Il y a deux semaines, j'étais en Italie. Plus précisément à Bologne, Ravenne et Ferrare. Ça m'a permis de moins ruminer sur la guerre.
samedi 9 avril 2022
Sur les pas de Théodora et autres Savonarole, Casanova et Marco Polo
samedi 2 avril 2022
Lettre ouverte à un affreux
Je suis Carmilla, la grande fille mince avec un maillot rouge, celle que vous reluquiez parfois furtivement à la piscine Jacqueline Auriol du 8ème que vous fréquentiez, il n'y a pas si longtemps. Mais c'est vrai que ma dégaine est exotique, plus slave que moi, il n'y a guère.
A la piscine, je dois avouer que vous m'avez étonnée parce que vous étiez étrangement rigolard et sympa, rien à voir avec les éructations et froncements de sourcils de vos meetings politiques. Et peut-être que dans la vraie vie, vous êtes effectivement comme ça. Moi, je me comportais avec vous plutôt comme une conne : je me faisais un plaisir de vous dépasser en trombe pour bien vous faire sentir que vous étiez un piètre nageur. On sent pourtant que vous vous donnez beaucoup de mal mais vos lacunes techniques sont abyssales. Vous êtes trop rigide, sans souplesse, vous vous embrouillez dans vos mouvements de crawl.
Mais qu'importent vos capacités sportives, on sait bien que ce n'est pas votre ambition. Ce qui m'interroge, chez vous, c'est votre totale duplicité. Parce qu'à la différence de la plupart des leaders populistes, vous n'êtes tout de même pas complétement idiot. Marine le Pen, par exemple, c'est l'inculture et la bêtise satisfaites d'elles-mêmes. Ou bien l'épais Mélechon, c'est le radotage hystérique des colères fait de complotisme, d'admiration des tyrans, de violence et d'esprit munichois. Mais vous, vous avez fait quelques études sérieuses et vous êtes capable d'être pertinent (en matière littéraire par exemple, lorsque vous étiez en compagnie d'Eric Naulleau). J'observe quand même que ce qui lie votre triplette d'"affreux", c'est votre inculture économique et votre admiration pour Poutine (Otan méchant, Etats-Unis impérialistes, Russie humiliée).
Vos propos politiques sont complétement stupides et je ne veux même pas en discuter. Mais je suis convaincue que vous ne croyez pas vous-même à un traître mot de vos monstrueuses âneries. Votre drame, je crois, c'est que vous vous êtes convaincu que vous ne pourriez accéder à une reconnaissance sociale qu'en endossant le rôle d'un "affreux".
D'une certaine manière, je vous comprends. Il y a, en effet, une immense hypocrisie sociale. On nous raconte qu'on vit dans des sociétés cools et tolérantes, cela pour dissimuler, sans doute, la féroce violence symbolique qui s'y exerce.
La compétition économique est aujourd'hui redoublée par la compétition sexuelle. Il ne suffit plus d'avoir du fric, il faut aussi être attirant, séduisant, cool et à l'aise. Et le "marché sexuel" se trouve accaparé par quelques-uns au détriment de l'immense cohorte des pas beaux, pas séduisants, moches. Ces derniers, ils sont impitoyablement éjectés, marginalisés, relégués dans les arrière-cours de la société avec pour seul loisir de ruminer, en solitaires, leur infortune. Là-dessus, Michel Houellebecq a tout dit.
Je vais peut-être apparaître odieuse et tant pis si ça peut sembler de la psychologie de bistrot mais je pense que vous faisiez partie de ces exclus, le type qu'on se plaisait à brimer, harceler, dans les cours d'école. Comment conquérir estime de soi dans ces conditions, comment accéder à une reconnaissance sociale ?
Vous avez choisi une voie qui, vous semblait-il, vous singularisait : celle de la surenchère et de la provocation. Qu'importe le contenu de vos propos pourvu que ça dérange le consensus, que ça réveille les bas instincts refoulés par la police des mœurs. Ça vous pare d'une aura transgressive, le Maître qui ne craint pas d'affronter la vulgate, qui la domine.
Mais vous voulez vous-même apparaître un pur, un incorruptible. Et ça se retourne parfois contre vous. Pour preuve, votre refus d'accueillir l'immigration ukrainienne. Vous voulez vous montrer juste et sévère (la règle, c'est la règle, sans exception) à la différence d'une Marine qui la joue, pour cette élection, maternante, compatissante. Mais cette intransigeance vous vaut, aujourd'hui, une belle dégringolade dans les sondages.
Je crois, en effet, que vous vous êtes complétement planté et j'en rigole bien. Que vous ne vouliez pas de réfugiés, ça ne heurte peut-être pas beaucoup les consciences populistes, qui ne voient pas plus loin que le bout de leur jardin. Mais comme vous le savez, il s'agit surtout, en l'occurrence, d'Ukrainiennes. Et les Ukrainiennes, elles ont eu l'occasion de faire pas mal rêver les Français, ces derniers temps: toutes ces Tanya, Liudmilla, Larissa, Olena, des filles affolantes comme on n'en voit vraiment pas beaucoup et qui, en plus, ne sont pas des chieuses comme les Françaises; elles foutent la paix aux hommes pourvu qu'on leur foutent la paix à elles-mêmes.
Alors, avec votre refus d'accueillir des Ukrainiennes, les Français ont vraiment compris qu'ils n'allaient pas beaucoup rigoler avec vous. Pas de distractions, rien que du Père la Rigueur et de l'austérité. Votre stupide misogynie vous égare en l'occurrence. Parce que les Ukrainiennes, elles contribueraient beaucoup à égayer toutes ces villes et banlieues françaises souvent sinistres. Et ce ne sont sûrement pas elles qui s'adonneraient à la délinquance.
Vouloir priver les Français de la venue d'Ukrainiennes, quelle idée stupide ! Leur interdire un peu de réconfort, un peu de beauté. Finalement, si vous voulez remonter dans les sondages (ce que je ne souhaite, bien sûr, surtout pas), un conseil: dépêchez vous de déclarer que vous allez accueillir massivement des Ukrainiennes.
Je vous souhaite bien cordialement, M. Zemmour, une cuisante défaite ainsi qu'à vos compères poutiniens (Mélenchon, Le Pen).
Carmilla
Tableaux du peintre ukrainien Arkhip KUINDJI (1841-1910). Né à Marioupol (Ukraine) d'ascendance gréco-pontique. Il est très célèbre. Peut-être pas un très grand peintre mais ses paysages (la Crimée notamment) restituent une juste ambiance. Je l'évoque aujourd'hui parce que le Musée d'Art Arkhip Kuindji à Marioupol, installé dans un bâtiment Art Nouveau récemment rénové, vient d'être détruit par les frappes russes. Photo ci-dessous de ce défunt musée, de ce nouveau "crime".
samedi 26 mars 2022
Petites chroniques des Temps Noirs

1) La guerre de la Russie contre l'Ukraine bénéficie d'une couverture médiatique importante, même si elle est forcément biaisée, imparfaite. On n'a jamais dépêché autant de journalistes et reporters sur un conflit armé. On les évalue grossièrement au nombre de 2 000. Mais à côté des officiels, pris en charge et soutenus par un grand diffuseur (télévision, presse), de nombreux "indépendants" viennent tenter là-bas leur chance dans l'espoir d'amorcer une carrière dans les médias: réaliser le reportage choc qui ébranlera l'opinion, faire la photo qui fera le tour du monde. Ca illustre d'abord la difficulté et la précarité du métier de journaliste : il faut quand même être un peu désespéré pour aller là-bas.
Ce qui est triste, c'est que ça se passe souvent mal pour ces "aventuriers" qui disparaissent parfois brutalement dans un total anonymat. Même moi qui connais certaines régions comme ma poche, j'avoue que je me verrais mal errer là-bas aujourd'hui compte tenu de mon ignorance totale des affaires militaires. Du côté ukrainien, on se méfie d'abord beaucoup de vous parce qu'on peut penser que vous êtes un "saboteur" travaillant pour les Russes. Et si vous tombez dans les pattes des Russes, on vous soupçonne alors d'être un mercenaire des Brigades Internationales et vous risquez alors d'être immédiatement fusillé.
Et surtout, sur place, ce n'est pas le scénario d'une guerre classique avec des combats directs qui se déroule. Il y a peu de hauts faits d'armes à rapporter. Il faut en effet d'abord subir la tactique russe qui est tout sauf héroïque: on submerge d'abord les villes sous un déluge de bombes et on se "risque" ensuite à intervenir au bout de longues semaines, quand tout est détruit et que la population est terrorisée, affamée, épuisée. C'est une "sale guerre" frappant indifféremment et dans ces conditions, votre survie ne dépend pas de vos initiatives personnelles mais de la simple loterie. La tactique russe, c'est vraiment "l'effort pour rendre l'autre fou", le démoraliser profondément, le convaincre de sa totale impuissance.
2) Plus de 3,5 millions d'Ukrainiens ont déjà quitté leur pays et ça n'est pas près de s'arrêter. Tout le monde a remarqué quelque chose d'inédit : aux femmes et enfants franchissant les frontières s'ajoute une foule d'animaux domestiques, des chiens, des chats, des lapins nains et même des hamsters. Beaucoup jugent cela absurde, de la sentimentalité idiote et déplacée d'autant que cela complique beaucoup les conditions d'accueil et d'hébergement. J'y vois plutôt le signe d'une compassion supérieure étendue à l'ensemble du vivant et surtout du refus absolu d'abandonner qui que ce soit à son sort. C'est la solidarité familiale très forte chez les Slaves et la famille, ça comprend aussi les animaux.
3) La Pologne accueille la majeure partie des réfugiés ukrainiens : 2 millions aujourd'hui qui s'ajoutent à la récente communauté de ces dernières décennies (1,5 M), c'est tout à l'honneur d'un pays de 38 M d'habitants. Ca permet de rappeler, n'en déplaise à Poutine, que les Polonais et les Ukrainiens ont longtemps vécu unis. Mais je m'interroge quand même : dans la seule Varsovie, 300 000 Ukrainiens viennent de s'installer. Rapporté à la population de la capitale (1,1 million d'habitants), c'est monstrueux. C'est comme si 600 000 Ukrainiens débarquaient tout à coup à Paris. Que se passerait-il alors ? J'entends déjà les cris d'orfraie de la Droite. Est-ce qu'on essaierait de faire face de la même manière en France sans protester, hurler ?
Ou alors, question encore plus dérangeante : en cas d'attaque étrangère, les Parisiens défendraient-ils leur ville comme comme à Kyïv ? On peut en douter tant il semble y avoir un consensus général pour ne surtout rien faire, pour se montrer d'emblée capitulards. On se déclare "pacifistes", on est même opposés à la livraison d'armes à l'Ukraine (Mélenchon). Ou alors, on est cyniques : il ne faudrait surtout pas ponctionner le pouvoir d'achat des Français, il faut qu'ils puissent continuer à rouler et se chauffer comme avant (Mélenchon, Le Pen). La France est parfois vraiment "moisie".
samedi 12 mars 2022
Deuil et mélancolie
C'est d'abord un choc terrible, comme un autobus qui vous renverse dans une rue. C'est suivi d'un état de sidération. On se sent mentalement vidé, incapable de penser à autre chose. En regard de l'horreur vécue, tout le reste devient, dans l'absolu, ridicule, insignifiant. On désinvestit le monde extérieur, on ne s'y intéresse plus.
Ce qui est un peu différent aujourd'hui, c'est que je demeure capable de lire encore et de regarder la télévision. Mais c'est très centré, très sélectif : de la littérature russe (!!!), des romans d'épouvante et puis toutes les informations possibles sur la guerre. Mais le reste, élection présidentielle, écologie, hausse des prix, je m'en fiche complétement.
Et puis, j'ai changé de rythme de vie avec des horaires de plus en plus bizarroïdes. Je commence à tournicoter le matin dans mon appartement dès 4 heures. J'ai tellement peur, en effet, d'apprendre à mon réveil que Kyïv vient de s'effondrer et que Zelenski est en fuite.
Quant à la Russie, aux Russes, je ne sais pas si je pourrai, un jour, pardonner. C'est, du reste, un pays avec le quel, j'ai toujours eu une relation compliquée, d'admiration/détestation. Dans la vie quotidienne, rien n'y est paisible. Il faut y affronter plein de gens horribles mais il est vrai qu'on y rencontre aussi, parfois, des gens extraordinaires. Le problème, c'est que les "affreux", arrogants et bouffis de ressentiment, ont, aujourd'hui, pris le dessus. Un sondage récent effectué par les Américains, même s'il est contestable, vient de me réfrigérer : Poutine est plus populaire que jamais en Russie. Quant au mouvement anti-guerre, il serait anecdotique. Ca me plonge dans des abîmes de perplexité.
Quelques illustrations de John White ALEXANDER, peintre américain (1856-1915) et d'Albin GRAU (1884-1971) architecte et artiste allemand, passionné d'occultisme. Producteur du film de Murnau, "Nosferatu le vampire", il en a, notamment, réalisé les décors. Nosferatu est bien de notre temps, il revient comme un symbole du Mal.
Le titre de mon post est, bien sûr, emprunté à un texte de Freud. Mais je ne suis évidemment pas mélancolique de même que la quasi-totalité des Ukrainiens. C'est un état de passivité finalement très différent du deuil.
Mes recommandations de lecture :
- Pierre BAYARD : "Aurais-je été résistant ou bourreau ?". Un petit livre remarquable, hélas ô combien d'actualité. De la saloperie à l'héroïsme, où se situe notre point de bascule ?
- POUCHKINE : "La fille du capitaine". Un grand classique de la littérature russe, le début du roman moderne. Le portrait du jeune militaire, c'est un peu la rencontre de Pouchkine, lui-même, avec le Tsar Nicolas 1er, un despote absolu.
- "Le Grand Tour". Il s'agit d'un ouvrage collectif publié sous la direction d'Olivier GUEZ. Il s'agit d'un auto-portrait de l'Europe par ses écrivains alimenté par 27 contributions. Il y a plein de textes remarquables. Dépêchez-vous de lire ce bouquin que je recommande absolument. L'Europe, on y pense trop peu, on la connaît trop mal.
- Olivier ROLIN : "Vider les lieux". Quel rapport avec la guerre, allez-vous me dire ? Olivier Rolin, à mes yeux un des grands écrivains contemporains français a été contraint, récemment, de déménager brutalement. Et un déménagement, c'est souvent plus qu'une épreuve; c'est aussi un traumatisme, une remise en question de soi-même, une occasion de revisiter son passé.
Je précise, enfin, que je quitte Paris la semaine prochaine pour changer un peu d'air. Je ne pense donc pas poster la semaine prochaine et, peut-être même, pas avant le 26 mars. Je veux éviter de radoter sur la guerre. Mais on peut toujours m'écrire, je répondrai.
samedi 5 mars 2022
Les Russes, bourreaux ou victimes ?
Cette défaite éclair n'aurait pas forcément été un scénario infâmant pour l'Ukraine tant la disproportion des forces militaires, notamment aériennes, est grande. Mais elle aurait donné un poids énorme aux affirmations de Poutine suivant lesquelles l'Ukraine n'existe tout simplement pas: pas de langue ni d'histoire propres dans un Etat artificiel opprimé par des Nazis.
La résistance héroïque des Ukrainiens infirme aujourd'hui complétement ces analyses délirantes du Milosevic russe. De cette résistance, il faut d'ailleurs retenir un symbole marquant : de nombreuses jeunes femmes prennent, elles-mêmes, les armes. J'avoue que je n'aurais pas ce courage. Que pensent d'ailleurs les "féministes" d'Europe de l'Ouest de ces femmes qui font la guerre, se mêlent d'"affaires de mecs" ?
C'est admirable et terrifiant. Terrifiant parce que Poutine ne vient pas seulement de conforter l'Ukraine comme nation mais il vient surtout d'ériger une barrière de haine entre Ukrainiens et Russes, une barrière qui n'existait pas jusqu'alors mais qui est maintenant en place pour très longtemps. Et comment les Russes pourront-ils eux-mêmes supporter cette honte et cette culpabilité collectives ?
Il reste que l'armée russe sera probablement vainqueur militaire, du moins à court terme. A cette fin, elle n'hésitera pas à recourir à une violence accrue. Mais ensuite ? Combien de temps cela pourra-t-il durer ?
L'espoir, c'est bien sûr que Poutine soit renversé. Mais cela est-il possible ? Une Révolution de palais, en interne, est peu probable tant le pouvoir est aujourd'hui concentré autour d'un petit nombre de personnes. Ce sont principalement, outre Poutine lui-même: Sergueï Choïgou (Défense), Sergueï Lavrov (affaires étrangères), Sergueï Narychkine (renseignements extérieurs, Dmitri Medvedev (vice-président). Tous aussi "azimutés" et extrémistes que lui. Celui qui me donne des envies de meurtre, c'est Lavrov.
L'espoir, c'est la population russe elle-même. Mais il faut bien reconnaître qu'elle ne bouge pas beaucoup aujourd'hui et que les sondages d'opinion, même s'ils sont d'une qualité douteuse, demeurent largement favorables à Poutine. L'excuse, c'est la férocité de la répression. Mais est-ce un argument soutenable, les Russes sont-ils effectivement "victimes" d'un pouvoir oppressif ?
Manifester en petit nombre, c'est effectivement très dangereux. Mais ça peut basculer : les manifestations de décembre 2011 (contre le trucage des élections) ont montré que la police russe n'était pas toute puissante et qu'elle pouvait même être débordée et ne plus parvenir à contrôler des foules de plusieurs dizaines de milliers de personnes.
Je ne peux m'empêcher de penser, comme la quasi-totalité des Ukrainiens, que la population russe est tout de même complice par abstention. Et complice, ça veut dire être complice des bourreaux.
Et c'est vrai que le poutinisme a tout de même réussi, en un peu plus de 20 ans, à façonner suffisamment les mentalités pour pouvoir compter sur une relative adhésion de la population.
On peut ainsi recenser quelques grandes idées qui "marchent" en Russie. Elles puisent dans les tréfonds inavouables de l'âme humaine. Je sais bien que ça peut sembler grossier de comparer Poutine et Hitler mais les méthodes sont tout de même étrangement proches.
- De même que Hitler ressassait que les Allemands avaient été humiliés par le Traité de Versailles, Poutine a réussi à persuader les Russes qu'ils avaient été humiliés, méprisés, par les Occidentaux à la suite de la Chute du mur. Tout le monde a oublié que ça avait aussi été une extraordinaire libération. Mais être puissants, faire peur, même au prix de la misère économique, c'est un fantasme très fort chez les Russes. L'esprit victimaire fonctionne alors à plein : on ne nous aime pas, on n'a pas de considération pour nous. Le plus inquiétant, c'est que de l'esprit victimaire à l'esprit de vengeance, il n'y a qu'un pas vite franchi.
- De même que Hitler faisait rêver les Allemands avec son élargissement de l'espace vital, sa poussée vers l'Est, le projet politico-géographique de Poutine rencontre une assez large approbation. Reconstituer la grande Russie (Russie, Biélorussie, Ukraine), presque tout le monde est pour. On n'en perçoit bien sûr pas les implications (la négation du Droit des autres à l'existence) mais ça explique qu'on soit sensible à l'argument des "terres russes" (presque personne ne s'est opposé à l'annexion de la Crimée) et à la défense des "minorités russes" (argument développé par Hitler pour justifier son intervention dans les Sudètes).
- De même que Hitler développait une mythologie du "peuple aryen", le Poutinisme repose sur un "messianisme", sur cette idée (qu'a développée Michel Eltchaninoff) que la Russie est plus que la Russie. Qu'elle est porteuse d'un projet spirituel, qu'elle a une vocation rédemptrice : mettre fin à la décadence des civilisations emportées par un matérialisme sordide. C'est une version modernisée de cette fameuse "âme slave-âme russe" que je déteste tant parce qu'elle repose sur l'idée d'une identité presque génétique et finalement d'une supériorité des Russes sur les autres peuples. Il faudrait d'ailleurs évoquer le racisme russe pas seulement concentré sur les Caucasiens et Asiatiques mais aussi à l'encontre des Ukrainiens et Biélorusses. Ils sont bien des frères mais tout de même d'un rang inférieur, un peu bêtes et arriérés (on dénomme les Ukrainiens : des "meules de foin") . On les considère avec une incroyable condescendance.
Images d'Otto DIX (1891-1969) et Ludwig MEIDNER (1884-1966), peintres expressionnistes allemands.
Je recommande deux livres cette semaine :
- "Les carnets du sous-sol" de Dostoïevsky. Si vous n'avez jamais rien lu de Dostoïevsky, voici une bonne initiation. Retenez surtout la traduction de Markowicz, c'est beaucoup plus juste. En voici le résumé :"Réfugié dans son sous-sol, le personnage que met en scène Dostoïevsky ne cesse de conspuer l'humaine condition pour prôner son droit à la liberté. Et il n'a de répit qu'il n'ait, dans son discours, humilié, diminué, vilipendé les amis de passage ou la maîtresse d'un soir." Terrifiant et évocateur, n'est-ce pas ?
- Mikhaïl BOULGAKOV : "La garde blanche". Le siège de Kyïv durant la guerre civile russe de 1918 avec les avancées des troupes nationalistes ou bolcheviques. La fin du roman : "Tout passera. Les souffrances, les tourments, le sang, la faim et la peste. Le glaive disparaîtra et seules les étoiles demeureront quand il n'y aura plus de trace sur la terre de nos corps et de nos efforts... Alors pourquoi ne voulons-nous pas tourner nos regards vers elles ? Pourquoi ?" Une question à laquelle on ne sait effectivement pas répondre aujourd'hui.






































