* "C'est exagéré et c'est relatif . Tout change, tout évolue. Ce qui était subversif a vite fait de se banaliser, normaliser. Regardez par exemple l’œuvre d'Egon Schiele dont j'illustre aujourd'hui mon post. Il paraît qu'il y a encore seulement 20 ans, ses tableaux étaient jugés unanimement horribles. Aujourd'hui, sa peinture ne fait plus scandale.
Et puis, c'est vrai que je suis comme ça: je parle souvent cash. Je n'aime pas la mièvrerie du langage et des sentiments.
Enfin, j'annonce clairement la couleur sur ma page d'accueil: un "blog érotico-philosophique", même si ça peut apparaître un peu ridicule".
* "Est-ce que ça n'est pas lié à ton ascendance, aux pays où tu as vécu ?"
* "Ah non ! Pas du tout et je dirais même au contraire. En Russie, en Iran, les femmes sont ultra apprêtées, hyper-sexy. Mais elles se contentent de parader entre elles. Le désir, l'amour, on n'en parle pas du tout, tout simplement parce que ça n'existe pas: c'est le grand silence, le non-dit complet ce qui n'exclut pas des conduites parfois audacieuses. Je lis quelquefois les blogs de jeunes filles russes: c'est d'une nunucherie consternante. Mais ça vaut aussi dans les pays scandinaves, en Allemagne, en Grande-Bretagne, où on se veut des gens sains, où on a une vision hygiénique de la sexualité. En plus, les femmes y ont renoncé à toute séduction.
Parce que c'est ça que j'ai découvert en France: l'exaltation charnelle, l'ambiance sensuelle, la séduction permanente. Même s'il est vrai que ça s'estompe fortement aujourd'hui sous la pression des ligues de vertu et de l'idéologie écolo-hygiéniste.
Découvrir son corps, c'est important. Pour moi, c'est d'abord passé par le sport, notamment la course à pied que j'ai pratiquée sous une forme presque extrême (mais c'est justement ça qui est intéressant). Je m'essaie maintenant à la natation mais avec, évidemment, moins d'ambitions.
Et puis, il y a eu la découverte de la littérature érotique, ce météore de la culture française: le 18 ème siècle, quelle merveille ! "Thérèse philosophe", Justine et Juliette (du divin Marquis), La Merteuil ("Les liaisons dangereuses"), Suson (du "Portier des Chartreux"), Angélique et Agnès ("Vénus dans le cloître"), Laure (de Mirabeau), tous ces personnages féminins m'ont bouleversée. Aux auteurs du 18 ème siècle, j'ajouterais les œuvres plus récentes de
Pierre Louÿs et celles de Georges Bataille ("Le bleu du ciel", "Madame Edwarda"). Quant à aujourd'hui, je me
retrouve pleinement dans les bouquins d'Elisabeth Barillé et Claire
Castillon. La bisexualité, le masochisme, l'esprit retors, le transport mystique, l'attirance de l'interdit, ça me fait frémir.
On n'a rien lu si on n'a pas lu tout ça !
J'y ai découvert un monde merveilleux où les hommes et les femmes y étaient à égalité. Des femmes qui osaient s'affirmer, qui n'étaient ni victimes, ni saintes. Pour qui le refus de la procréation renversait tous les préjugés en vigueur.
Ouvrir son esprit, c'est ce que m'a appris la littérature libertine. Ça m'a transportée, enlevée. La littérature libertine, c'est la communion de l'esprit et du corps et ça s'effectue dans une pure allégresse, celle éprouvée face à l'abolition des interdits.
Mais la France, ça n'est évidemment pas que sa littérature, ses peintres ou ses cinéastes ("Les valseuses" de Bertrand Blier comme modèle de parcours érotique allègre et décomplexé).
C'est cette omniprésence du désir et du sexe, rencontrés à chaque instant dans la rue, dans un regard, dans un vêtement. C'est, à partir de là, la possibilité de la rencontre fortuite, brutale. La possibilité de l'aventure, des matins blêmes dans une chambre inconnue.
On souffre souvent, dans les sociétés occidentales, d'un trop plein d'idéal et de grandes idées. On s'engage, on a des convictions, on est politisés. Mais ça conduit d'abord à l'intolérance, à ce qu'on se batte entre nous et surtout ça nous empêche de tomber amoureux. Heureusement la force du désir est souvent telle qu'elle balaie rapidement toutes ces barrières.
Dessins d'Egon SCHIELE (1890-1918). Les expositions le concernant se multiplient en Europe en ce moment: à la Fondation Louis Vuitton à compter d'octobre. Ça a sans doute une signification. Il n'est plus un peintre maudit mais je ne suis pas sûre que dans ses tableaux (de même que chez Lucian Freud) la chair exulte.
Si vous vous intéressez beaucoup à Egon Schiele, je vous conseille vivement de vous rendre dans sa ville, à Cesky Krumlov en République Tchèque. C'est à 100 kms au nord de Linz. La ville est magnifique, elle a été restaurée et est inscrite au patrimoine de l'Unesco. C'est aussi un bon point de départ pour la visite des merveilleuses petites villes de Bohême du Sud.
Au cinéma, je vous recommande:
- "Burning" de Lee Chang-don. De loin, le meilleur film de ces derniers mois. Surtout, ne partez pas 5 minutes avant la fin de la séance.
- "Le monde est à toi" de Romain Gavras












































