On rentre dans une période pré-électorale.
Je m'intéresse d'abord aux élections présidentielles en Ukraine (1er tour, le dernier dimanche de mars) mais je suis également les élections européennes (fin mai).
Mais c'est à vrai dire consternant, inquiétant: difficile d'imaginer scrutins plus dissemblables, aux enjeux et préoccupations aussi éloignés.
En Ukraine du moins, c'est clair! Il y a pléthore de candidats, une vingtaine, mais l'immense majorité se réclame d'une vague tendance centre-droite. Ce qui est sûr, c'est que les pro-Russes ont été balayés. Quant à l'extrême-droite, contrairement à la propagande intéressée du Kremlin, son poids demeure faible, bien inférieur à celui de la France, Hollande, Autriche.
Tous les sondages donnent la revenante Ioulia Timochenko gagnante. Je lui suis plutôt moi-même favorable, elle est un mélange détonnant d'affectivité et de dureté. Ce qui est sûr, c'est que Poutine ne sera pas content si elle est élue et rien que pour ça, elle recueillera beaucoup de voix.
Trois thèmes principaux, étroitement liés, dominent la campagne: comment mettre dehors la Russie et s'en affranchir, comment intégrer l'Europe, comment faire décoller l'économie.
Avec la Russie, personne n'envisage une conciliation et des relations pacifiées. Ça s'appuie sur un constat: la Russie n'a aucune intention pacifique, aucun projet constructif avec l'Ukraine. Elle ne cherche qu'à conduire une politique de destruction et de déstabilisation.
Il en va d'ailleurs de même des relations de la Russie avec l'Europe. La Russie ne rêve que de sa dislocation et elle ne veut surtout pas d'un partenaire européen fort et uni. C'est d'ailleurs pourquoi elle ne cherche à traiter qu'avec des nations ou des partis isolés pour mieux les circonvenir (la Grèce, la Hongrie, l'Italie, les partis d'extrême-droite européens).
J'ai l'impression qu'on n'a pas bien conscience de ça en Europe de l'Ouest. Le projet russe, c'est l'"Union Eurasienne" qui est tout le contraire d'une démocratie libérale: c'est la réalisation du Bolchevisme national en extrayant et en combinant tout ce qui est utile du fascisme et du stalinisme. Tout ça, c'est développé avec force par l'idéologue du Kremlin, Alexandre Douguine (dans son bouquin "The foundations of Geopolitics") et ça alimente le travail de sape des démocraties européennes conduit par la Russie.
Dans ce contexte, il est effectivement vain d'envisager un accord, une entente, avec la Russie. Sur ce point, je suis d'accord avec les Ukrainiens. Mais ensuite, comment se débarrasser et s'affranchir des Russes ? Le souhait général est bien sûr de rejoindre l'OTAN mais la frilosité affichée de l'Occident en la matière (par peur de déplaire à Poutine) risque de conduire à des solutions militaires individuelles évidemment hasardeuses.
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C'est seulement quand ces deux questions essentielles, la relation à la Russie et à l'Europe, auront trouvé une solution que l'Ukraine pourra espérer voir son économie démarrer. La difficulté actuelle, c'est que l'avenir est aujourd'hui trop incertain et qu'en conséquence, personne (notamment le capital étranger) n'investit en Ukraine. C'est étonnant: toutes les grandes marques et toutes les grandes entreprises ont déserté le pays. Pourtant l'Ukraine a de grands atouts: une agriculture forte et une population éduquée, notamment.
Malheureusement, je me dis souvent que tout cela n'est qu'un rêve. L'Europe de l'Ouest n'en a strictement rien à fiche de l'Ukraine et préférera toujours la politique du statu-quo par peur (de la Russie) et inertie.
Surtout, l'Europe n'a plus de projet elle-même et vit maintenant dans le fantasme de son éclatement, incapable de contenir les dérives populistes qui la minent. C'est le repli généralisé sur soi-même, ses haines et ses peurs.
La France elle-même, dont le Président était fer-de-lance de l'Europe, est en train de fabriquer un effrayant populisme dont Donald Trump serait le modèle.
Je pense en effet que de même que Barack Obama (trop éduqué, trop distingué, trop policé et Noir..) a produit, par réaction, Trump, Emmanuel Macron (trop jeune, trop brillant, trop diplômé) a produit les Gilets Jaunes. Par un étrange et pervers retournement, on en vient à juger Emmanuel Macron arrogant et méprisant alors même que ce sont ses détracteurs qui m'apparaissent d'un incroyable mépris et arrogance.
Un jeune à qui tout réussit, on ne peut que le haïr. On préfère les vieux qui trainent des casseroles et qui ont subi des échecs (Mitterrand, Chirac), on s'en sent plus proches.
Quoi qu'il en soit, on prend plaisir en France à se moquer de Trump et des Américains (comme ils doivent être bêtes pour avoir choisi un pareil Président !).
Mais personne ne semble s'être rendu compte que la pensée Trump, le Trumpisme, vient de conquérir la France.
On en retrouve tous les ingrédients: l'inculture, la vulgarité, la dénonciation des élites et des diplômes, la violence pas seulement physique mais surtout verbale, le recours frénétique aux réseaux sociaux, les procès faits aux journalistes, l'intolérance, le complotisme, le sexisme.
Rien de réjouissant, l'ambiance, l'atmosphère deviennent, à vrai dire, irrespirables. C'est le triomphe du ressentiment et des passions tristes. Dans ce contexte, l'Europe devient un projet beaucoup trop grand pour les esprits devenus petits des Français et elle va sans doute passer à la trappe et poursuivre sa déliquescence.
Images de: Helen FRANKENTHALER (Star Gazing), Raymond JONSON (The Night Chicago), Geneviève ASSE (ouverture de la nuit), Roy LICHTENSTEIN, Augusto GIACOMMETI (Sternenhimmel), Peter DOIG (Milky Way), Henri Michaux (le prince de la nuit), Winslow HOMER (nuit d'été).











































