L'actualité, je ne la connais qu'à travers la presse. Quant aux informations, à la télé ou la radio, je prends bien soin de les éviter. Ça me soûle et m'abrutit. Surtout, j'ai l'impression qu'il n'y a rien de plus normalisateur. Ça permet de croire qu'on peut se dispenser de réflexion: il suffit d'être connectés, d'être en "temps réel", pour savoir tout du monde.
Une semaine de régime "informations", surtout sur le mode "en continu", et vous voilà transformés en citoyens "lambda", péremptoires, réagissant au quart de tour, ayant un avis sur tout et sur rien. De vraies "boules nerfs", tiraillés d'affects contradictoires. On devient vite plein de certitudes, on est "au courant", on se met à avoir des idées, souvent des "engagements", mais on ne perçoit finalement pas l'essentiel: qu'on est enfermés dans une petite bulle, souvent très "du côté de chez moi", de préjugés et d'idées toutes faites.
Je me trompe peut-être, j'ai peut-être tort, mais ça me permet d'échapper aux hystéries ambiantes et aux grands délires collectifs. Je remarque évidemment qu'en ce moment tout le monde est remonté comme des coucous, proche du "nervous breakdown", à propos du Coronavirus. Ça n'arrête pas de caqueter et de se lamenter, d'échafauder les scénarios les plus catastrophistes. La puissance des médias, ça n'est finalement pas rien: capables de provoquer instantanément les grandes émotions, les grandes peurs, surtout les plus malsaines, les plus viles. Il est vrai qu'inspirer la pétoche, c'est ce qui fait leur fonds de commerce. La stratégie des médias, c'est finalement: cultiver l'émotion pour empêcher de penser.
Je n'ai bien sûr aucun avis concernant la menace réelle que fait planer le coronavirus. Mais il suffit peut-être d'analyser un peu les chiffres. On a aujourd'hui, en France, juste un peu plus de (mal)chances de décéder du coronavirus que de gagner au Loto (1 sur 16 millions en France). Pas de panique si vous n'êtes pas trop vieux et bien portant : les décès sont en effet surtout liés à des comorbidités. Mais il est vrai qu'on ignore tout de l'extension potentielle de la maladie.
Les chiffres de mortalité liée au coronavirus sont actuellement très faibles, du moins pas suffisamment importants pour motiver, sauf effroyable malchance, une réelle angoisse voire la panique de la population. On a ainsi rappelé que, chaque année, la simple grippe fait en France, bon an mal an, environ 10 000 morts. Et durant la période épidémique, il y a, chaque semaine, près de 1 000 morts. Mais personne ne s'en émeut. Qu'est-ce que ce serait pourtant si c'était 1 000 morts du coronavirus ? Il est d'ailleurs comique d'entendre les médias réclamer, à cors et à cris, un vaccin alors que celui contre la grippe fait l'objet d'un rejet massif en France. Qui parle également des 6 000 nouveaux séropositifs et 500 décès annuels du SIDA en France ?
On peut aussi relativiser les choses en se penchant sur le passé. La grippe espagnole qui a sévi de 1917 à 1919, aurait fait, selon les dernières évaluations, jusqu'à 50 millions de morts dans le monde, dont 2,3 millions (0,4 million en France) en Europe (parmi les quels, Guillaume Apollinaire, Edmond Rostand, Egon Schiele, Max Weber, Franz Kafka) et 6 millions en Inde et en Chine. La grippe espagnole s'est finalement révélée une tueuse beaucoup plus efficace que la Grande Guerre.
Et que dire de la " Grande Peste Noire" médiévale qui a principalement sévi au 14 ème et 15 ème siècle ? Pour le seul territoire français, la population aurait décru, entre 1340 et 1440, de 17 millions à 10 millions d'habitants, soit une diminution de 41%. Ce n'est ensuite qu'à la fin du 17 ème siècle que la France aurait retrouvé son niveau démographique du début du 13 ème siècle.
Ou bien, sur une période de quelques mois, de 1348 à 1350, d’Italie jusqu’en Irlande, à partir d’un comptoir génois de Crimée, la maladie aurait fait de 20 à 30 millions de morts, soit entre le quart et le tiers de la population européenne. C’est même 50 % des habitants de Florence qui auraient disparu.
Il y avait effectivement de quoi être terrorisé. La Grande Peste a été un véritable cataclysme pas seulement démographique mais moral, économique, social, politique.
Confrontés à ces chiffres inouïs, comment ne pas croire, en effet, à la fin du monde ? L’avènement de l'Antéchrist ? C’est ce qu'ont cru beaucoup qui ont alors cherché des boucs-émissaires (étrangers,
hérétiques, juifs). Dans beaucoup de villes, les juifs furent éliminés
avant même l'apparition de la peste, permettant ainsi aux notables de ne
pas avoir à rembourser leurs créanciers.
Il
faut surtout imaginer la complète décomposition de l’ordre social durant la Peste Noire.
Familles et amis se fuient, plus rien ne fonctionne, on ne cultive plus
les terres, on n'enlève plus les corps, le maintien de l’ordre est
impossible, l’insécurité est totale. Bientôt, les esprits changent, la
société est en déliquescence. Persuadés de mourir rapidement, les gens
cherchent à vivre pleinement et profiter de ces moments de vie. Une
crise morale atteint la société européenne.
De
plus, beaucoup de biens sont laissés à l’abandon. La classe dominante
est bouleversée et on assiste alors à des transferts massifs de
propriété mais aussi à un développement du salariat et à une augmentation du coût du travail.
La Grande Peste a ainsi opéré une complète redistribution des cartes sociales. A tel point que l'on peut dire qu'elle n'a pas eu que des conséquences négatives. A tel point même que lui a succédé,comme une étrange
leçon de l’histoire,....la Renaissance.
Alors que l’on pouvait s’attendre à un effondrement de l’Europe,
on a au contraire assisté à son renouveau progressif.
Il ne faudrait évidemment pas en conclure qu'on aurait besoin aujourd'hui d'une Grande Peste pour régénérer le monde mais je me demande souvent si cette idée n'affleure pas, avec complaisance, dans les médias et chez nombre de responsables politiques.
En tous cas, l'histoire de la Peste médiévale rencontre étrangement nos angoisses actuelles : d'abord les fantasmes délirants d'une fin du monde prochaine annoncée, voire souhaitée, par les écologistes ou bien cette idée devenue dominante d'une décomposition morale et économique de la société (et singulièrement du capitalisme) à la quelle seul un Grand Soir peut mettre fin.
Avec la menace du coronavirus, pointe aussi cette idée qu'on l'avait bien cherché et que cette épidémie n'est que la conséquence de nos errements: la mondialisation, les migrations, la science et les expérimentations devenues folles, la surpopulation, la rapacité économique... Ce qui se profile aujourd'hui, l'effondrement de la civilisation, ne serait qu'une juste punition de nos péchés.
Très vite s'installe la peur de l'autre. On rentre en pleine société disciplinaire, on prescrit déjà de nouveaux rituels comportementaux : limitation des déplacements, lavage des mains, port de masques, restriction des contacts corporels (Point positif tout de même pour moi : ça va peut-être conduire à mettre fin, en France, à cette manie qui m'exaspère de se faire systématiquement la bise). On encourage aussi la restriction du lien social (confinement), le repli sur soi-même, sur la cellule familiale, sur son ordinateur. Inévitablement, s'accroît la méfiance vis-à-vis de l'autre, de l'étranger.
La peur de l'autre, ça devient vite la haine de l'autre (il est édifiant d'entendre Greta Thunberg et les "jeunes" d'aujourd'hui s'en prendre aux générations passées). Mais la haine de l'autre, c'est aussi la haine de soi-même. Parce que c'est bien là le fond du problème. Si on se met à haïr l'autre, à se détester soi-même, c'est aussi parce qu'on se sent coupables, universellement coupables. On est incapables d'admettre la réalité brute de la vie, son absence de justification.
La fatalité du Destin, ça nous est étranger. Le malheur doit être obligatoirement rapporté à quelque chose, à quelqu'un, à soi-même. On n'arrive pas à accepter le caractère monstrueux de la vie, son arbitraire et son indifférence. et on se convainc alors d'une nécessaire expiation.
On a souvent dit que le 21 ème siècle serait religieux. Peut-être ! Ce qui est sûr, c'est qu'on est déjà fortement incités à faire pénitence et à dénoncer les corrompus sur terre. L'Empire du Bien se généralise et on prépare activement des lendemains qui ne seront peut-être pas roses.
Tableaux de Caspar David FRIEDRICH (1774-1840), Brueghel Le Jeune (1564-1636), Francisco de GOYA (1746-1828), Arnold Böcklin (1827-1921) + images du film "Nosferatu le Vampire" de Werner Herzog ainsi que divers anonymes.
Le coronavirus m'a du moins fait renoncer à me rendre en Iran ce printemps: par crainte surtout d'être mise en quarantaine au retour.
Dans le prolongement de ce post, je recommande un très bon livre : "Peste et Choléra" de Patrick DEVILLE. Prix Fémina 2012 , on le trouve aisément en poche.
Avec la menace du coronavirus, pointe aussi cette idée qu'on l'avait bien cherché et que cette épidémie n'est que la conséquence de nos errements: la mondialisation, les migrations, la science et les expérimentations devenues folles, la surpopulation, la rapacité économique... Ce qui se profile aujourd'hui, l'effondrement de la civilisation, ne serait qu'une juste punition de nos péchés.
Très vite s'installe la peur de l'autre. On rentre en pleine société disciplinaire, on prescrit déjà de nouveaux rituels comportementaux : limitation des déplacements, lavage des mains, port de masques, restriction des contacts corporels (Point positif tout de même pour moi : ça va peut-être conduire à mettre fin, en France, à cette manie qui m'exaspère de se faire systématiquement la bise). On encourage aussi la restriction du lien social (confinement), le repli sur soi-même, sur la cellule familiale, sur son ordinateur. Inévitablement, s'accroît la méfiance vis-à-vis de l'autre, de l'étranger.
La peur de l'autre, ça devient vite la haine de l'autre (il est édifiant d'entendre Greta Thunberg et les "jeunes" d'aujourd'hui s'en prendre aux générations passées). Mais la haine de l'autre, c'est aussi la haine de soi-même. Parce que c'est bien là le fond du problème. Si on se met à haïr l'autre, à se détester soi-même, c'est aussi parce qu'on se sent coupables, universellement coupables. On est incapables d'admettre la réalité brute de la vie, son absence de justification.
La fatalité du Destin, ça nous est étranger. Le malheur doit être obligatoirement rapporté à quelque chose, à quelqu'un, à soi-même. On n'arrive pas à accepter le caractère monstrueux de la vie, son arbitraire et son indifférence. et on se convainc alors d'une nécessaire expiation.
On a souvent dit que le 21 ème siècle serait religieux. Peut-être ! Ce qui est sûr, c'est qu'on est déjà fortement incités à faire pénitence et à dénoncer les corrompus sur terre. L'Empire du Bien se généralise et on prépare activement des lendemains qui ne seront peut-être pas roses.
Le coronavirus m'a du moins fait renoncer à me rendre en Iran ce printemps: par crainte surtout d'être mise en quarantaine au retour.
Dans le prolongement de ce post, je recommande un très bon livre : "Peste et Choléra" de Patrick DEVILLE. Prix Fémina 2012 , on le trouve aisément en poche.

























































