Mais on n'y prête guère attention en Europe de l'Ouest. Et d'ailleurs, on confond généralement le jour des morts (le 2 novembre) avec la Toussaint (le 1er novembre).
Les morts, on veut les oublier et les effacer bien vite, les réduire à de simples images, des albums souvenir.
Dire que la société de consommation se construit sur le déni de la mort, c'est une banalité.
En fait, ça va bien au-delà: le déni de la mort, le rêve d'immortalité, est aussi un mépris des corps. Les corps, on n'y attache plus guère d'importance, on peut les manipuler, les triturer, voire les faire disparaître. On dit qu'ils ne fonderaient plus notre identité personnelle et sexuelle.
Déjà, les cimetières sont appelés à disparaître. Presque tout le monde se fait maintenant incinérer. Il est facile d'invoquer des problèmes de place disponible ou d'hygiène. Il n'y a que les Juifs et les Musulmans qui refusent encore cette pratique.
Et puis on exhibe de moins en moins son corps, on cherche à le dissimuler. Pour une femme, il y a longtemps que l'ère des jupes, des high-heels, du maquillage, est révolue. On préfère les vêtements informes, passe-partout, on cherche à être des petites souris grises. Ne pas se faire remarquer, c'est la préoccupation première même si on la justifie par un souci de tranquillité. Le puritanisme n'a pas seulement envahi nos cœurs, il a aussi envahi nos apparences.
D'ailleurs, on n'aime pas nos corps. On les juge imparfaits, mal fichus, plein de défauts, presque obscènes.
D'où le recours croissant à la chirurgie esthétique.
D'où l'intérêt accru, aussi, pour les "pensées" spiritualistes: le bouddhisme, le yoga, le développement personnel, la psychologie positive mais aussi les Cathares, la Gnose et les Bogomiles.
On voudrait maîtriser intégralement son corps, se libérer de sa cage, on voudrait devenir de purs esprits.
C'est d'ailleurs l'avenir qui nous est promis avec le transhumanisme. Il suffira bientôt de télécharger les processus de sa conscience pour accéder à une immortalité débarrassée des aléas du corps.
Le transhumanisme, ce sera un monde sans sexe.
Mais on a, à vrai dire, déjà atteint ce stade avec la théorie du genre, importée des Etats-Unis avec Judith Butler et ses nombreux comparses, en passe de devenir l'idéologie officielle. Il faudrait surtout bien comprendre que notre identité personnelle et sexuelle n'a rien à voir avec notre sexe anatomique. Et d'ailleurs, parler encore aujourd'hui de transsexuels plutôt que de transgenres est non seulement ringard mais profondément réactionnaire. Il n'y aurait, en effet, pas seulement deux sexes, le masculin et le féminin, mais une éventuelle multiplicité. L'homme, la femme, ce ne sont que des constructions sociales, des effets de discours. Il y aurait plutôt une fluidité dans le genre qui permet de passer, avec aisance, d'un sexe à l'autre. C'est le genre qui fonde le sexe et non l'inverse. C'est la conviction personnelle, l'esprit, qui l'emporte sur le corps.
Ces élucubrations me laissent un peu sceptique. Que le modèle hétérosexuel soit obsolète, je veux bien le reconnaître. Mais est-ce que ça peut faire rêver l'autre modèle proposé par le mouvement LGBT, celui du transgenre ? L'abolition de la dualité homme-femme, ça m'apparaît sinistre: se construire uniquement par rapport à soi-même, dans la seule réalisation de ses fantasmes, ça ne débouche que sur l'exaltation narcissique et ça a vite fait de sombrer dans un kitsch à la Conchita Wurst. C'est peut-être même totalitaire parce que refuser l'altérité, c'est aussi refuser la rencontre, l'incertitude, tout ce qui peut vous bouleverser, déstabiliser, remettre en cause; bref, c'est refuser l'amour.
Délivrez-nous de nos corps et de nos sexes, c'est cela le rêve des écoles transhumanistes et transgenres.
Et c'est en bonne voie puis qu'avec la P.M.A. (procréation médicalement assistée), la reproduction est désormais dissociée de la sexualité. Bientôt, on pourra totalement s'en passer et se dupliquer tous selon notre bon vouloir.
Les corps disparaissent donc, ils s'effacent de nos consciences.
Mais on assiste peut-être à une petite rébellion. J'en veux pour preuve l'extraordinaire mode du tatouage qui commence à toucher toutes les classes et tous les âges. On a rarement noté que c'était concomitant avec l'effondrement des religions promettant la résurrection des corps. Est-ce que le tatouage n'a alors pas pour fonction de sortir le corps de son insignifiance, de lui redonner sens, de lui permettre de recouvrer son statut de corps glorieux ?
Images de Franciszek STAROWIEYSKI (1930-2009), célèbre affichiste polonais.
Comme je recense, dans ce post, beaucoup de mes préoccupations vampiriques, j'ai placé, en exergue, une image iconique de moi-même, confondante je vous l'assure.








































