samedi 8 juin 2024

Eloge du risque














Notre vision du monde, de la politique et de la vie, elle est largement façonnée par notre enfance, adolescence. 

Le monde communiste, même si je n'en ai connu que l'effondrement et, surtout, par le biais de mes parents, ça m'a, quand même, gravement marquée. 


J'en retiens, en particulier, qu'à cette époque pas si lointaine, les gens s'y fichaient bien de la sécurité, aussi bien à titre individuel que d'un point de vue collectif.

D'hygiène alimentaire, on n'en avait aucune: on ne mangeait que des cochonneries. Et puis on buvait et fumait sans limites. L'AVC, le cancer ou la crise cardiaque dans la cinquantaine, ça faisait partie de l'ordre normal de la vie. 


Pour le reste, on ne savait pas ce qu'était le Droit ni les systèmes d'assurances: les réglementations, c'était fait pour être contourné. On trafiquait, vivait de marché noir. On conduisait n'importe comment et à toute vitesse (heureusement, il n'y avait pas beaucoup de voitures). On rafistolait tout, tant bien que mal: les bagnoles, les trains, les avions. De même, on bricolait tout dans les immeubles: l'eau, l'électricité, le gaz, les ascenseurs (mais c'était quand même toujours en panne). Pour se nourrir, on achetait "en direct" et on se fichait bien des normes de qualité et d'hygiène. Quant à la pollution, aux dégâts sur l'environnement des industries lourdes, ça n'était même pas évoqué. 

Evidemment, il y avait beaucoup d'accidents et de morts violentes mais à peu près tout le monde s'accommodait de ce système de grande débrouille généralisée dans le quel les plus malins tiraient leur épingle du jeu. Et je dois dire que s'il a largement disparu des anciens pays satellites d'Europe Centrale, il continue d'imprégner les mentalités en Russie et, à un moindre degré, en Ukraine. S'arranger, chercher une solution en dehors des clous, ça y fait encore carburer.

Et puis, dans la morne grisaille de la vie quotidienne, une petite chose suffisait à vous mettre en joie, à illuminer votre journée: une babiole trouvée dans un magasin, un magazine occidental, un bâton de rouge à lèvres, des collants fantaisie. Paradoxalement, on rêvait, désirait beaucoup.



 Le monde communiste se caractérisait donc par une quasi indifférence au risque. C'était, peut-être, l'aspect le moins antipathique du système (même si ça pouvait donner Tchernobyl). De ce point de vue, c'était l'exact inverse des sociétés démocratiques qui, elles, ont érigé la sécurité comme valeur principale à grands coups d'interdits, Lois et réglementations.


Et on n'imagine pas le choc mental éprouvé par tous les migrants, venant de l'Est et pénétrant, pour la première fois, dans un pays capitaliste: "Qu'est-ce que la vie quotidienne est compliquée ici !" La moindre démarche suppose une invraisemblable paperasse incompréhensible.


C'est vrai et moi-même, je ne cesse de pester. L'Etat de Droit, c'est évidemment préférable mais c'est devenu un état d'inquiétude permanente: rien que des interdits et des dangers. C'est au point qu'on devient tous un peu des personnages de Kafka: on se sent tous coupables mais sans trop savoir de quoi. Et il est vrai que personne n'est jamais complétement en règle avec la Loi. On a tous commis de petites infractions qui peuvent, un jour, nous retomber dessus.


Mais la culpabilité a vite fait de nous transformer en "obsessionnels". Est-ce qu'on a bien pris toutes les précautions nécessaires, est-ce qu'on est bien immunisés contre tout ? Est-ce qu'on a été assez prudents ? Avant d'entreprendre quoi que ce soit, on se met à élaborer de longues check-lists pour contrôle et validation. 


On devient ainsi habités, en permanence, par une peur diffuse. Et cette peur, elle est accentuée, dans les sociétés démocratiques, par ce que l'on appelle l'actualité. Rien de plus anxiogène que les "informations" radiophoniques ou télévisuelles : une litanie sans fin de catastrophes climatiques et écologiques, de crimes, d'attentats, de faillites, de krachs économiques et financiers. Tout le monde est pénétré  de cette idée que ça va de plus en plus mal, qu'on vit dans un monde dangereux et que la civilisation occidentale court à sa perte. Essayer de contester ça, c'est passer pour une naïve ou une simplette.

Pas étonnant, dans ce contexte, qu'on en appelle, aujourd'hui, à des partis forts et à un regain d'autorité. On a complétement perdu de vue ce qui faisait l'esprit de la pensée des Lumières: le Progrès par l'exercice de la Raison et l'esprit d'émancipation.


En fait de citoyens émancipés, on rencontre surtout aujourd'hui des conformistes, des "hommes sans qualités", qui vous dégurgitent leurs bribes du "Grand Prêt-à-Penser". Des citoyens timorés et pétochards, gris comme des fonctionnaires. 


Je suis sans doute prétentieuse mais je m'ennuie souvent en société. Et puis, oserais-je le dire ? Les mecs, en Occident, je les trouve souvent de vrais bonnets de nuit. Je ne sais jamais quoi échanger avec eux. Ils ne me parlent que cuisine, bons restaurants, salles de fitness et week-ends en Normandie ou, au mieux, sur la Côte d'Azur. Tout ce que je déteste et ça, ça vaudrait, bien sûr, rétribution charnelle obligatoire (c'est pour ça que je refuse toujours qu'on me paie quoi que ce soit). Comme je préfère ne rien dire (je n'ose évoquer Hamburg ou Riga ou mes entraînements piscine-course à pied), je passe vite pour une conne. Mais c'est vrai que je ne suis moi-même pas drôle et vraiment intransigeante (je me dis que je suis du même style que cette fille ci-dessous).


On vit maintenant dans un état de frousse permanent. Nos sociétés, européennes et américaines, ont totalement perdu le goût du risque. Ou plutôt, le risque, il est désormais attaché à la vie. C'est le risque de vivre, alors que, tout bien considéré, le seul risque, c'est celui de la Mort. Mais prétendre échapper à la Mort en éliminant le risque, c'est une illusion.


On a désormais peur de tout au point que la plus petite prise de risque (hygiène de vie, parcours professionnel et financier, fréquentations, aventures amoureuses et sexuelles, voyages en pays dangereux, etc...) est assimilée à une conduite déviante, presque une folie.


On ne perçoit pas qu'en  évacuant tous les plaisirs et frissons de la vie quotidienne, on se condamne à une mort à petit feu, celle du renoncement et de la dépression. Renoncer au risque, c'est renoncer à ce qui illumine la vie, à ce qui nous fait carburer: le désir.  On ne cesse de "céder sur son désir" (Jacques Lacan).


Gilles Deleuze ("L'Anti-Œdipe") voyait les sociétés modernes comme un grand assemblage de "machines désirantes", de machines à jouir, bouleversant continuellement les normes et les codes. C'est, en ce sens, que le capitalisme était révolutionnaire. On est vraiment très loin de ça aujourd'hui. On est plutôt en quête d'interdits, de barricades et de repli sur soi. Mais à force de renoncer au désir, on est aussi en train de mourir de tristesse et d'ennui. La banalité, la répétition du même, voilà ce qu'il faut combattre.


S'ouvrir au risque, ça ne consiste d'ailleurs pas forcément à s'abandonner au hasard. C'est une autre forme d'enfermement et ça ouvre la voie à de cruelles désillusions. Peut-être faut-il d'abord se poser cette question: quel homme, quelle femme, je souhaite devenir ? La réponse apportée implique toujours un risque à surmonter. Ca suppose de se rebeller contre les discours dominants et de traverser les injonctions contraires.



Si j'établis mon bilan personnel, je me dis que j'ai tout de même abandonné ma famille, mon pays, mes langues maternelles. Que j'exerce une profession à la quelle je n'étais pas forcément prédestinée. Et qu'en matière amoureuse, j'en ai, jusqu'alors, certes bavé mais j'en ai fait surtout baver. Je pourrais tirer fierté de cette évolution mais je dois bien reconnaître qu'en réalité, les circonstances extérieures ont souvent décidé pour moi.


Finalement, s'ouvrir au risque, ça suppose d'abord de vaincre sa propre inertie et de faire sienne l'impulsion qui vous agite parce que la Liberté, c'est tout de même bien la possibilité d'agir et de penser par soi-même. Et c'est peut-être le plus difficile parce qu'il y a tellement de gens qui se proposent de penser pour vous. 


Images d'Enki BILAL (ses images évoquent parfaitement, à mes yeux, l'ambiance et la déglingue communistes), de Jean-Michel FOLON, Jean HELION (dont on peut voir, aujourd'hui, une belle exposition au Musée d'Art Moderne).

Je recommande:

- Anne DUFOURMANTELLE: "Eloge du risque". Un livre auquel je souscris entièrement et qui est magnifiquement écrit. Mais qui manque aussi un peu de "chair".

- Andrea MARCOLONGO, Patrice FRANCESCHI, Loïc FINAZ: "Le goût du risque". Ne pas craindre l'incorrect, chercher la bagarre, ne pas fuir la mort, danser après l'échec, refuser l'abus des normes, tuer le principe de précaution, aimer la solitude, chérir l'inutile: voilà le programme de ce petit bouquin.

- Elitza GUEORGIEVA: "Odyssée des filles de l'Est". Une plume ravageuse, à l'humour décapant, d'une Franco-Bulgare. Hilarant et très juste.

- "Filles de l'Est, femmes à l'Ouest". Un recueil, publié à l'automne 2022 (Editions Intervalles), rassemblant les contributions de huit écrivaines de l'Est. Ca ne correspond pas, c'est vrai, à la sombre prison imaginée à l'Ouest. C'est aussi un monde presque poétique, sans cesse animé par le burlesque et l'absurde.

- Alexeï SALNIKOV: "Les Petrov, la grippe, etc...". Je recommande à nouveau ce très grand livre (qui a donné lieu à un film très glauque mais admirable de Serebrennikov) qui donne une idée de l'univers mental russe aujourd'hui.

- Rainer STACH: "KAFKA Tome 3". On vient de fêter (le 3 juin dernier) le centenaire de sa mort. Comment comprendre le monde moderne sans Kafka ? Le 3ème tome de la monumentale biographie de Rainer Stach vient de sortir. Celui-ci est consacré à son enfance, adolescence. C'est peut-être celui-ci que je préfère. On apprend une foule de choses sur l'ancienne Autriche-Hongrie et sur le monde tchèque. Fascinant.



samedi 1 juin 2024

L'Histoire des vainqueurs, le silence des vaincus

 

J'aime bien les bouquins d'Histoire. Ca fait rêver, ça surpasse souvent les plus incroyables romans d'aventures. L'effroyable et le merveilleux s'y succèdent sans cesse.


Et puis, l'Histoire m'apprend à être optimiste. C'est mon côté farouchement "Philosophie des Lumières" incarné par des penseurs comme Hegel ou Alexis de Tocqueville qui voient dans l'Histoire le mouvement du Progrès (celui de la démocratie et de l'égalité). "J'ai vu l'esprit du monde à cheval" disait Hegel de Napoléon. Quant à Tocqueville, il a adhéré aux idéaux démocratiques de la Révolution bien que certains membres de sa famille aient été guillotinés.


L'Histoire, ça me permet d'échapper à la sinistrose ambiante, à l'esprit décliniste et victimaire actuel. Les nostalgiques, les radoteurs du "c'était mieux avant", je les déteste. A peu près partout dans le monde, on vit mieux et plus libres qu'autrefois. Il suffit de voyager et de sortir un peu de son trou pour s'en rendre compte. On est aussi plus tolérants et plus éduqués. 


Même la Chine, même Poutine, même Trump, même l'Iran, ils vont, un jour, fatalement s'écrouler. L'Apocalypse, elle est devant eux et non pas devant l'Occident.


Je crois donc fermement en "la Raison dans l'Histoire", mais je ne suis pas non plus complétement godiche. Parce que les progrès de l'Histoire, on les constate sur le moyen-long terme et, surtout, ils s'accompagnent tout de même de beaucoup de fracas, crimes et exactions. Et au chaos et à la terreur générés, succèdent de grands silences et beaucoup de non-dits.


Une chappe de plomb s'abat sur les massacres perpétrés et les nouveaux maîtres s'empressent de réécrire l'Histoire. Quant aux principales victimes, elles se taisent comme si elles se sentaient coupables. C'est au point que l'Histoire n'est finalement écrite que par les vainqueurs.


C'est ainsi que chaque épisode glorieux de l'Histoire a son revers sombre et surtout mutique. Parce que les vaincus se taisent, n'osent s'exprimer. On passe à la trappe tous les souvenirs de l'humiliation.


Je m'étonnais ainsi récemment qu'on ne trouve à peu près aucun livre consacré à la vie quotidienne des Allemands au lendemain immédiat de la seconde guerre mondiale (c'est une lacune comblée depuis le récent "Temps des loups" d'Harald Jähner). Comment survivre, revivre, se forger une nouvelle identité après pareil cataclysme ? Pendant à peu près 10 ans, l'Allemagne a été rayée des préoccupations du monde.






















Plus près de nous, en France même, j'ai eu la surprise de découvrir que deux magazines (" Le Nouvel Observateur" et "Le Figaro") venaient de consacrer, chacun, un numéro spécial à "L'Indochine Française".  "L'Indochine", j'ai l'impression qu'en France, presque plus personne n'ose l'évoquer. On dirait même que ça n'a jamais existé. Pourtant, ce n'est pas si vieux que ça et ça a tout de même duré près d'un siècle. Personnellement, hormis à travers Marguerite Duras, je ne connais à peu près rien à cet épisode de l'Histoire française. Tout n'est peut-être pas à jeter mais ça semble systématiquement rangé dans la case d'une époque à oublier.


De même "la Guerre d'Algérie". On a tout de même envoyé là-bas plusieurs contingents de jeunes appelés. J'imagine que ça ne devait vraiment pas être rigolo pour eux. Mais leurs témoignages, ceux du militaire de base, sont peu nombreux et souvent insignifiants. Les souvenirs s'apparentent quelquefois à une espèce de colonie de vacances, ce qui est évidemment mensonger. Et quant à avoir une discussion dépassionnée, en France, sur l'Algérie, ça me semble encore impossible. L'Algérie, ça a aussi été Albert Camus et ses bouquins "Noces" et "L'été". Et aujourd'hui Maïwenn (que j'aime beaucoup), cinéaste et actrice, se réclame souvent de l'Algérie.


Mais, je me sens tellement étrangère sur ces questions de l'Indochine et de l'Algérie, tellement incapable d'avoir un avis sensé, que j'avoue m'en être toujours soigneusement tenue à l'écart. Je déplore simplement que ce passé, dit colonial, apparaisse complétement effacé comme s'il était absolument détestable et coupable. 


Le contraste est, pour moi, surtout immense avec la Russie: des Etats Baltes à l'Asie Centrale, elle a eu une foule de colonies mais elle ne les reconnaît évidemment pas comme telles et surtout n'éprouve aucune contrition. Et je ne parle même pas de son actuelle guerre coloniale contre l'Ukraine. Pire: elle continue, aujourd'hui, de se considérer comme une bienfaitrice à leur égard. Entre la repentance occidentale et l'autosatisfaction russe, il existe peut-être un juste milieu.



Un grand rideau est tiré sur le passé. Il en va également ainsi à propos de la conquête des Amériques pour laquelle on ne dispose que des témoignages des Espagnols. On ne connaîtra jamais la terreur éprouvée par les Aztèques, Mayas et Incas.


Mais le sommet de l'horreur, ce sont peut-être les deux grandes révolutions européennes: la française et la russe. En l'occurrence, les historiens s'intéressent infiniment plus aux vainqueurs qu'aux vaincus ("les ci-devant", la noblesse).



C'est ainsi que les livres sur les "héros" (les grands massacreurs) de la Révolution pullulent : Danton, Marat, Robespierre / Lénine, Trotsky, Staline.


Tandis que les bouquins sur les vaincus sont beaucoup plus rares: Louis XVI, Nicolas II, Kerensky. Etrangement, toutefois, on réhabilite, en ce moment, Marie-Antoinette en France. Mais il est vrai que l'ignominie à son égard avait été atroce.


Pourtant l'histoire des vaincus n'est pas moins intéressante que celle des vainqueurs. Les vaincus (les noblesses française et russe) n'étaient pas tous abominables et incultes. Du reste, on a oublié qu'ils ont été nombreux à se rallier, dans les premiers temps, à la Révolution. Beaucoup de nobles russes se rendaient bien compte, en effet, que le système social dont ils bénéficiaient était totalement archaïque et ne pouvait que s'écrouler. Mais mal leur en a pris et ça ne les a généralement pas sauvés.

Reconnaître que le 18ème a été une sorte d'apogée culturelle de la France, l'épanouissement d'un véritable Art de vivre, ne doit pas vous classer, automatiquement, dans la catégorie des réactionnaires et royalistes. De même, il faut bien reconnaître que la noblesse russe n'était pas simplement composée de quelques riches oisifs. Elle a aussi engendré plusieurs générations d'écrivains, d'artistes, de scientifiques, d'administrateurs, de chercheurs. Elle a donné Saint-Pétersbourg, Pouchkine, Tolstoï, Rachmaninov, les ballets russes.



Et on néglige trop le sort dramatique de la noblesse de ces deux pays. Ils l'avaient bien mérité, dit-on trop souvent.


Surtout en Russie où l'extermination de la noblesse (environ 2 millions de personnes) a été complète, radicale, sous le prétexte, affiché par Lénine, d'une nécessaire guerre de classe du prolétariat contre la bourgeoisie (terme vague, en russe, regroupant tous les riches). Staline a prolongé le boulot des massacreurs des campagnes des premières années de la Révolution. Et c'est allé tellement loin que, dans les années 40, la noblesse russe a été totalement anéantie. Les très rares nobles qui ont survécu se sont surtout efforcés de se cacher et de dissimuler leurs origines, en particulier à leurs enfants. L'amnésie était la condition de la survie, se souvenir était interdit.

Tout était permis à l'encontre de la noblesse avec l'approbation tacite des Bolcheviks. Les paysans pouvaient massacrer les nobles en toute impunité. Pour eux, la liberté, ce n'était pas de construire ensemble  un nouvel ordre politique, c'était de faire ce que l'on souhaite, la licence, la "volia" en russe. 

Par comparaison, la noblesse française a été relativement épargnée. Certes, pendant la Terreur, les nobles ont subi le même sort funeste: massacres, pillages, confiscation des biens, exil contraint, guillotine. Mais le nombre de morts est sans comparaison. Et puis, il n'y avait pas que les nobles qui étaient guillotinés mais aussi de simples citoyens: il faut en effet rappeler que la Révolution française a été conduite moins au nom de l'affrontement d'une classe contre une autre qu'au nom d'un idéal universaliste.

C'est vraiment complétement différent du bolchevisme et d'ailleurs la noblesse française a pu renaître, en partie, au lendemain de la chute de l'Empire.


Quoiqu'il en soit, ces deux grandes révolutions ont libéré les démons de la haine et donné lieu à la férocité des masses et à l'arbitraire le plus sauvage. Les massacres perpétrés annoncent, d'une certaine manière, les atrocités du 20ème siècle: l'Allemagne nazie, le Cambodge de Pol Pot, le Rwanda. Et aujourd'hui, on a le messianisme de Poutine.


Rien n'est plus redoutable qu'invoquer des catégories sociales, ethniques, raciales, religieuses. Ca permet de justifier tous les crimes de masse.


C'est pour cela que l'Histoire ne doit pas se contenter d'exprimer le point de vue des vainqueurs. Il faut aussi essayer de faire parler les vaincus.


Ca ne veut pas dire que les victimes étaient des anges et des agneaux. Mais cela veut dire que les coupables ou les innocents ne sont pas à chercher dans un seul camp. Il faut avoir la lucidité de reconnaître que personne n'est innocent et que tout le monde est coupable.


Tableaux notamment de : Ivan KRAMSKOÏ, Leon BAKST, Vassili SOURIKOV, Boris KUSTODIEV, Natalia GONTCHAROVA, Vitaly KOMAR, Zinaïda SEREBRIAKOVA.


Je recommande:

- Douglas SMITH: "Le monde d'avant - Les derniers jours de l'aristocratie russe". Ca vient tout juste de sortir. J'ai trouvé ça remarquable et tout à fait nouveau. La Révolution vue du côté des nobles. Sans prendre leur parti mais en relatant simplement les horreurs vécues par deux grandes familles.

- Curzio MALAPARTE: "Le bonhomme Lénine". Un livre étonnant publié en 1932. Avant presque tout le monde, Malaparte avait décrypté Lénine: ni un héros romantique, ni un grand intellectuel. Simplement un petit bourgeois, un petit bureaucrate, "un petit employé à la retraite", austère et puritain, qui n'a de cesse de se venger de la vie.

- "Mémoires de la Marquise de la Tour du Pin (1778-1815)". Je recommande absolument ce Journal que l'on trouve en poche au Mercure de France (ou bien en téléchargement gratuit sur le site de la Bibliothèque Nationale de France). On y trouve quantité d'informations et de portraits sur l'Ancien Régime, la Révolution, la Terreur, le Consulat, l'Empire. Et toujours, une plume étonnamment allègre et pleine d'humour.