samedi 15 juin 2019

La guerre des sexes



J'ai bien rigolé, la semaine dernière, à la suite de la déclaration du philosophe Alain Finkielkraut qu'il n'allait pas regarder la Coupe du Monde de football féminin et qu'il ne fallait pas non plus lui demander d'assister à un match de boxe ou de rugby féminin.


"Quel vieil idiot !", tout le monde a dit avec des accents profondément outrés. C'est pas possible d'être à ce point sexiste et misogyne. Il a tout de suite été sommé de venir confesser son indignité sur plusieurs chaînes de télévision.

Pour ce qui me concerne, pas plus que je ne regarde le football masculin et encore moins le rugby (que je déteste carrément et je ne parle même pas de la boxe), je ne vais regarder des matchs féminins.


D'abord, parce que je n'arrive à m'intéresser à un sport que si je le pratique ou l'ai pratiqué. Le football, je ne suis donc pas capable d'avoir une appréciation technique. Et puis, oserais-je le dire, est-ce que le football, c'est vraiment un sport ? Un jeu plutôt, un jeu réclamant de l'habileté mais peut-être pas plus. En tant que coureuse à pied, je sais bien que les footballeurs comme les rugbymen n'ont qu'une endurance physique limitée: au-delà de 100 mètres, ils sont rincés. Leurs capacités athlétiques, c'est comme pour les joueurs de tennis, elles sont très relatives.


Mais surtout, les sports médiatiques sont devenus les supports du chauvinisme et de la beaufitude les plus hideux. Les groupes, les foules, c'est souvent horrible et il faut bien reconnaître que les femmes savent être les égales des hommes dans le domaine de la stupidité. Les bandes de filles, c'est aussi bête que les bandes de mecs. Tant pis si j'apparais odieusement élitiste en ces temps de "giletjaunisme" généralisé.


Voilà quelques-uns des motifs qui me rendent absolument insensible à cette injonction d'admiration et d'adoration obligatoires du foot féminin. Pourtant, je trouve ça bien que les femmes fassent du sport. Je suis même la première à en faire car ça brise tous les clichés et c'est un peu d'autonomie conquise. Je trouve même bien qu'elles occupent des emplois peu recommandables: la police, l'armée. Ça peut contribuer à pacifier un monde de brutes.


Mais est-ce que ça marque vraiment l'achèvement de l'émancipation des femmes ? Est-ce que l'égalité parfaite sera atteinte lorsque les femmes seront comme des hommes ? Que les filles soient presque des mecs, c'est cela que l'on veut ? Qu'elles jurent, qu'elles crachent, qu'elles se battent, qu'elles puent ? Pourquoi pas mais ce sera une victoire du modèle masculin.

Est-ce qu'il n'y a pas plutôt une ruse et une imposture de l'Histoire ?


La vérité, c'est qu'on s'attache aujourd'hui à dénier la différence des sexes, leur fracture. On fait comme si le féminin et le masculin étaient interchangeables, substituables, on entretient leur confusion, leur indifférenciation.

L'Unisexe ! Tel est notre grand fantasme.


Avec l'unisexe, on espère d'abord vivre dans la Paix perpétuelle. Un monde sans aspérités, sans conflits, sans incompréhensions, le monde de la belle indifférence et de l'échange généralisé.

L'unisexe pour mettre fin à l'immémoriale et fatale guerre des  sexes.


Comme si la vie pouvait s'arrêter, se figer. Mais on le sait, la vie, elle déborde sans cesse d'elle-même, elle est toujours faite de conflits, de dissensions et même de tragédies.

Moi, je préfère la guerre à cette paix sourde de l'égalité et de l'indifférence, la paix du refoulement. La guerre, et notamment la guerre des sexes, est au principe même de la vie et c'est son piment. Ce n'est pas la Bible, ni la Tragédie grecque, ni la littérature universelle, ni Freud, ni Lacan, qui me contrediront.


Et la vie, elle appartient d'abord bien sûr aux femmes puisqu'elles la donnent. Mais transmettre la vie, c'est aussi transmettre la mort. La vie est une maladie à coup sûr mortelle, dit-on. C'est l'un des secrets les mieux gardés: les femmes sont les gardiennes du Temple, celui qui abrite la vie et de la mort. Et là-dessus, les hommes et les femmes n'ont pas fini de se disputer dans les décennies à venir. De plus en plus, en effet, on pourra procréer, fabriquer des corps, en dehors de tout rapport sexuel. La vie devient techniquement transmissible de même que  la mort. Mais il s'agit là d'un autre sujet dont je parlerai peut-être plus tard.


En attendant, je ne vais pas aller jouer au football ce week-end. Après une séance de démonstration-exhibition à la piscine, je vais sortir mes belles affaires d'été pour arpenter, légère et court vêtue, les boulevards parisiens. Telle est ma contribution à la guerre des sexes. Et la guerre, croyez-moi, c'est un Art, un Art de stratégie et de dissimulation-séduction.



Tableaux de Florence Obrecht ("Emilie" 2018) et Céline Berger ("Capitaine Hérode" 2006) figures montantes de l'Art Contemporain.

Images des dessinateurs de BD François Bourgeon (principalement "le cycle de Cyann"), Annie Goetzinger, Georges Pichard.

Il y a longtemps que je n'ai pas parlé cinéma. Je n'ai, à vrai dire, rien vu d'extraordinaire mais je recommande quand même:

- Jim Jarmusch : "The dead don't die"
- Agnieszka Smoczynska: "Fugue"
- Bong Joon-Ho: "Parasite"  - Une palme d'or méritée.
- Elise Otzenberger: "Lune de miel". Un film curieux pour moi. L'une de ses prétentions est de parler de la Pologne. C'est à la fois arrogant et étrange tellement c'est vu avec des œillères mais c'est quand même drôle.

samedi 8 juin 2019

La prostituée, l'épouse et la courtisane


En Iran, la prostitution est, pour celles qui s'y adonnent, punie de la peine de mort.

C'est évidemment dissuasif. Mais pour tenir compte des réalités, la République Islamique autorise, dans sa grande bienveillance, une solution unique au monde: "le Sighé" ou mariage temporaire. C'est une pratique que la religion chiite a conservée au fil des siècles et que le régime actuel favorise. Ce mariage permet de légaliser les relations sexuelles entre les deux sexes: un contrat de mariage est établi, le plus souvent devant un mollah, autorisant l'homme à coucher avec une femme mais aussi à se séparer d'elle à l'échéance fixée. Ce contrat peut durer de 15 minutes à  99 ans ! Il va de soi qu'il est assorti d'une compensation financière (dissimulée bien sûr) ce qui l'assimile à une prostitution légalisée.


Quand j'ai parlé du "sighé" à ma copine Daria, elle s'est montrée enthousiaste. "C'est formidable", qu'elle m'a dit, "comme c'est dommage que ça n'existe pas en Europe !". "Ça en éviterait des embêtements: tous ces amants éconduits qui vous pourrissent la vie en vous relançant sans cesse; toutes ces procédures sordides de divorce où l'on est prêts à s'assassiner pour 3 sous"; toutes ces accusations de viol".

C'est vrai qu'on hésite de plus en plus, aujourd'hui, à entamer une aventure amoureuse. Ça fait vraiment réfléchir quand il faut gérer l'"après": quand ça foire et qu'on se déchire dans de véritables crises d'hystérie, quand on n'arrive plus à se débarrasser de l'autre et qu'on reste finalement avec lui par pitié.


Avec le "sighé" iranien, au moins les choses sont claires: le contrat est-il ou non toujours valide ? Décide-ton ou non de le prolonger ?

Est-ce qu'on ne devrait  pas largement diffuser en Europe ce type de contrats ?

J'imagine que beaucoup d'entre vous jugent mes propos insensés et purement provocateurs.


Peut-être, mais je veux surtout appeler l'attention sur la totale hypocrisie entretenue en Europe, et surtout en France, concernant la prostitution. Il y a un grand paradoxe: jamais on n'a autant affirmé la liberté sexuelle et sentimentale de chacun et jamais on n'a autant condamné la prostitution.

Il y a quelque chose qui semble devenu intolérable dans la prostitution et c'est un rejet qui est somme toute assez récent. Il y a peu de temps en France, on s'accommodait fort bien des maisons closes, elles pullulaient. Ce n'était pas que des lieux d'abattage, c'était aussi des lieux d'échange et de convivialité sensuelle et esthétique.


Et puis, la prostitution est devenue, au milieu du 20 ème siècle, l'ennemie publique numéro 1. Ça s'est d'abord concrétisé par la fermeture des maisons de "tolérance" en 1946 avec une pénalisation des proxénètes et surtout des prostituées avec le délit de "racolage".

Progressivement, toutefois, la condamnation des seules prostituées est apparue inique alors qu'il fallait plutôt les considérer comme des victimes. C'est pourquoi la France a décidé de rejoindre le camps des pays puritains et abolitionnistes (Suède, Norvège, Islande) en pénalisant non plus la prostituée mais son client et les proxénètes (Loi du 13 avril 2016).



Finalement en Europe aujourd'hui, il y a 4 régimes réglementant la prostitution:

1/ Les pays abolitionnistes (France, Islande, Norvège, Suède) où le client est pénalisé,
2/ Les pays où la prostitution est légale et non encadrée (Pologne, Espagne, Italie, Portugal, Belgique, Bulgarie, Royaume-Uni, République Tchèque, Slovaquie, Danemark, Finlande, Estonie, Slovénie),
3/ Les pays où elle est légale et réglementée (Allemagne, Autriche, Hollande, Suisse, Turquie, Grèce, Lettonie, Hongrie)
4/ Les pays où elle est entièrement illégale (pénalisation du client et de la prostituée): Ukraine, Russie, Roumanie, Lituanie, Biélorussie, Serbie, Croatie, Bosnie, Albanie, Macédoine, Moldavie.

Il va de soi que le régime n°2, celui des pays où la prostitution est légale et non encadrée (sans autorisation de proxénétisme et de maisons closes toutefois), est le moins hypocrite et le plus libéral. Dans la pratique, en outre, tous les régimes d'interdiction sont aisément contournés par Internet et bénéficient de la plus ou moins grande bienveillance ou corruption de la police: il n'y a pas moins de prostituées en Russie et en Ukraine qu'ailleurs, tout s'y achète.



 En France, cependant, il y a aujourd'hui un certain progrès: le racolage est, depuis plus de 3 ans, redevenu autorisé. Ce qui ne l'est plus en revanche, c'est la transaction financière dont le client doit assumer l'entière responsabilité.

Une prostituée n'encourt donc plus de risques judiciaires en France sauf si elle ne déclare pas ses revenus au fisc. Comment ne pas s'en féliciter même s'il n'est sûrement pas facile de remplir les formulaires des impôts qui ne prévoient pas de case "revenus issus de la prostitution" ?
  
En revanche, pour le client, ça craint ! L'amende encourue (1 500 € tout de même, voire 3 750 € en cas de récidive) est presque accessoire en regard du risque de voir sa vie privée étalée sur la place publique. Il est vraiment jeté sur le banc d'infamie, cloué au pilori. La peine est vraiment disproportionnée surtout si l'on sait que plus d'un homme sur trois a eu recours, dans sa vie, aux services d'une prostituée.

La conséquence paradoxale de cette Loi du 13 avril 2016, tout à la fois protectrice et vengeresse, est qu'elle a accru  la précarité des prostituées. Dans la pratique en effet, les clients ont "pris leurs précautions" et la prostitution est devenue de plus en plus clandestine et cachée. Et clandestinité accrue implique forcément des conditions d'exercice plus sordides et plus dangereuses (violences et meurtres). Il faut vraiment être très courageuse ou désespérée pour exercer aujourd'hui, en France, la prostitution.


La solution de bon sens, ce serait bien sûr de dépénaliser le client mais ça va à l'encontre de l'image de la femme forcément victime d'un prédateur.

C'est à tel point qu'il est impossible d'avoir un débat dépassionné sur la prostitution. Parmi les féministes elles-mêmes, il y a celles, les plus audacieuses qui affirment le droit des femmes à se prostituer s'il s'agit d'un choix libre et consenti: la prostitution, c'est un travail qu'il faut sauvegarder.

Et puis, il y a les intransigeantes qui considèrent que la prostitution est, par nature, une exploitation du corps d'autrui et qu'il faut donc l'abolir complétement et de manière radicale. Ça ne pourrait pas être assimilé à un travail puisque c'est la misère et la précarité qui pousseraient les femmes à se prostituer.

Curieuse rhétorique parce que je n'ai vraiment pas l'impression que les femmes qui passent  des journées entières dans un bureau à traiter des dossiers le font par simple passion esthétique et désintéressée. On en conviendra, l'immense majorité des gens qui travaillent le font parce qu'ils y sont économiquement contraints.


En fait, si on s'excite et s'échauffe tant sur la prostitution, si on est incapables d'en parler de manière pondérée, c'est qu'il existe, aujourd'hui, une volonté féroce de la punir et de  la stigmatiser.

La prostitution dérange en effet et si elle dérange, c'est qu'elle énonce d'intolérables vérités en regard du modèle de l'amour aujourd'hui consacré dans nos sociétés.

On ne parle plus en effet que d'égalité et de parfaite symétrie entre les sexes, d'échange transparent entre citoyens libres et éclairés.


Mais est-ce vraiment si simple ? On sait bien, même si on se refuse à l'avouer, que les couples ne se forment pas sous les seuls auspices d'un amour pur et désintéressé mais aussi, et le plus souvent, sous ceux de la hiérarchie, de la domination et de l'inégalité. L'évolution récente toutefois, c'est que les hommes ne sont plus systématiquement dominateurs et que c'est souvent la femme qui occupe maintenant le dessus du panier.

On sait bien aussi que le domaine amoureux n'échappe pas à la sphère de l'échange économique. L'échange sentimental et sexuel a une contrepartie financière même si celle-ci est déguisée. Oserais-je l'avouer ? J'aime bien Melania Trump; elle ose afficher, en toute franchise, la vérité et la vénalité du mariage moderne.

La liberté d'aimer est une fantastique supercherie. D'abord parce qu'on est très discriminants en matière sentimentale: on choisit généralement quelqu'un de la même classe sociale, de la même communauté, de la même origine. On n'est pas si démocrates et si anti-racistes que ça.


Et puis qu'est-ce que la liberté d'aimer de quelqu'un, homme ou femme, qui est moche, vieux, handicapé, immigré ? Tous ceux là, ils sont quotidiennement humiliés, rabroués, exclus de la compétition sexuelle. Même moi, j'évite d'avouer que je suis d'origine ukrainienne parce que je sais que ma séduction s'effondre alors subitement.

Derrière tous les beaux mots, derrière toutes les belles proclamations, se cache un marché qui ne dit pas son nom, cruel et inégalitaire. C'est celui de l'échange économico-sexuel dont tirent en premier lieu avantage les plus beaux et les plus riches. Les autres, ils doivent se reporter sur les derniers choix.

De ce marché, on ne veut rien savoir aujourd'hui pour préserver la fiction d'un amour libre et désintéressé. C'est pour ça qu'on promeut cet idéal niais et bêta du mariage pour tous comme accomplissement de toutes les sexualités.

C'est pour ça aussi qu'on dénonce et stigmatise avec tant de violence la prostitution. Ce n'est pas l'exploitation du corps humain qui dérange, c'est la transaction financière directe et explicite. Cette transaction, elle est devenue indirecte et dissimulée  dans le mariage moderne mais cela n'abolit pas cette réalité incontournable: tout est échange, rien n'échappe, même les sentiments et les passions, à l'emprise des calculs et stratégies économiques.


Mariage pour tous, proclame-t-on aujourd'hui comme des moutons.

La réalité, elle est plutôt celle de la prostitution universelle, comme l'avait analysé au 19 ème siècle Charles Fourier.

Prendre acte de cette réalité, ça pourrait contribuer à beaucoup pacifier les relations entre les hommes et les femmes. On conclurait des contrats économico-sexuels, de durée variable, de quelques jours à plusieurs mois.

Moi, ça me conviendrait très bien. Le mariage et les enfants, je n'en ai rien à fiche et ça ne m'intéresse pas, ça m'angoisse même. Quant à la vraie prostitution, ça m'apparaît vraiment trop glauque et dangereux.

Mais être escort ou courtisane, dans le cadre d'un contrat à durée limitée et sans les inconvénients d'une relation sentimentale, je crois que ça me plairait assez. Et dans ce métier, j'ose penser que je n'aurais pas seulement les atouts de mon apparence. Celui qui louerait mes services en aurait pour son argent:  look sexy + connaissance de nombreux pays + grandes capacités sportives + bonne culture générale + plusieurs langues parlées + experte en économie/finances, j'ai tout de même un bon C.V.. Mes défauts: je suis réservée et plutôt hautaine, mais ça plaît aussi.

Images du magazine allemand "Jugend" qui a beaucoup contribué à la diffusion de la sensibilité esthétique (notamment du Jugendstil) au début du 20 ème.

Tableaux également d'Adolf Münzer (1870-1953), Ernst Ludwig Kirchner (1880-1938), Jeanne Mammen(1890-1976) , Kees van Dongen (1877-1925), Paul Rieth (1871-1925).

Dans le prolongement de ce post, je renvoie également à l'excellent livre du philosophe François De Smet: "Eros Capital" qui n'hésite pas à bouleverser toutes les idées lénifiantes sur l'amour.

samedi 1 juin 2019

Cap sur l'Europe


La Perse, c'est fini ! Je risquerais de lasser assez vite.

Mais je préfère quand même ménager une petite transition entre ces horizons lointains et ma vie parisienne.

Alors je vais vous parler aujourd'hui vacances. Vacances parce que l'été approche mais que vous en avez peut-être marre du soleil et de la mer obligatoires, marre des voyages culturels avec adoration programmée des chefs d’œuvre muséaux, marre de l'infantilisation des voyages organisés.

Alors, je vous ai sélectionné, ci-dessous, quelques destinations possibles où vous aurez peut-être un peu l'impression de sortir des sentiers battus. Et puis, même si vous êtes déçus, vous ne rencontrerez du moins pas grand monde sur ces sentiers. Vous m'en voudrez donc peut-être un peu moins de vous y avoir envoyés.


J'ajoute que je me suis limitée à l'Europe.  L'Europe parce qu'à l'occasion des élections européennes, je me suis rendu compte que l'immense majorité de ses citoyens ne voyaient pas beaucoup plus loin que leurs frontières nationales.

Si vous voulez ainsi gâcher une soirée entre amis, essayez d'aborder quelques questions inhabituelles: par exemple ce qui rapproche et différencie la Slovénie et la Slovaquie, le problème de l'enclave de Kaliningrad, les barons baltes en Lettonie et les Suédois d'Estonie, les Hongrois et Allemands de Transylvanie, la disparition des Kachoubes en Pologne et des Sorabes en Allemagne, l'origine commune du letton et du lituanien, la triste séparation de la Moldavie et de la Roumanie, le scandale de la Transnistrie, l'expansion albanaise au Kosovo et en Macédoine, Izmir et Trabzon, villes grecques etc...


Vous passerez tout de suite pour une effroyable prétentieuse, arrogante et pédante. Et tant pis si on vous soûle par ailleurs avec les "analyses" ou plutôt les "absences d'analyse", plus proches de nos préoccupations, de  Mélenchon, Le Pen, des gilets jaunes.

La vérité, c'est qu'une immense inculture est délibérément entretenue sur l'Europe. C'est à tel point que la plupart de ses ressortissants n'ont qu'une vague idée de ses simples frontières géographiques et politiques. Quant à son histoire, ses enjeux, ce qui la soude, ce qui la tiraille, la menace ... Comment s'étonner dès lors de la montée des populismes et des séparatismes ?


L'enseignement, les programmes scolaires mais aussi les medias, la télévision, ont bien sûr une responsabilité immense. Quand cessera-t-on de ne parler que de la France ? La priorité, c'est sans doute de lutter contre cette ignorance, la priorité, c'est l'éducation. Pour cela, il faut d'abord prendre l'initiative de voyager dans cette merveilleuse Europe, de s'y intéresser, d'aller à sa rencontre, de découvrir ses habitants, ses villes, ses paysages. 

Voici donc mes petits conseils de voyages en Europe, évidemment complétement subjectifs, partiels et partiaux.


1/ Lituanie : Klaipeda. Klaipeda, c'est l'ancienne Memel allemande, ville de la Hanse et des chevaliers teutoniques. Combien de Français savent que la ville a été sous administration française au siècle dernier (de 1920 à 1923) ? C'est une ville portuaire avec des rues tortueuses, des cafés, des galeries d'art. J'adore la place centrale avec la statue très émouvante de la jeune Annchen von Tharau (ci-dessus).


Klaipeda donne surtout accès à l'isthme de Courlande, une longue bande de sable et de pins, entre ciel et mer, parsemée de villages lituaniens avec des maisons colorées en bois. Ça vous changera de Saint-Tropez. De plus, si vous avez un visa russe, vous pouvez vous rendre à Kaliningrad (ancienne Koenigsberg), ville de Kant, Hoffmann et Hannah Arendt.


2/ République Tchèque: Olomouc. Prague, c'est envahi, submergé par le kitsch touristique. A Olomouc, vous trouverez un petit Prague (y compris une horloge astronomique) sans la foule.


Depuis Olomouc, visitez les châteaux de Bouzov (ci-dessus), Pernstejn et Nedvedice (où ont été tournées quelques scènes de "Nosferatu, fantôme de la nuit" de Werner Herzog).


3/ Pologne: Zamosc et Sandomierz. Oubliez Cracovie presque aussi bondé que Prague. Rendez vous plus à l'Est pour deux villes de la Renaissance. Zamosc (ci-dessus), c'est une petite perle, la "Padoue du Nord". Sandomierz, c'est charmant, elle domine la Vistule du haut d'une colline. Les murs de l'intérieur de la cathédrale ont été peints au 17 ème siècle par Karol de Prevot. C'est une succession de scènes de torture pour chaque jour de l'année. En fonction de sa date de naissance, on peut, à partir de ces tableaux, découvrir comment on va mourir. Ça n'est pas gai bien sûr mais c'est fascinant.


4/ Slovénie : Ljubljana. Un havre de paix, une première ville écolo. Depuis une dizaine d'années, le centre-ville est totalement fermé à la circulation automobile. On peut ainsi se promener dans de jolies rues piétonnes et fréquenter de multiples marchés dans une ambiance paisible. Beaucoup d'immeubles remontent à la Sécession viennoise (il faut bien lever les yeux). Il faut souligner surtout que la ville a une grande homogénéité. Elle a été repensée, remodelée, au début du 20 ème siècle, à la suite d'un tremblement de terre, par un grand architecte Joze Plecnik. Depuis Ljubljana, on peut se rendre facilement à Trieste en Italie et au magnifique lac de Bled.


5/ Monténégro: Cetinje. L'ancienne et éphémère capitale du Royaume du Monténégro avant la 1ère guerre mondiale. Perchée au sommet d'un invraisemblable nid d'aigle, accessible, depuis les Bouches de Kotor, par une route dantesque et vertigineuse (ci-dessus). Ce n'est plus aujourd'hui qu'une petite ville de 20 000 habitants mais qui comporte tous les bâtiments d'une capitale avec une multitude de palais et ambassades dont l'architecture est datée du début du 20 ème siècle.


6/ Roumanie: Sighisoara. Une vraie ville du Moyen-Age, une citadelle fortifiée au sommet d'un plateau, inscrite au Patrimoine Mondial de l'Unesco. Une ville gothique unique dont l'atmosphère nous plonge plusieurs siècles en arrière. On frissonne presque d'inquiétude en arpentant ses ruelles tortueuses et étroites. D'ailleurs, la légende fait de Sighisoara la ville natale de Dracula.


7/ Biélorussie: Vitebsk et Grodno. La Biélorussie, c'est la dernière dictature d'Europe. Un voyage là-bas, c'est une expérience absolument singulière, une remontée dans le temps, une redécouverte de l'ancienne URSS. Les villes sont d'une étrange propreté mais c'est la campagne qui est merveilleuse, idyllique, une campagne comme il n'en existe plus en Europe avec des insectes, des animaux, des forêts primaires. Le saviez-vous ? Depuis 2018, les titulaires de passeports français, belges, suisses, canadiens etc...sont exemptés de visa pour un séjour n'excédant pas un mois et s'ils arrivent par avion à l'aéroport de Minsk. Précipitez-vous donc pour aller en Biélorussie, je vous garantis que vous serez totalement dépaysés. Minsk, c'est affreux mais il faut aller à Vitebsk (la ville de Chagall où un musée lui est consacré) et à Grodno.


8/ Slovaquie: Trencin et Levoca. La Slovaquie, c'est le pays des châteaux, médiévaux pour la plupart. Ils servaient, le plus souvent, de forteresses contre les Turcs. Pour les visiter, je vous conseille de vous rendre à Trencin et Levoca comme points de départ. Trencin (ci-dessus) est dominée par un imposant château-fort millénaire. Une ville paisible typiquement slovaque toute proche du château de Cachtice, le château d'Erzsébet Bathory, la comtesse sanglante qui aurait assassiné des centaines de jeunes filles pour préserver sa jeunesse. Tout proches également les châteaux de Stecno, Bojnice et Orava.


Levoca (ci-dessus), c'est une petite ville Renaissance tout simplement magnifique. Elle est à proximité du château de Spis (Spissky Hrad), sûrement l'un des sites les plus évocateurs et les plus romantiques d'Europe. Comme il était sur la route de l'Ukraine, je l'ai souvent aperçu, puissant et presque effrayant (1ère photo du post). Il continue de me hanter.


9/ Lettonie: Riga et Daugavpils. Riga, c'est la capitale européenne de l'Art Nouveau. Merveilleux. Depuis Riga, vous pouvez aller à Jurmala au bord de la mer ou vous louerez une maison de bois, perdue dans les pins, au bord d'une plage de sable immaculé bien plus belle que La Baule. Daugavpils, c'est d'abord le magnifique musée Mark Rothko (où je vous conseille de louer une chambre). On croit que Marc Rothko est un peintre purement américain mais je soutiens qu'on ne peut comprendre son œuvre sans se référer à sa ville natale. Quant à Daugavpils, elle exhale un étrange parfum de l'ancienne Russie des tsars.


10/ Allemagne: Lüneburg, Celle, Worpswede. L'Allemagne, surtout celle du Nord, ça n'est absolument pas touristique. Pourtant elle abrite plein de petites villes de contes de fées qui vous ramènent à Grimm, Hoffmann et tous les écrivains romantiques. Je vous conseille d'abord d'aller faire une promenade en carriole à cheval dans les landes de Lüneburg illuminées de mauve par les tapis de bruyère: un enchantement.

Je vous conseille ensuite de vous rendre dans les villes de rêve de Lüneburg et Celle (ci-dessus) et même de prolonger jusqu'à Worpswede (au Nord de Bremen). C'est le village de Paula Modersohn-Becker où la nature est si belle que de nombreux artistes y ont trouvé refuge.













11/ Finlande: Helsinki. Oslo et Stockholm, c'est out ! L'avant-garde, elle est maintenant à Helsinki. Vous aborderez évidemment Helsinki par la mer en divaguant d'une île à l'autre. Helsinki, c'est d'abord un ensemble architectural exceptionnel signé Alvar Aalto. Sa maison est un manifeste de l'architecture moderne en Europe. Et puis, il y a le Helsinki Art Museum, abrité dans d'anciens courts de tennis et la Lasipalatsi (palais de verre) aux lignes Art Déco. Mais surtout, il y a un espace d'Art contemporain de premier ordre, le Kiasma, flanqué d'un espace de la musique et de la plus belle bibliothèque d'Europe. Je signale enfin que pour le shopping, Helsinki c'est top: on y trouve de très belles choses, de très bon goût, même pas trop chères. Et puis à Helsinki, on parle Finnois, Suédois, Anglais et Russe (un peu).


12/ France : Le Havre. Beaucoup de Français vous diront que Le Havre, c'est super-moche. C'est pourtant une extraordinaire découverte de l'architecture contemporaine. Ce n'est pas seulement Auguste Perret dont l'église Saint-Joseph est un chef-d’œuvre absolu: son intérieur est illuminé par une multitude de carreaux de verre teinté. C'est aussi Oscar Niemeyer (ci-dessus le Volcan) et Jean Nouvel avec une piscine extérieure de 50 mètres inspirée de thermes romains. C'est également le musée d'Art Moderne André Malraux et même le stade de football (le stade Océane d'un bleu lumineux). Enfin, on trouve au Havre plein de restaurants de fruits de mer de première qualité.


13/ Angleterre (Yorkshire): Haworth et Whitby sur les traces des sœurs Brontë et de Dracula. A Haworth, on peut visiter le presbytère des sœurs Brontë et s'évader ensuite dans les landes sauvages (ci-dessus) qui ont servi de cadre aux Hauts de Hurlevent.

 

La ville de Whitby, perchée au bord d'un littoral escarpé, est le cadre du roman "Dracula" de Bram Stoker. Le livre est étonnamment fidèle à la géographie des lieux. On retrouve la plage, le cimetière, l'escalier, l'Abbaye (ci-dessus), les toits de tuile rouge sang, comme si le roman s'inspirait de faits réels. Haworth et Whitby étaient autrefois déserts. Il paraît que ça n'est malheureusement plus le cas en raison de la vogue gothique et romantique.


14/ Suisse: le canton des Grisons. La Suisse est un pays cher, c'est bien connu. Ça a au moins une conséquence heureuse: il n'y a pas beaucoup de touristes étrangers. J'ai eu la chance de pouvoir bien visiter le pays et je me suis pris d'amour pour le canton des Grisons tout à l'Est. Pas seulement pour ses magnifiques paysages alpins mais aussi pour ses villages avec ses maisons traditionnelles blanchies, fleuries, et ornées de sgraffites. Je séjournais à Santa Maria mais on pourra bien sûr préférer Sils Maria et Silva Plana qui ont tant inspiré Friedrich Nietzsche.


15/ Ukraine: Lviv. Évidemment, vous allez me soupçonner de parti pris. Mais vraiment, si vous êtes épris de dépaysement, beauté, aventure, allez là-bas. C'est vraiment la rivale de Prague et Cracovie en bon marché et presque sans touristes. Vous y trouverez des cafés, des restaurants, des boîtes extraordinaires. Attention toutefois aux Ukrainiennes qui peuvent être fatales.


Seules les photos 2,3,4, 10, 20, 24 et 25 sont de moi-même.

La 1ère photo est celle du Château de Spis (Spissky Hrad en slovaque). C'est pour moi l'un des lieux les plus émouvants (mais méconnu) en Europe d'autant plus qu'il s'est maintes fois trouvé sur ma route.

Si je vous ai convaincus d'une destination pour vos vacances, j'aurais plaisir à ce que vous me le fassiez savoir.