samedi 1 juin 2019

Cap sur l'Europe


La Perse, c'est fini ! Je risquerais de lasser assez vite.

Mais je préfère quand même ménager une petite transition entre ces horizons lointains et ma vie parisienne.

Alors je vais vous parler aujourd'hui vacances. Vacances parce que l'été approche mais que vous en avez peut-être marre du soleil et de la mer obligatoires, marre des voyages culturels avec adoration programmée des chefs d’œuvre muséaux, marre de l'infantilisation des voyages organisés.

Alors, je vous ai sélectionné, ci-dessous, quelques destinations possibles où vous aurez peut-être un peu l'impression de sortir des sentiers battus. Et puis, même si vous êtes déçus, vous ne rencontrerez du moins pas grand monde sur ces sentiers. Vous m'en voudrez donc peut-être un peu moins de vous y avoir envoyés.


J'ajoute que je me suis limitée à l'Europe.  L'Europe parce qu'à l'occasion des élections européennes, je me suis rendu compte que l'immense majorité de ses citoyens ne voyaient pas beaucoup plus loin que leurs frontières nationales.

Si vous voulez ainsi gâcher une soirée entre amis, essayez d'aborder quelques questions inhabituelles: par exemple ce qui rapproche et différencie la Slovénie et la Slovaquie, le problème de l'enclave de Kaliningrad, les barons baltes en Lettonie et les Suédois d'Estonie, les Hongrois et Allemands de Transylvanie, la disparition des Kachoubes en Pologne et des Sorabes en Allemagne, l'origine commune du letton et du lituanien, la triste séparation de la Moldavie et de la Roumanie, le scandale de la Transnistrie, l'expansion albanaise au Kosovo et en Macédoine, Izmir et Trabzon, villes grecques etc...


Vous passerez tout de suite pour une effroyable prétentieuse, arrogante et pédante. Et tant pis si on vous soûle par ailleurs avec les "analyses" ou plutôt les "absences d'analyse", plus proches de nos préoccupations, de  Mélenchon, Le Pen, des gilets jaunes.

La vérité, c'est qu'une immense inculture est délibérément entretenue sur l'Europe. C'est à tel point que la plupart de ses ressortissants n'ont qu'une vague idée de ses simples frontières géographiques et politiques. Quant à son histoire, ses enjeux, ce qui la soude, ce qui la tiraille, la menace ... Comment s'étonner dès lors de la montée des populismes et des séparatismes ?


L'enseignement, les programmes scolaires mais aussi les medias, la télévision, ont bien sûr une responsabilité immense. Quand cessera-t-on de ne parler que de la France ? La priorité, c'est sans doute de lutter contre cette ignorance, la priorité, c'est l'éducation. Pour cela, il faut d'abord prendre l'initiative de voyager dans cette merveilleuse Europe, de s'y intéresser, d'aller à sa rencontre, de découvrir ses habitants, ses villes, ses paysages. 

Voici donc mes petits conseils de voyages en Europe, évidemment complétement subjectifs, partiels et partiaux.


1/ Lituanie : Klaipeda. Klaipeda, c'est l'ancienne Memel allemande, ville de la Hanse et des chevaliers teutoniques. Combien de Français savent que la ville a été sous administration française au siècle dernier (de 1920 à 1923) ? C'est une ville portuaire avec des rues tortueuses, des cafés, des galeries d'art. J'adore la place centrale avec la statue très émouvante de la jeune Annchen von Tharau (ci-dessus).


Klaipeda donne surtout accès à l'isthme de Courlande, une longue bande de sable et de pins, entre ciel et mer, parsemée de villages lituaniens avec des maisons colorées en bois. Ça vous changera de Saint-Tropez. De plus, si vous avez un visa russe, vous pouvez vous rendre à Kaliningrad (ancienne Koenigsberg), ville de Kant, Hoffmann et Hannah Arendt.


2/ République Tchèque: Olomouc. Prague, c'est envahi, submergé par le kitsch touristique. A Olomouc, vous trouverez un petit Prague (y compris une horloge astronomique) sans la foule.


Depuis Olomouc, visitez les châteaux de Bouzov (ci-dessus), Pernstejn et Nedvedice (où ont été tournées quelques scènes de "Nosferatu, fantôme de la nuit" de Werner Herzog).


3/ Pologne: Zamosc et Sandomierz. Oubliez Cracovie presque aussi bondé que Prague. Rendez vous plus à l'Est pour deux villes de la Renaissance. Zamosc (ci-dessus), c'est une petite perle, la "Padoue du Nord". Sandomierz, c'est charmant, elle domine la Vistule du haut d'une colline. Les murs de l'intérieur de la cathédrale ont été peints au 17 ème siècle par Karol de Prevot. C'est une succession de scènes de torture pour chaque jour de l'année. En fonction de sa date de naissance, on peut, à partir de ces tableaux, découvrir comment on va mourir. Ça n'est pas gai bien sûr mais c'est fascinant.


4/ Slovénie : Ljubljana. Un havre de paix, une première ville écolo. Depuis une dizaine d'années, le centre-ville est totalement fermé à la circulation automobile. On peut ainsi se promener dans de jolies rues piétonnes et fréquenter de multiples marchés dans une ambiance paisible. Beaucoup d'immeubles remontent à la Sécession viennoise (il faut bien lever les yeux). Il faut souligner surtout que la ville a une grande homogénéité. Elle a été repensée, remodelée, au début du 20 ème siècle, à la suite d'un tremblement de terre, par un grand architecte Joze Plecnik. Depuis Ljubljana, on peut se rendre facilement à Trieste en Italie et au magnifique lac de Bled.


5/ Monténégro: Cetinje. L'ancienne et éphémère capitale du Royaume du Monténégro avant la 1ère guerre mondiale. Perchée au sommet d'un invraisemblable nid d'aigle, accessible, depuis les Bouches de Kotor, par une route dantesque et vertigineuse (ci-dessus). Ce n'est plus aujourd'hui qu'une petite ville de 20 000 habitants mais qui comporte tous les bâtiments d'une capitale avec une multitude de palais et ambassades dont l'architecture est datée du début du 20 ème siècle.


6/ Roumanie: Sighisoara. Une vraie ville du Moyen-Age, une citadelle fortifiée au sommet d'un plateau, inscrite au Patrimoine Mondial de l'Unesco. Une ville gothique unique dont l'atmosphère nous plonge plusieurs siècles en arrière. On frissonne presque d'inquiétude en arpentant ses ruelles tortueuses et étroites. D'ailleurs, la légende fait de Sighisoara la ville natale de Dracula.


7/ Biélorussie: Vitebsk et Grodno. La Biélorussie, c'est la dernière dictature d'Europe. Un voyage là-bas, c'est une expérience absolument singulière, une remontée dans le temps, une redécouverte de l'ancienne URSS. Les villes sont d'une étrange propreté mais c'est la campagne qui est merveilleuse, idyllique, une campagne comme il n'en existe plus en Europe avec des insectes, des animaux, des forêts primaires. Le saviez-vous ? Depuis 2018, les titulaires de passeports français, belges, suisses, canadiens etc...sont exemptés de visa pour un séjour n'excédant pas un mois et s'ils arrivent par avion à l'aéroport de Minsk. Précipitez-vous donc pour aller en Biélorussie, je vous garantis que vous serez totalement dépaysés. Minsk, c'est affreux mais il faut aller à Vitebsk (la ville de Chagall où un musée lui est consacré) et à Grodno.


8/ Slovaquie: Trencin et Levoca. La Slovaquie, c'est le pays des châteaux, médiévaux pour la plupart. Ils servaient, le plus souvent, de forteresses contre les Turcs. Pour les visiter, je vous conseille de vous rendre à Trencin et Levoca comme points de départ. Trencin (ci-dessus) est dominée par un imposant château-fort millénaire. Une ville paisible typiquement slovaque toute proche du château de Cachtice, le château d'Erzsébet Bathory, la comtesse sanglante qui aurait assassiné des centaines de jeunes filles pour préserver sa jeunesse. Tout proches également les châteaux de Stecno, Bojnice et Orava.


Levoca (ci-dessus), c'est une petite ville Renaissance tout simplement magnifique. Elle est à proximité du château de Spis (Spissky Hrad), sûrement l'un des sites les plus évocateurs et les plus romantiques d'Europe. Comme il était sur la route de l'Ukraine, je l'ai souvent aperçu, puissant et presque effrayant (1ère photo du post). Il continue de me hanter.


9/ Lettonie: Riga et Daugavpils. Riga, c'est la capitale européenne de l'Art Nouveau. Merveilleux. Depuis Riga, vous pouvez aller à Jurmala au bord de la mer ou vous louerez une maison de bois, perdue dans les pins, au bord d'une plage de sable immaculé bien plus belle que La Baule. Daugavpils, c'est d'abord le magnifique musée Mark Rothko (où je vous conseille de louer une chambre). On croit que Marc Rothko est un peintre purement américain mais je soutiens qu'on ne peut comprendre son œuvre sans se référer à sa ville natale. Quant à Daugavpils, elle exhale un étrange parfum de l'ancienne Russie des tsars.


10/ Allemagne: Lüneburg, Celle, Worpswede. L'Allemagne, surtout celle du Nord, ça n'est absolument pas touristique. Pourtant elle abrite plein de petites villes de contes de fées qui vous ramènent à Grimm, Hoffmann et tous les écrivains romantiques. Je vous conseille d'abord d'aller faire une promenade en carriole à cheval dans les landes de Lüneburg illuminées de mauve par les tapis de bruyère: un enchantement.

Je vous conseille ensuite de vous rendre dans les villes de rêve de Lüneburg et Celle (ci-dessus) et même de prolonger jusqu'à Worpswede (au Nord de Bremen). C'est le village de Paula Modersohn-Becker où la nature est si belle que de nombreux artistes y ont trouvé refuge.













11/ Finlande: Helsinki. Oslo et Stockholm, c'est out ! L'avant-garde, elle est maintenant à Helsinki. Vous aborderez évidemment Helsinki par la mer en divaguant d'une île à l'autre. Helsinki, c'est d'abord un ensemble architectural exceptionnel signé Alvar Aalto. Sa maison est un manifeste de l'architecture moderne en Europe. Et puis, il y a le Helsinki Art Museum, abrité dans d'anciens courts de tennis et la Lasipalatsi (palais de verre) aux lignes Art Déco. Mais surtout, il y a un espace d'Art contemporain de premier ordre, le Kiasma, flanqué d'un espace de la musique et de la plus belle bibliothèque d'Europe. Je signale enfin que pour le shopping, Helsinki c'est top: on y trouve de très belles choses, de très bon goût, même pas trop chères. Et puis à Helsinki, on parle Finnois, Suédois, Anglais et Russe (un peu).


12/ France : Le Havre. Beaucoup de Français vous diront que Le Havre, c'est super-moche. C'est pourtant une extraordinaire découverte de l'architecture contemporaine. Ce n'est pas seulement Auguste Perret dont l'église Saint-Joseph est un chef-d’œuvre absolu: son intérieur est illuminé par une multitude de carreaux de verre teinté. C'est aussi Oscar Niemeyer (ci-dessus le Volcan) et Jean Nouvel avec une piscine extérieure de 50 mètres inspirée de thermes romains. C'est également le musée d'Art Moderne André Malraux et même le stade de football (le stade Océane d'un bleu lumineux). Enfin, on trouve au Havre plein de restaurants de fruits de mer de première qualité.


13/ Angleterre (Yorkshire): Haworth et Whitby sur les traces des sœurs Brontë et de Dracula. A Haworth, on peut visiter le presbytère des sœurs Brontë et s'évader ensuite dans les landes sauvages (ci-dessus) qui ont servi de cadre aux Hauts de Hurlevent.

 

La ville de Whitby, perchée au bord d'un littoral escarpé, est le cadre du roman "Dracula" de Bram Stoker. Le livre est étonnamment fidèle à la géographie des lieux. On retrouve la plage, le cimetière, l'escalier, l'Abbaye (ci-dessus), les toits de tuile rouge sang, comme si le roman s'inspirait de faits réels. Haworth et Whitby étaient autrefois déserts. Il paraît que ça n'est malheureusement plus le cas en raison de la vogue gothique et romantique.


14/ Suisse: le canton des Grisons. La Suisse est un pays cher, c'est bien connu. Ça a au moins une conséquence heureuse: il n'y a pas beaucoup de touristes étrangers. J'ai eu la chance de pouvoir bien visiter le pays et je me suis pris d'amour pour le canton des Grisons tout à l'Est. Pas seulement pour ses magnifiques paysages alpins mais aussi pour ses villages avec ses maisons traditionnelles blanchies, fleuries, et ornées de sgraffites. Je séjournais à Santa Maria mais on pourra bien sûr préférer Sils Maria et Silva Plana qui ont tant inspiré Friedrich Nietzsche.


15/ Ukraine: Lviv. Évidemment, vous allez me soupçonner de parti pris. Mais vraiment, si vous êtes épris de dépaysement, beauté, aventure, allez là-bas. C'est vraiment la rivale de Prague et Cracovie en bon marché et presque sans touristes. Vous y trouverez des cafés, des restaurants, des boîtes extraordinaires. Attention toutefois aux Ukrainiennes qui peuvent être fatales.


Seules les photos 2,3,4, 10, 20, 24 et 25 sont de moi-même.

La 1ère photo est celle du Château de Spis (Spissky Hrad en slovaque). C'est pour moi l'un des lieux les plus émouvants (mais méconnu) en Europe d'autant plus qu'il s'est maintes fois trouvé sur ma route.

Si je vous ai convaincus d'une destination pour vos vacances, j'aurais plaisir à ce que vous me le fassiez savoir.

samedi 25 mai 2019

Regards persans: mon Zoroastrisme


L'une des choses les plus extraordinaires qui me soient arrivées dans ma vie, c'est d'avoir vécu aux côtés de Zoroastriens. Mais à l'époque, ça ne m'étonnait pas, je considérais ça comme normal.

Le zoroastrisme, c'est évidemment la religion de la Perse pré-islamique avec un Dieu, Ahura Mazda, et un prophète Zarathoustra. L'un des premiers monothéismes qui est aussi un manichéisme: le moteur de l'existence, c'est la lutte entre le Bien et le Mal, entre la lumière et les ténèbres.


Nous vivions en effet dans une maison persane classique, un rez-de-chaussée donnant sur un magnifique jardin, tandis que nos propriétaires zoroastriens habitaient le 1er étage. Nous partagions donc largement leur vie quotidienne.



D'emblée, tout me plaisait chez les Zoroastriens: leur distinction, leur raffinement, leur extrême gentillesse.

Et puis leur amour de la Nature: d'abord les fleurs et les jardins (dont ils sont les inventeurs méconnus et qui préfigurent le Paradis) et aussi les animaux (les chiens notamment (celui de Zarathoustra en particulier), ce qui est l'exact contraire de la religion musulmane, mais aussi les chevaux et certains animaux fantastiques, tels ceux de Persépolis),

Leur refus de toute violence et des sacrifices en particulier avec l'affirmation du caractère sacré de la vie,

La stricte égalité prônée entre les hommes et les femmes,

La priorité accordée au savoir et à l'éducation.


Et puis leurs fêtes et leurs rites magiques, merveilleux, dont beaucoup subsistent aujourd'hui encore en Iran: la fête du Feu, la Fête de Norouz (le nouvel an célébré à l'équinoxe du printemps), le culte de la flamme sacrée, les temples du Feu, les Tours du Silence...

Une religion qui a aussi inventé les Mages, l'astrologie, les anges, le Paradis, l'Enfer (à titre provisoire), la vie éternelle. Ça fait beaucoup rêver surtout quand on est très jeune.


 
Je ne vais pas m'étendre là-dessus parce que j'ai déjà rédigé un post sur le Zoroastrisme ( 24 mars 2012) au quel vous pouvez vous reporter, si vous en avez le courage : je n'ai rien à y ajouter. Mais c'est vrai que tout ça m'impressionnait, me fascinait beaucoup !


C'est ainsi que je voulais devenir Zoroastrienne même si une conversion était quasi impossible (il faut normalement, obligatoirement, un père zoroastrien). C'était bien sûr en partie pour embêter mes parents mais c'était aussi et surtout parce que ça m'apparaissait une religion extrêmement moderne.



Et puis j'étais fascinée par leur culte du Feu et leur rapport horrifié à la mort et à la pourriture corporelle: les cadavres zoroastriens étaient, jusqu'à une époque récente, exposés au sommet de Tours du Silence (photos 14, 15, 16, 17) pour qu'ils soient dévorés par les vautours. J'étais obsédée par mon apparence physique et la peur de la mort et de la déchéance, ça me travaillait donc beaucoup;  mais ça me rassurait de savoir que de grands oiseaux viendraient s'occuper de mon corps plutôt que de disparaître enfouie sous la terre ou incinérée.


Je n'arrêtais donc pas de ressasser les préceptes du Zoroastrisme : "Bien penser, Bien parler, Bien agir". Je devais être particulièrement insupportable à me vouloir toujours parfaite et à faire sans cesse la morale aux autres.



Et puis, cette grande ferveur religieuse m'a tout à coup abandonnée. Ça s'est fait avec les premiers émois de l'adolescence et la découverte que j'étais envahie de mauvaises pensées, de pensées "impures", que je rêvais  de choses pas très nettes, que j'aspirais à faire plein de trucs interdits, bref que je n'avais pas du tout envie de devenir une "Parfaite".




J'avais plutôt envie de boire, de fumer, de séduire des mecs, de faire la fête. Du coup, le Zoroastrime m'est apparu une véritable imposture.


C'est en effet une religion obsédée par la pureté matérielle et spirituelle :

- celle des éléments d'abord, l'eau, le feu, la terre, l'air qui ne doivent à aucun prix être souillés,
- celle de l'âme (encore une invention zoroastrienne) ensuite dans un combat incessant du Bien contre le Mal pour devenir des "Purs", des "Parfaits".


La pureté, c'est très bien. Ça a un côté romantique, une quête d'absolu;  ça a notamment guidé les Bogomiles en Bulgarie et en Bosnie et les Cathares en France. C'est inspirant quand on est très jeune mais, transposé dans une organisation sociale ou religieuse, ça devient vite la matrice de la Terreur, la terreur du Bien et du Bon.



La contrainte de prendre parti, le militantisme spirituel, ça donne en effet vite lieu à des dérives incontrôlables au nom du Bien. Le Djihadisme actuel, le Salafisme ne sont peut-être ainsi que des variantes ou des caricatures de l'engagement spirituel de l'ancien Iran.


Me consacrer au Bien, ça ne me disait donc tout à coup plus rien et ça me faisait même peur. Le péché me semblait infiniment plus intéressant.



C'est ainsi que j'ai préféré devenir pécheresse et expérimenter les aspects moins aimables de l'existence. Je suis donc retournée au catholicisme et je ne suis pas devenue zoroastrienne.



Mais je continue, malgré tout, à porter cette religion dans mon cœur. Lorsque je reviens ainsi en Iran, je ne manque pas de rendre visite à quelques hauts lieux du Zoroastrisme et à d'anciens amis. J'y retrouve une émotion, des souvenirs affectifs et une magie, une esthétique.




Et puis, je trouve incompréhensible que cette religion soit aujourd'hui à ce point ignorée, méconnue.


Elle a pourtant été l'un des tous premiers monothéismes, elle a influencé tous les autres, elle a été pratiquée sur un territoire immense (de l'actuel Ouzbékistan au Golfe Persique en passant par l'Azerbaïdjan, le Turkménistan,l'Afghanistan), elle a été religion dominante puis officielle pendant plus de 1 000 ans (des Achéménides aux Sassanides, jusqu'à la conquête musulmane en 651). De tout cela, dans la mémoire collective du monde, il ne reste aujourd'hui à peu près rien, sauf quelques éléments folkloriques.


 
On se passionne aujourd'hui pour l’Égypte antique mais tout le monde se fiche éperdument des Sassanides. Je ne sais même pas si ça évoque quelque chose en France alors que c'est l'une des dynasties les plus brillantes d'Orient qui a tout de même régné pendant près de cinq siècles. Je trouve ça injuste. Si j'en avais le temps et les compétences, je consacrerais bien ma vie, à côté de mon élevage de perruches expertes en divination, à la promotion des Achéménides et Sassanides.



Cette année, je n'ai donc pas manqué une visite au Temple du Feu de Téhéran (peu connu et d'accès restreint) et puis évidemment Persépolis (honteusement détruit par Alexandre en - 331 av JC alors que ce n'était pas une forteresse mais une ville-exposition), Pasargades, Naqsh-e-Rostam, et la ville de Yezd avec son quartier Zoroastrien et ses impressionnantes tours du silence.


Et puis, je n'ai pas manqué une halte auprès du cyprès d'Abarkouh . Il aurait été planté par Zarathoustra lui-même. Le cyprès est l'arbre-symbole du Zoroastrisme, un arbre de vie. Celui d'Abarkouh serait le 2 ème plus vieil arbre vivant et aurait près de 4 500 ans (cf. ma photo n°12).


Et aussi le petit village d'Abianeh qui m'émerveillait autrefois et qui ressuscitait, disait-on, l'atmosphère d'un village sassanide. Il n'a malheureusement plus rien d'authentique aujourd'hui.

 
Je me suis enfin bien renseignée auprès du Temple du Feu de Téhéran. Il est bien possible maintenant de se convertir au Zoroastrisme (sauf si on est Iranien musulman auquel cas on risque la mort pour crime d'apostasie). Ça commence même à attirer quelques Occidentaux. La difficulté, c'est tout de même d'être introduit dans le milieu zoroastrien et puis je perçois personnellement mal la portée de cet engagement si on n'a pas un lien profond avec l'Iran ou l'Inde.


 
Ces conversions étrangères permettront peut-être, néanmoins, d'éviter la disparition complète d'une communauté très réduite dans le monde : on parle de seulement 30 à 45 000 Zoroastriens en Iran mais j'ai quand même l'impression qu'ils sont beaucoup plus nombreux. Et puis il faut ajouter tous les Parsis hindous (200/300 000). 


Il faut enfin rappeler que le Zoroastrien le plus célèbre est Freddy Mercury. J'ai remarqué qu'il est devenu un chanteur-culte parmi les jeunes en Iran. La bande-son du film "Bohemian Rhapsody" s'y arrache. Qu'un chanteur bisexuel, mort du Sida, drogué, alcoolique, extravagant, soit devenu une icône en République Islamique, ça en dit très long sur l'évolution sociale, et peut-être bientôt politique, du pays.


Images de Carmilla Le Golem sur des sites zoroastriens, achéménides ou sassanides. Il s'agit de Yazd, Persépolis, Abarkouh, Meïbod, Abianeh,

La dernière image est celle du temple du feu de Téhéran.

La photo n°9 est la tombe de Cyrus le Grand à Pasargades. La 15 ème photo est celle de l'emplacement où l'on déposait les cadavres des Zoroastriens au sommet d'une tour du silence. Ces tours figurent sur les photos 14, 16 et 17.

Les photos 23, 24 et 25 ont été réalisées dans le Temple du Feu de Yezd. On remarque la décoration d'une table zoroastrienne; Cette tradition s'est perpétuée dans l'Iran actuel.

Si vous cherchez à découvrir un peu le Zoroastrisme, je vous signale que l'on peut trouver l'Avesta (le livre sacré du Mazdéisme) sur Internet. Je vous conseille vivement d'y jeter un œil: c'est totalement dépaysant.

Vous pouvez aller aussi au Louvre où sont exposées les fouilles de Suse (époque achéménide).

Sinon, il n'y a vraiment pas grand chose: quelques sites Internet et un petit livre de Jean Varenne: "Zarathushtra et la tradition mazdéenne".

Je signale toutefois une bande dessinée intéressante: "Ainsi se tut Zarathoustra" de Nicolas WILD, un jeune auteur qui a déjà consacré des ouvrages à l'Afghanistan ("Kaboul Disco" et "Kaboul Requiem").

Il y a enfin le célèbre livre de Nietzsche: "Ainsi parlait (ou parla) Zarathoustra". Ça n'a qu'un petit peu à voir avec le zoroastrisme mais il y a tout de même beaucoup de points de rencontre et de choses troublantes: les animaux, le soleil, la question morale,  etc... Qu'est-ce qui a conduit Nietzsche à s'intéresser un jour à l'Orient et qu'en a-t-il retenu ? J'ai noté que Carl Andreas Friedrich, l'époux de Lou Andreas Salomé ( la femme dont Nietzsche était devenu fou amoureux), était le grand spécialiste allemand de l'Iran. Qu'en conclure ?