuer tout ça aujourd'hui pour promouvoir une vie sans aucune aspérité, parfaitement transparente et égalitaire. C'est aussi la vie tétanisée, vitrifiée, de citoyens écolo-responsables parfaitement domestiqués et c'est ce que je combats.

Quoiqu'il en soit, je vous aime tous, chers lecteurs, d'un bel amour vampirique et j'espère continuer à vous séduire l'an prochain.

Belles et bonnes fêtes à vous tous !


Photographies de Sylvia Bataille (1908-1993) prises, en 1934, par Denise Bellon. Après avoir été l'épouse de Georges Bataille, Sylvia allait devenir l'épouse de Jacques Lacan.

La dernière image est une affiche, que j'ai maladroitement retravaillée, du Viennois Teo MATEJKO.

dimanche 18 décembre 2016

Déceptions sentimentales


Ma copine Daria, elle me dit qu'une honnête femme, aujourd'hui, doit avoir connu au moins 100 hommes pour prétendre savoir un peu ce qu'est la vie. 


Dans l'absolu, je lui dis que je suis d'accord et, d'ailleurs, ça n'est pas si difficile que ça. Elle et moi, il suffit qu'on s'assoient à la terrasse d'un café ou sur le banc d'un parc pour avoir, tout de suite, du moins en France, 2 ou 3 prétendants.


Il est vrai que notre apparence n'est pas vraiment dans les "codes". Cette attention, ça nous plaît, bien sûr, mais ça nous fait peur également. C'est peut-être le charme slave: ça ne nous arrive pas à Moscou ou à Kiev.  Mais qu'est-ce que ça veut dire ici, à Paris? Peut-être que les hommes, en Europe de l'Ouest comme ailleurs, sont malheureux !

Et puis..qu'est-ce que ça nous apporte ? Est-ce que chaque relation nous permet, vraiment, de mieux connaître la vie ?  Est-ce qu'on ne perd pas souvent son temps ?


En fait, ça n'est pas toujours rigolo: le plus souvent, on est confrontées à de drôles de zèbres:

- des avares: du genre à faire 50 kms pour payer moins cher 1 litre d'essence ou un yaourt. Mon antidote: leur demander de m'accompagner à mon marché favori, celui des Ternes ou leur proposer un voyage pour Tokyo avec vol direct.



- des écolos: c'est à peu près la même chose que les avares, avec plein d'obsessions en plus. Mon antidote: je ne prends pas de douches mais plutôt les bains. Quant à ma voiture, elle consomme 15 litres aux 100kms. Et puis, j'aime bien éclairer à plein mon appartement ou avoir très chaud en hiver (ce sont des souvenirs d'enfance).


- des politicards:  des types pleins de rancœur et de de haine, qui pensent "à la hache", sûrs qu'ils détiennent la vérité! Mon antidote : les ringards, les ignares, c'est Mélenchon et Montebourg. Les révolutionnaires, c'est Macron et Fillon. Tant pis si vous me crachez  à la gueule parce que j'ai écrit ça.

- des puritains: des types qui n'aiment pas la façon dont je m'habille, me maquille, mes jupes, mes high heels. Mon antidote: je leur demande de m'offrir un ensemble Chantal Thomas ou Victoria's Secret, en rouge évidemment.


- des mythomanes: pleins de types auraient eu des carrières professionnelles extraordinaires,  malheureusement contrariées. Mon antidote: leur soumettre 2 ou 3 problèmes techniques.

- des artistes, des rêveurs, des intermittents du spectacles qui ne parlent que d'eux. Mon antidote: leur demander de me payer un simple café.



- des violents qui, au nom de la la libéralisation des mœurs, se croient tout autorisé.  Qui nous massacrent au point qu'on ne peut plus marcher pendant plusieurs jours. Mon antidote: leur proposer un même traitement, la prochaine fois, avec un godemichet. 

- des addictos. Je suis tolérante avec ceux qui fument, boivent et même se droguent. Ça répond aussi à une logique, une rationalité. Ce qui me gêne, c'est que leur vie toute entière s'organise autour de ça. Et puis là, je n'ai pas d'antidote.


C'est pour ça que je ne suis pas mariée et que je préfère, généralement, qu'on me foute la paix. 

Le grand malentendu,dans une relation, c'est que chacun voudrait être aimé absolument. C'est que chacun croit qu'il est, par lui-même, par sa seule présence, absolument désirable.

Je n'ai pas cette prétention et je ne veux pas, surtout pas, que l'on m'aime. Simplement que l'on me parle.


Tableaux de Hope GANGLOFF, jeune artiste new-yorkaise. Elle est assez connue aux Etats-Unis. Elle cherche à traduire "l'agonie de l'éros".

samedi 10 décembre 2016

La disparition de l'amour




On s'applique, aujourd'hui, à classer à peu près tout au patrimoine mondial de l'humanité, même la cuisine et l'art des jardins.

Il manque quand même, pour moi, une dimension essentielle: le sentiment amoureux. Faut-il le rappeler, le souligner? L'horizon premier de la culture européenne et occidentale, ça a été, longtemps, l'amour, la passion amoureuse ? Le désir amoureux comme moteur et destin de l'Occident ! La littérature ne parle que de ça et l'histoire politique elle-même (Napoléon, Louis XIV etc...) n'a longtemps reposé que là-dessus. L'amour, vérité de l'Occident !


On s'interroge beaucoup, aujourd'hui, sur l'identité européenne mais on est trop timorés pour avancer un trait remarquable. J'oserais, quand même, affirmer que l'amour, la culture amoureuse,  a été, pendant des siècles, l'enchantement de l'Europe et de l'Occident, son destin ! C'est bien différent des terres d'Islam, de la Chine, de l'Inde où les techniques sexuelles étaient, éventuellement, plus sophistiquées mais séparées de la relation sentimentale. Le génie du christianisme, ça a été de fusionner le sexe et le sentiment pour en faire l'amour.


Mais l'amour en Occident, ça n'a jamais été la vertu, la tempérance, le respect de l'ordre social. Ça a toujours été, au contraire, l'amour qui renversait les barrières, l'"Amok", la brûlante folie qui me saisissait, tout à coup, qui transformait ma vie à la suite, simplement, d'un regard échangé, d'une silhouette perçue au-milieu de la foule, d'un éclair fulgurant."Et toi que j'eusse aimée, et toi qui le savais" écrivait Baudelaire.


Cet instant extraordinaire où tout son passé, tout ce que l'on a fait, tout ce que l'on possède, ne compte plus pour rien en regard de celui/celle que l'on vient de découvrir. Cet instant où l'évidence de l'amour va transformer une vie. 



Tout ce qui nous constituait, autrefois, devient insignifiant, il n'y a plus qu'une vérité ultime: ce désir, cette passion qui me poussent vers l'autre, combattent l'isolement, déjouent toutes les frontières. Qu'importe tout le reste pourvu que je puisse continuer de trembler, de palpiter, pourvu qu'au moment de se donner, de se promettre, l'élu/l'élue conservent leur caractère magique. On bazarde tout, immédiatement et sans hésitation, pourvu qu'on puisse sortir de la grisaille quotidienne, pourvu que la rue, le quartier, sinistres dans lesquels je vis soient tout à coup transfigurés. L'amour, révolution ! L'amour, histoire !


Tout ça, ça a été, pendant quelques siècles, la merveilleuse folie de l'amour en Occident, sa vérité, son destin. Par amour, on a renversé les tables, fait l'histoire, transformé le monde.


Mais de cette vérité ultime, ne faut-il pas parler, aujourd'hui, au passé ? La passion amoureuse disparaît, progressivement, de la conscience occidentale. On ne s'en rend pas tellement compte parce qu'on est, dans le même temps, inondés d'images et de scénarios érotico-pornos.


Mais qui, aujourd'hui, est encore amoureux ? Qui est prêt à tout par amour ? Mourir d'amour, se tuer par amour, c'est devenu ridicule, risible. Plus de nuits blanches, plus d'angoisses, plus de tremblements, plus de courses-poursuites de l'amant/amante. Un ascenseur, un escalier, ça n'est plus que pour me rendre chez moi.


On est devenus des experts. Des techniques sexuelles, on n'ignore plus rien. Il n'y a plus que quelques filles hyper-coincées pour ne pas déclarer qu'elles adorent la sodomie, la fellation, le cunilingus, les sex-toys. On est prêtes à tout, à se faire défoncer de partout, on est modernes !


On n'est plus des "possédés". La passion s'est assagie, raisonnée. On est devenus de simples gestionnaires, des comptables, du désir. Le désir d'amour, le désir d'être hors de soi, ne nous habite plus. On se contente de se mettre en ménage, de partager un loyer et des factures. On a peur de l'inconnu, du bouleversement.



Et puis, on vit aux temps de l'égalité démocratique, du partage fifty-fifty et de la transparence. L'amour, aujourd'hui, ce serait l'entente, l'accord, l'harmonie, la sincérité. Un contrat en bonne et due forme entre individus responsables.

Ce serait la recette du bonheur: pas de bouleversement, pas de désordre. Sauf que l'amour, la passion, n'ont rien à faire de l'égalité, du contrat. L'amour, c'est la dissonance, la dissymétrie.


Il faut oser l'affirmer : il n'y a pas d'égalité sexuelle et il ne saurait y en avoir. L'homme et la femme ne sont pas dans une relation d'équilibre, donnant-donnant. Il y a toujours un mouvement de bascule, une inégalité, un rapport de domination. La domination, c'est l'étincelle, le coup de silex, qui provoquent la déflagration du désir, l'émergence de la passion. Je sais bien que ces propos peuvent faire hurler mais de toute manière, l'inégalité, la domination, quoi qu'en pensent les féministes, c'est toujours réversible, éminemment réversible.


Tableaux de Max ERNST (1891-1976). Un peintre majeur, pour moi.

Ce post m'a été inspiré, pour partie, par le livre récent de Hervé JUVIN: "Le gouvernement du désir".

dimanche 4 décembre 2016

De la manipulation


La manipulation, ça devient la grille d'analyse, simple et universelle, de la vie sociale et politique. 


Ce serait, d'abord, le moteur de la société de consommation et de l'infâme capitalisme. On jouerait sur nos désirs non formulés, on induirait des besoins inutiles. Surtout, on dissimulerait que ce qu'on vous vend est de la camelote ou est même carrément dangereux pour notre santé. Le pire, ce seraient les marchés financiers continuellement manipulés par quelques spéculateurs ("les gnomes de Zürich") œuvrant à l'asservissement, l'appauvrissement, des peuples.


Ça s'étend, bien sûr, à la sphère politique avec toutes les thèses complotistes. Ce sont généralement les Etats-Unis et la finance mondiale (sous entendu "les Juifs") qui, dans leur volonté de puissance inassouvissable, tireraient les ficelles d'à peu près tout. Plus c'est gros, mieux ça passe: les Twin Towers, la conquête de la lune, l'Ukraine et même Daech, tout ça, c'est du bidon, du "fake", c'est les Etats-Unis qui sont derrière. Les peuples, les "justes", seraient, évidemment, sans défense face à ces offensives dictatoriales.


Enfin, ce sont les relations personnelles, interindividuelles. Dès qu'une relation amoureuse ou professionnelle se passe mal, on a vite fait de qualifier l'autre de pervers narcissique. Psychiatriser (normaliser) la vie, on aime bien ça. Ça permet d'objectiver l'autre, ce qui est, bizarrement, aussi, une attitude perverse. Ça permet aussi, bien sûr, de se libérer de toute culpabilité, responsabilité.


La théorie de la manipulation, c'est, finalement, formidable. Ça permet de briller en société, de sembler intelligent, d'avoir l'impression d'expliquer, avec une clé très simple, des choses très complexes. La manipulation, c'est la psychologie pour les nuls.


Surtout, ça permet d'être reconnu socialement car pour être reconnu, aujourd'hui, il faut être une victime !


Mais la manipulation, je ne vais quand même pas la nier ! C'est, effectivement, l'un des jeux importants de la vie. Simplement, la manipulation, il faut avoir l'honnêteté de reconnaître qu'on en est, quelquefois, non seulement les complices mais souvent, aussi, les acteurs.

Il y a, en effet, un "bénéfice" de la souffrance qui vous exonère de toute responsabilité et puis, il y a aussi, sur un autre versant, un intérêt objectif à manipuler les autres: simplement pour pacifier les relations, pour éviter la guerre!


Moi, je le sais bien, je suis une terrible manipulatrice ! Moins naturelle, plus construite que moi, il n'y a pas ! Toujours polie, élégante, kantienne, c'est mon idéal. Mais je suis, peut-être, d'autant plus redoutable. Je ne jette jamais un amant en lui disant qu'il est nul ! Quant à mon blog, je vous manipule évidemment, chers lecteurs ! Du moins, j'en ai conscience mais suis-je, pour autant, une incarnation du Mal ?


Tableaux de Valerio ADAMI, né à Bologne en 1935. Très fort !