Ca y est ! Depuis quelques mois, vous êtes de plus en plus nombreux à m’écrire. Pour les commentaires en revanche, vous êtes toujours aussi timides, je ne sais pas pourquoi.
Vous m’écrivez d’abord d’un peu partout, pas seulement de France mais aussi d’Europe Centrale, d’Allemagne, d’Autriche, de Pologne, de Russie. Vous me donnez un gros travail pour vous répondre parce que mon polyglottisme a tout de même des limites.
Ce qui me fait plaisir, c’est que vos lettres sont généralement intelligentes, curieuses, pas trop rebutées par ma dinguerie. Surtout, et c’est pour moi le plus bel hommage, presque personne ne semble mettre en doute que je sois une véritable vampire. Et vous avez bien raison…
Certaines lettres ont même des qualités littéraires. Je me permets d’en poster une aujourd’hui, avec le consentement de son auteur, bien sûr.
Celui-ci se présente comme « le petit bourgeois français » et reconnaît que ses propos « illustrent bien la mièvrerie de l'homme quand il essaye de parler aux femmes ».
« Serais-je en train de dépérir, faisant votre nourriture ? Oui, probablement....oui, j'ai pêché par orgueil, pensant pouvoir vampiriser le vampire....Oui, il s'agissait d'un piège, magnifiquement tendu par vous...
De vous je n'ai connu que des mots et parfois quelques images sélectionnées... de vous je n'ai que la distance, que bribes de distance...et d'une distance féminine, qui donnerait envie de creuser, telle sans doute la pieuvre que vous mentionnez... ce qui me pousse à vous lire, et à vous regarder, est sans doute de l'ordre du désir...sans avoir d'autre de vous que des pixels qui heurtent mon œil affable...bien pauvre est le petit bourgeois français qui tirerait vos nattes...vos attirances et vos dédains... dans les cimetières et les halls de gares...bien sombre le petit bourgeois quand il sentait la terre, et qu'il creusait le trou...dans les allées enneigées et les films d'auteurs...de vous je n'ai que le sans odeur, le stérile et le propre...et le noir n'est qu'une couverture...dans les voyages et les horizons, j'aurais pris votre main pour la mordre, pour la suivre, pour la faire, et pour mon appétit...à travers le vampire et la soif...le désir assouvi, la peau entre les dents... et de votre corps je n'ai pas même l'image, j'ai le désir sans l'image, ni le parfum......."parmi les objets, les corps de femmes sont sans doute les plus beaux", ainsi pourrait raisonner le petit bourgeois français quand il sent monter le sang...quand ses mâchoires se serrent et que ses mains s'agitent...si vous aimez le mal, c'est pour moi comme de penser votre bouche...et si vous louez la douleur, je m'y enfonce et je m'y perds...consentant volontaire et horrifié....de votre laideur, je ne retiendrai rien, de votre beauté, j'ai le sentiment....beauté inutile puisqu'il faudra la souiller...et d'autant plus belle qu'elle est inutile...et d'autant plus belle qu'elle est souillée.....toute puissance féminine, dans les formes qu'elle prend pour parcourir mon sexe....de la pointe à la hanche, tendre et fendue, par extrémités et sillages...autant de prises et de feuillages à l'orée de ce que bientôt, je ne pourrais plus tenir...dans l'entremise de tes humeurs et l'ambiguïté de ton ombre, j'irai mordre et jouir le peu de pudeur que nos vies méritent.
Il est bien seul le petit bourgeois français quand il faudra qu'il explique le sang, le cadavre et la mort, alors même qu'il n'a plus de pantalon, ni de bite.
Bien sûr...il faudra que les retours se hérissent...et que ce soit de plus en plus dur...bien sûr l’anticipation sera inutile...et les bornes cèderont sous le trop plein permanent...toujours happé par les lignes, les troubles et l’obsession.... signe de vos heures...quelques restes sur la table...de l’or, de l’argent et du soufre... bien sûr, il faudra l’extrémité du langage, sans voix ni trahison... sans génie, sans étoile..et tout ce qui brille dans vos mèches...loin des hasards et des ignorances...bien sûr il n y aura ni après, ni avant...il n’y aura rien...rien que je ne puisse ni voir ni sentir...du bout de mes cannes, j’irai chancelant...et il n’y aura pas de répit ...ni de jour après la nuit...ni de toutes ces choses qui s’enchaînent les unes aux autres pour ne pas finir...coulant de pièce en pièce, rien ne pourra être construit…seul, élancé parmi les sages et les idiots...seul solitaire acculé au reste et aux émois, il n’osera pas même dire son nom...étranger parmi les choses...agrippé à tout ce qui tourne et qui s’éloigne...dans une obscure saison, ... et de tout ce qui parviendra encore à briller, il ne restera rien..., comme d’un regard qui n’aurait pas eu lieu.
Tout cela pour vous dire que votre piège de vampire est diablement efficace, et que, ne vous en déplaise, il est bon d'y être pris. Je vous soupçonne de m'avoir administré via internet le baiser de la mort (et j'en savoure encore la douleur). Je vous soupçonne de faire de nombreuses victimes.
Sans rancune. »
C’est bien, n’est-ce pas ? C'est intitulé : "j'irai cracher sur vos hanches". « Le petit bourgeois français » a bien compris la terreur vampirique qui n’est que la forme achevée de la séduction féminine.
« Le monde appartient aux femmes.
C'est-à-dire à la mort.
Là-dessus, tout le monde ment. »
Philippe Sollers « Femmes ».
Je prolonge ce post en l’illustrant de tableaux de Jacek Malczewski (prononcer Mal’tchéfski en accentuant le é). Malczewski, c’est le symbolisme polonais. C’est dément et douloureux. C’est bien l’illustration de la toute puissance féminine.
Jacek MALCZEWSKI