samedi 14 novembre 2015

HELSINKI


Je vous écris, aujourd'hui, d'Helsinki où je suis en vacances pour une semaine. Helsinki, mais t'es folle d'aller là-bas, m'a-t-on dit ! Ça n'a aucun intérêt, surtout en novembre. 

Effectivement!  Mais ce sont, justement, les pays sans grand attrait touristique qui m'attirent. J'aime les endroits moches, décriés, sinistres. J'arrive, toujours, à y percevoir une atmosphère, une ambiance, un mystère..., bref quelque chose de moins fabriqué qu'ailleurs.


On peut me rencontrer, aujourd'hui, dans un chouette hôtel: le Glo Art avec une architecture Art Nouveau. C'est très singulier, accueillant. Ça me convient tout à fait pour rêvasser! Heureusement parce qu'il fait tres sombre et que l'ambiance extérieure est, effectivement, lugubre. Sortir, il faut du courage! 


La Finlande, c'est sûr que je n'y connais, moi-même, à peu rien de rien: tout juste, le musicien Sibelius, l'écrivain Paasilinna, le cinéaste Kaurismäki. Le pays a longtemps été sous domination suédoise puis russe, mais l'influence scandinave demeure préponderante.







Mais c'est un pays qui semble  étrangement paisible. On y a l'impression d'une espèce de bonheur de vivre. C'est riche, calme, sans soucis... A méditer au moment où j'apprends les attentats parisiens. Jusqu'à quel niveau de sécurité allons nous désormais aspirer, au détriment éventuel de la démocratie ?



Tableaux du peintre symboliste finnois (le plus célèbre avec Hugo SIMBERG): Akseli GALLEN-KALLELA (1865-1931)

Il faut excuser mes multiples fautes. J'ai du me rabattre sur un clavier finnois et, croyez-moi, ce n'est pas facile.

dimanche 8 novembre 2015

La fièvre de l'Or


L'argent, ça semble complètement neutre, le simple instrument des échanges. Mais il faut bien constater qu'on entretient tous, avec lui, des relations ambiguës, passionnées, même sous une apparente indifférence. Surtout, l'argent, c'est, souvent, le support, aujourd'hui, de notre identité dans les relations sociales. Dis-moi combien tu gagnes !

Dans les couples, c'est, déjà, le principal fauteur de troubles. De sinistres relations d'assujettissement s'établissent, comme ça, dans les quelles l'argent est vecteur de reconnaissance ou de déni. Il y a un gagnant et un perdant; il y en a toujours un qui tient les cordons de la bourse et qui humilie l'autre pour son insuffisance ou son impécuniosité. 

Dans les simples relations sentimentales, vous n'avez évidemment rien à dire si vous n'avez pas de fric: vous êtes, de toute manière, prêts à tout, même à vous faire violenter, si vous êtes inscrits à Pôle-Emploi..

Mais ça n'est pas facile, non plus, si vous êtes un peu riche et une fille. On s'acharnera, bien vite, à vous démonter. Votre fric, c'est, de toute manière, incongru, accidentel ! Et on vous fuira ou vous dégommera. Il n'y a que les nazes qui s'accrocheront. Peu importe !


A titre personnel, les gens les plus détestables, c'est d'abord les avares, les Harpagons. Ils sont aussi affreux que les écologistes (mais c'est, en général, très lié, l'écologie, ça n'est jamais que la forme moderne, sordide, de l'avarice). Les avares, ils croient, d'abord, à la valeur absolue de l'argent (c'est leur grille de lecture, unique, du monde). Ensuite, ce sont des jaloux (et les jaloux sont, aussi, des avares). Les jaloux, les avares, je les ai en horreur avec leur désir de possession exclusive et l'incapacité de partager. Et puis, ils vivent dans la suspicion permanente des autres. Les autres, ils comploteraient, sans cesse, pour déposséder et les avares et les jaloux. C'est la défiance permanente, l'incapacité totale d'amour. Pour les grippe-sous, les jaloux, il s'agit d'abord de soutirer le plus que l'on peut à autrui et pour cela de ne pas hésiter à le duper. Un avare, un jaloux, ça me fait vomir, je voudrais tous les flinguer !


Il y a aussi les envieux qui me terrifient. Ils sont différents des avares et des jaloux. Ils n'ont, pas forcément, pour préoccupation première l'accumulation. Ce sont les personnes que je rencontre le plus ! Ils me pompent, me harcèlent ! Je suis sans cesse courtisée par des envieux. Il faudrait que je leur consacre tout mon temps, que je baise, sans hésitation, avec eux. Pitié ! Arrêtez ! Foutez-moi la paix et je sais bien, d'ailleurs, que vous me plaquerez, instantanément, si, un jour, je me casse la gueule et c'est d'ailleurs ce dont vous rêvez.

Les envieux, ils vivent dans la compétition, la rivalité. Les envieux, ils fantasment moins sur l'argent que sur celui qui le possède. Ils sont prêts à le dévorer. Ils supposent que le riche éprouve une jouissance dont ils sont exclus. Les envieux, ils veulent être moi, exercer ma puissance supposée. Ils croient au pouvoir de l'argent. L'argent, il ouvrirait à une infinité de plaisirs. C'est notamment la vision du Marquis de Sade: on jouirait d'autant plus qu'en serait exclue la multitude.


Chaque jour, comme ça, je suis confrontée à des regards qui me signifient que l'on ne veut pas seulement me baiser, ce qui est anodin, mais surtout être moi, épouser, sans scrupules, mon identité, ma saloperie, mes horreurs, pourvu que l'on puisse jouir comme moi. Tout ça, parce que j'ai un peu de fric. C'est terrifiant, effroyable !


L'argent, c'est pourtant de ça dont j'ai cherché à me libérer dans ma vie. J'ai toujours voulu que ce ne soit pas un problème: ne pas avoir à compter, calculer, faire des budgets. Pouvoir aller à Tokyo ou à New-York quand la fantaisie m'en prend, m'acheter la bagnole, les bouquins ou les fringues dont j'ai envie. Ne pas être soumise, surtout, à un imbécile qui se croira plus riche que moi. Vis à vis de l'argent, j'ai, donc, choisi l'indifférence absolue.C'est donc, probablement, pour ça que j'ai choisi, d'une manière qui peut sembler paradoxale, d'exercer des fonctions dans la finance.


Je vais peut-être choquer mais je ne consulte, à peu près jamais, mon compte en banque. Je suppose que c'est suffisant. Idem pour mes positions en Bourse. J'achète, un jour, plein d'actions d'une société et, après, je m'en désintéresse. C'est seulement au bout de quelques mois que je commence à regarder où ça en est. C'est peut-être une méthode bizarre mais ça marche très bien aussi. 

De toute manière, pour gagner, il faut être sûr de ne jamais être déçu!  Il y a l'argent que je gagne par mon travail et il y a l'argent somptuaire que je peux accepter de perdre entièrement.

N'être jamais déçu, ça peut être un principe général de conduite de sa vie. Et pour gagner un jour, il faut, croyez-moi, ne jamais calculer, être absolument indifférent à la perte ou au gain. C'est comme ça qu'on se sent hors d'atteinte, inaccessible au malheur ou au triomphe, être capable de devenir, tour à tour, sans émotion aucune, riche ou pauvre.







Images de la Sécession Viennoise et, évidemment, de Gustav KLIMT et Koloman MOSER, tableaux évidemment inspirés par la représentation de l'or.

Je recommande par ailleurs le livre récent et très intelligent de Patrick AVRANE: "Petite psychanalyse de l'argent".

Je me suis, enfin, évidemment réjouie de l'attribution du prix Goncourt à Mathias Enard pour "Boussole".J'avais évoqué son bouquin dans mon post du 4 octobre dernier. C'est très puissant, étonnant, troublant et surtout ça donne une autre vision de l'Orient, porteur de rêves, de sensualité et de raffinement !

dimanche 1 novembre 2015

Maintenant et à l'heure de notre mort



La Toussaint puis le Jour des morts..., je m'habille avec attention ces jours là, peut-être plus qu'à l'accoutumée: escarpins, jupe courte, collant avec de jolis motifs, veste noire et chemisier blanc, maquillage soutenu. Une symbiose, une palpitation commune de l'érotisme avec la mort, c'est un cliché mais c'est vrai qu'on est toujours fascinés par le basculement. 



En général, je me rends au cimetière de Passy, face au Palais de Chaillot. Je m'arrête devant la tombe gigantesque de Marie Bashkirtseff. Sinon, c'est le Père Lachaise et la tombe de Sadegh Hedayat; elle est étrangement située tout près de celle de Marcel Proust mais est-ce que les gens qui s'arrêtent devant la tombe de Proust remarquent celle de Sadegh Hedayat ?  Il y a aussi, tout près de chez moi, le cimetière des Batignolles (Leon Bakst, Blaise Cendras) ou celui de Montmartre (Waclaw Nijinski). Quand je suis très courageuse, je vais à Montmorency où se trouve le cimetière polonais (Cyprian Norwid, Adam Mickiewicz, Olga Boznanska) ou au cimetière russe de Sainte Geneviève des Bois (Andreï Tarkovsky, Rudolf Noureev). 


Dans le monde slave, on continue d'entretenir une relation de proximité avec la mort. Les cimetières sont encore des lieux très fréquentés, de rencontre, d'échanges, de dialogues. On apporte plein de choses, pas seulement des fleurs et même, quand on est orthodoxes, de la nourriture (des pommes) voire de la vodka. La vie jusque dans la mort. Surtout, on fait brûler une multitude de bougies et c'est un spectacle extraordinaire au mois de novembre: de grands lacs de feu auprès des villages.

Mais c'est vrai aussi que rien n'est plus déprimant que de visiter un cimetière russe ou ukrainien. On a vraiment l'impression qu'on meurt, au plus tard, à 45 ans. La mortalité prématurée, ce n'est pas seulement une donnée statistique, ça recouvre aussi une foule d'existences effroyables minées par le désespoir et la folie. Là-dessus, je recommande la lecture du grand roman contemporain russe de Roman Sentchine: "Les Eltychev".


Cette relation des Slaves avec la mort contraste beaucoup avec l'Europe de l'Ouest ou les Etats-Unis où le spectacle de la mort est désormais quasiment interdit. D'abord, on parque les vieux dans d'abominables maisons de retraite où on les soumet à une discipline carcérale. Et puis, on les convainc de se faire incinérer pour être sûrs qu'il n'y aura plus aucun échange symbolique avec eux et qu'ils auront complètement disparu. Dehors, les morts ! Cessez de perturber les vivants !


Mais il est vrai qu'on annonce l'avènement prochain du transhumanisme. Ça devrait en effet séduire beaucoup de gens dans les années à venir. C'est la vision prométhéenne de Google. Bientôt, peut-être dès 2030, on pourra télécharger son cerveau sur un serveur. On deviendra comme ça immortels. En plus, on sera libérés de toutes les contraintes d'un corps, sa pesanteur, ses souffrances, sa sexuation. Tout ce qui est imparfait, inachevé, tous nos manques, sera aboli. Aucun défaut, on sera bien mieux que les hommes actuels. On pourra même probablement communiquer en toute transparence: plus aucune hésitation, plus aucune ambiguïté... mais peut-être aussi plus d'art, de poésie.



L'immortalité, ce serait, probablement, la mort de la culture humaine, de toutes les formes et expressions symboliques que nous avons élaborées dans le prolongement de nos insuffisances et de nos manques. C'est pour ça qu'on pourrait bien mourir d'être immortels, selon l'expression de Nietzsche.


Tableaux de Pierre Puvis de Chavannes (1824-1898), Arnold Böcklin (1827-1901), J.W. Waterhouse (1849-1910), Oskar Zwintscher (1870-1916).

Sur le thème de la mort, je renvoie au livre de Jean Baudrillard: "L'échange symbolique et la mort".

dimanche 25 octobre 2015

De la bêtise en politique


Ce sont, aujourd'hui, les élections, à la Diète et au Sénat, en Pologne. Même si je ne suis pas Polonaise, je suis ça avec attention (j'essaie de lire, tous les jours, "Gazeta Wyborcza") parce que ça me dépayse et qu'il y a plein de candidats frappadingues, inconcevables partout ailleurs, comiques et sinistres à la fois. Il y aurait matière à réaliser un film, surréaliste et délirant, sur les élections là-bas; malheureusement, il y aurait, aussi, des problèmes, quasi insurmontables, de traduction. 


Les élections polonaises, ça n'intéresse, bien sûr, personne en France. La Pologne, on ne sait pas ce que c'est, on ne sait même pas si ça existe, c'est "nulle part", comme le disait, si bien, Alfred Jarry.    
Peu importe si le pays va, probablement, se retrouver, demain, sous la coupe d'obscurantistes religieux (on dit, en polonais, qu'on va se réveiller, demain, avec le doigt dans le pot de chambre) mais, à vrai dire, est-ce que c'est si grave ? 



Le poids de l'Eglise, même si ça évolue beaucoup, demeure, en effet, très fort, dans toute l'Europe Centrale et pas seulement en Pologne. A première vue, c'est, évidemment, un symptôme d'arriération. On parle même d'un nécessaire renouveau moral. Et c'est sûr qu'il y a de grands tabous: le catholicisme, la nation (la Pologne, l'Ukraine) et puis des questions hyper-sensibles: Smolensk, la Russie, l'avortement, les gays, les trans.On peut, éventuellement, s'assassiner, les uns les autres, là dessus. Etrangement, ce ne sont pas, non plus, des pays de répression intégrale: j'éprouve même une étrange sensation de liberté en Pologne ou en Ukraine.


Moi, j'ai évidemment en horreur les religieux. Mais je constate, quand même, une chose: les religieux sont, en Europe Centrale, plus bêtes que méchants et on s'est malgré tout extirpés, grâce à eux, du communisme et on a échappé à l'extrême droite. 


En France, la vie politique, c'est complètement différent. On est beaucoup plus intelligents, plus éclairés. La religion, on sait que c'est une rigolade. On est beaucoup moins bêtes mais aussi beaucoup plus méchants, tellement on est pleins de certitudes.


Mais c'est comme ça aussi que le populisme fonctionne à plein avec des affreux, des super-méchants, des grandes gueules, suffisants et insuffisants : Dufflot, Montebourg, Le Pen, Mélenchon. Des populos-démagos qui me glacent. Des religieux bornés eux aussi, avec, simplement, un autre masque.


Ce qui m'étonne comme ça, en France, c'est qu'on est tous absolument anti-capitalistes et tous les partis, de droite comme de gauche, se rejoignent là-dessus. Le capitalisme, ce serait l'horreur absolue; la mondialisation libérale, ce serait une catastrophe totale, la misère, les inégalités, l'essentiel de la richesse accaparé par quelques individus. De plus, le capitalisme serait le responsable pas seulement de la misère économique mais aussi de tous nos maux, psychologiques, amoureux. Toutes nos déprimes, tous nos chagrins, il en serait également comptable.


C'est vrai que c'est rassurant de pouvoir désigner un grand Autre, l'ultra-libéralisme, les marchés financiers, à qui imputer tous nos malheurs.On est exonérés de toute responsabilité, on n'est que les pauvres victimes d'un hyper-capitalisme dominé par quelques grands prédateurs. Il est d'ailleurs significatif qu'en France, pays pourtant fortement laïcisé, on semble adorer le Pape François, ce super démago, "apôtre infatigable et ultramédiatisé de l'antilibéralisme et de la décroissance". Comme l'écrit férocement, mais avec justesse, l'économiste Pierre-Antoine Delhommais, le Pape François est "tellement ami des pauvres qu'il préfère visiblement les voir rester dans leur situation misérable pour pouvoir continuer à leur apporter son précieux soutien moral."  

Evidemment, défendre le capitalisme et le libéralisme, ça n'est pas facile en France. On risque de se faire lyncher par une meute d'altermondialistes et on ne peut même pas dialoguer: essayer d'apporter des arguments rationnels (que la pauvreté et les inégalités ont, par exemple, considérablement diminué dans le monde au cours de ces 25 dernières années et que le mouvement devrait se poursuivre) est à peu près stérile.

Néanmoins, j'ai confiance. Ce n'est pas encore demain que l'on parviendra à abattre le capitalisme. Comme l'avait bien vu Marx et comme l'a génialement développé Gilles Deleuze ("Capitalisme et schizophrénie"), le capitalisme a une extraordinaire puissance révolutionnaire propre, capable de balayer tous les archaïsmes. Il a toujours un temps d'avance sur les réactionnaires et les passéistes.


Tableaux de Maksymilian Nowak-Zemplinski né en 1974 à Varsovie

samedi 17 octobre 2015

De l'angoisse sexuelle


L'amour et la sexualité, on affirme aujourd'hui que ça serait la félicité absolue. Ça serait cool et fun, une simple partie de plaisir. D'ailleurs, on est de plus en plus décomplexés là-dessus, coucher ça ne pose vraiment pas de problème, on peut faire ça pour, simplement, s'éclater. Quant à la nudité, il n'y a vraiment plus que les hyper-coincés pour s'en offusquer.


Ça, c'est la vision récurée, aseptisée, de la sexualité que l'on cherche, à tout prix, à promouvoir: une hygiène et un simple amusement. Le sombre, le cruel, on l'évacue à toute force. La sexualité, on voudrait, aujourd'hui, l'intégrer dans des mœurs policées, ludiques (être plurisexuel ou échangiste, c'est le nouveau mot d'ordre), mais je crois que ça n'est tout simplement pas possible.


Parce que, tout de même, quoi qu'on en dise, rencontrer quelqu'un, faire l'amour avec lui, ça n'est pas si anodin que ça. C'est porteur d'une angoisse terrible, c'est le déchirement de son intimité, le dévoilement de son horreur (ses excrétions, ses odeurs, ses imperfections physiques: ai-je un joli string, suis-je complètement épilée, est-ce que mes seins ne sont pas ridicules, est-ce que je ne débute pas mes règles, est-ce que je ne vais pas tomber enceinte ou attraper le SIDA, est-ce que je suis prête à me faire sodomiser, est-ce que je ne vais pas me faire massacrer au point de ne plus pouvoir marcher pendant 15 jours ?). Il y a, en effet, une violence primitive, sauvage, de la sexualité. La sexualité est forcément "obscène". Une part cachée, "maudite", inassimilable.


Et puis, ça vous bouleverse toujours parce qu'on n'est vraiment pas des anges. C'est une agression réciproque de l'homme et de la femme et c'est fait de jeux de domination, humiliation. L'égalité démocratique en matière sexuelle, c'est une rigolade! Le ressort de l'attirance et de l'excitation sexuelle, ça n'est pas l'identification, la compassion mais c'est la haine de l'autre sexe. C'est la peur, l'angoisse, l'hostilité vis à vis de l'autre (de la femme, de l'homme) qui nous excitent, nous font bander ou mouiller. 


Ça n'est rien d'autre que ça ! Il y en a toujours un qui asservit l'autre. Ça n'est d'ailleurs pas obligatoirement l'homme qui est l'agresseur et on a, probablement, tous expérimenté, dans nos aventures amoureuses, des jeux alternés de domination et d'humiliation. Les femmes peuvent être au moins aussi atroces que les hommes. En fait, il faut bien reconnaître qu'on n'aime pas tellement les gentil(le)s et qu'on préfère ceux (celles) qui vous en font baver. Mais on aime bien, aussi, violenter l'autre et le manipuler; ça en dit long sur la supposée bonté innée de l'homme. On aime la guerre !

Moi je reconnais que j'ai décidé de sortir de ce jeu et je suis devenue complètement odieuse, infecte, infâme. J'en ai eu marre de me faire humilier et j'ai, un jour, décidé de devenir une dominatrice, en l'occurrence une vampire. Facile: j'ai tous les attributs reconnus: le fric, le pouvoir et même, je crois, la beauté, la jeunesse.


Ça m'a libérée de mes angoisses, déculpabilisée. Oui ! Il n'y a pas plus forte que toi ! On ne peut que s'agenouiller devant toi ! C'est toi qui baises et ce n'est pas toi que l'on baise !


Ça marche mais pas complètement !. Etre odieuse, ça n'est pas complètement satisfaisant et je ne peux pas non plus m'empêcher d'aimer les gentils, les humbles, les déshérités! Je suis, aussi, heureuse quand j'ai fait l'amour avec un vieux, un pas beau, un fauché !



Tableaux d'Ewa PELLO, artiste polonaise née en 1961 à Lezajsk (i.e. tout à fait à l'Est). J'aime bien sa noirceur !

Dans le prolongement de mon post, je recommande  les ouvrages du grand psychanalyste américain Robert STOLLER (1924-1991) et notamment : "L'excitation sexuelle" et "La forme érotique de la haine".

dimanche 11 octobre 2015

Du mensonge au quotidien


Il y a un paradoxe: dans nos sociétés, on est soumis à une injonction collective, très forte, de transparence, authenticité, vérité; mais il faut bien reconnaître qu'on ne s'y conforme pas trop et qu'on a, même, de plus en plus, tendance à mentir.


La vérité, c'est, même, qu'on est devenus des menteurs invétérés. C'est la pression sociale, le souci du paraître, la considération accordée aux gagnants. Comme ça, on n'hésite pas à mentir énormément sur:

- son statut professionnel; on bidonne d'abord son CV: on a fait d'obscures études dans de grandes écoles inconnues de gestion / management / coaching; on a des masters à bac + 10; ensuite, on se présente comme quelqu'un d'important dans sa boîte, un rouage essentiel à fortes responsabilités.

- sa rémunération; là, ça dépend de l'interlocuteur. Tantôt, on se déclare quasi-smicard, c'est une honte, un scandale tellement on nous exploite. Tantôt, on déclare émarger à plus de 10 000 euros mensuels. De toute manière, l'argent, on est au-dessus de ça.

- son implication au travail; on est forcément des héros sans lesquels tout s'écroulerait. On se donne totalement à son boulot, on se tue complètement. La preuve: on balance des mails à 4 heures du matin, le dimanche. On est respectés, adorés, appréciés par ses chefs, ses collègues.


Evidemment, sur tout ça, il y a souvent un abîme entre ce qu'on déclare et la réalité.


Le pire, c'est, bien sûr, dans la séduction amoureuse. Soi-même, on est quelqu'un d'extraordinaire. On n'a que des qualités; surtout on est des purs ! Rien de vicieux, de méchant en nous. Sur son passé amoureux, on est très prudents. On ne va, bien sûr, pas raconter qu'on est prude ou cynique, qu'on a multiplié les amants ou alors qu'on est quasiment vierge. On se tient donc dans un juste milieu et on raconte qu'on  a été, jusqu'alors, malheureuse, insatisfaite. On ne va tout de même pas dire qu'on ne s'est jamais fait sodomiser et qu'on n'aime pas la fellation ou alors, au contraire, qu'on s'est fait, effroyablement, culbuter et qu'on en a vu de toutes les couleurs et qu'alors on cherche simplement, aujourd'hui, à échapper à l'ennui de la vie et qu'à ce titre, à peu près n'importe quel chien coiffé peut faire l'affaire.


La vie sociale, relationnelle, amoureuse, n'est, comme ça, qu'un empilement de mensonges, petits et grands. Il faut avoir le courage de le reconnaître. En ce qui me concerne, rien ne m'insupporte plus que les gens qui prétendent ne jamais mentir.


Du reste, le mensonge n'est pas, absolument, condamnable. On construit sa personnalité dans l'opposition, c'est à dire en apprenant à mentir. Un enfant qui ne dirait que la vérité n'aurait tout simplement aucune individualité. Les gens les plus intelligents sont les plus grands menteurs. La transparence est réductrice, destructrice. Mentir, c'est aussi une démarche créatrice, celle d'un rebelle qui refuse les codes imposés.


Mais ce qui est effrayant, aujourd'hui, c'est qu'on ne ment plus pour séduire ou s'affirmer mais, simplement, pour se conformer à tous les idéaux sociaux. On ment par conservatisme et non par esprit de subversion. On est broyés, écrasés, par les codes de bonne moralité et de réussite sociale. Notre ambition, c'est le conformisme: devenir personnalité médiatique, cadre d'entreprise, prof, écolo-responsable, alter-mondialiste, contre "la Finance" et l'Hyper-Capitalisme, exemplaire, vertueux, plein de compassion affichée, dégoulinant de bonté. Rien que des foutaises, quoi... mais pour lesquelles on est prêts à toutes les servilités et mensonges !


Tableaux d'un jeune peintre polonais : Henryk LASKOWSKI. Il est, fortement, inspiré par Magritte. C'est pour ça que je l'ai choisi. Magritte, c'est, en effet, le grand peintre de l'apparence, du mensonge et de l'ambiguïté. Mais tout le monde connaît, maintenant, ses tableaux par cœur.

Sur le thème du mensonge, je renvoie, par ailleurs, à un film bulgare: "Avé" de Konstantin BOJANOV (sélection Cannes 2011) dont le slogan est: "Plus elle ment, plus on l'aime"; et, aussi, au livre d'Emmanuel Carrère "L'adversaire" consacré à Jean-Claude Romand. Mais surtout, bien sûr, le plus grand livre consacré au mensonge amoureux, social, est "La recherche du temps perdu" de Marcel Proust. Sur cette question, il faut lire l'extraordinaire bouquin de Gilles Deleuze: "Proust et les signes".

Et à propos de cinéma, je vous conseille: "Sous-sol" d'Ulrich SEIDL et "Asphalte" de Samuel Benchetrit.

Je me suis enfin réjouie de l'attribution du Prix Nobel de la Paix au "Dialogue" tunisien et du prix Nobel de littérature à Svetlana Alexievitch. Si vous ne la connaissez pas, je vous conseille de lire son article publié dans le Monde du 14 mars 2014:  www.lemonde.fr/idees/article/2014/03/14/poutine-et-les-bas-instincts_4383478_3232.html