Très mauvaise nouvelle cette semaine. Alors qu'on avait assisté, il y a 15 jours, à un sursaut démocratique en Roumanie, l'élection présidentielle en Pologne a porté au pouvoir, avec une marge infime, un abruti trumpiste ouvertement soutenu par les USA. C'est un véritable coup de tonnerre en Europe et une source d'inquiétude supplémentaire pour l'Ukraine.
L'élection polonaise de dimanche dernier, ça me fait donc frémir. L'ancien Président, Andrzej Duda, était un catho conservateur, un peu bêta mais pas méchant et, surtout, poli et éduqué. Et puis, il affichait un soutien inconditionnel à l'Ukraine. Duda, il était surtout le représentant d'un catholicisme rétrograde, celui des campagnes et de l'Est du pays, effrayé par les évolutions sociétales (mouvement LGBT, mariage pour tous, avortement, invasion islamique).
Etonnamment même, dans ce pays affichant un rigorisme moral, c'est quelqu'un de très peu recommandable, voire un véritable bandit. Le journal "Le Monde", qui affabule tout de même rarement, rappelle ainsi son enfance pauvre à la J.D. Vance et son passé de hooligan avec sa passion pour la boxe et la bagarre ("un combat noble et viril"). Il aurait aussi participé à un trafic de prostitution dans un grand hôtel de Sopot (la grande station balnéaire de Pologne).
Ces dernières semaines, une sordide affaire d'escroquerie portant sur l'appartement d'une personne âgée et handicapée aurait normalement dû le disqualifier dans la course à la présidentielle. Mais il n'en a visiblement rien été et, comme Trump, ces scandales l'ont plutôt conforté.
Pour donner une idée de la subtilité de Nawrocki, il pratique d'abord, comme Trump, l'insulte et la querelle. Il a déjà déclaré de Zelenski qu'il était "insolent" et ne "savait pas remercier".
Avec un zèbre du calibre de Nawrocki, l'Ukraine n'a pas fini d'avoir des ennuis. Il s'est déjà engagé à ne pas accepter son adhésion à l'UE. S'il est pourtant un pays dont on devrait suspendre la participation à l'Union Européenne, c'est bien la Pologne qui ne respecte pas l'Etat de Droit et l'esprit européen.
Le vote polonais est d'autant plus incompréhensible qu'à la différence du reste de l'Europe, le pays bénéficie d'une forte croissance économique. Il a donc besoin d'une main d'œuvre étrangère, une main d'œuvre que lui fournissent, justement, les Ukrainiens. C'est vrai qu'ils sont très nombreux mais je crois qu'ils passent complétement inaperçus tant les modes de vie et les langues sont proches. Ils ne vivent même pas au crochet des systèmes sociaux puisqu'il n'y a quasiment aucun chômage en Pologne.
Tout cela est consternant et j'ai vraiment la Rage. C'est étrange, on assiste à un bouleversement des perceptions politiques pas seulement en Pologne mais dans l'ensemble du monde occidental. D'abord, les électeurs choisissent de ne pas entendre les informations sordides sur les malversations de leur candidat. Ils les imputent simplement à la malveillance et crient au complot.
En second lieu, enfreindre la Loi semble valoir aujourd'hui brevet de courage. C'est presque le héros qui se dresse contre "le système" qui nous accable, brime nos libertés. Ce que l'on déteste avant tout maintenant, c'est le Droit et les réglementations. L'abomination absolue, c'est devenu Bruxelles et ses technocrates hors sol dont le passe-temps favori est de nous embêter.
La grande gueule qui tape du poing, le hooligan anti système qui prend des décisions brutales et imprévisibles, sur une impulsion, c'est maintenant, dans le sillage de Trump, la figure du héros politique moderne.
J'essaie de me consoler en me disant que ça ne pourra pas durer longtemps en Pologne. La société y est, en effet, profondément divisée, à 50/50. Et les deux camps se détestent absolument. Ca va d'abord chauffer avec de multiples manifestations et contre-manifestations. Les jeunes femmes, en particulier, sont violemment remontées. Et puis, je ne parviens pas à croire que les cathos traditionnels polonais se reconnaissent vraiment dans cette brute de Nawrocki. Comme celui-ci est violent et outrancier, ça risque donc d'exploser rapidement.
Quelques images de l'Art de l'affiche en Pologne: Franciszek Starowiejsky, Wiktor Sadowski et Wieslaw Walkuski. J'en suis une grande fan et j'ai eu la chance de pouvoir en acheter à l'occasion de mes différents séjours.
En littérature, je rappelle que les deux grands écrivains polonais de dimension internationale sont Olga Tokarczuk et Andrzej Stasiuk. Leurs deux derniers bouquins : "Le banquet des Empouses" et "Le passage".
Et aux très initiés, je recommande deux parutions récentes:
- Tomasz ROZYCKI: "Les voleurs d'ampoules". La vie dans une barre d'immeubles à l'époque communiste. Toute une vie sociale s'y jouait. Les voisins se rendaient visite, de manière impromptue, les uns les autres. Problème: on n'y voyait rien dans les couloirs parce qu'en raison de la pénurie générale, les ampoules étaient systématiquement volées.
- Hubert KLIMKO: "Les voleurs de sureaux". L'histoire, pleine d'humour, d'une famille de paysans polonais de la région de Lviv, depuis les années 30 jusqu'au transfert, après la guerre, en Silésie.


















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