samedi 8 juillet 2023

Quand j'étais dingo

 
Même si on préfère généralement s'en détourner, parfois le passé resurgit brutalement en nous. C'est un peu le coup de la Madeleine de Proust.


J'ai ainsi téléchargé, ce week-end dernier, l'application Stellarium. C'est un truc que j'ai trouvé carrément génial qui vous offre, en temps réel et depuis votre position, une simulation du spectacle de la voûte céleste. Ca permet de repérer et identifier très facilement les planètes, les étoiles, les constellations et même les satellites artificiels ou les pluies de météores qui sont au-dessus de vos têtes. Avec ça, l'astronomie devient à la portée de tout le monde, presque un jeu d'enfant. 


Ca m'a tout de suite ramenée plusieurs années en arrière quand, gamine, j'avais développé une véritable passion pour l'observation du ciel et l'astronomie. Je ne sais pas trop pourquoi, ça n'avait rien de scientifique ni, surtout, de philosophique. Il est vrai que je connaissais les villes de Torun et de Gdansk (Dantzig en allemand) en Pologne où avaient officié Nicolas Copernic et Hevelius et sa fameuse épouse, Elisabeth.


Mais au total, c'était plutôt, pour moi, une fascination esthétique. J'adorais tous ces jolis noms des constellations. Parmi les moins connus: le brancard du Chariot, le carré de Pégase, le triangle d'été, le baudrier d'Orion, l'oiseau de Paradis, la chevelure de Bérénice, l'Hydre femelle, l'écu de Sobieski, le lynx, la girafe, le poisson volant. Il faut préciser qu'il existe ainsi 88 constellations (un ensemble d'étoiles reliées par une civilisation par des des lignes imaginaires) dûment répertoriées.


C'était au point qu'à l'âge de 12 ans, j'avais confectionné moi-même une lunette astronomique. Sans rien dire à mes parents, j'avais cassé ma tirelire pour aller commander des lentilles chez un opticien qui avait bizarrement accédé à ma demande. Après, j'avais bricolé moi-même les tubes nécessaires. C'était rudimentaire, plutôt encombrant (l'équivalent d'un 800-900 mm en photographie), mais ça marchait quand même.


Ca avait étonné et plutôt fait rigoler un peu tout le monde. C'est de là qu'est partie ma réputation d'un peu bizarre, un peu dingo. A l'école, on m'a surnommée "Cosmos" parce que j'avais l'air toujours détachée, plutôt au-dessus du monde.


L'astronomie, j'ai abandonné parce qu'en milieu urbain, il est quasi impossible d'observer le ciel à cause de la pollution lumineuse. Je me suis donc reportée sur la photographie et là encore, je me suis mise à bricoler un téléobjectif. Bizarrement, ce n'était pas un cul de bouteille mais exhiber ça dans la rue, c'était la honte. Et puis, je n'ai jamais réussi à développer de talent photographique.


C'est vers 14/15 ans que j'ai commencé à carrément diverger. Je suis d'abord devenue une effroyable séductrice avec un look à la Joy Division. Le rock gothique, j'adorais ça : Cure, Siouxsie and the Banshies, Bauhaus, Sisters of Mercy, The Cult, Fields of the Nephilim, Virgin Prunes. Alors, je m'attifais à faire peur: de grande robes noires, des collants résille, des bottines cloutées; en contraste avec un visage pâle, diaphane, des yeux charbonneux, des lèvres purpurines, des ongles noirs et effilés, des bijoux en argent. 

Le kitsch ne me faisait pas peur. Mon modèle féminin, c'était Alison Shaw (ci-dessus), la gracile chanteuse des Cranes ("Everywhere" sur You Tube). Quant aux mecs, les artistes, les poètes, ça ne m'attirait pas beaucoup: trop mégalos, trop imbus d'eux-mêmes. J'avais plutôt des histoires avec des types "mûrs", plutôt de l'âge de mon père. Mais je ne peux pas dire que ça m'ait traumatisée (au contraire même) et pourtant quel scandale ce serait aujourd'hui.


C'est aussi à cet époque que je me suis prise de passion pour la course à pied. Il s'était en effet révélé que je courais plus vite qu'à peu près tout le monde, du moins sur longue distance. La course de fond, c'est bizarre, ce n'est pas seulement un sport, ça a vite fait de relever de l'addiction. Pour faire de la compétition, il faut d'abord s'imposer une discipline de fer, quasi-obsessionnelle, parce que les volumes d'entraînement nécessaires sont importants (100 kms/semaine au minimum) et, surtout, continus sur plusieurs années. 


Mais on en retire un sentiment de toute puissance parce qu'on a l'impression de tout maîtriser. Le pire, c'est qu'il n'y a rien de tel pour devenir anorexique parce que l'exigence première, c'est bien sûr d'être la plus légère possible: plus de 50 kilos pour une femme et 60 kilos pour un homme et c'est fichu.


J'ai achevé mon adolescence en devenant accro à la Bourse et à la spéculation financière. Comme on était plutôt toutes les trois (ma mère, ma sœur et moi-même), dans la dèche, je me suis mise à rêver de belle vie et de fortune vite faite. Parce que, venant de l'Est, le capitalisme pour moi, c'était ça, c'était la Bourse, c'était Wall-Street, la City ou le Palais Brongniart. J'ai commencé par opérer sur les comptes bancaires de ma mère, bien indulgente. Si l'on voulait me faire plaisir, rien n'était plus simple: m'offrir du LVMH ou du Hermès, mais en actions bien sûr.


Je me suis mise à traîner dans ces milieux là. C'est vrai qu'on y rencontre des gens fascinants, jeunes et moins jeunes, qui y consacrent une bonne partie de leur vie et sont capables de prendre des risques insensés. C'est l'amour du jeu. Spéculer et gagner, ça donne le sentiment de devenir le Maître du monde. Ce que j'ai surtout aimé, c'est que ce sont, généralement, des individus absolument pas conventionnels affichant une grande liberté de pensée et de comportement. Ca m'a marquée. 


Evidemment, moi-même, je ne passais pas inaperçue compte tenu de mon âge et de mon look. C'était d'ailleurs bizarre ces types, tirés à quatre épingles, qui m'invitaient dans un restaurant chic mais qui ne me draguaient même pas, sans doute parce qu'ils étaient obsédés par leurs spéculations: on passait son temps à discuter des valeurs de la Cote et à échanger des tuyaux boursiers. Ils me ramenaient dans leur Porsche ou leur Jaguar mais il ne se passait rien du tout après. J'avais l'impression d'être dans un bouquin de Balzac ou de Zola. Qu'est-ce que les autres clients devaient penser ?


Mais heureusement, j'ai rencontré pas mal de dingues et têtes brûlées. Ca m'a fait réfléchir. Je me suis vite rendu compte que le meilleur moyen de se ruiner en Bourse,  c'était de se laisser emporter par la frénésie, l'excitation. Ca m'a permis de bâtir une tactique exactement inverse (à la quelle je continue de me tenir aujourd'hui) : toujours garder son sang froid, ne jamais se précipiter. Avoir toute la Cote dans la tête et suivre régulièrement son évolution. N'intervenir qu'à contre-courant au moment où se dessine une opportunité (quand une valeur baisse sans raison objective). Savoir ensuite conserver patiemment ses actions.

 

Je suis devenue ce que l'on appelle, dans le jargon du milieu, une "contrarienne" et une "long-termiste". C'est, bien sûr, une stratégie un peu basique, un peu primaire. Mais elle marche aussi et évite bien des désillusions même si elle est aujourd'hui exactement opposée à celle des opérateurs actuels qui font de la vitesse l'élément clé de leurs spéculations sur les marchés financiers.


Voilà donc un bref résumé de ma vie quand j'étais ado, quand j'étais jeune, quand j'étais dingo. Mais je me rends tout à coup compte d'une chose: finalement, je n'ai pas tellement changé car j'ai toujours les mêmes tocades (le sport, la minceur, le look, la Finance). Je suis sans doute la même et donc toujours aussi dingo. Bref, on ne se refait jamais.

Images issues des célèbres films "Melancholia" (de Lars Von Trier) et "2001, l'Odyssée de l'espace" de Stanley Kubrick. Photo (la joggeuse) de Angela Strassheim. De nombreux tableaux sont de Jozef SIMA (1891-1971), un peintre tchèque que j'apprécie. Quelques tableaux, également, de l'Allemand Siegfried ZADEMACK néo-surréaliste né en 1952.

Je vous invite vivement, par ailleurs, à télécharger l'application gratuite Stellarium sur votre ordinateur ou smartphone. Avec ça, où que vous soyez, vous pouvez passer pour un crack en astronomie capable d'identifier immédiatement et de nommer tout ce que vous avez sous les yeux. Et puis, ça m'intéresserait de savoir si vous trouvez ça aussi formidable que moi. 

Quelques conseils de lecture (même si vous n'en avez à peu près rien à fiche de l'astronomie, je suis sûre que vous adorerez ces bouquins qui sont de véritables récits d'aventure).

- Florence TRYSTRAM: "Le procès des étoiles". C'est le récit d'une fameuse expédition, en 1735, jusqu'au Pérou. Elle était conduite par Charles Marie de la Condamine et il s'agissait de mesurer le méridien terrestre. Un incroyable récit d'aventures qui se termine mal. Emportés par la haine et la jalousie, presque tous les explorateurs mourront ou sombreront dans la folie. C'est en poche chez Payot.

- Denis GUEDJ: "Le mètre du monde" et "La méridienne". On se réfère, à peu près tous, aux unités de mesure du mètre et du kilomètre.  Mais on n'en connaît plus l'origine. Ca remonte en fait à la Révolution française qui voulait créer une unité de mesure universelle de manière à ce "qu'il n'y ait plus, dans le territoire, deux poids et deux mesures". A cette fin, deux astronomes, Méchain et Delambre, ont quitté Paris en 1792 avec pour mission de mesurer le méridien entre Dunkerque et Barcelone et d'établir, à partir de là, le fameux mètre. Ca avait été précédé par les travaux de deux académiciens qui avaient traversé la France révolutionnaire. Deux incroyables récits qui mêlent l'aventure et la science. C'est dans la collection Points.

- Jean-Pierre LUMINET: "Histoires extraordinaires et insolites d'astronomie". 9 histoires souvent drôles et picaresques de l'astronomie depuis la Renaissance jusqu'au 20 ème siècle. On a oublié qu'il fallait, autrefois être un savant un peu fou et surtout très audacieux pour pratiquer l'astronomie: ça risquait de vous valoir les foudres du Vatican. 

Sur le monde de la Bourse, je recommande, enfin, "l'Argent" d'Emile ZOLA. Ca n'a pas pris une ride et c'est très bien documenté (Zola avait une bonne connaissance des techniques  boursières). Il faut également lire BALZAC ("La Maison Nucingen", "Eugénie Grandet") qui a introduit la question de l'argent dans le roman et qui était lui-même très au courant des mécanismes financiers (il a été "chef d'entreprise" même si ça a été désastreux). Mais y-a-t-il aujourd'hui un seul écrivain français qui entende quoi que ce soit à "la Finance" (même si ça n'empêche pas de la dénoncer avec virulence) ?

Je termine avec une photo-hommage de Victoria AMELINA. Elle était une très talentueuse écrivaine ukrainienne. Le 27 juin dernier, elle s'est pris un missile sur la tête dans un restaurant de Kramatorsk (ça fait partie de ces frappes de "haute précision" de l'armée russe vantées par Poutine). Elle avait délaissé la fiction pour documenter les crimes de guerres russes. Elle avait 37 ans et était originaire de Lviv. Je l'ai probablement, un jour, croisée dans la rue.

Les Russes ont-ils conscience des abîmes de détestation qu'ils sont en train de creuser ?


samedi 1 juillet 2023

"La propriété, c'est le vol" ???

 

Je participe, quelquefois, à des réunions amicales, dans un café ou restaurant, de tous les co-propriétaires de mon immeuble. Ca va au-delà de la traditionnelle "fête des voisins" du mois de mai (une fête qui suscite d'ailleurs la bougonnerie de beaucoup, notamment de certains pétris d'idées sociales).


A priori, compte tenu du quartier ("normalement" à l'abri des émeutes des banlieues) et du prix moyen du m² carré à Paris, tous mes voisins sont des nantis, des gros pleins de soupe. Des gens que l'on s'attend à découvrir détestables, haïssables. Sans doute buttés, bornés, ultra-réactionnaires. 

C'est le préjugé classique de la rancœur française. On voudrait que les riches soient des crapules bêtes et cyniques et les pauvres des gens courageux et sympathiques. Sauf que ça ne se présente pas toujours comme ça. Chez moi, il y a bien sûr quelques querelles de voisins et un ou deux dingues mais, dans l'ensemble, les gens sont relativement jeunes, charmants, éduqués et attentionnés et pleins d'humour. Finalement, on passe de bons moments ensemble.


Evidemment, le profil moyen, c'est cadre-sup et personne n'est, vraisemblablement, militant à la France Insoumise. Mais tous sont gens modernes, éclairés, éventuellement férus de culture et d'Art contemporain, et plutôt sympathiques.


Je ne peux quand même pas dire que je me sente entièrement à l'aise avec eux. D'abord, je n'ai pas le même horizon de préoccupations. Leur vie, elle me semble tourner autour de leurs week-ends en famille et de leurs prochaines vacances dans leur résidence secondaire en Bretagne ou sur la Méditerranée.  


C'est à ces moments que me taraude le plus mon sentiment d'imposture. Qu'est-ce que je fiche ici, est-ce qu'il n'y a pas erreur ? Est-ce que je ne devrais pas retourner tout de suite dans ma campagne de Galicie ? Et puis, est-ce que je ne suis pas ridicule avec ma manière tellement affectée de parler le français ?


Ce qui me distingue d'abord, je crois, c'est que je ne suis pas une héritière. J'ai ainsi un voisin, d'un étage supérieur, qui ne cesse de me draguer. Il est ultra-cool, ultra-rigolo. Il ne se cache pas de consacrer sa vie à ses loisirs (chasse, tennis, Baléares) en vivant simplement des rentes de son héritage. Je ne crois pas qu'une vie pareille me plairait et, d'ailleurs, il me semble qu'il en a quelquefois marre de sa femme et de ses enfants qu'il a continuellement sur le dos. Il ne se rend pas compte que je me sens très loin de lui.


Moi, c'est vrai que dès que j'ai commencé à travailler, ma première préoccupation a été de m'acheter un appartement. "Une chambre à soi" comme l'écrivait Virginia Woolf, un lieu de calme et de sécurité. Je voulais trouver un point d'ancrage, un trou d'où personne ne pourrait me déloger quels que soient les aléas de mon existence.


Je crois que ça correspondait un peu à une revanche sur le destin de mes parents. Il faut en effet savoir que dans l'ancien système soviétique, à peu près personne n'était propriétaire de quoi que ce soit. Au mieux (et c'était rare), une voiture cahotante et une misérable baraque dans la forêt. Sinon, tout le monde était simplement locataire (certes pour pas grand chose) d'un appartement très exigu dans le quel s'entassaient plusieurs générations. Curieusement, personne n'ose évoquer l'impact désastreux sur les mentalités de cette effroyable promiscuité imposée.


Avoir quelque chose à moi qu'on ne pourrait jamais m'enlever, ça correspondait donc à une espèce d'instinct de possession. Un peu comme les animaux qui ne cessent de quadriller et marquer leur territoire. Je m'étonne toujours ainsi de voir mes merles qui passent leurs journées entières à contrôler et surveiller mon jardin. Nul doute qu'ils s'en considèrent les possesseurs et qu'ils ne se sont probablement jamais aventurés au delà.


Mais être installé sur un territoire n'en fait pas de vous automatiquement le propriétaire. Pour légitimer une appropriation, il faut une intervention, celle des institutions judiciaires qui établissent les droits et la sécurité des acquéreurs.


Le Droit, il n'y a, a priori, rien de plus rébarbatif et ennuyeux pour des non-professionnels. On a tendance à penser, que le Droit, ça a été créé juste pour nous embêter et faire obstacle à ce qu'on voudrait faire. Je n'y connais moi-même pas grand chose mais je me rends quand même bien compte à quel point ça détermine tout le vivre ensemble d'une société et la transparence des échanges entre ses membres. 


Le grand économiste péruvien Hernando de SOTO a ainsi montré dans son bouquin majeur ("Le mystère du Capital: pourquoi le capitalisme triomphe en Occident et échoue partout ailleurs") que la cause majeure du sous-développement économique de certains pays n'était pas leur manque d'esprit d'entreprise ou l'insuffisance de leurs capacités techniques mais plus simplement l'insuffisance des règles juridiques et l'absence de protection du Droit de propriété par l'Etat. Il se développe donc dans ces pays une immense économie informelle peu productive. Cette analyse m'apparaît particulièrement juste en ce qui concerne des pays économiquement attardés comme la Russie ou l'Ukraine: le Droit, on porte là-dessus le même regard qu'une poule devant un couteau; on se demande à quoi ça peut bien servir.

Cette importance du Droit revêt une certaine pertinence aujourd'hui, à une époque où on ne cesse de dénoncer la bureaucratie et l'étouffement juridique. Il faudrait, dit-on, beaucoup moins de réglementation. Et puis, on radote cette idée toute faite que les inégalités augmentent et que pour les corriger, il suffit de faire payer les riches et, à cette fin, de bouleverser le système juridique. C'est l'antienne d'un Piketty dans laquelle on mélange allégrement ce qui  relève, dans la richesse, d'une part  du patrimoine, d'autre part du revenu.  


Mais la grande société égalitaire, elle a bien existé même si on semble l'avoir oublié. C'était celle de l'ancienne Union Soviétique et de ses satellites. L'abolition totale de la propriété privée bourgeoise, c'était d'ailleurs, il faut le rappeler, le grand programme du marxisme. Et on y est à peu près arrivés et on était effectivement à peu près tous égaux même si c'était dans la médiocrité, le sous-développement, la grisaille et la pénurie. Quant aux règles de Droit, il n'y en avait plus ou, du moins, tout le monde les ignorait.

On s'est d'ailleurs rarement avisés que cet objectif marxiste, c'était l'exact contraire de l'un des grands principes énoncés par la Révolution Française (qui demeure inscrit dans la Constitution actuelle): rendre la propriété "inviolable et sacrée". Il est vrai qu'en même temps que l'Assemblée Constituante faisait cette grande proclamation, on pratiquait un immense hold-up en confisquant les propriétés de la noblesse, du clergé et, bien sûr, du domaine royal.


Il n'empêche ! Cette expropriation première, c'était celle de l'ancien monde, celui de l'ordre royal qui réservait la propriété à certains. Mais la Constituante de 1789 a fait du droit de propriété un dispositif révolutionnaire en l'étendant à tout le monde et, surtout, en le protégeant.


La propriété révolutionnaire, c'était l'esprit de 1789 et c'est ce dispositif qui a, notamment, permis, le décollage économique de la France au 19ème siècle avec sa révolution industrielle. 


Les Français me semblent d'ailleurs toujours imprégnés, sans le savoir, de cet esprit de la Révolution Française. Ils demeurent, plus qu'ailleurs, très attachés à la propriété et leurs économies, ils les consacrent d'abord à l'acquisition d'une maison puis d'une résidence secondaire (ils en sont parmi les plus grands possesseurs au monde même si c'est économiquement irrationnel).


Ils ont en fait perçu que la propriété, ça n'était pas forcément le vol comme l'affirmait le penseur anarchiste Proudhon. Et ce dernier a d'ailleurs finalement changé d'avis en déclarant, plus tard, que la propriété, c'était la liberté.


Et je crois que c'est très vrai (c'est du moins ce que j'éprouve): avoir un toit à soi, être propriétaire d'un logement, c'est ce qui vous permet de vous sentir plus libres et de vous prémunir contre toutes les oppressions, celles de l'Etat ou des aléas économiques.


Et ce que je trouve presque amusant, c'est que cet attachement des Français à la propriété se manifeste également, et de manière très vive, sur la question de l'héritage. Même, et peut-être surtout, chez les gens modestes qui ne sont pratiquement pas concernés. C'est au point qu'aucun gouvernement n'osera jamais faire une Révolution en la matière.


Pourtant, si l'on veut réellement réduire les inégalités, c'est bien d'abord à l'héritage qu'il faudrait s'attaquer. Parce que l'unique propriété vraiment légitime, c'est bien celle qui est issue du seul travail d'un individu, de sa contribution à la richesse d'une société. Mais le patrimoine transmis par héritage, qui n'est pas issu du travail, n'a évidemment pas ce caractère. Il n'est qu'une appropriation, prédation, de la richesse collective, ce qui délégitime sa propriété.


Je ne suis pas héritière, je l'ai déjà dit, et je suis donc d'autant plus prompte à dénoncer la rente et les rentiers qui nuisent à l'efficacité économique d'un pays.  Idéalement, il faudrait supprimer l'héritage mais cela aurait aussi des conséquences économiques impossibles à anticiper. On peut simplement se référer aux Grandes Guerres qui ont remis à plat tous les patrimoines et ruiné les rentiers.


La question de l'héritage dépasse, en fait, toute rationalité économique. Parce qu'il s'agit, en fait, beaucoup moins d'argent que de transmission symbolique entre les générations. On touche alors à toutes les questions de filiation et là, on n'est plus dans le domaine de l'économie mais dans celui de la psyché, voire de la psychanalyse.


Celui qui s'apprête à mourir voit en effet, dans la transmission de son patrimoine, une manière de se perpétuer dans le temps, de conquérir une espèce d'immortalité. Et celui qui reçoit l'héritage, il prend, en quelque sorte, la place du mort, il lui donne une nouvelle vie. Hériter, c'est montrer que le monde ne vient pas de s'arrêter, que la course continue, que la mort n'a pas vaincu la vie.


C'est aussi s'inscrire dans toute une histoire familiale avec tous ses multiples souvenirs, grands et petits. Il est d'ailleurs significatif que les cohéritiers se disputent surtout à propos de babioles et d'objets, en apparence, insignifiants (sauf pour eux).


Supprimer l'héritage, ça reviendrait donc à priver les familles d'une grande partie de leur histoire individuelle, symbolique et affective. On ne peut pas négliger cela, c'est aussi à considérer, sauf à vouloir plonger les gens dans la détresse de l'insignifiance et de la solitude.


Images de Otto DIX, George GROSZ, Leon SPILLIAERT, Gustav KLIMT, James TISSOT, Max BECKMAN, Pierre MORNET, Carl GROOSBERG, Anita REE, Lotte LASERSTEIN, Lucien DESMEDT, Honoré DAUMIER, Andrew WYETH, Quint BUCHOLZ, Andrea KOWCH.

Encore un post de pédagogie économique qui risque de barber tout le monde. Mais c'est ce qui fait quand même l'essentiel de mes préoccupations. 

On a peut-être aussi l'impression, en consultant mon blog, que je ne lis que de la littérature et ne m'intéresse qu'à ça. Mais non, je consulte aussi à peu près tout ce qui a trait à la finance et à l'économie. Simplement, la lecture n'est pas la même. Un bouquin d'éco, c'est beaucoup plus facile, ça va généralement très vite: il faut d'abord en comprendre la thèse générale et, après, ça déroule. Je recommande donc :

- Hernando de SOTO: "Le mystère du Capital: pourquoi le capitalisme triomphe en Occident et échoue partout ailleurs". Ca commence à dater : 2000. Mais l'analyse demeure pertinente. Contrairement à ce qu'on imagine, les gens travaillent comme des fous dans les pays pauvres. Simplement, ils ne disposent que d'un "capital mort" qu'ils ne peuvent pas faire fructifier faute de droits de propriété efficaces.

- Christophe CLER et Gérard MORDILLAT : "Propriété. Le sujet et sa chose". Un remarquable bouquin qui relie l'histoire de la propriété à l'histoire des civilisations. On apprend une foule de choses. Quand l'histoire rejoint l'économie et l'anthropologie. Un livre qui intéressera même les profanes en économie.

- Patrick AVRANE: "Hériter - Une histoire de famille". Le point de vue d'un psychanalyste sur l'héritage. C'est un changement radical de point de vue mais qu'on ne saurait négliger au nom de la simple rationalité économique.

Enfin deux bouquins importants mais sans doute plus compliqués. J'aimerais pouvoir les expliquer à des non-initiés:

- Mariana MAZUCCATO: "La valeur des choses - Qui produit et qui profite dans l'économie mondialisée". Un sujet qui m'intéresse au plus haut point : qui produit et qui profite ? Qui crée une richesse réelle et qui détourne celle-ci ? C'est l'opposition du travail et de la rente. A cet égard, peu de gens comprennent ce que recouvre aujourd'hui cette "financiarisation" de l'économie qui s'est formidablement développée au cours des dernières décennies avec une multitude de produits et d'institutions opaques. Le premier mérite de Mariana Mazuccato est d'être, je crois, très claire sur tous ces nouveaux instruments. Le second est de démontrer qu'ils n'apportent à peu près rien à l'économie et lui sont même sans doute préjudiciables compte tenu de la prédation opérée.

- Katharina PISTOR: "Le Code du Capital". Un bouquin qui est un peu un prolongement de celui de Mariana Mazuccato (en moins bon à mon goût). Mon "ami" Piketty en fait un grand éloge. Voilà au moins un point d'accord entre nous. Bien sûr que le développement du capitalisme s'appuie sur le Droit et d'incessants codages, recodages, juridiques. Mais tout est-il, pour autant, à jeter par dessus bord ? Que faut-il aujourd'hui coder, recoder, pour une société plus riche et plus juste ? D'accord pour la gestion d'actifs, le "barattage" des actions et ses coûts de transaction faramineux, le trading et une flopée d'instruments financiers opaques, les hedge funds et les sociétés de capital-investissement (PE, private equity); d'accord surtout pour l'interdiction du rachat de ses propres actions par une société. D'accord donc pour réduire le poids énorme du secteur financier dans l'économie. Mais au-delà ?


samedi 24 juin 2023

Avec mon bourricot sur les routes de la "Mort-à-Vie"


Me revoilou !

J'ai retrouvé, pendant deux semaines, ce qui m'a toujours fait vibrer: arpenter le monde un peu au hasard. Au hasard des lieux, au hasard des rencontres. 


"Sur la route", c'est l'esprit de Jack Kerouac, de Nicolas Bouvier et d'Andrzej Stasiuk. C'est aussi celui qui a animé le mouvement hippie avec la mythique "route des Indes". Depuis les années 60, plusieurs générations se sont reconnues dans ce message, ce grand appel à quitter son chez soi, à s'évader et s'ouvrir à l'ailleurs. Le goût du voyage comme goût de perdre pied avec une finalité première: "apprendre à désapprendre".



Mais aujourd'hui, j'ai l'impression qu'il n'y a plus que des "culs de plomb": les touristes ont remplacé les voyageurs. Et il est vrai qu'on ne cesse de nous raconter maintenant que voyager, c'est mal parce que ça contribue au réchauffement climatique. Et puis, ça impose cette épreuve effroyable de décrocher de ce qui polarise maintenant notre attention: notre satané smartphone.


L'Aventure avec un grand A, elle est maintenant proscrite. Le voyage est maintenant planifié, encadré, avec de multiples plateformes de réservation et de programmes "tout compris". Et puis la finalité première des vacances, c'est maintenant de se reposer. Alors, on a horreur des anicroches, des incidents, qui émaillent tout voyage non organisé.


Mais chacun fait bien sûr selon ses goûts. Et il est vrai que l'aventure peut aussi être au coin de la rue. Ca peut même être "Le voyage autour de ma chambre" de Xavier de Maistre.


Mais quand même ! Il manque alors cette dimension essentielle du mouvement, du déplacement, qui efface tous nos repères et surtout bouleverse nos identités. Voyager, c'est changer de peau, devenir autre.


Le nomade, ça a été admirablement évoqué par Gilles Deleuze (qui curieusement n'a quasiment jamais voyagé). La déterritorialisation (mentale, historique, géographique) comme subversion ultime de l'ordre social ! Le brouillage complet des codes et des frontières.


Et je crois qu'on demeure tous un peu porteurs de ce besoin de mouvement de la vieille humanité nomade. Petite fille, j'étais fascinée par les Roms et Tsiganes qui faisaient du trafic entre les pays d'Europe Centrale. L'Est de la Slovaquie, c'était alors et ça demeure considéré comme la zone de tous les dangers. Et comment comprendre la fascination que continuent d'exercer Attila et Gengis Khan ? 


Partir sans se préoccuper de son point de chute, avancer un peu au hasard, c'est cela qui est fascinant. Sur ce qu'on va découvrir, on porte un regard forcément neuf, forcément émerveillé.


On s'arrête, un soir, dans une auberge, on s'attable, on fait connaissance. C'est facile parce qu'on a tout de suite plein de choses à échanger avec ses voisins: qu'est-ce que vous fichez dans ce trou perdu ? Quelle étrange tocade vous y a conduit ? Chacun déroule alors bien vite, à l'attention des autres, le roman de sa vie.


Ces rencontres de hasard dans un quelconque "trou du cul du monde", je trouve ça exaltant. C'est souvent à ces occasions que j'ai rencontré les gens les plus intéressants, de ceux avec qui je suis demeurée en contact. L'amour commun d'un lieu inconnu, ça établit tout de suite, en effet, un lien fort.


Et puis, ça n'engage à rien. On sympathise une soirée, une nuit, et le lendemain, on s'en va. On n'a même pas eu le temps de se disputer, on ne s'est présentés que sous son meilleur jour, on ne conserve donc que de bons souvenirs. C'est à nous, ensuite, de savoir si on veut les prolonger.


Je n'aurais toutefois pas la prétention de me présenter comme une grande nomade, une grande aventurière. Disons que j'ai surtout le goût de sortir des sentiers battus. Et puis, même si j'ai cette idée des racines en horreur, je suis quand même irrémédiablement attirée par l'Europe Centrale.


J'ai donc jeté mon dévolu cette année sur la Moravie. Je crois que cette région de l'Est de la République Tchèque n'évoque pas grand chose. Et c'est vrai que même là-bas, les Moraves sont un peu considérés comme des ploucs. C'est vraiment la campagne avec rien que des petites villes (à l'exception de Brno). 


Mais des petites villes, c'est justement ce que je recherchais. D'abord la ville, j'en ai parfois un peu marre et puis on ne connaît pas vraiment un pays si on se borne à sa capitale et ses grandes agglomérations.


La République Tchèque, c'est, à cet égard, exemplaire. Tous les hauts lieux du tourisme [Prague, Marienbad (Marianske Lazne), Carlsbad (Karlovy Vary), Cesky Krumlov], c'est devenu une horreur, des merveilles défigurées par la Disneylandisation, submergées par les Tours Operators. En arpenter les ruelles, c'est à peu près aussi agréable qu'affronter les cohues du métro parisien. 


Mais dès qu'on quitte ces quatre villes, certes admirables, c'est fini, le pays ne semble plus intéresser personne. Plus un chat, plus un rat. Juste quelques touristes frontaliers. Surtout dans ma Moravie où, durant tout mon séjour, je n'ai rencontré qu'un couple de Français arrivés là par hasard et aussi quelques Anglais et, tout de même, plusieurs germanophones.


Tant mieux, c'est ce que je recherchais. Evidemment, revers de la médaille, dans les petites villes, presque personne ne parle de langue étrangère. Il faut donc se mettre au tchèque.


Mais ça n'est pas un problème pour moi. Le tchèque, c'est une langue slave plutôt facile (sans, par exemple, les problèmes de prononciation du polonais ou de mélodie du russe). C'est très frappé (toujours sur la première syllabe), très sonore, plutôt joli. Le tchèque, c'est une grande salve rythmée d'artillerie.


A partir de là, je ne me casse pas la tête. J'écoute avec attention les conversations et je répète ensuite ce que j'ai retenu. Et ça marche, c'est presque miraculeux, je me mets à bavarder en tchèque. Ca a quand même failli foirer quand quelqu'un m'a dit que je devais être Russe, ce que j'ai bien sûr aussitôt démenti avec indignation.


Il y a tout de même une chose qui me fait bien rigoler dans la langue tchèque. Il faut ainsi savoir que dans les langues slaves, on adore les diminutifs. On ne se contente donc pas de dire une maison mais plutôt une petite maison. C'est comme si on voulait atténuer la dureté des mots.


Mais en tchèque, on en rajoute encore une couche: on va jusqu'à parler d'une toute petite maison (même si c'est une maison de maître) ou d'un tout petit chien (même si c'est un molosse). Ca donne des terminaisons de mots (des pchi-pchiks, des pepitchkis) que je trouve d'une drôlerie irrépressible. J'ai l'impression d'entendre le pépiement de mes merles Mais je suis sans doute à peu près la seule que ça fasse rire.


Et puis, quand on communique dans deux langues slaves différentes, on se comprend certes globalement mais ça donne parfois lieu à des quiproquos. Deux mots identiques n'ont, parfois, pas la même signification: en croyant acheter des groseilles, je me retrouve avec des fraises, ou alors les fruits sont les légumes et inversement. Et enfin, où diable les Tchèques ont-ils trouvé ce mot de "brambory" pour désigner les patates ? Ca ne ressemble vraiment à rien.


Pour en revenir à la Moravie, si je devais la décrire succinctement, je dirais que c'est une myriade d'admirables petites villes, avec une grande place centrale et une colonne de la Peste, sises au bord d'un lac et entourées de bois touffus. 


Et puis, l'horizon est souvent borné par de puissants châteaux. Plus rural, plus champêtre, il n'y a guère. La grande passion virile collective, c'est la pèche à la carpe avec toute une mythologie afférente (des carpes gigantesques mangeuses d'enfants voire d'hommes).


Concernant la vie sociale, la population se retrouve, en fin d'après-midi, dans de grandes tavernes où règne un immense brouhaha. Ca hurle et ça crie de toutes parts. Et puis, on est impressionnés par les quantités de bière servies. Une sacrée ambiance, c'est encore plus animé qu'en Bavière. Mais curieusement, ça se passe plutôt bien. Même si les clients sont majoritairement des hommes, personne ne m'a jamais embêtée.


Quant à la nourriture, difficile de trouver plus roboratif, plus bourratif, que le grand plat national, les knedliky (des quenelles de pain). On vous en sert des platées immenses dont il est absolument impossible de venir à bout.


Pour le reste, il est absolument indispensable d'apprécier la charcutaille et la cochonaille. La diététique alimentaire, ce n'est pas encore la préoccupation majeure. Inutile de préciser que les Tchèques sont plutôt massifs.


Mais qu'importe ! La cuisine, ça n'a jamais été mon souci premier. Je m'en fiche même un peu, ce qui explique que je ne suis pas difficile et que j'arrive à manger à peu près tout.


Ce qui m'intéressait surtout en fait dans cette visite de la Moravie, c'était de parvenir à comprendre comment une si petite région (4 millions d'habitants aujourd'hui) avait pu produire une telle pelletée de "génies" qui ont marqué la culture européenne: le musicien Gustav Mahler, le fondateur de la psychanalyse Sigmund Freud, le philosophe Edmund Husserl fondateur de la phénoménologie, le père de la génétique Gregor Mendel, le mathématicien Kurt Gödel, l'économiste Schumpeter, le peintre Alfons Mucha. Et puis, il y a le grand écrivain contemporain Milan Kundera. On peut même dire qu'il a été précédé par Robert Musil qui s'était installé à Brno pour rédiger "L'homme sans qualités", l'un des livres majeurs du 20ème siècle.


Je n'ai bien entendu trouvé absolument aucune réponse. Quand on parcourt Jihlava, où a vécu Malher, on est bien incapables de relier sa musique à l'environnement de sa jeunesse, à l'ambiance générale de la ville. Même si elle est coquette et élégante, elle n'est pas non plus, à la différence du Salzburg de Mozart, particulièrement inspirante.


Mais c'est peut-être cela, justement, l'une des explications. Il est parfois plus stimulant de vivre dans un environnement banal plutôt que dans une ville attrayante et magnifique.


On cherche alors à s'extirper de ce cadre que l'on juge terne et médiocre. C'est ce qui fait "la force des faibles", de tous ceux qui se sentent issus de milieux "moches" ou déshérités.


Sachant que je n'allais rien trouver de concluant, je n'ai donc pas beaucoup poursuivi mes investigations. 

J'ai préféré poursuivre mon errance. J'ai, bien sûr, débordé de la Moravie. Je me suis retrouvée en Bohême et en Pologne (dans les anciennes Sudètes allemandes). Et j'ai terminé en Allemagne: Weimar (la ville de Goethe et Schiller) et Eisenach (la ville de Bach et de Luther).


Parce que finalement, le voyage c'est d'abord ça : l'expression d'une vie pleine; une vie pleine faite de changement et de mouvement perpétuels. C'est ce qui vous secoue, vous force à sortir de vous-mêmes.


Je ne dirai pas que tout se passe bien. Rien ne marche jamais comme sur des roulettes. On rencontre évidemment plein de déceptions, contrariétés; il y a toujours des incidents, embêtements; on fait même des rencontres pas toujours agréables, voire inquiétantes.


Et puis, on est fatigués, on finit par en avoir marre de faire sans cesse de la route. On se prend à se dire qu'on aurait dû choisir des vacances plus reposantes: glander toute la journée sur une plage méditerranéenne par exemple.


Mais les difficultés, ça fait aussi partie du voyage et c'est formateur : de notre capacité à les résoudre, on retire toujours, finalement, une petite satisfaction. On en sort peut-être un peu plus forts, un peu plus aguerris.




















Mes photos prises principalement en Moravie mais aussi en Bohême, en Pologne et en Allemagne. Telc, Trebon, Cervena Lhota, Jindrihuv Hradec, Jihlava, Trebic, Pernstejn, Olomouc, Bouzov, Klodzko, Kudowa Zdroj, Ksiaz, Karpacz, Weimar, Eisenach.

 Il est à noter que mon clavier ne me permet pas de retranscrire l'orthographe exacte des villes. Les photos 41, 42, 43  (à Pernstejn) sont celles du château de Nosferatu servant de cadre à l'admirable film de Werner Herzog: "Nosferatu, fantôme de la nuit". 

Les deux dernières photos sont celles de deux bourricots: le 1er à l'arrêt devant la maison de Goethe à Weimar (à visiter absolument). Le second, mon propre bourricot qui s'est, encore une fois, montré imperturbable dans sa longue route et qui m'a valu plein de signes de sympathie et appels de phares au point de me rendre presque jalouse. J'ai l'impression qu'on s'intéresse davantage à ma voiture qu'à moi.

Mes conseils de lecture :

- Gilles KEPEL: "Enfant de Bohême". On connaît tous le grand spécialiste du monde arabe qu'est Gilles Kepel. Surprise pour moi: il a été baigné dans la culture tchèque par son père et ses grands-parents. Il s'en est détaché puis y est revenu. Son livre est un hommage à ses ascendants mais aussi, et surtout, à cette grande culture tchèque dont il développe une connaissance approfondie. Un grand livre, remarquablement écrit, qui apprend une foule de choses.

- Jérôme BONNETO: "Le silence des carpes". Un roman récent, drôle et mélancolique qui a justement pour cadre principal la Moravie.

- Florence NOIVILLE: "Milan Kundera - Ecrire quelle drôle d'idée". Un livre élaboré à partir de nombreux entretiens, photos, souvenirs. Qui évoque surtout très bien l'ancienne Tchécoslovaquie et le parcours formateur du grand écrivain. Un livre référence.

Comment enfin ne pas parler de Franz Kafka quand on évoque la République Tchèque ? Il est vrai qu'il était indifférent au nationalisme tchèque et qu'il n'avait qu'une connaissance courante, pratique, de la la langue. Et puis, il n'a à peu près visité aucune ville de province (sauf les lieux de cure dans les Sudètes). Mais l'un de ses grands amours a été une Tchèque, Milena.

Je recommande donc:

- Reiner STACH: "Kafka - Le temps des décisions- Tome 1". C'est la grande biographie de référence enfin traduite en français. On y apprend tout, avec une précision stupéfiante, de la vie quotidienne de Kafka. Un monument: 2 autres gros tomes sont à venir.

- Laurent SEKSIK: "Franz Kafka ne veut pas mourir". Un livre évidemment pas très gai mais qui évoque, de manière inédite, la fin de vie de Kafka et surtout les personnes qui l'ont alors accompagné: Sa sœur chérie Ottla, sa compagne d'alors, Dora Diamant et son ami étudiant en médecine Robert Klopstock. 

Etrangement, j'ai même passé une nuit dans un centre de cure des Sudètes; un ancien sanatorium, en fait, du type même de ceux que fréquentait Kafka. A cette saison, cet établissement ouvrait ses portes à des non-curistes. Ca a été, pour moi, une expérience très troublante. Surtout, le partage des repas dans une grande salle commune. m'a propulsée dans un autre monde. J'ai retrouvé l'ambiance du livre: j'étais au milieu de curistes, plutôt âgés et plutôt friqués, qui faisaient chacun assaut d'éloquence.