samedi 27 juin 2026

Des Hauts-de-France à la Mongolie

 

J'étais, ces derniers jours, dans la région qu'on appelle aujourd'hui les Hauts-de-France. Ca fait plus noble et distingué que l'ancienne dénomination, Nord/Pas-de-Calais.


Mais je trouve ça judicieux. Il est important de réhabiliter les pays qu'on dit moches. Je suis sensible à ça, moi qui viens d'un pays longtemps qualifié comme tel. Un pays moche invite davantage à réfléchir et à dépasser les apparences.

 

Evidemment, les évolutions sont très lentes. Parce que si j'ai rencontré, en masses, des Belges et des Hollandais, en revanche, des touristes venant du Sud de la France, ça semble une espèce rarissime, tant les préjugés demeurent forts. 


Mais je ne vais pas parler des Hauts-de-France (qui comprennent aussi la Picardie). C'est trop vaste et je n'ai pas les compétences. Je dirai simplement que ça m'a bien plu. Des paysages romantiques, des architectures de rêve, on en trouve beaucoup. La mélancolie, c'est cela qui est émouvant.
 

J'ai en fait consacré mes quelques jours de tourisme aux lieux qu'avait hantés Guillaume de Rubrouck.


C'est un personnage important, l'un de ceux qui ont façonné l'Histoire du monde. On l'a redécouvert il y a seulement quelques décennies avec la traduction et la réédition de ses écrits.


Il est né et a vécu quelque temps, au 13ème siècle, dans la petite ville de Rubrouck, située à quelques kilomètres au Sud de Dunkerque. 


Il était un moine franciscain érudit qui avait rencontré Saint-Louis à Chypre puis l'avait suivi en Egypte et au Moyen-Orient.



A cette époque, la grande angoisse, c'était le péril mongol, la nation qui dominait alors le monde et menaçait d'anéantir la chrétienté. Des récits terrifiants couraient à leur sujet.


Saint-Louis a alors désigné Guillaume de Rubrouck comme son ambassadeur auprès des Mongols et lui a demandé d'aller les rencontrer pour conclure avec eux un accord de paix.


Guillaume de Rubrouck s'est bien sûr exécuté et a entrepris un fantastique voyage en direction de la capitale Karakorum située à plus de 5 000 kilomètres. 


Guillaume de Rubrouck a donc précédé de deux siècles Marco Polo dans l'exploration de l'Asie Centrale. Inutile de préciser qu'il fallait un immense courage physique et moral pour conduire à bonne fin pareille entreprise, accompagné de seulement quelques personnes. L'insécurité et la probabilité de mauvaises rencontres étaient considérables.


Aller et retour, le voyage de Guillaume a tout de même duré 2 ans, semé d'embûches et d'accidents.
 

Mais il a été couronné de succès puisque Guillaume de Rubrouck est parvenu à rencontrer l'Empereur mongol, petit-fils de Gengis Khan, qui lui fait bonne impression par sa tolérance affichée envers les différentes religions. 


Il s'est même voulu rassurant et a demandé à Guillaume de transmettre son message et ses lettres en Occident.  "De même que Dieu a donné à la main plusieurs doigts, de même il a donné aux hommes plusieurs voies".


La mission de Guillaume de Rubrouck a peut-être donc évité à l'Europe occidentale d'être envahie par les Mongols. Ceux-ci se sont finalement limités à la Russie mais leur domination y a tout de même duré jusqu'au 15ème siècle.  On n'est pas d'ailleurs pas sûrs, aujourd'hui encore, que les Russes se soient bien remis du traumatisme du joug mongol. C'est peut-être la racine de la violence et de la brutalité russe. 


Guillaume de Rubrouck a donc été le premier grand diplomate des relations entre le Royaume de France et la Mongolie.


Et le plus merveilleux, c'est qu'il a laissé, à la postérité, le récit magnifique de son aventure en Asie Centrale. On l'a redécouvert et retraduit il y a seulement une quarantaine d'années.


Et on peut dire aujourd'hui de Guillaume de Rubrouck, qu'il a été le premier et le plus  formidable écrivain-voyageur, réceptif et sans préjugés (sauf envers les chrétiens nestoriens). 


Il est sans doute même plus important que Marco Polo ("un marchand qui se prend pour un ambassadeur") qui lui est postérieur de deux siècles et qui inventait et fabulait beaucoup.

 
Ce n'est nullement le cas avec Guillaume de Rubrouck. On est d'abord frappés par la lucidité et l'impartialité de ses analyses et on le sent admirateur des Mongols.


Et je précise enfin que dans la ville de Rubrouck, on trouve encore la maison de Guillaume. Celle-ci abrite un petit musée qui est un haut lieu d'échanges et de relations culturelles et diplomatiques entre la France et la Mongolie.

Si vous voulez donc vous imprégner d'un parfum de Mongolie en vous évitant les fatigues d'un long voyage, venez donc faire un petit tout à Rubrouck et dans les Hauts de France. 


Mes petites photos prises sur la Côte d'Opale, à Boulogne, à Bergues, à Cassel et à Rubrouck. 

Je recommande :

- Guillaume de Rubrouck: "Voyage dans l'Empire Mongol 1253-1255". C'est en poche Payot avec de remarquables introduction (Jean-Paul Roux) et préface (Claire er René Kappler). 

- Stanley Steward : "L'Empire du vent". Le récit d'une longue randonnée, à cheval, en Mongolie au début du siècle. De l'aventure et de l'Histoire narrées par une écrivain irlandais.

- Jack Weatherford: "Gengis Khan et les dynasties mongoles". Comment les armées mongoles, composées d'une centaine de milliers de guerriers, ont pu conquérir, entre la fin du XIIème siècle et le début du XIIIème, un territoire bien plus important que celui de Rome, d'une superficie équivalant, en fait, au continent africain. Ce livre passionnant montre que les Mongols n'étaient pas seulement de grands guerriers mais aussi, une fois vainqueurs, de grands administrateurs.







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