dimanche 26 juillet 2009

Eloge de l’argent


C’est en quittant l’Union Soviétique que j’ai découvert l’argent. Là-bas, il n’existait pas ou plutôt n’était qu’un coupon d’échange, un droit sur des biens rationnés. Et puis, il n’avait pas de fonction discriminante car nous vivions tous dans un cadre matériel à peu près identique.

A l’Ouest, j’ai découvert qu’il était un potentiel : un potentiel de plaisir, de tous les plaisirs, et un potentiel de pouvoir.


J’ai aussi perçu, avec étonnement, l’incroyable puritanisme, surtout en France, avec lequel on le considérait. L’argent corromprait…Hi, Hi… D’ailleurs, ce n’est pas avoir de l’argent qui est condamné (on a le sens de la propriété bourgeoise), c’est le dépenser inconsidérément.

Je hurle de rire quand j’entends les cris horrifiés avec lesquels on parle des milliardaires russes et de leurs dépenses somptuaires. Les russes, ces ploucs fêtards, et Rachida Dati, l’Arabe voleuse, sont vraiment devenus les figures-repoussoirs, en France, des gens qui ne savent pas se tenir à leur place.






















En fait, ce n’est pas manquer d’argent qui est un problème ; ce que l’on ne pardonne pas, c’est que d’autres en aient. L’égalitarisme revêt souvent une forme haineuse. On dénie ainsi farouchement toute légitimité à l’argent des autres.



Moi, je n’ai évidemment aucune de ces pudeurs effarouchées. Je déteste la vie simple et modeste, j’ai en horreur les contingences matérielles ; alors, j’ai toujours voulu avoir suffisamment d’argent pour pouvoir me sentir dispensée de consulter mes relevés bancaires.



En fait, c’est, pour moi, moins le goût du luxe qu’un choix de vie. Car on choisit beaucoup de choses dans la vie, y compris, pour une large part, la richesse et la pauvreté.
J’ai donc fait le choix d’une vie libre de toute dépendance.






















Il faut d’ailleurs savoir composer avec le cynisme du monde et à tous les « intellectuels précaires » et vertueux, on peut rappeler quelques évidences cruelles :



- L’argent vous ouvre accès à la culture. Voyager dans le monde entier, avoir une carte One à la Fnac, s’habiller avec goût, ce n’est pas votre seule maîtrise de socio qui vous offrira ça.

- L’argent vous permet de multiplier rencontres, connaissances, relations. N’espérez pas séduire des gens influents, voire même intéressants, si vous habitez une chambre de bonne.




Surtout, l’argent permet à une femme de ne pas être une proie, attachée à un idiot qui lui a fait des enfants ou abêtie par la fiction d’un sentiment qui est la forme ultime de l’indignité et que l’on appelle l’amour.




Kacper KALINOWSKI

dimanche 19 juillet 2009

Eloge de la jupe



Comme je l’ai déjà dit, je suis très narcissique et j’aime séduire. C’est pourquoi j’attache une très grande importance, presque dévorante, à mon apparence extérieure, vestimentaire et corporelle. Etre mince et être belle, c’est mon obsession et je perds chaque jour un temps infini à choisir mes habits et à me maquiller. J’aime ressembler à une poupée.


Du reste, j’en fais toujours trop et j’ai conscience d’être à la limite du mauvais goût mais c’est mon côté Europe Centrale avec d’autres codes de la féminité. Mes modèles, même si elles appartiennent à une ancienne génération, sont Arielle Dombasle et Amanda Lear. C’est intéressant de mesurer à quel point elles sont détestées parmi les femmes.



J’ai bien conscience qu’en me lisant vous me prenez tout de suite pour une super-conne. Certes, mais mon goût des apparences est aussi une position presque éthique. Je m’insurge contre l’interdit de la séduction et l’écrasement de la différence sexuelle qui marquent notre époque. Pourtant, le mouvement semble irréversible. J’étais récemment à la terrasse d’un café sur la place du marché de Montmorency et j’observais un groupe de lycéennes : toutes brutasses, toutes hommasses, toutes en uniforme cheap (jean, t-shirt, baskets).




























C’est sûr, dans 20 ans, plus aucune femme n’osera porter de jupe et se maquiller. On justifie cette évolution en avançant des arguments généralement pratiques, de confort, ou de recherche d’authenticité et de simplicité. Les plus politiques, les plus retors, vont jusqu’à évoquer la montée de l’islamisme.


Certes, beaucoup de femmes s’habillent discrètement, simplement pour avoir la paix. Il est vrai que l’hyper-érotisation graveleuse de notre vie quotidienne a un pendant : la montée d’une formidable frustration chez tous ceux qui sont exclus de la compétition sexuelle; tous ces laissés pour compte innombrables, tous ces pauvres types qui ne peuvent avoir accès au marché sexuel que Michel Houellebecq a su décrire avec tant d’empathie.





























Il me semble cependant que la tendance s’impose d’elle-même et qu’il n’y a pas besoin de répression extérieure. Elle est un symptôme supplémentaire de cette société écologiste et transparente que j’ai en horreur. Une société où on promeut une vision naturelle et hygiéniste de la sexualité, comme un simple besoin à satisfaire, sans aspérités et sans ambiguïtés.


D’où la montée insidieuse d’un puritanisme féroce avec l’éradication progressive du désir et l’aplatissement de la différence sexuelle.


Le degré zéro du désir dans l’indifférenciation et l’équivalence généralisées, voilà ce qui est aujourd’hui recherché.


Alors, il est peut-être important que les femmes, de même qu’elles manifestaient, parait-il, dans les années 60 pour le droit au port du pantalon, manifestent aujourd’hui pour le droit au port de la jupe. C’est une même liberté.






BARBIER - POIRET - LEPAPE

samedi 11 juillet 2009

« Eloge de la corruption »



De même que du secret, personne ne se hasardera aujourd’hui à faire l’éloge de la corruption. Nous vivons sous un gouvernement des purs, nous nous proclamons tous honnêtes et intègres. Pas un parti qui n’affiche à son programme la lutte contre la corruption.



Je ne peux cependant m’empêcher d’éprouver de l’empathie pour les corrupteurs et les corrompus. Ou plutôt, je me méfie encore plus de ceux qui se proclament incorruptibles, de tous ceux qui veulent pourchasser le mal. Comme l’a montré Marie-Laure Susini, les personnes qui clament leur intégrité, qui appellent à la purification et à la vertu, embarquent souvent les peuples dans des idéologies totalitaires. « Ce n’est pas la corruption, mais bien la logique de l’incorruptible qu’il faut redouter, et qui laisse le souvenir terrible de tous les hommes qu’on a maltraités, injuriés, honnis, dégradés, exclus et assassinés au nom d’une idéologie de la pureté”.





Les gens qui se prétendent intègres sont peut être, finalement, les plus mauvais d’entre nous.




























Certes, la corruption a aujourd’hui largement perdu son sens moral et se concentre sur sa définition économique. Mais même celle-ci n’est pas, à mes yeux, entièrement condamnable. Personne n’a en fait mesuré et évalué ce qu’impliquait la mise en place d’un état de droit, l’application de la Loi comme forme pure égalitaire.


C’est non seulement l’Etat Orwellien, la société de contrôle généralisé qui assure une « traçabilité » complète de votre vie quotidienne, de votre naissance à votre mort.


C’est aussi la destruction des rapports humains et sociétaux, le règne des relations impersonnelles, la généralisation de la solitude.



Il faut ainsi comprendre la détresse des populations dans l’ancien bloc soviétique. Ce n’est pas seulement le bouleversement économique qui est angoissant. C’est aussi la disparition de l’ancienne convivialité slave, de la vie en communauté joyeuse et festive.





























Le monde de Gogol, décrit dans « les âmes mortes », était encore extraordinairement vivant jusqu’à une époque récente. On y ignorait tout, évidemment, de l’Etat de droit mais cette vie sociale intense reposait assez largement sur une petite corruption généralisée, où chacun était l’obligé de chacun dans un système de dons et contre dons. La vie était certes difficile mais tout pouvait finalement s’arranger.


Quoique vous ayez pu lire sur ce sujet à l’Ouest, le système était en fait assez débonnaire et finalement très égalitaire (la nomenklatura était un mythe). Aujourd’hui, en revanche, on se heurte au mur incompréhensible de la Loi tandis que s’accroissent vertigineusement les inégalités.



L’Etat moderne, c’est en fait un bouleversement psychologique considérable. C’est la glaciation complète de la vie collective et sentimentale sous le couvert d’une exigence totalitaire d’intégrité et de pureté.





Clovis TROUILLE

samedi 4 juillet 2009

« Eloge du secret »

Personne, aujourd’hui, n’osera faire l’apologie du secret et du mensonge. La transparence est de règle; on est sommés de divulguer, en toute franchise, son intimité.

D’ailleurs, les psychologues, gardiens de l’ordre, sont là pour vous le dire : quand ça va mal, il faut parler ; et puis ce dont on souffre, ça remonte à une blessure d’enfance : on a tous été plus ou moins agressés, violés, à cette époque et plus tard, et, évidemment, on ne s’en est jamais remis. Mieux, c’est probablement lié à un secret de famille (un père incestueux ou collaborateur, une mère volage), souvent transmis de génération en génération. Ce secret, il faut le chasser en l’exhibant.

On souffrirait ainsi, presque tous, d’un passé très lourd qu’il suffirait de faire remonter à la surface. La meilleure prévention, ce serait de ne rien cacher et de tout dire.

De nombreux écrivains et artistes (Emmanuel Carrère dans « un roman russe », Dominique Fernandez et maintenant Gérard Garouste) ont emprunté cette porte étroite. Tout cela semble d’une imparable évidence.





















C’est le triomphe d’une psychologie de voyeurs, relayée par la justice et les media. C’est l’obscénité généralisée des relations familiales et affectives.

C’est aussi une psychologie pour les nuls, grossière et simplificatrice. Pourtant, Freud l’a bien démontré, il y a déjà un siècle : le passé, le réel, est inatteignable, toujours retravaillé, recomposé dans les fantasmes. La psychanalyse a pris naissance quand il s’est rendu compte que les jeunes filles qui le consultaient faisaient état d’agressions imaginaires mais néanmoins bien réelles pour elles.

Des jeunes filles menteuses et mystificatrices, en toute bonne foi.

Il faut le reconnaître, dans les relations humaines, la fabulation est générale, même si elle est
sincère, et surtout quand elle vient de gens qui se proclament victimes.


Le langage lui-même est mensonger, continuellement travaillé par l’inconscient, porteur de métaphores. Il ne suffit donc pas de parler pour dire la vérité.






















Alors oui, le rêve de transparence est un projet totalitaire.

Surtout, la transparence est destructrice; c’est la banalisation complète de l’imaginaire, la privation du droit à l’intimité.

Pourtant, pour construire son identité, pour conquérir une liberté, il faut parvenir à se soustraire à l’oppression de la réalité et de la vérité. Il faut pouvoir rêver et mentir.

Du reste, la pensée critique ne prend naissance qu’à partir du moment où l’on parvient à composer avec la réalité et à la manipuler, à partir du moment, en fait, où l’on sait manier les signes et mentir. Les enfants les plus intelligents sont aussi les plus grands menteurs. Et il en va de même des plus grands artistes. Nous n’avons que faire de leur honnêteté ou de leur sincérité.

Retrouver le goût du secret, se réapproprier une intimité, réapprendre à rêver, c’est peut-être cela la meilleure thérapie, au rebours de toutes celles aujourd’hui pratiquées.

Redécouvrir aussi le plaisir de la séduction, du mystère, de l’artifice. Devenir une vampire, quoi…

 


Gérard GAROUSTE
Ce texte est inspiré par Pierre Lévy-Soussan

samedi 27 juin 2009

Pour NEDA



A Téhéran, les tueurs ont provisoirement repris le contrôle de la rue. Les tueurs, c'est-à-dire Mahmoud Ahmadinejad et ses sbires, avec l’approbation d’Ali Khameneï. Il faut dire que la tactique des bassidjis, ces délinquants-déshérités soutiens du régime, est d’une effroyable efficacité : en s’attaquant, au hasard, à des manifestants, et plutôt même à des gens pacifiques, des jeunes femmes, des étudiants, en les massacrant sur place en toute impunité à coups de couteau et de barres de fer, ils ont su répandre un climat de terreur qui a envahi tout le pays. « Shock and awe » (« choc et effroi »), dit-on en américain, c’est bien ce sentiment de lugubre stupeur qu’éprouve aujourd’hui la population iranienne.

On a rarement souligné, dans la presse occidentale, que Mahmoud Ahmadinejad était non seulement un personnage inculte et illuminé mais aussi un simple criminel. Etudiant déjà, dans une université de second ordre de Téhéran (Elm-o Sanat), il s’était fait remarquer, moins par l’excellence de ses résultats, que par sa participation à une organisation, l’OSU, dont les membres « compensaient leur impopularité croissante par le recours à la violence. Ils faisaient la chasse aux femmes qui ne portaient pas de tchador, ils leur interdisaient l'accès aux cours ». Ahmadinejad, rapporte Michel Taubmann, était révulsé par le spectacle de jeunes femmes habillées à l'occidentale, symbolisant "la débauche, la promiscuité, la perversité et la liberté des mœurs" ».

Plus tard, durant la guerre Iran-Irak, Ahmadinejad aurait été instructeur au sein de l’organisation des Bassidji. Plusieurs rapports suggèrent qu’il était alors chargé de l’élimination de dissidents en Iran et à l’étranger et qu’il aurait personnellement participé à des tortures et des exécutions à la prison d’Evin.

En fait, Ahmadinejad aurait été très influencé dans sa jeunesse, selon Michel Taubmann, par un mouvement hérétique, le « mahdisme ». Cette secte, fondée dans les années 50, considère que « les croyants, loin d'apprendre passivement, doivent au contraire hâter le retour du Madhi [messie] en précipitant le monde dans l'apocalypse».

Ce charmant personnage fait frissonner. On le voit, il n’y a pas d’apitoiement envisageable de la part du tueur Ahmadinejad; rien qu’une guerre totale, sans merci, jusqu’à la mort, jusqu’à l’apocalypse, pour maintenir le pouvoir des religieux.

La lutte sera donc difficile, probablement sanglante mais le basculement du régime est inéluctable. Il ne s’agit d’ailleurs pas seulement d’un combat contre Ahmadinejad et sa personne mais d’une lutte pour la démocratie et l’esprit des Lumières; la fin de l’ « Irano Nox » et de la terreur, la redécouverte de tout ce qui fait la beauté de la vie, le plaisir et la sensualité.

Je trouve ainsi merveilleux que l’on ait fait d’une jeune femme, Neda, tragiquement assassinée, le symbole et l’icône de la révolution en cours.

Neda, magnifiquement belle et cultivée, aujourd’hui porteuse des espoirs d’un nouvel Iran.

Quant à nous, renonçons à nos vacances idiotes au bord d’une plage et rendons-nous, les plus nombreux possible, en Iran pour exprimer notre soutien à la population. Nous y serons toujours extraordinairement reçus.

dimanche 21 juin 2009

Téhéran, mon amour


Samira Makhmalbaf (سمیرا مخملباف)














Beaucoup le savent : la révolution est en marche en Iran ; mais il ne faut pas se méprendre : la révolution n’a pas commencé, il y a quelques jours, avec les élections. C’est un bouillonnement social, une effervescence démocratique qui remontent à plusieurs décennies, peut-être jusqu’à Mossadegh.



Les mollahs ne s’étaient attachés qu’à détourner puis écraser cette ébullition. Je ris quand certains journaux français évoquent le fort soutien populaire dont continue de bénéficier le régime. On reproduit le même aveuglement, la même ignorance que pour l’ancien empire soviétique autrefois supposé éternel. La vérité est qu’on exècre les religieux en Iran (relisez « Hadji Aghah » de Sadegh Hedayat) et qu’on ne veut pas plus de Moussavi que d’Ahmadinedjad ou de tous les autres guignols islamistes. On aspire simplement à un gouvernement normal, ouvert sur le monde et qui ne fasse plus honte sur la scène internationale.
















Prédire la chute des religieux n’a rien d’une prophétie hasardeuse. Simplement, on ne sait pas précisément quand et sous quelle forme ça se produira.


Mais les faits sont là. Contrairement aux idées reçues, celles diffusées notamment par les adeptes du « choc des civilisations », l’Iran est un pays étonnamment moderne. Le grand mérite des livres de Marjane Satrapi est justement d’avoir révélé cette modernité à ses lecteurs. Les principaux indicateurs de l’Iran rejoignent ainsi ceux des pays occidentaux : le taux de natalité en particulier, alors que le pays était, récemment encore, confronté à une explosion démographique; l’alphabétisation est bientôt achevée et l’accès à l’enseignement supérieur largement répandu. Surtout, les universités sont de bon niveau et la proportion des femmes les fréquentant y est supérieure à celle des hommes. Enfin, l’Iran est parmi les premiers pays au monde pour le nombre de connections à l’Internet. Tout vient conforter un irrésistible bouleversement démocratique.

Surtout, il faut aller sur place, se rendre individuellement dans ce pays magnifique. Depuis une dizaine d’années, c’est très facile et ça ne pose aucun problème. C’est même d’une sécurité presque absolue. Pourtant, je dois être l’une des très rares françaises qui va régulièrement passer des vacances en Iran sans motif particulier. Bien sûr, mes collègues pensent que j’ai des goûts bien sinistres et austères (vu mon look, on ne me soupçonne quand même pas d’être une convertie à l’Islam). Mais non, j’y vais pour m’y amuser et faire la fête et je m’y ennuie sans doute moins que dans leur Club Méditerranée. Car on s’amuse en effet beaucoup en Iran. Ca fait partie des incidences paradoxales des dictatures : une schizophrénie collective, un détachement complet de la sphère publique ; en compensation, une attention extrême accordée aux relations sociales et amicales, une exacerbation émotionnelle et festive permanente. Lisez à ce sujet Nahal Tajadod (l’épouse de Jean-Claude Carrière) : « Passeport à l’iranienne ».


Le pays des paradoxes. Lorsque vous débarquez à Téhéran, dans une lumière continuellement aveuglante, vous avez tout de suite un premier choc : alors que vous vous attendiez à être noyée dans un océan de barbus sinistres, vous découvrez tout à coup que l’Iran est le pays des femmes. Elles sont partout, dans la rue, les bureaux, les entreprises, slalomant comme des cosaques dans les embouteillages monstrueux au volant de leur BM 2002 retapée.

Elles arpentent fièrement l’avenue Jordan, la Vali Asr ou la Gandhi ou les ruelles du bazar de Tajrish ; splendides, sexy en diable, sensuelles, enjôleuses, un sourire ravageur. Leur exhibition est « un pied de nez permanent à la censure » islamiste, comme le dit si justement Delphine Minoui dans son remarquable petit livre « Les pintades à Téhéran ».



Mieux qu’un livre sentencieux de géopolitique internationale, « Les pintades » met en évidence l’imminence de la révolution. Et celle-ci viendra des femmes…

samedi 13 juin 2009

Rencontres fortuites



Quand vous m’écrivez (c’est heureusement beaucoup plus fréquent que vos commentaires), vous m’adressez parfois de drôles de lettres qui expriment une suspicion inquiète sur ma personne.


En règle générale, bien sûr, vous estimez que je suis dingue et malsaine; mais, souvent aussi, c’est vous qui semblez mal à l’aise et je perçois votre curiosité hostile.



























Parfois, vous poussez l’audace jusqu’à me proposer une rencontre.


Hi ! Hi ! Qu’imaginez-vous ? Que mon existence est toute entière planifiée ? Qu’une vampire tient un agenda comme n’importe quel bureaucrate ?


On ne prend pas rendez-vous avec moi. On ne peut me rencontrer que de manière fortuite. Et c’est d’autant plus surprenant, déstabilisant.


Sachez simplement qu’à Paris, j’arpente principalement un territoire qui va de la station Villiers à la Fnac des Ternes, via le parc Monceau, l’annexe de l’ambassade d’Iran, l’église suédoise, l’église orthodoxe de la rue Daru.


J’ai un restaurant attitré, le meilleur japonais de Paris, « le Kifune », rue Saint Ferdinand, et un café, « le café de la Paix ».





















Et puis, il est un endroit que j’adore, à l’épouvantable réputation : l’immense halle vitrée de la Gare du Nord. Voici un lieu de rencontres extraordinaire. Un brassage de voyages, de langues, de cultures, de milieux sociaux ; des noms qui font rêver (Berlin, Copenhague, Vienne, Moscou). Un appel insistant au départ, à l’aventure.


"Ce qui arrive dans le monde n'arrive à personne, mais quelque chose arrive à quelqu'un, valant pour tout ce qui arrive dans le monde." Pierre Klossowski




Joanna CHROBAK