samedi 18 mai 2019

Regards persans : la vie publique


Revenir en Iran, c'était bien sûr très émouvant pour moi. Comme un retour à ma prime jeunesse, à une époque où mes parents vivaient encore: un monde qui apparaissait plus sûr, un paradis qui réservait ses instants de magie (les montagnes gigantesques, la neige, le désert de pierre, l'air électrique, les fleurs printanières) .



Mais le risque, c'est de s'abandonner à la nostalgie. Car il faut bien le constater: presque tous les éléments du passé sont irrémédiablement effacés. Comment reconnaître, dans l'enfer urbain qu'est devenu Téhéran, la ville que j'ai connue, qui ménageait encore quelques havres de paix ? Et puis les maisons où j'ai vécu, l'école où je suis allée, ont disparu, rasées pour faire place à des constructions modernes à multiples étages et façades de verre.


La seule attitude possible vis-à-vis de son passé, c'est en fait de ne pas s'exténuer à rechercher ses traces, à essayer de retrouver ses vestiges. De toute manière, il est révolu: plus rien ne sera jamais comme avant. NEVERMORE !



La seule démarche cohérente, c'est peut-être d'essayer de comprendre comment ce passé nous a façonnés, comment il s'exprime en nous aujourd'hui, d'une façon que nous seuls pouvons percevoir. Je dis parfois à des Français que je suis un peu Persane. Vu mon apparence peu orientale, ils me jugent toquée mais je sais bien, néanmoins, que c'est vrai.


Voici du moins quelques éléments que j'ai retenus de la vie sociale en Iran et qui continuent d'imprimer mon comportement.


1) D'abord, l'espace public y est un véritable espace public. Je pense que le visiteur, le touriste, ne peuvent qu'être surpris de l'extrême facilité avec la quelle les Iraniens s'interpellent, échangent et dialoguent dans la rue, les transports, les commerces. Chaque rencontre fortuite devient prétexte à long échange, sur la vie, sur le monde, sur la politique. C'est même possible entre hommes et femmes aujourd'hui sans que cela donne lieu à interprétation sexuelle. Ces échanges urbains, ça existe aussi un peu en Russie mais c'est souvent sur un mode agressif, pour le plaisir de se quereller, tandis qu'en Iran, c'est une grande gentillesse qui prévaut, on semble vraiment s'intéresser à vous.



Cette convivialité publique, je trouve ça formidable même si on peut se sentir épuisés en fin de journée. Ça témoigne d'une véritable attention à l'autre quel que soit son statut social. Ça me manque en Europe: essayez donc d'adresser la parole à votre voisin dans le métro ou d'engager une conversation dans la rue, on vous prendra tout de suite pour une folle ou une allumeuse. Ce sera tout de suite interprété comme une invite sexuelle.



2) Mais ce que j'aime le plus en Iran et qui continue de m'influencer, c'est le Taarof. C'est la forme de politesse et de courtoisie persane qui combine code d'honneur et considération accordée à l'autre. Ça s'exprime dans les multiples échanges de la vie quotidienne. Il est ainsi très fréquent que le chauffeur de taxi, le coiffeur, l'artisan etc..., vous déclarent que ça a été un honneur de s'occuper de vous et que leur prestation est donc gratuite. Ou bien, quand on est invité dans une famille, l'hôte vous propose tout ce qu'il a dans sa maison. Ou alors, quand vous faites une queue, chacun supplie l'autre de passer devant, ce qui fait que tout le monde reste immobile.


Il ne faut bien sûr jamais accepter d'emblée car il ne s'agit pas d'une offre véritable.

Il faut toujours refuser en faisant, en réponse, la louange de votre interlocuteur. Mais ça peut donner lieu à beaucoup d'échanges et on peut donc penser que ce fichu Taarof fait perdre un temps infini. Peut-être ! Mais je vois personnellement dans cette pratique du Taarof une forme supérieure de politesse qui valorise entièrement l'autre, en fait une personne éminemment respectable.



Confrontés à cette pratique, les Occidentaux commettent bien sûr des impairs presque à chaque fois.

De même, ils ne comprennent pas que les Iraniens ne leur disent jamais que quelque chose est impossible. C'est toujours oui, jamais non. Alors, ils les soupçonnent d'être menteurs quand la réalité vient les rattraper.

En réalité, il s'agissait d'être polis avec eux, de ne pas les décevoir et les attrister lorsqu'ils avaient exprimé un désir.


Je me rends compte, même si c'est plus ou moins conscient, que je manie souvent le Taarof dans mes relations sociales en France. Évidemment, c'est rarement compris ou plutôt, ça entretient de fausses idées dans l'esprit de mon interlocuteur et le plonge souvent dans la perplexité. Mais tant pis, je n'ai pas envie de me défaire de cette pratique même si elle peut être jugée hypocrite. Il faut simplement faire effort pour me décrypter.



3) J'évoquerai enfin la relation entre les hommes et les femmes en Iran. Évidemment, déclarer que les Iraniennes ne sont pas si malheureuses que ça pourra sembler de la provocation dans un pays où une tenue vestimentaire incorrecte peut vous faire condamner pour "incitation à la débauche", où la prostitution, l'adultère et les relations lesbiennes sont passibles de la peine de mort, où il est interdit de chanter sur scène, où il faut une permission du mari pour voyager à l'étranger, où les lois relatives à l'héritage, au divorce, aux affaires pénales sont iniques.


Mais on le sait bien, les Lois n'expliquent pas tout et ne rendent qu'imparfaitement compte de la réalité du vécu d'un pays. Les aménagements, les accommodements sont multiples. Les Lois n'existent en fait que pour être détournées, contournées.


Bien sûr donc que c'est affreux la condition de la femme en Iran mais pas complétement. Je retiens d'abord que les Iraniennes sont éduquées, plus nombreuses que les hommes dans les universités et les écoles supérieures. Et puis, il y a une forte présence féminine dans les arts et les lettres: les réalisatrices Samira Makhmalbaf et Marjane Satrapi, l'actrice Golshifteh Farahani, de nombreuses peintres et  photographes...


C'est vrai, bien sûr, qu'en Iran les sexes sont strictement séparés. Il y a le monde des hommes d'un côté et celui des femmes de l'autre. Deux mondes qui communiquent peu avec des préoccupations, des goûts, des activités, des centres d'intérêt très différents. C'est inauguré avec l'absence de mixité à l'école et ça se concrétise dans la vie quotidienne jusque dans les bus, les métros, les piscines, les plages.



Mais personnellement, ça ne me dépayse pas trop. Il est fréquent de croiser dans les villes iraniennes des groupes joyeux et bruyants de jeunes filles qui sortent ensemble pour s'amuser, faire la fête dans un café ou un restaurant. Ça me rappelle alors furieusement le Japon ou... l'Ukraine et la Russie.


La séparation des sexes, ça ouvre aussi des espaces de liberté insoupçonnés.


Dans les pays occidentaux, on idéalise l'amour et le rapprochement, voire l'identité des sexes. Mais ça prend, généralement, une forme dévorante, destructrice. L'idéal, ce serait de rencontrer quelqu'un qui vous soit semblable en tous points, qui vous ressemble. Mais on ne semble pas se rendre compte qu'il s'agit d'une revendication exorbitante qui aboutit à une vampirisation commune, à un assujettissement de l'un par l'autre.



Dans les pays où les sexes sont séparés, et notamment en Iran, on est libérés de ce type de préoccupations fusionnelles. On ne demande pas aux hommes de voir le monde comme nous et c'est très bien comme ça. Chacun peut finalement faire ce qui lui plaît sans la pression réprobatrice de l'autre.


On gagne finalement en autonomie. Chacun fait de son côté ce qui lui plaît sans avoir de compte à rendre. La vie d'un couple n'est donc pas forcément oppressante car chacun a son domaine réservé.


Pour les filles, c'est d'abord l'expression corporelle et vestimentaire qui est privilégiée. C'est peu dire que les Iraniennes sont des fashion-addicts, on est tout de suite éblouis par les couleurs éclatantes de leurs foulards, l'élégance de leurs manteaux, leur maquillage appuyé. Ça se prolonge bien sûr avec le recours à la chirurgie esthétique. Détail amusant, les Iraniennes sont les championnes du monde de la rhinoplastie ce qui fait que les rues de Téhéran grouillent de jeunes filles avec le nez dans le plâtre.



Ce goût pour la mode et l'apparence n'est pas forcément la caractéristique de jeunes femmes décervelées. Il revêt plutôt un caractère contestataire car il est un mode d'expression de leur sensualité.



Et elles semblent toutes l'avoir bien compris car elles arborent généralement un sourire triomphant.


C'est bizarre, contrairement à ce qu'on imagine dans les pays occidentaux, on ne voit jamais à Téhéran de fille sinistre, qui semble triste ou malheureuse.



Le machisme est puissant évidemment mais la ville exhale plutôt une étrange atmosphère d'hyper-féminité, faite de légèreté et de gaieté. Ce n'est que l'un des nombreux paradoxes de l'Iran.


Ça donne à réfléchir ! On vit dans un drôle de monde. En Europe de l'Ouest, on croit qu'on a un siècle d'avance et qu'on est sexuellement libérés. Mais, aujourd'hui, les jeunes Françaises n'osent plus se maquiller, porter de jupe ou de chaussures à talons. Elles ont peur d'être mal vues. En réalité, on assiste plutôt au retour des valeurs patriarcales et de la domination masculine.


Peut-être faudrait-il donc offrir un voyage à Téhéran à de jeunes Françaises. Elles comprendraient peut-être qu'il ne faut jamais cesser de combattre les préjugés et les regards moralisateurs et, surtout, que leur premier droit est de s'habiller comme elles le veulent.






Photographies de Carmilla Le Golem dans les principales grandes villes d'Iran: Téhéran, Shiraz, Yezd, Ispahan, Kashan.

La première image, c'est la Tour Azodi (liberté), ancienne Tour Shahyad, inaugurée en 1971. Elle  a longtemps symbolisé l'Iran. Son architecte était de confession bahaï.

La 2nde image, c'est Téhéran depuis le pont Tabiat, un pont récent et piétonnier à l'architecture révolutionnaire, réalisé par une toute jeune architecte, Leïla Araghian. C'est à seulement 26 ans qu'elle a remporté le concours.

La troisième image est celle du Palais Blanc à Saad-Abad, l'ancien Palais résidentiel du Shah, construit par le père Reza dans les années 30. L'un des lieux les plus étonnants de Téhéran. C'est ici, le 31 décembre 1977, que le Shah d'Iran a reçu Jimmy Carter. Ça a été l'apogée de son règne, juste avant sa chute.

La 5ème image, c'est le marché de Tajrish au Nord de Téhéran.

La 20 ème photo avec les perruches se réfère à un divertissement très courant en Iran. Les oiseaux sont dressés pour choisir une carte (à gauche de la photo) sur la quelle est rédigée un poème (les Iraniens sont fous de poésie). Ce poème donne en outre une indication sur l'avenir du joueur. J'aime tellement ce jeu que je me dis souvent que lorsque j'en aurai marre de mon boulot dans la finance, j'irai m'installer sur les boulevards parisiens avec des perruches qui prédiront l'avenir. Je suis sûre que j'aurai beaucoup de succès.

Il faut enfin préciser que les Iraniens n'aiment pas beaucoup les animaux (les chats et les chiens errent dans les rues de façon pitoyable) sauf les oiseaux et les poissons japonais.

vendredi 10 mai 2019

Regards persans: les femmes / l'"Irano Nox"


Me revoilou ! Enchantée, dynamisée après avoir sillonné l'Iran, sur des milliers de kilomètres, dans une belle Peugeot. J'ai beaucoup voyagé mais pas seulement: j'ai aussi beaucoup parlé, bavassé, échangé et c'est presque aussi épuisant.



Un seul regret: comme il est dommage que je n'ai pu pendant si longtemps (du fait de mes contraintes professionnelles) revenir dans ce pays de mon cœur. Et une seule envie: y retourner le plus vite possible, peut-être dès l'an prochain.


Certes l'Iran a bien changé depuis mon dernier séjour il y a plus de 10 ans. Comme presque tous les pays, il s'est d'abord modernisé. Ce n'est plus l'austère caserne rigide de la fin des années 90. De belles routes, des aéroports, des immeubles de verre, des buildings vertigineux et même (à Téhéran) des cafés et des bars à l'européenne rivalisant avec les maisons de thé.  Surtout une incroyable profusion de commerces, une extraordinaire surabondance de marchandises.


On en vient à se dire qu'en Europe et en Amérique, on vit dans la pénurie. Que ne peut-on trouver en Iran ? On ne dirait vraiment pas que le pays vit sous un sévère embargo. Toutes les technologies les plus pointues, en téléphonie et en informatique notamment, y sont largement diffusées à des prix imbattables. Et je ne parle même pas des boutiques de mode et produits de luxe.

Mais cette façade, cette apparente prospérité, a aussi son sombre revers. Compte tenu de l'effondrement du rial, le salaire moyen ne ressort qu'à un peu plus de 100 euros. Certes, les prix sont beaucoup plus bas qu'en Europe (à l'exception de l'immobilier) mais il est incontestable qu'en regard de ses immenses ressources naturelles, la situation économique de l'Iran est une catastrophe.



Mais ce qui a surtout bouleversé l'aspect des villes iraniennes, c'est la croissance démographique vertigineuse de ces dernières décennies. Il faut le rappeler: avant la Révolution de 1979, la population totale de l'Iran était de 40 millions d'habitants. Elle dépasse aujourd'hui les 80 millions et, surtout, s'est concentrée dans les villes. Celles-ci ont emporté tous les ilots de calme et de tranquillité et sont devenues monstrueuses, effrayantes.

Je suis radicalement citadine et l'écologie, je m'en fiche. Mais je reconnais que si on veut avoir une idée du cauchemar urbain, il faut aller à Téhéran. Il faut un certain temps pour s'acclimater à cette mégapole de 15 millions d'habitants tant y règnent, au milieu d'embouteillages inextricables et dans une atmosphère irrespirable, le bruit, la fureur, l'agitation permanente, la cohue. Tokyo et New-York, c'est super-cool en comparaison. Quant à Paris, c'est quasiment la campagne.



Certes ! Mais en dépit de ces inconvénients inévitables du développement économique, la République Islamique, ça ne serait quand même pas mal ?




Voilà la question qui fâche. Je n'ai sur ce point que mon expérience propre et ma subjectivité à faire valoir. Mais je dois avouer que j'ai souvent bien du mal à me retrouver dans les analyses de la presse étrangère, particulièrement française, sur l'Iran. Il faut dire que la Révolution iranienne a longtemps bénéficié d'un préjugé favorable dans les milieux intellectuels parce qu'elle allierait préoccupation spirituelle et compassion envers les déshérités. Et il existe encore beaucoup de gentils illuminés européens qui viennent nous chanter les beautés du messianisme chiite et de l'imam caché, le culte de la martyrologie ou la splendeur de la cérémonie sacrificielle de l'Achoura. Le chiisme, nous dit-on, ça n'est pas la soumission, c'est l'émancipation, c'est beaucoup plus subtil et intelligent que le sunnisme.



C'est vrai que c'est beau ! Mais il m'apparaît totalement erroné de présenter les Iraniens comme des "fous de Dieu". A vrai dire, ils n'ont jamais été très religieux et la Révolution de 1979, initialement laïque, a été confisquée par les mollahs et ne s'est depuis maintenue que par la guerre, la terreur et la répression.


Il suffit de parler, d'échanger avec la population pour s'en rendre compte. Curieusement, c'est très facile et pas seulement en privé: dans la rue, avec les commerçants, les chauffeurs de taxis, dans tout l'espace public. Les langues se délient facilement, on peut parler sans crainte m'assure-t-on, c'est la soupape de sécurité, du moment qu'on ne fait rien par ailleurs. Blablater, ça ne tire effectivement pas à conséquence mais tout se complique sérieusement si on commence à agir ou à lever le petit doigt. On a alors vite fait de disparaître, d'être assassiné ou d'être condamné à plusieurs décennies de prison.

"Les mollahs sont implacables et cruels" m'a-t-on souvent dit. La vérité est que l'Iran est dirigé par des tueurs, bêtes, incultes et méchants.


Je le déclare tout net: durant tous mes séjours en Iran, je n'ai jamais entendu que des horreurs sur les mollahs et je n'ai jamais rencontré quelqu'un de favorable au régime. Ça existe quand même, bien sûr, mais c'est cantonné aux milieux qui ont collaboré avec le pouvoir et dans les populations âgées, très religieuses et non éduquées, voire analphabètes.

Ça rappelle furieusement l'ère communiste où, dans la rue, la population crachait continuellement sa haine du régime; dans le même temps, beaucoup de journalistes étrangers continuaient de vanter la solidité et la capacité de réforme du système alors que la dissidence était massive.


Une même dissidence est manifeste en Iran. La population vit dans une schizophrénie complète, désabusée et indifférente, en retrait délibéré de la vie politique. On ne se sent pas concernés. A peu près personne ne se reconnaît dans le pouvoir en place. Il faut le souligner: il existe un abîme immense entre la vie publique et officielle des Iraniens, austère et rigide et leur vie privée, souvent débridée et festive. Le film "Les chats persans" (2009) de  Bahman Ghobadi, illustre bien cette radicale séparation. On essaie de sauvegarder les apparences pour pouvoir gagner en marges de manœuvre.

 
"La politique de nos dirigeants, c'est d'être ennemis de tout le monde" (sauf de la Russie, de la Chine et de la Turquie qui ne font vraiment pas rêver) m'a-t-on souvent dit. Et de fait, les Iraniens ne détestent nullement les Américains et Israël, ils les admirent même en dépit d'une propagande effrénée. Quant à toutes ces guerres conduites à l'étranger, en Irak, en Syrie, au Liban, au Yémen, elles suscitent un rejet unanime. La levée de l'embargo en 2015, ça a surtout servi à financer les Arabes, dit-on crûment.




Oserais-je le dire ? J'ai souvent entendu exprimer une nostalgie du Shah (on était plus libres et plus riches) et même un soutien à Trump (il a l'attitude adéquate vis-à-vis des mollahs qui ne comprennent que le langage de la force). Une grave conflit avec les Etats-Unis n'effraie pas complétement parce qu'il permettrait peut-être de renverser les choses.

C'est vraiment sinistre d'en arriver là !


Alors l'Iran est-il à la veille d'une nouvelle Révolution ? Oui, dans les mentalités. Non, dans le passage à l'acte tant est grande la crainte de la répression féroce qu'exerceraient les Pasdarans (les Gardiens de la Révolution, les piliers du régime, souvent d'anciens délinquants reconvertis). Il faudrait vraiment une crise aiguë pour que les choses se dénouent brutalement.




Il n'empêche que, parmi les pays musulmans, les Iraniens inaugurent l'aspiration à un un retour à une République laïque et démocratique. Combien de temps faudra-t-il pour y arriver ? Nul ne le sait mais le mouvement est irréversible.



Ça s'explique d'abord par l'évolution démographique. Les jeunes de moins de 30 ans représentent 55 % de la population (et 5 % seulement de personnes de plus de 65 ans). Ils sont tous alphabétisés, éduqués et, à peu près tous, ils n'en ont rien à fiche de la religion. Ils aspirent simplement (je me garderais bien de juger) à tout ce dont ils ont été privés au cours de ces dernières décennies: la consommation, les voyages,  la musique occidentale, les séries télévisées.



Surtout, l'évolution actuelle de la société iranienne est aujourd'hui fortement impulsée par les femmes. On les voit partout dans l'espace public, elles sont omniprésentes: elles déambulent, en groupes joyeux, dans les villes, elles conduisent, elles font des études, elles travaillent.


Elles ont permis une importante évolution des mœurs au cours de ces dernières années. Elles sont des séductrices, d'incroyables fashionistas, souvent avec beaucoup de goût. Mais ça confirme ce que j'ai toujours pensé: la mode, le sexy, c'est révolutionnaire ! D'abord, les contraintes vestimentaires se sont beaucoup allégées: plus besoin de sinistre voile noir, on peut arborer de simples foulards de couleur claire découvrant largement les cheveux. Surtout, on peut voir des jeunes gens, pas obligatoirement mariés, se promener ensemble ou bien se rencontrer dans un café. J'ai même vu, à Téhéran, des femmes assises à un comptoir ou des couples se tenir par la main. Il y a peu de temps encore, tout ça pouvait valoir de sérieux ennuis avec la police.


Alors OUI ! On peut nourrir beaucoup d'espoir pour l'Iran. La Révolution des femmes, une Révolution laïque, est en marche.


Mes petites photos dédiées aux femmes pour ce premier post consacré à l'Iran. J'ai fait ici un peu de street-photo, ce à quoi je répugne ordinairement mais j'étais aidée par la gentillesse générale. La troisième image est celle de mon amie Elaheh qui m'a longuement accompagnée et que je remercie ici vivement (même si mon blog n'est pas accessible en Iran). Il paraît qu'on se ressemble beaucoup. Il est vrai qu'elle est aussi mince et presque aussi grande que moi. En plus, elle adore le rouge et le noir.

Je vous conseille vivement de visiter l'Iran. C'est l'un des derniers pays à l'abri de la mondialisation touristique où l'on peut encore éprouver l'aventure et l'émerveillement. Je vous garantis absolument que vous n'y courez aucun risque. En outre, à l'attention des messieurs, les Iraniennes justifient à elles seules le voyage: elles sont très belles et élégantes et beaucoup plus abordables qu'on ne l'imagine.

La meilleure solution pour rencontrer la population (c'est très facile) est celle du voyage individuel. En raison des distances importantes et du caractère chaotique des villes, il est nettement préférable de louer une voiture avec chauffeur. Compte tenu du coût très bas de la vie, ce n'est pas du tout une dépense exorbitante. Pour toute précision du registre pratico-pratique, il suffit de me demander.

Enfin, en complément de ma liste, fournie dans mon précédent post, de livres à lire sur l'Iran, je mentionne également :

- Iouri TYNIANOV: "La mort du Vazir-Moukhtar". J'ai relu ce livre (qui vient d'être réédité en poche Folio) durant mon voyage. C'est l'un des grands romans russes (malheureusement un peu méconnu) du 20 ème siècle. Ça se termine par l'assassinat tragique du diplomate et écrivain Alexandre Griboïedov à Téhéran en 1829. C'est surtout une description prodigieusement juste et documentée de la Perse et de la Russie au début du 19 ème siècle ainsi que du "Grand Jeu" entre la Russie et l'Angleterre.

- Ramita NAVAI: "Vivre et mentir à Téhéran". La vie quotidienne aujourd'hui à Téhéran.