samedi 9 avril 2022

Sur les pas de Théodora et autres Savonarole, Casanova et Marco Polo

 

Il y a deux semaines, j'étais en Italie. Plus précisément à Bologne, Ravenne et Ferrare. Ça m'a permis de moins ruminer sur la guerre.

 
Et puis, c'est vrai que ça m'a dépaysée parce qu'il faut bien dire que les pays "latins" en Europe, je ne les connais pas trop. D'abord, je suis une "bille" en italien, infichue de comprendre et de dire deux mots, ce qui n'est pas habituel pour moi et m'irrite profondément. Mais apparaître une idiote, ça m'a finalement reposée parce que ça m'a mis à l'abri des sollicitations et permis de vivre dans ma bulle.


Et surtout, j'ai trouvé dans ces villes moyennes, épargnée par les touristes, le calme que je recherchais. Une Italie moins Disneyland, plus authentique, si ces expressions peuvent avoir un sens.


Et puis, l'Italie, c'est quand même la Beauté parce qu'il faut bien reconnaître que la richesse architecturale des villes y est époustouflante. La plupart ont été édifiées entre le 12ème et le 15ème siècle. Quel contraste avec les villes des provinces françaises de la même époque. La Renaissance italienne, la sortie du Moyen-Age, ça a démarré plus tôt que partout ailleurs et  ça s'est accompagné d'une démocratisation politique (la plus ancienne université d'Europe, c'est celle de Bologne, fondée dès le 11ème siècle alors que la Sorbonne ne date que du 13ème siècle. Elle a notamment eu Copernic pour élève). Mais il est vrai que ça n'a pas duré.


J'ai retenu un précepte formulé au 13ème siècle. "La Beauté est le seul problème qui devrait préoccuper ceux qui se mêlent du gouvernement de la cité". Les élus politiques contemporains devraient s'en inspirer à l'heure où ils ne cessent de parsemer le paysage urbain de centres commerciaux déprimants, de monuments ineptes et de ronds-points grotesques. Le malaise contemporain, la dépression sociale, ça a  peut-être quelque chose à voir avec la laideur de nos villes

 
Mais je ne me rends pas dans un pays parce qu'il est beau et agréable. Un pays "moche" m'intéresse tout autant et peut-être même davantage. En fait, je cherche surtout des "points de rencontre" avec mes préoccupations, des lieux où s'incarnent mes rêveries, lubies, tocades. 


Aller en Italie, c'était donc avant tout pour moi partir à la recherche de Théodora. Théodora, "prostituée et impératrice de Byzance" au VIème siècle après JC. Une courtisane assumée, épouse de Justinien, qui, après avoir conquis une large partie du pouvoir, allait bouleverser le paysage politique et culturel de Constantinople. Un destin à ce point fabuleux qu'elle allait initier la naissance d'une nouvelle civilisation et d'une esthétique qui allait imprégner la religion orthodoxe. Et on peut souligner que l'Istanbul d'aujourd'hui porte encore la marque profonde de Théodora et Justinien (même si Erdogan n'est évidemment pas d'accord). 


 Mais quel rapport avec l'Italie allez-vous me dire ? C'est bien simple: Byzance a disposé, sous Justinien, d'une ville "annexe" à l'Ouest. Cette ville, c'était Ravenna, une "greffe" byzantine complétement singulière en Europe, presque une anomalie. Ce lieu qui vous immerge dans les profondeurs des temps les plus reculés est d'ailleurs aujourd'hui étrangement méconnu des touristes alors que ses monuments comptent parmi les plus stupéfiants qui soient.

 
Si vous n'avez ainsi plus le courage de visiter l'église Sainte-Sophie à Istanbul, récemment convertie en mosquée, vous pouvez découvrir, à Ravenne, la basilique San Vitale, son exacte contemporaine avec une même architecture. Elle comporte, surtout, une magnifique mosaïque représentant Théodora.


Mais il n'y a pas que Théodora qui m'intéresse en Italie. Il y a aussi, dans un tout autre registre, le moine Savonarole (1452-1498), né à Ferrara. Il est le prototype de nos dictateurs contemporains. Quand je pense aujourd'hui à Poutine, à Le Pen, à Zemmour, je le trouve vraiment d'actualité.


Ce moine despote a pris le pouvoir à Florence en succédant aux Médicis. Voici le récit de ses exploits : 

"Il fait brûler les livres, les parfums, les étoffes, interdit les jeux, torture les sodomites et les blasphémateurs. Il veut faire de la ville marchande un vaste couvent. Il règne alors dans les rues de Florence un climat de terreur proche de la révolution culturelle chinoise."


"Le prêtre a mis en place dans la ville un maillage policier étroit. Comme à Cuba, ou jadis dans l'Allemagne hitlérienne, chaque quartier, chaque rue est livrée à la surveillance d'un fidèle de Savonarole. Mais Savonarole s'appuie sur des milices d'enfants, son "armée d'anges", vêtus de blanc qui sont censés sauver ce monde dépravé. Ils procèdent à des distributions de richesses ou à des opérations morales. Les "anges" bloquent les femmes dans les rues, leur ôtent leurs bijoux précieux, les forcent à se voiler. La morale devient terrible". Jacques de Saint Victor


Intéressant n'est-ce pas ? Ça s'est passé dans l'une des villes les plus développées du monde et ça a tout de même duré 4 ans jusqu'à ce que Savonarole finisse pendu et brûlé. Je ne sais pas si ce sera le destin de Poutine ou de Le Pen, mais ça prouve bien qu'aucun système démocratique n'est à l'abri du pire.

 
Enfin, outre Théodora et Savonarole, il y a deux Vénitiens qui m'intéressent : Marco Polo et Casanova. Deux grands voyageurs (au même titre que Christophe Colomb et Amerigo Vespucci, tous Italiens).

 
Je ne vais bien sûr pas vous parler de Marco Polo et du merveilleux "Devisement du monde". Mais il me semble qu'il nous pose une juste question, à nous qui vivons dans une véritable boulimie touristique, qui ambitionnons de "faire" un maximum de pays. Qu'est-ce qu'un voyage, sa nature, sa finalité ? Ce n'est bien sûr pas le goût du dépaysement, la distraction, qui guidait Marco Polo. Il était, en fait, animé d'une prétention scientifique, il voulait être un savant. Est-ce que c'est encore notre ambition aujourd'hui ?


Quant à Casanova, on peut rappeler qu'il "est l'homme le plus admiré des imbéciles et le plus décrié des gens d'esprit" (Dominique Fernandez). La caricature du dragueur italien. Difficile de le défendre aujourd'hui à l'époque "me too" et "balance ton porc". Pourtant Casanova était un homme remarquablement cultivé, adepte de l'Esprit des Lumières. Il voue, sans arrière-pensée, un culte aux femmes et au plaisir partagé avec elles. Et ce goût est communicatif car, comme l'a bien montré Chantal Thomas, la lecture de Casanova intéresse tout autant les hommes que les femmes.


Mes petites photos italiennes (à Ravenne, Ferrare, Bologne) avec, bien sûr, la fresque de Théodora et la statue de Savonarole (sûrement l'un des rares dictateurs qui ait conservé sa statue).
 

Je préconise, enfin, de lire :
 
- Jacques de Saint Victor : "Le roman de l'Italie insolite". Ce livre m'a vraiment passionnée. Très vif, très plaisant et intelligent. L'Italie ou "l'Art plus fort que la vie".

- Catherine Toesca : "Marco Polo et Casanova - Les Vénitiens". Des voyages extraordinaires et des amours flamboyants, comment ne pas être séduit par ces récits d'aventures ?

- Chantal Thomas : "Casanova, un voyage libertin". La merveilleuse littérature du 18ème siècle, largement méconnue en fait. Rappelons que Casanova écrivait en français et Chantal Thomas en dévoile ici l'éblouissante prose.

- Marquis de Sade : "Voyage d'Italie". En 1775, pour ne pas être arrêté, Sade fuit en Italie. Il y séjournera plus d'un an (notamment à Rome, Naples, Florence) en compagnie d'Anne-Prospère, la sœur de son épouse, son amour fou, son amour véritablement sadien. Il se révèle dans ce recueil de textes un véritable esthète. Sade ambitionnait même de rédiger un guide de l'Italie. Ce recueil est à compléter par son roman "Histoire de Juliette" qui se déroule largement en Italie. Son meilleur livre, à mes yeux. 

- Sigmund Freud : "Notre cœur tend vers le Sud". Après Sade, un autre fanatique de l'Italie. Curieusement, de même que le divin Marquis, il s'y est parfois rendu en compagnie de la sœur de son épouse mais on n'en sait pas plus. C'est toute sa correspondance de voyage, de 1895 à 1923, qui est ici publiée.

samedi 2 avril 2022

Lettre ouverte à un affreux

 
Bonjour M. Zemmour,

Je suis Carmilla, la grande fille mince avec un maillot rouge, celle que vous reluquiez parfois furtivement à la piscine Jacqueline Auriol du 8ème que vous fréquentiez, il n'y a pas si longtemps. Mais c'est vrai que ma dégaine est exotique, plus slave que moi, il n'y a guère.

 A la piscine, je dois avouer que vous m'avez étonnée parce que vous étiez étrangement rigolard et sympa, rien à voir avec les éructations et froncements de sourcils de vos meetings politiques. Et peut-être que dans la vraie vie, vous êtes effectivement comme ça. Moi, je me comportais avec vous plutôt comme une conne : je me faisais un plaisir de vous dépasser en trombe pour bien vous faire sentir que vous étiez un piètre nageur. On sent pourtant que vous vous donnez beaucoup de mal mais vos lacunes techniques sont abyssales. Vous êtes trop rigide, sans souplesse, vous vous embrouillez dans vos mouvements de crawl.

Mais qu'importent vos capacités sportives, on sait bien que ce n'est pas votre ambition. Ce qui m'interroge, chez vous, c'est votre totale duplicité. Parce qu'à la différence de la plupart des leaders populistes, vous n'êtes tout de même pas complétement idiot. Marine le Pen, par exemple, c'est l'inculture et la bêtise satisfaites d'elles-mêmes. Ou bien l'épais Mélechon, c'est le radotage hystérique des colères fait de complotisme, d'admiration des tyrans, de violence et d'esprit munichois. Mais vous, vous avez fait quelques études sérieuses et vous êtes capable d'être pertinent (en matière littéraire par exemple, lorsque vous étiez en compagnie d'Eric Naulleau). J'observe quand même que ce qui lie votre triplette d'"affreux", c'est votre inculture économique et votre admiration pour Poutine (Otan méchant, Etats-Unis impérialistes, Russie humiliée).

Vos propos politiques sont complétement stupides et je ne veux même pas en discuter. Mais je suis convaincue que vous ne croyez pas vous-même à un traître mot de vos monstrueuses âneries. Votre drame, je crois, c'est que vous vous êtes convaincu que vous ne pourriez accéder à une reconnaissance sociale qu'en endossant le rôle d'un "affreux".


D'une certaine manière, je vous comprends. Il y a, en effet, une immense hypocrisie sociale. On nous raconte qu'on vit dans des sociétés cools et tolérantes, cela pour dissimuler, sans doute, la féroce violence symbolique qui s'y exerce.

La compétition économique est aujourd'hui redoublée par la compétition sexuelle. Il ne suffit plus d'avoir du fric, il faut aussi être attirant, séduisant, cool et à l'aise. Et le "marché sexuel" se trouve accaparé par quelques-uns au détriment de l'immense cohorte des pas beaux, pas séduisants, moches. Ces derniers, ils sont impitoyablement éjectés, marginalisés, relégués dans les arrière-cours de la société avec pour seul loisir de ruminer, en solitaires, leur infortune. Là-dessus, Michel Houellebecq a tout dit.

Je vais peut-être apparaître odieuse et tant pis si ça peut sembler de la psychologie de bistrot mais je pense que vous faisiez partie de ces exclus, le type qu'on se plaisait à brimer, harceler, dans les cours d'école. Comment conquérir estime de soi dans ces conditions, comment accéder à une reconnaissance sociale ?


Vous avez choisi une voie qui, vous semblait-il, vous singularisait : celle de la surenchère et de la provocation. Qu'importe le contenu de vos propos pourvu que ça dérange le consensus, que ça réveille les bas instincts refoulés par la police des mœurs. Ça vous pare d'une aura transgressive, le Maître qui ne craint pas d'affronter la vulgate, qui la domine.

Mais vous voulez vous-même apparaître un pur, un incorruptible. Et ça se retourne parfois contre vous. Pour preuve, votre refus d'accueillir l'immigration ukrainienne. Vous voulez vous montrer juste et sévère (la règle, c'est la règle, sans exception) à la différence d'une Marine qui la joue, pour cette élection, maternante, compatissante. Mais cette intransigeance vous vaut, aujourd'hui, une belle dégringolade dans les sondages.

Je crois, en effet, que vous vous êtes complétement planté et j'en rigole bien. Que vous ne vouliez pas de réfugiés, ça ne heurte peut-être pas beaucoup les consciences populistes, qui ne voient pas plus loin que le bout de leur jardin. Mais comme vous le savez, il s'agit surtout, en l'occurrence, d'Ukrainiennes. Et les Ukrainiennes, elles ont eu l'occasion de faire pas mal rêver les Français, ces derniers temps: toutes ces Tanya, Liudmilla, Larissa, Olena, des filles affolantes comme on n'en voit vraiment pas beaucoup et qui, en plus, ne sont pas des chieuses comme les Françaises; elles foutent la paix aux hommes pourvu qu'on leur foutent la paix à elles-mêmes.

Alors, avec votre refus d'accueillir des Ukrainiennes, les Français ont vraiment compris qu'ils n'allaient pas beaucoup rigoler avec vous. Pas de distractions, rien que du Père la Rigueur et de l'austérité. Votre stupide misogynie vous égare en l'occurrence. Parce que les Ukrainiennes, elles contribueraient  beaucoup à égayer toutes ces villes et banlieues françaises souvent sinistres. Et ce ne sont sûrement pas elles qui s'adonneraient à la délinquance.


Vouloir priver les Français de la venue d'Ukrainiennes, quelle idée stupide ! Leur interdire un peu de réconfort, un peu de beauté. Finalement, si vous voulez remonter dans les sondages (ce que je ne souhaite, bien sûr, surtout pas), un conseil: dépêchez vous de déclarer que vous allez accueillir massivement des Ukrainiennes.


 Je vous souhaite bien cordialement, M. Zemmour, une cuisante défaite ainsi qu'à vos compères poutiniens (Mélenchon, Le Pen).

Carmilla

Tableaux du peintre ukrainien Arkhip KUINDJI (1841-1910). Né à Marioupol (Ukraine) d'ascendance gréco-pontique. Il est très célèbre. Peut-être pas un très grand peintre mais ses paysages (la Crimée notamment) restituent une juste ambiance. Je l'évoque aujourd'hui parce que le Musée d'Art Arkhip Kuindji à Marioupol, installé dans un bâtiment Art Nouveau récemment rénové, vient d'être détruit par les frappes russes. Photo ci-dessous de ce défunt musée, de ce nouveau "crime".

Un post que l'on pourra juger de mauvais goût. Mais mon but est, avant tout, d'écrire des choses différentes (sinon, à quoi bon ?). Et puis, je suis terrifiée par l'ascension des partis totalitaires en France. Comment contrer cela ?

En ce contexte électoral, j'ai lu un peu de littérature française contemporaine. Ça en dit souvent plus sur l'état des esprits d'une société que des "programmes électoraux" démagogiques et d'un ennui à périr.

J'ai retenu quelques pépites :

- Vanessa SCHNEIDER : "La fille de Deauville". J'aime beaucoup les bouquins de Vanessa Schneider. Après sa famille puis l'actrice Maria Schneider, voici le portrait de Joëlle Aubron, une fille issue des beaux quartiers qui deviendra l'une des meurtrières d'Action Directe. La colère, la destruction, la folie politique, les rêves d'absolu, c'est de tout cela que parle ce bouquin.

- Eva IONESCO : "Les enfants de la nuit". Une grande qualité d'écriture. Le récit d'apprentissage d'une jeune parisienne dans les années 70. Qu'est-ce que c'est devenir une femme ?
 
- Constance DEBRE : "Nom". Parfois irritant et même déplaisant mais vraiment percutant, dérangeant. D'une radicalité sans doute puérile mais absolue.

- Régis JAUFFRET : "Microfictions 2022". C'est la 3ème livraison de "Microfictions" (depuis 2007). Ca effraie de prime abord : 1 024 pages. Mais en fait, ce sont 500 petites histoires d'une page et demie. Ca se picore donc au hasard de l'humeur ou de la disponibilité. Ce sont, à mes yeux, les meilleures microfictions de Régis Jauffret. Une vertigineuse dénonciation de l'identité sociale sans cesse fracturée par nos rêves, fantasmes, impulsions destructrices. Le lien social, c'est ce que notre méchanceté brute cherche de plus en plus à rompre.


samedi 26 mars 2022

Petites chroniques des Temps Noirs




Ca n'est pas dans mes habitudes mais j'étais beaucoup connectée aux informations ces derniers temps. Voici quelques éléments que j'ai retenus :

1) La guerre de la Russie contre l'Ukraine bénéficie d'une couverture médiatique importante, même si elle est forcément biaisée, imparfaite. On n'a jamais dépêché autant de journalistes et reporters sur un conflit armé. On les évalue grossièrement au nombre de 2 000. Mais à côté des officiels, pris en charge et soutenus par un grand diffuseur (télévision, presse), de nombreux "indépendants" viennent tenter là-bas leur chance dans l'espoir d'amorcer une carrière dans les médias: réaliser le reportage choc qui ébranlera l'opinion, faire la photo qui fera le tour du monde. Ca illustre d'abord la difficulté et la précarité du métier de journaliste : il faut quand même être un peu désespéré pour aller là-bas. 

Ce qui est triste, c'est que ça se passe souvent mal pour ces "aventuriers" qui disparaissent parfois brutalement dans un total anonymat. Même moi qui connais certaines régions comme ma poche, j'avoue que je me verrais mal errer là-bas aujourd'hui compte tenu de mon ignorance totale des affaires militaires. Du côté ukrainien, on se méfie d'abord beaucoup de vous parce qu'on peut penser que vous êtes un "saboteur" travaillant pour les Russes. Et si vous tombez dans les pattes des Russes, on vous soupçonne alors d'être un mercenaire des Brigades Internationales et vous risquez alors d'être immédiatement fusillé. 


Et surtout, sur place, ce n'est pas le scénario d'une guerre classique avec des combats directs qui se déroule. Il y a peu de hauts faits d'armes à rapporter. Il faut en effet d'abord subir la tactique russe qui est tout sauf héroïque: on submerge d'abord les villes sous un déluge de bombes et on se "risque" ensuite à intervenir au bout de longues semaines, quand tout est détruit et que la population est terrorisée, affamée, épuisée. C'est une "sale guerre" frappant indifféremment et dans ces conditions, votre survie ne dépend pas de vos initiatives personnelles mais de la simple loterie. La tactique russe, c'est vraiment "l'effort pour rendre l'autre fou", le démoraliser profondément, le convaincre de sa totale impuissance.


2) Plus de 3,5 millions d'Ukrainiens ont déjà quitté leur pays et ça n'est pas près de s'arrêter. Tout le monde a remarqué quelque chose d'inédit : aux femmes et enfants franchissant les frontières s'ajoute une foule d'animaux domestiques, des chiens, des chats, des lapins nains et même des hamsters. Beaucoup jugent cela absurde, de la sentimentalité idiote et déplacée d'autant que cela complique beaucoup les conditions d'accueil et d'hébergement. J'y vois plutôt le signe d'une compassion supérieure étendue à l'ensemble du vivant et surtout du refus absolu d'abandonner qui que ce soit à son sort. C'est la solidarité familiale très forte chez les Slaves et la famille, ça comprend aussi les animaux.

3) La Pologne accueille la majeure partie des réfugiés ukrainiens : 2 millions aujourd'hui qui s'ajoutent à la récente communauté de ces dernières décennies (1,5 M), c'est tout à l'honneur d'un pays de 38 M d'habitants. Ca permet de rappeler, n'en déplaise à Poutine, que les Polonais et les Ukrainiens ont longtemps vécu unis. Mais je m'interroge quand même : dans la seule Varsovie, 300 000 Ukrainiens viennent de s'installer. Rapporté à la population de la capitale (1,1 million d'habitants), c'est monstrueux. C'est comme si 600 000 Ukrainiens débarquaient tout à coup à Paris. Que se passerait-il alors ? J'entends déjà les cris d'orfraie de la Droite. Est-ce qu'on essaierait de faire face de la même manière en France sans protester, hurler ?

Ou alors, question encore plus dérangeante : en cas d'attaque étrangère, les Parisiens défendraient-ils leur ville comme comme à Kyïv ? On peut en douter tant il semble y avoir un consensus général pour ne surtout rien faire, pour se montrer d'emblée capitulards. On se déclare "pacifistes", on est même opposés à la livraison d'armes à l'Ukraine (Mélenchon). Ou alors, on est cyniques : il ne faudrait surtout pas ponctionner le pouvoir d'achat des Français, il faut qu'ils puissent continuer à rouler et se chauffer comme avant (Mélenchon, Le Pen). La France est parfois vraiment "moisie".


4) On vient de suspendre les chaînes de propagande russes en France : RT et Sputnik. Elles étaient des émanations du Kremlin mais quand même relativement subtiles. Mais je m'interroge sur la pertinence de cette éviction et je regrette même que l'on n'ait jamais diffusé, en France, une authentique chaîne russe, Rassya 1 par exemple (avec sous-titres  français bien sûr). Ca aurait permis aux téléspectateurs de découvrir et comprendre ce qu'est vraiment la folle propagande qui sévit en Russie. Ca aurait évité qu'on découvre seulement aujourd'hui le délire de Poutine, l'univers fictif, le "Grand Théâtre", avec sa logique propre, qu'il a construit. 


Depuis une bonne dizaine d'années, en effet, les médias russes ne cessent de vomir l'Occident jugé décadent, immoral, pervers et matérialiste; ils ressassent que l'Europe et les Etats-Unis n'aiment pas les Russes et cherchent à les encercler (un si petit pays, c'est, en effet, facile) avant de les conquérir; ils racontent que le Gouvernement ukrainien est composé de nazis qui ont créé des camps de concentration pour les russophones; heureusement que Vladimir a lancé son "opération spéciale", une opération de paix parce que ces nazis s'apprêtaient à attaquer la Russie et investir Moscou avec des armes chimiques. Quant à Marioupol, ce sont les Ukrainiens qui exterminent leur population tandis que les courageux soldats russes essaient de s'interposer. Quant aux réfugiés ukrainiens, on parle de ceux qui se rendent à l'Ouest mais ils sont bien plus nombreux à choisir la Russie (on n'a quand même pas d'images là-dessus).


Regarder la télévision russe, on a l'impression que ça vous met la tête complétement à l'envers. C'est un lessivage, un matraquage de cerveau continuels. Un grand théâtre complétement irréel manipulé par le Maître du Kremlin. Mesurer cela, ça aurait peut-être permis d'éviter de nous comporter comme des "somnambules", de croire qu'on pouvait avoir un dialogue rationnel avec Poutine, qu'on pouvait se montrer persuasif, emporter sa conviction. Je ne dirai pas qu'il est fou, explication facile qui ne nous avance guère, mais il est du moins dans une autre logique, non pas celle de la pensée mais celle des rapports de force. 


5) J'ai enfin noté un sondage désespérant : en Russie, 80% de la population continuerait de faire confiance à son Président. Mais j'ai appris en même temps que des opposants parsemaient Moscou de petits rubans verts. Pourquoi verts ? Parce que c'est la couleur obtenue par mélange du jaune et du bleu, les couleurs (l'or des blés et l'azur du ciel) du drapeau ukrainien.


Images principalement de la célèbre mannequin Anja Rubik qui s'est rendue récemment en Ukraine. L'avant dernière photo, que je trouve très évocatrice, est prise dans ma ville de Lviv.

Mes recommandations littéraires :

- Jean-Claude Guillebaud : "Le tourment de la Guerre". Par l'ancien correspondant de guerre du "Monde" et du "Nouvel Observateur". Le journaliste se penche sur cette vérité dérangeante : l'homme a toujours fait et aimé faire la guerre. 

- Le terrible plaisir de la guerre, c'est aussi ce qu'évoque Jean Rolin (frère d'Olivier) dans son livre "Campagnes" évoquant les conflits yougoslaves.

samedi 12 mars 2022

Deuil et mélancolie




Je me rends compte, aujourd'hui, que le traumatisme d'une guerre, c'est un peu comparable à celui d'un deuil. 

C'est d'abord un choc terrible, comme un autobus qui vous renverse dans une rue. C'est suivi d'un état de sidération. On se sent mentalement vidé, incapable de penser à autre chose. En regard de l'horreur vécue, tout le reste devient, dans l'absolu, ridicule, insignifiant. On désinvestit le monde extérieur, on ne s'y intéresse plus.


Je me souviens qu'après la mort de mes parents puis de ma sœur, tout m'était devenu subitement égal, immergé dans une même sinistre grisaille, et je me fichais, alors, absolument, de tout. Penser à autre chose, c'était ce qui m'apparaissait le plus grotesque. J'avais ainsi vécu un état de prostration pendant une quinzaine de jours. Je n'arrivais pas à admettre la nouvelle réalité.

Ce qui est un peu différent aujourd'hui, c'est que je demeure capable de lire encore et de regarder la télévision. Mais c'est très centré, très sélectif : de la littérature russe (!!!), des romans d'épouvante et puis toutes les informations possibles sur la guerre. Mais le reste, élection présidentielle, écologie, hausse des prix, je m'en fiche complétement.

Et puis, j'ai changé de rythme de vie avec des horaires de plus en plus bizarroïdes. Je commence à tournicoter le matin dans mon appartement dès 4 heures. J'ai tellement peur, en effet, d'apprendre à mon réveil que Kyïv vient de s'effondrer et que Zelenski est en fuite.

 
Aujourd'hui, je baigne encore dans une espèce d'irréalité, un peu comme dans un rêve parce que le rêve et le deuil sont apparentés, comme l'a précisé Freud. Simplement le rêve donne expression au désir tandis que le deuil impose de refouler ce désir et de se conformer progressivement à un nouvel état de fait. C'est ce que l'on appelle le "travail du deuil".


Il me faut donc parvenir à admettre que le pays que j'ai connu, avec tous les souvenirs qui s'y attachent, ne sera plus jamais comme avant. C'est tout un bloc de mon passé, de ma vie, qui passe à la trappe et ça c'est terrible. Et puis, je ne peux pas essayer de me consoler en pensant à un avenir meilleur. Tout apparaît tellement sombre : dans la meilleure hypothèse, l'Ukraine sera "simplement" démolie, ruinée, meurtrie. Mais si, en plus, elle est sous la botte russe, je n'y remettrai sûrement pas les pieds.

Quant à la Russie, aux Russes, je ne sais pas si je pourrai, un jour, pardonner. C'est, du reste, un pays avec le quel, j'ai toujours eu une relation compliquée, d'admiration/détestation. Dans la vie quotidienne, rien n'y est paisible. Il faut y affronter plein de gens horribles mais il est vrai qu'on y rencontre aussi, parfois, des gens extraordinaires. Le problème, c'est que les "affreux", arrogants et bouffis de ressentiment, ont, aujourd'hui, pris le dessus. Un sondage récent effectué par les Américains, même s'il est contestable, vient de me réfrigérer : Poutine est plus populaire que jamais en Russie. Quant au mouvement anti-guerre, il serait anecdotique. Ca me plonge dans des abîmes de perplexité.

Quelques illustrations de John White ALEXANDER, peintre américain (1856-1915) et d'Albin GRAU (1884-1971) architecte et artiste allemand, passionné d'occultisme. Producteur du film de Murnau, "Nosferatu le vampire", il en a, notamment, réalisé les décors. Nosferatu est bien de notre temps, il revient comme un symbole du Mal.

Le titre de mon post est, bien sûr, emprunté à un texte de Freud. Mais je ne suis évidemment pas mélancolique de même que la quasi-totalité des Ukrainiens. C'est un état de passivité finalement très différent du deuil.

Mes recommandations de lecture : 

- Pierre BAYARD : "Aurais-je été résistant ou bourreau ?". Un petit livre remarquable, hélas ô combien d'actualité. De la saloperie à l'héroïsme, où se situe notre point de bascule ?

- POUCHKINE : "La fille du capitaine". Un grand classique de la littérature russe, le début du roman moderne. Le portrait du jeune militaire, c'est un peu la rencontre de Pouchkine, lui-même, avec le Tsar Nicolas 1er, un despote absolu.

- "Le Grand Tour". Il s'agit d'un ouvrage collectif publié sous la direction d'Olivier GUEZ. Il s'agit d'un auto-portrait de l'Europe par ses écrivains alimenté par 27 contributions. Il y a plein de textes remarquables. Dépêchez-vous de lire ce bouquin que je recommande absolument. L'Europe, on y pense trop peu, on la connaît trop mal.

- Olivier ROLIN : "Vider les lieux". Quel rapport avec la guerre, allez-vous me dire ? Olivier Rolin, à mes yeux un des grands écrivains contemporains français a été contraint, récemment, de déménager brutalement. Et un déménagement, c'est souvent plus qu'une épreuve; c'est aussi un traumatisme, une remise en question de soi-même, une occasion de revisiter son passé.

Je précise, enfin, que je quitte Paris la semaine prochaine pour changer un peu d'air. Je ne pense donc pas poster la semaine prochaine et, peut-être même, pas avant le 26 mars. Je veux éviter de radoter sur la guerre. Mais on peut toujours m'écrire, je répondrai.


samedi 5 mars 2022

Les Russes, bourreaux ou victimes ?

 

C'est terrible à dire mais chaque jour de prolongation de la guerre de la Russie contre l'Ukraine, donc chaque souffrance supplémentaire de la population, accroît les motifs d'espoir. Ca semble secouer l'Europe, les puissances occidentales, qui paraissent, enfin, sortir de leur inertie, complaisance, envers la Russie.


Ma grande peur, c'était un écrasement de l'Ukraine en quelques jours : Kyïv immédiatement conquise presque sans combats, Zelensky arrêté, destitué, assassiné. De grandes fêtes, comme celles qui avaient suivi l'annexion de la Crimée, étaient déjà préparées en Russie pour célébrer l'éclatante victoire de son génial tacticien sur l'Occident décadent. Et ensuite, c'était rideau sur l'Ukraine. Après une petite période de fâcherie, les puissances occidentales reprenaient, au bout de quelques mois, leurs relations avec une Russie qui venait de s'essuyer les pieds sur leurs grands principes.

Cette défaite éclair n'aurait pas forcément été un scénario infâmant pour l'Ukraine tant la disproportion des forces militaires, notamment aériennes, est grande. Mais elle aurait donné un poids énorme aux affirmations de Poutine suivant lesquelles l'Ukraine n'existe tout simplement pas: pas de langue ni d'histoire propres dans un Etat artificiel opprimé par des Nazis.

La résistance héroïque des Ukrainiens infirme aujourd'hui complétement ces analyses délirantes du Milosevic russe. De cette résistance, il faut d'ailleurs retenir un symbole marquant : de nombreuses jeunes femmes prennent, elles-mêmes, les armes. J'avoue que je n'aurais pas ce courage. Que pensent d'ailleurs les "féministes" d'Europe de l'Ouest de ces femmes qui font la guerre, se mêlent d'"affaires de mecs" ? 

C'est admirable et terrifiant. Terrifiant parce que Poutine ne vient pas seulement de conforter l'Ukraine comme nation mais il vient surtout d'ériger une barrière de haine entre Ukrainiens et  Russes, une barrière qui n'existait pas jusqu'alors mais qui est maintenant en place pour très longtemps. Et comment les Russes pourront-ils eux-mêmes supporter cette honte et cette culpabilité collectives ? 

Il reste que l'armée russe sera probablement vainqueur militaire, du moins à court terme.  A cette fin, elle n'hésitera pas à recourir à une violence accrue. Mais ensuite ? Combien de temps cela pourra-t-il durer ? 

L'espoir, c'est bien sûr que Poutine soit renversé. Mais cela est-il possible ? Une Révolution de palais, en interne, est peu probable tant le pouvoir est aujourd'hui concentré autour d'un petit nombre de personnes. Ce sont principalement, outre Poutine lui-même: Sergueï Choïgou (Défense), Sergueï Lavrov (affaires étrangères), Sergueï Narychkine (renseignements extérieurs, Dmitri Medvedev (vice-président). Tous aussi "azimutés" et extrémistes que lui. Celui qui me donne des envies de meurtre, c'est Lavrov.

L'espoir, c'est la population russe elle-même. Mais il faut bien reconnaître qu'elle ne bouge pas beaucoup aujourd'hui et que les sondages d'opinion, même s'ils sont d'une qualité douteuse, demeurent largement favorables à Poutine. L'excuse, c'est la férocité de la répression. Mais est-ce un argument soutenable, les Russes sont-ils effectivement "victimes" d'un pouvoir oppressif ? 

Manifester en petit nombre, c'est effectivement très dangereux. Mais ça peut basculer : les manifestations de décembre 2011 (contre le trucage des élections) ont montré que la police russe n'était pas toute puissante et qu'elle pouvait même être débordée et ne plus parvenir à contrôler des foules de plusieurs dizaines de milliers de personnes.  

Je ne peux m'empêcher de penser, comme la quasi-totalité des Ukrainiens, que la population russe est tout de même complice par abstention. Et complice, ça veut dire être complice des bourreaux.

Et c'est vrai que le poutinisme a tout de même réussi, en un peu plus de 20 ans, à façonner suffisamment les mentalités pour pouvoir compter sur une relative adhésion de la population.

On peut ainsi recenser quelques grandes idées qui "marchent" en Russie. Elles puisent dans les tréfonds inavouables de l'âme humaine. Je sais bien que ça peut sembler grossier de comparer Poutine et Hitler mais les méthodes sont tout de même étrangement proches.

- De même que Hitler ressassait que les Allemands avaient été humiliés par le Traité de Versailles, Poutine a réussi à persuader les Russes qu'ils avaient été humiliés, méprisés, par les Occidentaux à la suite de la Chute du mur. Tout le monde a oublié que ça avait aussi été une extraordinaire libération. Mais être puissants, faire peur, même au prix de la misère économique, c'est un fantasme très fort chez les Russes. L'esprit victimaire fonctionne alors à plein : on ne nous aime pas, on n'a pas de considération pour nous. Le plus inquiétant, c'est que de l'esprit victimaire à l'esprit de vengeance, il n'y a qu'un pas vite franchi.

- De même que Hitler faisait rêver les Allemands avec son élargissement de l'espace vital, sa poussée vers l'Est, le projet politico-géographique de Poutine rencontre une assez large approbation. Reconstituer la grande Russie (Russie, Biélorussie, Ukraine), presque tout le monde est pour. On n'en perçoit bien sûr pas les implications (la négation du Droit des autres à l'existence) mais ça explique qu'on soit sensible à l'argument des "terres russes" (presque personne ne s'est opposé à l'annexion de la Crimée) et à la défense des "minorités russes" (argument développé par Hitler pour justifier son intervention dans les Sudètes).

- De même que Hitler développait une mythologie du "peuple aryen", le Poutinisme repose sur un "messianisme", sur cette idée (qu'a développée Michel Eltchaninoff) que la Russie est plus que la Russie. Qu'elle est porteuse d'un projet spirituel, qu'elle a une vocation rédemptrice : mettre fin à la décadence des civilisations emportées par un matérialisme sordide.  C'est une version modernisée de cette fameuse "âme slave-âme russe" que je déteste tant parce qu'elle repose sur l'idée d'une identité presque génétique et finalement d'une supériorité des Russes sur les autres peuples. Il faudrait d'ailleurs évoquer le racisme russe pas seulement concentré sur les Caucasiens et Asiatiques mais aussi à l'encontre des Ukrainiens et Biélorusses. Ils sont bien des frères mais tout de même d'un rang inférieur, un peu bêtes et arriérés (on dénomme les Ukrainiens : des "meules de foin") . On les considère avec une incroyable condescendance.


Je ne vais donc pas conclure en disant que je n'en veux qu'à Poutine et que je n'ai rien contre le peuple russe. Je dirai : Russes, votre passivité apparaît insoutenable. Vous n'êtes pas entièrement innocents parce qu'on demeure, malgré tout, responsables des gouvernants que l'on a désignés. Bazardez vos vieilles mythologies, votre panslavisme imbécile. Réveillez-vous, révoltez-vous, cessez de vous comporter en moutons ! Ayez un peu d'honneur afin d'échapper à la honte et à l'infamie qui vous écraseront pendant des décennies.

 Images d'Otto DIX (1891-1969) et Ludwig MEIDNER (1884-1966), peintres expressionnistes allemands.

Je recommande deux livres cette semaine :

- "Les carnets du sous-sol" de Dostoïevsky. Si vous n'avez jamais rien lu de Dostoïevsky, voici une bonne initiation. Retenez surtout la traduction de Markowicz, c'est beaucoup plus juste. En voici le résumé :"Réfugié dans son sous-sol, le personnage que met en scène Dostoïevsky ne cesse de conspuer l'humaine condition pour prôner son droit à la liberté. Et il n'a de répit qu'il n'ait, dans son discours, humilié, diminué, vilipendé les amis de passage ou la maîtresse d'un soir." Terrifiant et évocateur, n'est-ce pas ?

- Mikhaïl BOULGAKOV : "La garde blanche". Le siège de Kyïv durant la guerre civile russe de 1918 avec les avancées des troupes nationalistes ou bolcheviques. La fin du roman : "Tout passera. Les souffrances, les tourments, le sang, la faim et la peste. Le glaive disparaîtra et seules les étoiles demeureront quand il n'y aura plus de trace sur la terre de nos corps et de nos efforts... Alors pourquoi ne voulons-nous pas tourner nos regards vers elles ? Pourquoi ?" Une question à laquelle on ne sait effectivement pas répondre aujourd'hui.