Berlin, cette semaine !
L’Allemagne, j’aime beaucoup. Il y a chez les allemands une culture, un goût pour l’analyse théorique, une capacité de réflexion incomparables. Une conversation avec un allemand, c’est toujours grave et profond.

Evidemment, je déteste aussi leur côté « alles in ordnung », leur avarice, leurs délires écologistes et surtout leur intrusion continuelle dans votre vie, mais ça c’est autre chose. Et puis, ils sont tous habillés « pratique », c'est-à-dire comme des ploucs. La séduction, on ne connaît pas en Allemagne. En revanche, être moche n’est pas un problème.

Berlin, j’adore. La ville devient magnifique, hyper moderne, très agréable. Et puis, ça bouge, c’est vivant, underground, trash, punk. Jeune et cosmopolite mais pas du tout de la même manière qu’en France. On vient surtout de l’est, on parle toutes les langues slaves, on est cultivé, éduqué.

J’ai beaucoup travaillé mais j’ai aussi passé mes soirées à boire de la bière dans les brasseries en mangeant des harengs et de l’anguille. Ambiance festive, débridée.

Quand je suis à Berlin, je pense souvent à cette période de la République de Weimar qui a précédé le nazisme, celle de l’apogée de l’expressionisme, mouvement dont je suis une fan. Ca a été, pendant une petite dizaine d’années une période de créativité culturelle extraordinaire. Plus jamais même, l’Allemaqne n’a retrouvé pareille effervescence.

Ce qui est intéressant, c’est que l’expressionisme n’a pas été un simple mouvement intellectuel, comme le surréalisme qui prenait naissance à la même époque en France. L’expressionisme, ça a vraiment été un mouvement populaire. Il ne concernait d’ailleurs pas seulement la peinture (Kirchner, Pechstein, Franz Marc, Karl Schmidt-Rottluff, etc..) ou la littérature (Gottfried Benn, Yvan Goll, Ewers, Georg Trakl); c’était aussi la musique, le théâtre et le cinéma (Fritz Lang, Friedrich Murnau).
Surtout, l’expressionisme est inséparable de la naissance du cabaret qui a pris, à cette époque, une importance unique. Le cabaret accueillait toutes les classes sociales et il donnait lieu à l’expression des plaisirs et des divertissements les plus scabreux. Il faut évidemment revoir le film de Sternberg L'Ange Bleu, pour avoir une idée de la licence morale qui régnait alors.
" On ne nous a pas demandé
Lorsque nous n'avions pas de visage
Si nous voulions vivre ou non
Maintenant, je vais seule à travers une grande ville
et je ne sais pas si elle m'aime
Je regarde dans les pièces, par les portes et les fenêtres
Et j'attends, et j'attends
Quelque chose.

Si je devais me souhaiter quelque chose
Je serais bien embarrassée
Car ce que je devrais souhaiter
Serait-ce un temps meilleur ou pire
Si je devais me souhaiter quelque chose
Je souhaiterais être un peu heureuse
Car si j'étais trop heureuse
J'aurais une nostalgie pour la tristesse.”

Marlène DIETRICH.
(Chanson composée par F. Holländerpendant le tournage de l'Ange Bleu )
Cette exceptionnelle efflorescence artistique, le nazisme va s’attacher à l’éradiquer le plus rapidement possible. Il ne faut en effet pas l’oublier : contrairement à certaines mythologies parfois développées, les mouvements d’extrême droite reposent d’abord sur l’anti-intellectualisme. Les dignitaires nazis, à commencer par Hitler, étaient ainsi d’une médiocrité intellectuelle effarante (cf. les travaux de Kershaw, Fest et Lionel Richard). Ils étaient tous des ratés et des humiliés chez qui prédominait la soif de revanche.
Cette analyse du totalitarisme demeure, me semble-t-il, pertinente, notamment en France. On y a beau jeu de dénoncer le racisme alors que ce n’est peut-être plus la question cruciale. En revanche, le populisme et la démagogie, à peu près tout le monde s’y adonne en toute bonne conscience. Et c’est peut-être ça qui est inquiétant.
Affiche du célèbre film expressionniste : « Le cabinet du Dr Caligari ».Josef FENNEKER illustrateur expressionniste





























Moi, le roman anglais ou américain, ça m’ennuie mortellement tellement je trouve ça prosaïque, englué dans la quotidienneté. Et puis, il ya tout de même autre chose : l’Europe Centrale et du Nord, le Moyen-Orient, l’Asie…


- « Niloufar » de Ron Leshem : à vrai dire, ce n’est pas du tout un roman iranien puisque c’est un jeune Israélien qui l’a écrit mais en cherchant à s’identifier absolument à un iranien, son ennemi mais finalement son frère. C’est sûrement l’un des livres les plus singuliers du début de cette année. Certes, on perçoit bien, dans des détails concrets, que Ron Leshem n’est jamais allé à Téhéran mais, globalement, il décrit, de manière très juste, la vie et les mentalités en Iran. Avec un rapprochement sûrement surprenant mais finalement très pertinent entre Tel-Aviv et Téhéran. Et des propos comme celui-ci : « Israéliens et Iraniens, c’est comme si nous appartenions à la même nation, c’est incroyable. En Iran, les femmes sont plus élégantes, c’est la seule différence». Surtout, ce livre comporte une réflexion politique très profonde. Il décrit longuement la vie underground à Téhéran assez semblable à celle de Tel-Aviv.
Contrairement à ce qu’on imagine, ce n’est pas du tout austère. C’est plutôt la musique rock, les fêtes nocturnes endiablées, l’alcool, la drogue, les orgies sexuelles. Et contrairement à ce qu’on imagine aussi, c’est très peu réprimé. Et cela tout simplement parce que le pouvoir et « la police veulent qu’on ait ce genre de vie ; le régime veut qu’on soit stoned, qu’on se croie libres. Ils ne veulent pas qu’on descende dans la rue. Ils préfèrent qu’on fasse la fête jour et nuit. » Réflexions qui ne sont évidemment pas seulement applicables à l’Iran et Israël mais à l’ensemble de la jeunesse enfermée dans un monde virtuel.



