Et puis quand on visite les Pays Baltes, on y prend, aujourd'hui, de grandes leçons d'architecture. Et ça permet de réfléchir à l'impermanence des goûts artistiques.

A Tallinn et à Riga, on est notamment frappés par l'importance de l'Art Nouveau.
On a un peu oublié l'extraordinaire développement de ce mouvement architectural à la fin 19ème siècle. Et surtout que, contrairement à aujourd'hui, il emportait l'adhésion de la population. La figure majeure, en France, ça a évidemment été Hector Guimard qui a remodelé l'environnement urbain parisien.
Le Symbolisme, en France, il a notamment donné deux grands écrivains : Joris-Karl Huysmans ("A rebours") et Stéphane Mallarmé ("Un coup de dés jamais n'abolira le Hasard"). On ne peut plus écrire de la même manière depuis ces deux grands textes.
Et ce qui est important, c'est que ces deux mouvements, l'Art Nouveau et le Symbolisme, ont vraiment été en phase avec la sensibilité générale de ce que l'on a appelé la Belle Epoque. Leur puissance évocatrice faisait que le public, et même le grand public, s'y retrouvait. Il n'y avait pas ce divorce si souvent constaté depuis le début du 20ème siècle.
Et moi-même, aujourd'hui, je ne peux pas cacher que je suis très sensible à l'Art Nouveau et au Symbolisme même si j'en perçois aussi les limites et, parfois, le kitsch.
Et de ce point de vue, le Symbolisme, à une époque pourtant effroyablement puritaine, a donné à la Femme une place éminente. Une femme à la séduction mortelle, dont la figure majeure est Salomé, porteuse de sombres désirs et de Mort.
C'est un féminisme dans le quel, moi Carmilla, je me retrouve beaucoup. Je déteste, en effet, les saintes-nitouches et vierges effarouchées contemporaines. C'est de soufre qu'on a besoin et pas de guimauve. La femme vénéneuse qui pousse au péché, c'est une figure que j'aime assez bien éloignée de ces femmes puissantes qu'on brandit aujourd'hui, bien adaptées à la société commerciale.
Le Symbolisme et l'Art Nouveau, ça a donc consacré un triomphe provisoire de la Passion sur la Raison. Du rêve sur l'utilitarisme.
Mais ça n'a pas duré longtemps. Le retour de bâton n'a pas tardé. Dès la fin du 19ème siècle, on s'est mis à critiquer et récuser le symbolisme et l'Art Nouveau.
C'était la Révolution impressionniste. Il ne s'agissait plus de représenter le monde mais d'en décomposer les aspects formels, les éléments premiers constitutifs de notre sensibilité. C'est le triomphe de la Forme sur le Fond, de cette nouvelle approche qui a initié tout ce que l'on appelle, en gros depuis 1900, l'Art moderne.
Quelques-unes de mes petites photos de Tallinn, Riga et Tartu. Je précise que le grand architecte de Riga, c'est Eisenstein père. Mais le fils Eisenstein, le célèbre cinéaste, détestait absolument son père et ses réalisations architecturales.
Je recommande:
- Joris-Karl Huysmans: "Là-bas". C'est à compléter de la formidable biographie d'Agnès Michaux: "Huysmans vivant" qui vient d'être éditée en poche".
- Stéphane Mallarmé: "Un coup de dés jamais n'abolira le hasard". C'est surtout la composition du texte qui est d'une étonnante sophistication.
- Jan Brokken; "Les âmes baltes". Le livre de référence sur l'histoire et la culture des Pays Baltes.
- Jean-Paul Kaufman: "Courlande". Un périple personnel en Lettonie à la recherche irrationnelle d'une très ancienne amante. Mais au-delà de l'anecdote intime, tout est très bien observé: le pays, son ambiance générale.
- Eric Schnakenbourg; "Charles XII - Roi de Suède et homme de guerre 1682-17183". Charles XII est vraiment peu connu en France. Voltaire le qualifiait pourtant d'"homme le plus extraordinaire qui ait jamais été sur la terre". Et ce bouquin vaut tous les grands romans. Charles XII a failli faire basculer l'histoire de l'Europe face à la Russie.



































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