
J'ai déjà exprimé mon goût pour les voitures de sport et notamment les BMW. Une BM, c'est un peu différent des autres voitures, ça a un côté asocial qui me plaît. C'est largement connoté aux truands, aux mafieux, à la racaille. Ma BM, elle me vaut ainsi, plutôt que l'hostilité, la sympathie et le "respect" des jeunes de banlieue et de tous les travailleurs miséreux. C'est évidemment bizarre. Quant aux bourgeois français, ça les déconcerte : "c'est pas une voiture de nana et de parisienne, ça !".
J'ai quand même fait une drôle de tête quand j'ai découvert que BMW devait une partie de son essor industriel à... Magda Goebbels.
Les bagnoles et les Nazis, c'est lié en effet, on le sait. Hitler était lui-même passionné d'automobile mais ne jurait que par Mercedes. De Mercedes, il ignorait d'ailleurs probablement que celui (Emil Jellinek) qui a donné son nom à la marque était juif et fils de rabbin et qu'il avait retenu tout simplement le prénom de sa fille Mercedes, elle-même juive.
Quant à Magda Goebbels, on ne sait pas si elle avait un goût pour l'automobile mais ce qui est sûr, c'est qu'elle a activement favorisé, pour des raisons familiales il est vrai, une firme qui allait devenir...BMW.
Magda Goebbels, sans doute l'une des femmes les plus complexes de l'Histoire dont on n'a retenu que les sentiments troubles partagés avec Hitler et son engagement inconditionnel en sa faveur. Quant à lui, il la protégeait parce qu'il la jugeait fascinante, il la préférait sans doute à Eva Braun. A-t-elle d'ailleurs fait un mariage d'amour avec Joseph Goebbels ou plutôt choisi, par défaut, un substitut (boiteux, c'est le cas de le dire puisque Goebbels souffrait d'un pied bot) à l'objet véritable de sa vénération ?
Si sa vie était un roman, on reprocherait à son auteur de s'égarer dans l'exagération et l'invraisemblable. Il y a d'abord la fin insensée de sa vie avec l'assassinat délibéré de 6 de ses enfants (âgés de 5 à 13 ans), contre l'ordre même de l'oncle Adolf (comme l'appelaient ses filles). Seule, elle a administré à chacun une capsule de cyanure tandis que son époux continuait, dans la pièce voisine, de rédiger frénétiquement ses mémoires. Réitérer le geste de Médée, l'infanticide, c'est tout de même le tabou absolu, le comble du monstrueux, surtout de la part d'une mère. Ça suppose des convictions ultra-athées, ultra rationalistes, pour ne pas craindre de châtiment dans l'au-delà.
Et puis, il y a tout ce qui précède, pareillement énigmatique et incompréhensible au regard de son évolution finale :
- une éducation juive : Abandonnée à sa naissance par son père (1901), Maria Magdalena Behrend est élevée par son beau-père, juif pratiquant. Il l'adopte et lui donne son nom : Friedländer. Enfance et adolescence heureuses dans les meilleurs établissements scolaires de Berlin et Bruxelles. Plus tard, pourtant, Magda reniera ce beau-père et le laissera mourir, en 1939, dans le camp de Buchenwald.
- la fascination de l'argent et du pouvoir : après le départ d'Arlozorff, Magda Friedländer épouse, en 1921, Günther Quandt, industriel protestant, de vingt ans son aîné. Ils ont un fils, Harald (1921-1967), mais Magda est déçue par son mariage, elle s'ennuie et elle divorce en 1929.
La suite est mieux connue. Elle commence alors à s'intéresser au Parti nazi, rencontre Hitler puis Joseph Goebbels, le responsable de la propagande du parti, qu'elle épouse en 1931. C'est alors l'enchaînement d'un pacte avec le Mal qui prendra fin avec son suicide le 1er mai 1945.
Une vie dont le cheminement se révèle, au total, entièrement ambigu. Je me garderai bien d'en extirper une quelconque cohérence. Une sombre illustration de l'essentielle duplicité humaine, voilà, peut-être, ce que l'on peut simplement dire de Magda Goebbels. Comment une personne éduquée, civilisée, peut basculer vers la folie et le meurtre.
Mais le fantôme de Magda Goebbels continue de planer sur la société allemande. J'ai d'abord dit qu'elle avait assassiné 6 de ses enfants (ceux qu'elle avait de Joseph Goebbels). Mais son fils Harald, né de son mariage avec l'industriel Quandt, a été épargné (on le voit sur la photo du mariage de sa mère avec Goebbels). Elle lui écrivit même une lettre testament, après avoir commis son infanticide, précisant qu'il était "plus beau de vivre brièvement avec honneur et courage que d'avoir une vie longue dans des conditions honteuses".
Magda Goebbels n'a en fait jamais cessé de soutenir l'industriel Quandt, le favorisant largement pour participer au programme d'armement du Reich. Après guerre, la famille Quandt n'a curieusement pas été inquiétée, à la différence des familles Krupp et Flick, pour s'être considérablement enrichie grâce à sa collaboration avec les Nazis.
Le fils de Magda a alors pu continuer à développer tranquillement, avec son demi-frère, leur société. Ils ont visiblement été des gestionnaires avisés (même si le fils de Magda est mort prématurément, en 1967, dans un stupide accident d'avion) puisque la famille Quandt est aujourd'hui la plus riche d'Allemagne et même l'une des grandes fortunes mondiales. Et que possède principalement cette famille Quandt ? Les piles Varta, la griffe de prêt-à-porter Hugo Boss et les automobiles BMW.
Une brillante famille donc qui a longtemps vécu, paraît-il, avec une grande discrétion (on peut le comprendre). Mais le rideau s'est récemment déchiré avec un scandale sexuel impliquant l'une des petites-nièces de Magda Goebbels. En 2007, Susanne Klatten, 46 ans et mère de 3 enfants, femme la plus riche d'Allemagne, se laisse séduire par un Don Juan suisse, Helg Sgarbi, qui parvient à filmer leurs ébats dans une chambre d'hôtel. Lorsque Susanne Klatten décide de rompre, en 2008, Helg Sgarbi devient maître-chanteur et lui réclame 50 millions d'euros en échange des cassettes video. Mais Susanne Klatten porte plainte et Sgarbi sera finalement condamné à 6 ans de prison. Celui-ci s'estime néanmoins moralement vainqueur pour avoir révélé à l'Allemagne l'implication de la famille Quandt et de la firme BMW dans les crimes nazis.
La 3ème image est une photographie de la jeune fille, Mercedes Jellinek (à 13 ans), qui a donné son prénom à la célèbre firme. Il est à noter qu'elle s'est trouvée réduite à la mendicité après la 1ère guerre mondiale et qu'elle est décédée en 1929 (à l'âge de 39 ans) d'un cancer des os.
Je recommande les livres suivants :
- Anja KLABUNDE : "Magda Goebbels", la biographie de référence.
- Peter LONGERICH : "Goebbels". Il s'agit de Joseph, du mari, aussi énigmatique, peut-être, que Magda. Ce qui est étonnant, c'est qu'il était cultivé (docteur en Philosophie) et pas idiot.
- Lionel RICHARD : "Goebbels, portrait d'un manipulateur". Un portrait, le terme est important, il s'agit de comprendre plus que de décrire.
Je signale enfin, même s'il n'évoque pas directement Magda Goebbels, la publication toute récente d'un grand livre :
- Niklas FRANK : "Le père, un règlement de compte". Niklas Frank est un enfant de nazi, de Hans Frank, Gouverneur Général de Pologne. A la différence de nombreux enfants de nazis qui continuent de défendre leurs parents, Niklas Frank se montre d'une violence extrême envers son père.
Enfin, un film "Paramour" réalisé, en 2017, par Alexandra-Therese Keining avec Kristin Scott Thomas, évoque l'affaire Susanne Klatten.
Un roman, également, de Karine Tuil, "Six mois, six jours", lui est consacré mais il est pauvrement documenté.





















































