dimanche 16 août 2015

"Je m'en vais"


Enfin! Quelle joie! Je pars lundi, à l'Est, pour 3 semaines. En plus, les températures viennent de s'effondrer !


Je n'ai pas de grandes ambitions pour ces vacances. D'abord de petites villes, tout à fait à l'Est de la Pologne: Zamosc, Bilgoraj, Lezajsk, Lancut, Sanok, Sandomierz. Je ne crois pas que ça évoque grand chose. 

Ensuite, je m'établirai en Ukraine, à Lviv (mon point d'ancrage, cette année, c'est le Swiss Hotel).  Je rayonnerai à partir de là. Mais je n'ai pas envie de beaucoup bouger. Juste rencontrer mes copains/copines et délirer, pleurer, un peu ensemble.


J'imagine que ça ne fait pas beaucoup rêver. Au regard des standards touristiques actuels, c'est sûrement moche de chez moche. Pourquoi pas aller, plutôt, passer des vacances à Hagondange ou à Fourmies ? Les côtes méditerranéennes sont tellement plus belles. Mais moi, je pense qu'on peut passer des vacances aussi extraordinaires à Noeux-les-Mines qu'à Saint-Tropez.

Certains lecteurs m'écrivent pour me dire qu'ils aimeraient bien m'accompagner dans mes voyages mais ils risqueraient fort d'être décontenancés. A vrai dire, je ne suis pas à la recherche des belles choses mais, plus simplement, de ce qui m'émeut. Ce sont des choses différentes.




Il s'agit d'abord, pour moi, de changer de peau, d'identité: parler d'autres langues, m'habiller différemment, manger autre chose.

Parler français, parfois, j'en ai marre, ça me fatigue! Je pense que je m'exprime correctement mais, émotionnellement, je ne sens pas ça complètement. Ça reste du fonctionnel.


La cuisine ? Je vais être honnête, la cuisine slave, ça n'est pas terrible ! C'est à peine mieux que la cuisine allemande. C'est fruste, basique, mais ça n'est pas déplaisant non plus et ça me manque un peu parce qu'un restaurant russe, polonais ou ukrainien, ça n'existe pas, vraiment, à l'Ouest. Partout où je me suis aventurée, j'ai trouvé ça "à côté" (c'est la cuisine slave telle que les Français se l'imaginent). La vraie cuisine ukrainienne, on ne la mange qu'en Ukraine (et spécialement à Lviv) et je m'en pourlèche déjà les babines. Je rêve déjà de tout un tas de trucs diaboliques: une solyanka au poisson, des varenyky, des harengs, de la carpe, du poisson-chat.


L'habillement, ça, pour moi, c'est le plus important ! Dans un pays slave, on fout la paix aux femmes. On ne se fait pas harceler dans la rue, les cafés, les restaurants. On peut même s'habiller comme des putes, personne ne vous dira rien. C'est vraiment reposant par rapport à la France où il faut gérer 10 frustrés par jour. A l'Est, j'ai l'impression de retrouver une certaine liberté, d'action, de déplacement. Quel soulagement !



Mais évidemment, c'est plus compliqué que ça. C'est sûr qu'on vous fout la paix en Ukraine ou en Russie, mais c'est sûr, aussi, qu'il y a une terrible séparation des sexes. On s'ignore, on vit chacun de son côté (il y a le monde des bonnes femmes et celui des mecs), on est comme des Japonais. En Pologne, c'est différent: on vous fout la paix mais on s'intéresse, en même temps, à vous.


Mais peu importe..., je prépare, en ce moment, mes bagages et ça, c'est très compliqué. 20 kgs, c'est bien sûr absolument impossible pour 3 semaines. Il y a d'abord les incompressibles: 4 appareils photo (je n'ai pas pu résister et je viens de m'en acheter encore un, un très grand angle), 2 tablettes, 10 livres, 10 culottes et soutifs, 10 robes, jupes, chemisiers. Impossible pour moi, en effet, de ne pas changer tous les jours de tenue: je suis tout de même une parisienne! Mais faire un choix pour tout ça, c'est déchirant.


Le pire, ce sont les chaussures: une Ukrainienne qui se respecte doit avoir, au moins, 10 paires d'escarpins avec des talons d'au moins 10 cms. J'essaie de régler ça sur place. Pour les cadeaux aussi, j'ai trouvé la solution : pour mes copines, c'est simple, ce qu'elles souhaitent le plus, c'est que je leur amène de la lingerie française; je suis donc une grande cliente d'Aubade. C'est cher mais ça fait grand plaisir, c'est complètement en phase avec l'esprit du pays et ça ne pèse rien.


Images d'Andreï TARKOVSKY (1932-1986), le grand cinéaste russe. Hormis les deux premières (extraites de son film "Stalker"), il s'agit de Polaroïds qu'il a réalisés lui-même.

Je précise enfin qu'à l'occasion de ses vacances, Carmilla suspend également, comme à l'habitude, ses publications durant 3 à 4 semaines; mais je demeure, bien sûr, toujours, contactable par mail ou commentaire. A bientôt !

samedi 8 août 2015

"Moi, j'aime pas la mer"


J'ai quelques admirateurs et, bien sûr, ils me demandent où ils peuvent espérer me rencontrer cet été. C'est compliqué, ça peut être aventureux de me trouver, mais ce qui est sûr, c'est qu'on a très peu de chances de faire ma connaissance sur une plage, même si, ces dernières années, je suis quand même allée à la mer:

- en Suède (l'île d'Öland), 
- en Pologne (à Sopot), 
- en Lituanie (la presqu'île de Neringa), 
- en Crimée, à Yalta
- à Odessa. 


Mais tout de même, la mer, la plage, ça n'est pas vraiment mon truc même si j'aime bien l'exhibition qu'on y fait de soi. Triompher, c'est ça qui est important sur une plage. C'est peut-être affreux mais c'est comme ça, c'est le jeu impitoyable des signes! De ce point de vue, pour moi, ça va: je suis toujours impeccable physiquement: pas l'ombre d'un soupçon de graisse! Le sport, ça sert quand même à quelque chose.


Mais ça n'est pas ça... La mer, ça me renvoie à mes souvenirs d'enfance où je m'ennuyais à périr, le cul sur une plage, à fixer désespérément l'horizon des journées entières. Les paysages maritimes, quoi qu'on en dise, c'est le néant, le zéro du zéro. La flotte, le ciel et c'est tout. Le monde binaire absolu. Rotkho ou Malevitch, c'est bien mais je trouve, quand même, qu'il faut être vraiment zen, contemplatif, pour aimer ça. Ça n'est pas du tout mon état d'esprit.

Et qu'on ne me dise pas que les paysages maritimes sont tous différents: la Mer Blanche, elle est exactement comme la Mer Noire, de même que la Mer de Chine, c'est comme la Mer du Japon, l'Atlantique comme le Pacifique, je n'ai jamais vu aucune différence. Il y a plus ou moins de soleil, c'est tout !

Le pire pour moi, c'est le bateau, les excursions en mer, yacht ou voilier. Quelle punition, quelle angoisse! Etre prisonnier d'un espace confiné (pendant des heures, des jours), à ne pouvoir rien faire, et être obligé de déclarer que c'est formidable, magnifique, quelle horreur ! On est tout contents quand on croit entrapercevoir un poisson ou une mouette, c'est la seule distraction. J'en sors à bout de nerfs. Rien n'est plus déprimant que de glandouiller dans un lieu fermé, entassés les uns sur les autres. Le bateau, pour moi, c'est une forme d'expérience du monde carcéral et je ne comprends pas que ça plaise à tant de gens. 


Pourtant, j'aime bien la natation. Nager sous l'eau, en apnée, c'est même ma grande spécialité. Ça m'amuse de faire peur aux autres qui se demandent si je vais bien remonter à la surface. Mais nager, c'est ennuyeux aussi. Il paraît que les grands champions s'entraînent à raison de 5 ou 6 heures par jour. Je ne sais pas comment c'est psychologiquement possible.


Mais de toute manière, ça n'est pas envisageable cette année. Je pars en Ukraine mais où est-ce que je peux aller ? La Crimée, ça n'est plus possible; la mer d'Azov, c'est bien mais c'est très dangereux, on se fait tirer dessus, sur les plages, depuis la Russie (allégations bien sûr mensongères, dictées par Washington, selon les Ministères russe et français de la Propagande).Quant à Odessa, les plages y sont vraiment affreuses, dégoûtantes.


Le titre de mon post est celui d'un livre (que je n'ai pas lu) de Françoise Xenakis, l'épouse du grand musicien (décédé en 2001). Indépendamment de l'admiration qu'elle lui vouait, elle a vécu un calvaire: chaque année, son mari lui imposait de passer tout un mois à traîner, en bateau, d'une île grecque à l'autre. Je compatis.

Quelques affiches fin 19 ème, début 20 ème siècle. L'esthétique populaire était, peut-être, plus raffinée qu'on ne l'imaginait. J'aime beaucoup, en particulier, la seconde affiche. Elle est de :

- Henri PRIVAT-LIVEMONT (1831-1936), peintre-affichiste belge.

Je recommande, enfin, tout particulièrement, 2 films:

- "La dame dans l'auto avec des lunettes et un fusil" de Joan SFAR. Je m'y suis complètement retrouvée. J'adore moi-même frimer au volant de ma belle BM. Rien de plus séduisant, mystérieux, qu'une jolie fille conduisant une voiture de sport.

- "Summer" de Alanté KAVAITE. Un amour entre jeunes filles en Lituanie. Les critiques dans la presse bien pensante ("Le Monde", "Libération") ont été exécrables. Moi, j'ai adoré; je n'y ai vraiment pas vu les mêmes choses; j'y reviendrai.

dimanche 2 août 2015

En France, je n'aime pas


En France, je n'aime pas:

- le climat: jamais de froid, jamais de neige, des étés étouffants. Mais, visiblement, on adore la chaleur et on arbore, obligatoirement, une mine réjouie quand il fait plus de 30 °. La climatisation, ça n'existe pas parce que tout le monde tombe instantanément malade. Et s'il fait moins de 0°, tout le monde meurt !


- les cafés: je choque toujours beaucoup quand je dis ça mais, vraiment, les cafés, en France, je trouve ça consternant; ils sont innombrables mais presque tous moches, ultra-populaires, avec une décoration à hurler. Ça convient à des poivrots mais pas à des esthètes. D'ailleurs, il n'y a que des bonshommes dans les cafés. Des endroits avec une belle architecture, un beau mobilier, où l'on puisse passer des heures à rêver, ça n'existe quasiment pas. C'est un peu pareil dans les restaurants. On y mange bien mais, souvent, dans un cadre miteux et dans des conditions de grande promiscuité. Le décor, la belle table, généralement, on  s'en fout !


- le petit déjeuner. La France s'enorgueillit de sa cuisine qui serait la meilleure au monde. Peut-être... mais ce qui est sûr, c'est qu'elle remporte, sans conteste, la palme des plus mauvais petits-déjeuners au monde (à égalité, peut-être, à mon avis, avec la Serbie). C'est vraiment un supplice de prendre un petit déjeuner dans un hôtel français: d'horribles confitures, des croissants racornis et un café lavasse. Il y a vraiment là 50 ans de retard et il faudrait peut-être s'inspirer de ce qui est offert ailleurs, notamment en Europe Centrale.


- les villages de province: ils sont piteux, déglingués, délabrés; rien à voir avec les villages proprets ou de contes de fées allemands ou scandinaves. Je me dis que, finalement, c'est à peine mieux qu'en Ukraine ou en Pologne. Mais c'est moins un problème économique que culturel: les apparences, l'habitat, ça n'est pas une préoccupation première. Quant aux villes de banlieue, c'est encore plus sinistre mais, là, ça n'est pas vraiment imputable à la France: c'est issu de la haine et de l'esprit victimaire.


- une culture vinicole et culinaire incompréhensibles. A chaque fois que je suis invitée chez des Français, on m'assomme de recettes de cuisine et de choix de grand crus. Je suis complètement larguée, je ne sais que dire, moi qui ne bois que de la bière et ne mange que du poisson et des coquillages 


- la chanson et la musique de variétés françaises. Ça, ça me dépasse complètement !  C'est là que j'éprouve le plus les différences culturelles. Rien ne trouve grâce à mes yeux dans l'actualité musicale française. Tout m'apparaît horrible ou d'une incroyable mièvrerie. Seuls m'intéressent un peu Michel Polnareff, Serge Gainsbourg et Catherine Ringer mais c'est sans doute en raison de leurs origines slaves. Mais il est vrai, aussi, que je ne suis pas une grande musicienne.


- la manie  de se faire systématiquement la bise entre hommes et femmes. Il paraît que c'est une pratique récente. Ça m'horripile! Je trouve ça, sous des dehors sympas, copins/copines, d'un machisme total. 


- la drague appuyée dans les espaces publics. J'ai toujours pensé qu'il valait mieux vivre dans un pays où il y a des dragueurs, c'est à dire un pays où il y a une culture de la séduction. C'est tout de même ça qui fait le piment de la vie. Le problème, c'est qu'en France, les dragueurs exercent, indirectement, une véritable police des mœurs; ils deviennent les gardiens de l'ordre moral. La preuve, c'est que les Françaises se font de plus en plus discrètes dans leur tenue vestimentaire (pantalon, chaussures plates, pas de maquillage) et qu'on ne peut plus vraiment s'habiller comme on veut. C'est une évolution inquiétante trop rarement dénoncée (il n'existe que "la journée de la jupe" qui a beaucoup de mal à mobiliser).
  

Voici mes quelques remarques critiques sur la France. On va peut-être penser que je suis mal intégrée. C'est possible mais je pense que mes critiques sont anecdotiques et qu'essentiellement, j'aime et connais la culture française. Qui aime bien, châtie bien, dit-on.


Tableaux de Martial RAYSSE (né en 1936). Il était devenu très célèbre dans les années 60 en participant au mouvement des Nouveaux Réalistes. Il a ensuite bizarrement disparu de l'actualité artistique pour réapparaître à la fin des années 90. Le musée Beaubourg lui a, l'an dernier, consacré une exposition. Ses dernières œuvres sont en totale rupture avec sa période Pop Art. Je trouve ses derniers tableaux très forts et très troublants. Malheureusement, les images internet n'en donnent qu'une pâle idée.

dimanche 26 juillet 2015

Mes rêves


Impossible de dormir avec l'horrible chaleur de ces dernières semaines !  Surtout, je suis assaillie de rêves ou plutôt de cauchemars. Je ne sais pas bien, à vrai dire, distinguer l'un de l'autre. On glorifie le rêve comme s'il était systématiquement empreint de félicité, associé au plaisir et à l'accomplissement. En fait, il est plutôt pour moi porteur d'angoisse, de frustration, de culpabilité. Et un mauvais rêve, ça vous déstabilise, ensuite, pendant toute la journée parce qu'on se rend bien compte que ça correspond bien à une réalité très forte en nous. C'est vraiment notre "renard intérieur" qui se plaît à venir dévorer nos entrailles.


Mais à vrai dire, je fais toujours un peu les mêmes rêves: quelques thèmes inlassablement répétés avec quelques variations. J'ai recensé comme ça quatre grands types de rêves chez moi.


D'abord, c'est celui de l'échec à un examen. Comme ça, je rêve souvent que je me vois dans l'obligation de repasser le baccalauréat et, bien sûr, j'échoue lamentablement. C'est, bien sûr, bizarre parce que je n'ai pas échoué à mon baccalauréat ni d'ailleurs à aucun examen. Mais il paraît que c'est ainsi..., qu'on ne rêve que des examens que l'on a réussis. De toute manière, que l'on soit reçu ou collé, un examen c'est, toujours, une période d'angoisse, une effroyable épreuve pour notre narcissisme. Pour ce qui me concerne, je me souviens que l'époque du baccalauréat, c'était l'apogée de mon arrogance et de mon orgueil. Je me sentais toute puissante, je me croyais admirée. Le baccalauréat, ça ne pouvait être que le moment de gloire de la petite prodige venue du bout du monde, de nulle part. J'étais vraiment une connasse, j'étais sûrement infecte, d'une épouvantable condescendance; pouvoir me côtoyer était un privilège que j'accordais parcimonieusement. J'étais tellement odieuse que j'ai quand même eu peur de ne pas être à la hauteur. Depuis, la vie et ses claques m'ont un peu tempérée mais pas complètement non plus, bien sûr.


Après, c'est le retour des morts... Mes parents, qui sont morts affreusement, font, tout à coup, leur réapparition. Ils sont sinistres, ensanglantés, et ils viennent m'engueuler : "Quelle tête de linotte tu es, Carmilla! Tu t'es empressée de nous mettre dans un cercueil et de nous enterrer mais tu n'as même pas pris la peine de vérifier si on était bien morts." Je suis évidemment confuse mais, heureusement, ils meurent généralement à nouveau à la fin du rêve, pour de bon cette fois. Enfin! ce retour incessant des morts-vivants, ça montre bien qu'on se sent continuellement coupables de la mort de ses parents.


Ensuite, je suis assaillie de rêves érotiques. C'est surtout avec les maris, compagnons, de mes copines mais c'est uniquement ceux avec lesquels je n'ai effectivement jamais couché. Ou bien alors, c'est avec de vieux libidineux de mon entourage mais qui ne m'ont, jusqu'alors, jamais harcelée. Ça se passe dans des lieux invraisemblables et on fait des trucs pas possibles que je n'ai jamais osé faire pour de vrai. Evidemment, on est découverts par ma copine ou par des proches et c'est très embarrassant.


Enfin, je rêve souvent que j'ai commis accidentellement un crime. Mais j'ai choisi de cacher ça, persuadée, au départ, qu'on ne me découvrira pas. Mais, petit à petit, l'étau se resserre et je sens qu'on va me démasquer, que je vais devoir avouer...C'est une angoisse terrible.


Evidemment, je peux me dire que tout ça est absurde et que ça ne mérite pas que je m'y arrête. Mais je m'interroge en fait souvent. Qui suis-je vraiment: le rêveur ou le rêvé ? J'ai aussi de bonnes raisons de penser que je suis également le rêvé et que, même si c'est effrayant, c'est finalement une réalité très forte. 


Tableaux (le 1er et le dernier) d'Arnold Schoenberg (1874-1954). Le grand musicien était également peintre.

Oeuvres également d'Odilon REDON, Zdzislaw Beksinski. 

dimanche 19 juillet 2015

Déprime caniculaire


La chaleur me déprime. Pour y échapper, j'ai heureusement la lecture:

Arno GEIGER: "Tout sur Sally". Il y a une grande littérature autrichienne contemporaine illustrée par Thomas Bernhard, Elfriede Jelinek, Peter Handke. C'est assez étonnant dans un aussi petit pays (seulement 8,5 millions d'habitants). C'est toujours très noir, très cruel, en total contraste avec l'ambiance policée, conservatrice, de l'Autriche. Aux côtés de ces trois grandes stars de la littérature, il y a également plein de bons écrivains moins connus (Robert Menasse, Daniel Glattauer...). "Tout sur Sally", c'est un livre qui passionnera ceux qui vivent en couple depuis de longues années. C'est "un puissant roman sur la sexualité, le mariage et la fidélité". Vraiment très fort.


Anne WEBER: "Vaterland". Anne Weber est franco-allemande, parfaitement bilingue. Ce livre magnifique est un voyage au pays de ses pères depuis la Prusse d'avant la première guerre mondiale jusqu'à un village près de Poznan en Pologne. Cette question: comment vivre avec un passé obsédant, qu'est-ce qu'être allemand, aujourd'hui, il y a un siècle ?



Jean-Claude HAUC: "Sade amoureux" précédé de "Un grand seigneur méchant homme, le Comte de Charolais". Un livre que j'ai adoré. Certes, il y a des biographies (Maurice Lever, Jean-Jacques Pauvert) plus exhaustives du Marquis de Sade mais elles sont un peu indigestes. Ce livre, lui, touche à l'essentiel et donne de Sade un portrait à la fois très humain et, surtout, parfaitement inséré dans le contexte historique de la fin du 18 ème siècle et du début du 19 ème siècle. Il y a aussi, en première partie, un portrait saisissant du Comte de Charolais qui permet de mieux comprendre les causes de la Révolution.


Jean-Noël BENOÎT: "La faucille et la vodka. URSS 1984-1987: journal de la Perestroïka". Il y a de moins en moins de gens qui ont connu le communisme et l'URSS. Voilà un livre vivifiant à une heure où se multiplient les écrits nostalgiques. Il est bon de rappeler ce qu'était la réalité: la crasse, la déglingue générale, l'absence d'espoir. Jean-Noël Benoît a été lecteur à Krasnodar puis à Moscou dans les années 80. Son livre est juste, bien écrit, intelligent. Je le recommande absolument.


Riad SATTOUF: "L'Arabe du futur 1 et 2". Je m'intéresse un peu à la bande dessinée. Il y a notamment un courant en prise directe avec l'actualité politique internationale. Riad Sattouf, il est indispensable de le lire aujourd'hui. Il porte un regard aigu, juste, critique, féroce et tendre, sur le Moyen-Orient, la Lybie, la Syrie.

Delphine MINOUI: "Je vous écris de Téhéran". Delphine Minoui est franco-iranienne, grand reporter. Le récit plein de nuances, tout en complexité, de ses séjours en Iran de 1997 à 2009. A lire par tous les amoureux de l'Iran et par tous ceux qui envisagent, peut-être maintenant (à la suite de l'accord nucléaire), d'effectuer un voyage touristique dans ce magnifique pays. Dépêchez-vous d'y aller, c'est mon conseil.


Franz-Olivier GIESBERT: "L'animal est une personne - Pour nos sœurs et frères les bêtes". Un livre plein de punch en faveur d'une cause qui me tient à cœur: notre communauté de destin avec les animaux et ce que nous partageons avec eux. Plutôt que de rabâcher  les stupidités écologistes sur la pollution,  on ferait bien de se poser cette question essentielle: avons-nous le droit de massacrer les animaux en toute bonne conscience et d'être carnivores ?

FEUILLETON: "Le grand Tour" La revue Feuilleton se décline maintenant en poche. Je recommande vivement le dernier numéro qui comprend plein d'articles passionnants: La vie de Madoff en prison, un Tour d'Europe par des touristes chinois, la parano IKEA, la Bolivie et son Président Morales.


Tableaux en rouge de Georges Barbier, Walter Sickert, Jan Sluijters.

dimanche 12 juillet 2015

"Le Paradis entre les jambes"


C'est l'été..., une horreur, une épouvante pour moi. Je hais cette saison qui vous tétanise, vous abrutit.

Enfin..., cette année, malgré la canicule, j'ai choisi d'affronter les éléments en me baladant, le week-end, dans les rues de Paris avec ma copine Daria. C'était abominable et exaltant à la fois. On était habillées comme à notre habitude: high heels, maquillage mais, évidemment, quasiment nues sous nos robes, juste une culotte.

Atroce! on était accablées, liquéfiées. A mourir, s'effondrer, s'évanouir ! La honte de puer, de fuir de partout, avec un seul fantasme immédiat se noyer dans une piscine glacée! Pourtant, en même temps, on a eu des instants de bonheur, on a eu le sentiment de baigner dans une sensualité exacerbée. On nous a, rarement, autant sifflées, draguées..., c'était très gratifiant, un vrai triomphe...

Même si je vais, peut-être, faire hurler les féministes, je pense que c'est à ça, aussi, que se mesure le privilège d'être une femme:  à cette chance de porter "le Paradis entre les jambes". Ce "Paradis" qui nous vaut toutes les attentions et qui est, sans doute, l'énigme essentielle de la condition humaine, celle autour de la quelle gravitent tous les désirs, peurs, angoisses et obsessions.


C'est, du moins, comme ça, que je vis ma condition. Les femmes ne sont pas seulement des victimes, des proies. Ce sont souvent elles, aussi, les initiatrices, les maîtres du jeu, et il y a un plaisir féminin fondamental à être vues, admirées, à s'éprouver comme la source du désir. Focaliser l'attention, c'est une préoccupation première et quand on n'y arrive plus, c'est la dégringolade totale.

Le harceleur, il est l'expression malheureuse des rapports de pouvoir entre les sexes. Mais la véritable domination, elle est féminine.

Etre une femme, ce n'est pas un assujettissement, c'est une victoire, un pouvoir. C'est comme ça que je vois les choses, même si c'est iconoclaste de dire ça; c'est bien pour ça que je m'appelle Carmilla et que je suis une vampire. C'est moi qui choisis mes partenaires et ça ne saurait se discuter.


Je déteste la présentation qu'on fait, aujourd'hui, des femmes: comme de pauvres petites créatures sans défense. J'ai entendu comme ça, cette semaine, qu'un obscur Secrétaire d'Etat aux Transports allait s'attaquer au problème du harcèlement sexiste dans les transports. Il paraîtrait que 100 % des femmes, en France, ont été victimes d'attouchements ou harcèlement dans les transports. 100 % ! : on voit tout de suite que ça repose sur une étude sérieuse. Ça n'est, d'ailleurs, peut-être pas assez parce que, si je me fie à ma seule expérience personnelle, c'est plutôt 200 ou 300 % qu'il faudrait avancer : 2 ou 3 fois par jour ! Mais, moi, je n'en ai rien à foutre. 

A cette occasion, on nous rappelle, dans les medias, les sanctions encourues par le harceleur: 2 ans de cabane et 30 000 euros d'amende. 

Rien que ça ! C'est sûr que si la Loi était vraiment appliquée, il y aurait beaucoup moins de petits plaisantins à siffler les filles et à les peloter dans le métro.


Quelle rigolade, on devient dingues! On se moque des Islamistes mais on est souvent pires qu'eux. Bientôt, c'est sûr, on proposera, sérieusement, la création de voitures ou d'espaces séparés dans les transports en commun (comme au Japon ou dans les pays musulmans). Dans les restaurants, les cafés, pareil: un espace filles et un espace mecs ! J'ai remarqué aussi, comme ça, que les toilettes mixtes ça n'existait plus.


Bien sûr que la drague, les "lourds", c'est épuisant, horripilant, qu'on a envie de balancer 10 paires de claques par jour. C'est une effroyable perte de temps, d'énergie, mais que serait un monde où ça n'existerait plus, un monde sans séduction où les rapports entre les hommes et les femmes seraient réglés sur les strictes règles de la courtoisie et du respect ? L'Allemagne, les Etats-Unis, la Scandinavie, ça me réfrigère parce qu'on devient transparentes, que la vie devient neutre, atone.


Que ça plaise ou non, la vie repose sur des rapports de pouvoir, d'agression. 

C'est ce qui lui donne aussi son piment, sa saveur. C'est le jeu de la séduction! C'est atroce ! Mais comme c'est un jeu, il importe d'avoir toujours un coup d'avance.Et ce coup d'avance, je crois que ce sont les femmes qui le détiennent.


Tableaux de Jan SLUIJTERS, peintre expressionniste néerlandais (1881-1957). Personnellement, j'adore !

Le titre de mon post est emprunté à celui d'un livre de Nicole CALIGARIS que j'ai, déjà, brièvement évoqué. C'est un bouquin magnifique, troublant, même si je n'en partage pas la perspective.

dimanche 5 juillet 2015

La terreur sacrée


Il y a une étrange discordance: le plus souvent, on se montre pleins de haine à l'encontre des "criminels ordinaires", voleurs, violeurs et petits délinquants. En revanche, on fait preuve d'une étrange mansuétude envers les terroristes et criminels politiques. Le discours victimaire fonctionne, ici, à plein. Il y a toujours quelqu'un qui vient vous expliquer que ces tueurs étaient, en fait, de braves gens, de bons pères, de bons fils, d'excellents étudiants, des voisins serviables. S'ils ont un jour succombé à la folie meurtrière, c'est la faute aux banlieues, à la crise, à la ségrégation, au racisme anti-arabe, au capitalisme, à l'Occident.


Je déteste ça. J'ai une attitude presque exactement inverse: pleine de compassion-compréhension pour les criminels ordinaires mais impitoyable vis-à-vis des criminels politiques. Le discours victimaire, je le trouve inaudible. Les "damnés de la terre", on en a assez soupé avec toutes les conséquences effroyables que l'on sait. On est maîtres de son destin quoiqu'on en dise !


Evidemment, la guerre sainte, le Djihad, ça fait fantasmer, ce serait la juste révolte de l'Islam, de la religion des "opprimés". L'humiliation, la misère, l'impérialisme, ça parle au "peuple de gauche". C'est comme ça qu'on est, inconditionnellement, pro-palestiniens, pro Erdogan, pro Rohani, sans parler des complaisances envers le Qatar, l'Arabie Saoudite...


Mais on peut aussi avoir une autre vision de l'histoire. Ma vision est, elle-même, très simple: "il y a un lien consubstantiel entre la barbarie nazie et la barbarie djihadiste", comme le souligne très justement Pascal Bruckner. On assiste aujourd'hui à un triomphe posthume de Hitler: même obsession de la pureté, même volonté de conquérir, asservir, éradiquer: les autres: les chrétiens, les juifs, la démocratie, l'Occident. 

Le Djihad, c'est un avatar du nazisme. 

C'est une idée qu'on a du mal à admettre en France parce qu'on pense que le nazisme aujourd'hui c'est, simplement, Marine Le Pen. C'est une vision réductrice qui fausse notre compréhension du fascisme parce qu'aussi bête et primitive que soit Marine Le Pen, elle n'est tout de même pas une tueuse et est même, à certains égards, carrément moderne.

Ne soyons pas schizophrènes. Il y a une inquiétante montée de la violence politico-religieuse en Europe et notamment en France. Il devient difficile de porter une étoile et même une croix. Quant à une mini-jupe dans certains quartiers...Bientôt, ce sera peut-être carrément dangereux.

Ce n'est pas acceptable et cela doit être combattu vivement. En même temps, la société française doit s'efforcer d'établir un nouveau contrat avec l'Islam.

Tableaux de Peter GRIC né, en 1968, à BRNO (République Tchèque). 

Si vous cherchez, en cette période de canicule, à profiter de la fraîcheur des salles de cinéma, je vous recommande: "Comme un avion" de Bruno Podalydès, "Une seconde mère" de Anna Muylaert ("Théorème" de Pasolini revu par une jeune cinéaste brésilienne) et "Victoria" de Sebastian SCHIPPER (pour les amoureux de Berlin).