
Une année assez moche vient de s'écouler. J'en conserve certains souvenirs cuisants, presque désespérants, mais rien ne dit que les choses vont s'améliorer en 2026.
C'est d'abord la catastrophe Trump. Il est encore pire qu'avant. Il est ridicule et odieux, bête et méchant. Mais ça marche auprès de beaucoup de gens et ça marche justement parce qu'il est affreux, incontrôlé et incontrôlable.
Il faisait encore preuve d'une certaine civilité au cours de son premier mandat, il ne voulait pas passer pour un beauf ou un butor. Mais, depuis, il a compris que c'était justement cela que voulaient ses électeurs. Alors, il lâche complétement les vannes et fait pleuvoir insultes, quolibets et vengeances personnelles.
Alfred Jarry avait prophétisé l'avènement du Père Ubu. Et Karl Marx avait écrit que "l'Histoire se répète toujours deux fois, la première comme une tragédie et l'autre comme une farce". Marx avait peut-être raison à cette réserve près qu'il a inversé l'ordre des événements.
Et pour couronner le Tout, il y a eu, début décembre, la publication du document de sécurité nationale des USA. Celui-ci montre clairement qu'ils ne sont plus les allés de l'Europe et que le multipartisme, c'est fini. Il faudrait même cultiver, au sein des pays européens, la résistance à la trajectoire actuelle, à savoir sa décadence morale facteur majeur de sa décadence économique.
Avec Trump, le découpage du monde devient simple: il y a d'un côté les Forts (les USA, la Russie, la Chine) et de l'autre les faibles (la plupart des pays européens débauchés et submergés par le grand remplacement).
Mais il n'y a pas eu que Trump dans l'actualité, dans ce qui m'a marquée, a fait "évènement" pour moi.
Pour poursuivre dans le domaine des horreurs, j'ai ainsi suivi avec attention les procès des Docteurs Le Scouarnec et Péchier. Deux médecins effrayants, terrifiants et d'autant plus qu'ils étaient éduqués, policés et de bons professionnels. On les jugeait "dévoués à leurs malades. Le premier, un pédophile compulsif, le second un tueur de sang froid. Tous les deux, en fait, totalement indifférents à autrui.
Avec eux, est évidemment posée la question de cette force primitive du Mal, présente en chacun de nous. Mais je n'ai pas les réponses et je n'aurais certainement pas aimé être Jurée en Cour d'Assises. Comment juger ?
Dans un registre plus gai, j'ai apprécié que l'on réhabilite, dans le prolongement de l'attribution du Nobel de l'économie à Philippe Aghion, la Théorie de la "Destruction Créatrice" de l'économiste américain, Joseph Schumpeter.
C'est évidemment une thèse dérangeante, voire inquiétante mais il me semble évident que les actuelles recompositions et les nouveaux rapports de force économiques en sont une pleine illustration. On ne peut plus se reposer sur ses acquis, sur son savoir-faire industriel ou technologique. Ils peuvent même être des handicaps car ils finissent inéluctablement à la casse malgré tous les efforts de soutien déployés.
C'est bien sûr déprimant mais certains analystes disent aussi qu'avec l'IA et autres technologies disruptives, on est à la veille d'une nouvelle grande prospérité économique. Peut-être mais ça s'effectuera sans doute aussi avec un grand reclassement général des puissances économiques. Quelle sera la place de l'Europe dans cette bataille féroce qui s'annonce ?
Sur un plan plus personnel enfin, j'ai beaucoup aimé, au cours de mes différents voyages, l'Arménie et le Caucase. Et puis les villes de Worpswede et de Tangermünde en Allemagne. Et j'y ai aussi trouvé une nouvelle égérie: Uta de Naumburg.
Et j'ai enfin adoré en 2025:
- 2 films: "Sirat" par Oliver Laxe et "La condition" de Jérôme Bonnell.
- 2 écrivains: Emmanuel Carrère ("Kolkhoze") et Laszlo Krasznahorkai. C'est le récent Prix Nobel de littérature. Attention toutefois: il faut vraiment s'accrocher (les phrases de Proust sont brèves en comparaison) mais quand on arrive à rentrer dedans, c'est fascinant.
Bonne année à vous tous qui continuez, malgré tout, de me suivre.
La 15ème photo est celle de la maison de Maurice Ravel, le célébrissime compositeur du Boléro, dans le village idyllique de Lyons-la-Forêt. Un autre village "normandissime" est celui de Beuvron-en-Auge.




















13 commentaires:
Bonjour Carmilla
Un bilan 2025 ?
De la manière dont 2026 démarre, nous n’aurons pas le temps de nous pencher sur le passé. Après la catastrophe en Suisse, voilà que le Traître attaque le Venezuela, opération réussie, ils ont extradé Maduro. Les américains viennent de mettre la main sur une grande réserve mondiale de pétrole. Qui plus est : il ne s’en cache pas lorsqu’il affirme : « La flotte américaine et les États-Unis conservent toutes leurs options militaires jusqu’à ce que leurs exigences soient pleinement satisfaites ». L’avertissement vaut pour toutes les nations à travers le monde ; c’est très clair. De toute façon, c’est un bandit qui a arrêté un autre bandit. Entre bandits, on se connaît ! Incapable de régler les problèmes de consommations de drogues sur son territoire ; il ne manque pas de secouer le monde, et en particulier l’Amérique du Sud en transgressant toutes les conventions du Droit International. Il vient de faire la démonstration sans équivoque qu’il ne respecte aucune loi. Alors, si leurs exigences ne sont pas satisfaites, les américains peuvent occuper le Venezuela pendant longtemps. On est en train de re-brasser les cartes, n’oublions pas que La Chine et la Russie appuyaient Maduro, peut-être du bout des lèvres, mais c’était quand même des appuis. La Chine ne doit pas être très heureuse de la tournure des événements, surtout que c’était le principal acheteur du pétrole vénézuélien. À moins que le Taco transige ce pétrole pour des terres rares en provenance de Chine ? Rien n’est à exclure avec ce personnage imprévisible. Voilà le grand danger. Les seules qui peuvent régler ce genre affaire se sont les électeurs américains. Nous allons pouvoir constater ce que le Congrès va faire maintenant, parce que c’est la chambre des représentants qui peut déclarer la guerre à un autre pays, pas le Président. C’est écrit dans la Constitution. Exemple, Roosevelt en 1941 s’est présenté devant les élus pour une déclaration de guerre à l’endroit de Japon. Encore une fois, la démocratie américaine sera mise à rude épreuve, parce que si personne ne s’oppose à cet homme, c’est la route assurée pour le désastre. N’oublions pas que les élections de mi-mandat c’est l’automne prochain. Les deux chambres pourraient changer de couleurs. Entre temps, nous risquons d’avoir des débats intéressants et pertinents. Sommes-nous sur le seuil de la Destruction Créatrice, sous une autre forme ?
Bonne fin de journée Carmilla
Richard St-Laurent
Merci Richard,
C'est vrai que le Taco vient de nous faire encore une belle surprise.
J'aurais préféré que ses forces d'intervention capturent Poutine pour le déférer devant la Cour Pénale Internationale afin qu'il réponde de ses crimes contre l'humanité.
Mais Poutine, c'est son ami et Trump n'a que faire de considérations humanitaires. L'intervention américaine au Venezuela n'a évidemment pas pour but de libérer un peuple de la servitude mais de réaliser une belle opération de business au profit des USA.
Et le Droit, le Droit international, Trump n'en a absolument rien à fiche.
Trump vient d'autoriser tous les autres pays expansionnistes ou impérialistes à réaliser des coups semblables. Que peut-il reprocher à Poutine qui a réalisé une même intervention, (heureusement avec moins de succès), en Ukraine en 2014 puis en 2022 ? Il vient de le l'absoudre de ses crimes et d'ailleurs, entre truands, on se comprend bien.
Et que dira-t-il à la Chine si elle se décide à envahir brutalement Taïwan ? Peut-être même qu'il se sentira alors autorisé à annexer l'Alaska ou intégrer le Canada.
C'est le retour de la Force dans les relations internationales et c'est d'autant plus inquiétant qu'il existe de plus en plus de dirigeants mégalomanes.
Bien à vous,
Carmilla
Bonjour Carmilla
J’aime bien lorsque vous partez en vadrouille et que vous revenez avec des photos. Personnellement cela me porte aux rêves. C’est jolie la Normandie, avec tous ces petits villages et cette nature, même en décembre, bien illustré par la troisième photo à l’herbe si verte. On dirait presque une impression printanière. La maison de Ravel serait la photo 15 pas la 14. J’aime bien le Boléro. Il fallait oser pour composer ainsi. C’est agréable de pouvoir s’évader afin de penser à autre chose, visiter des endroits où des humains ont laissé leurs traces. Partir sur un coup de tête juste pour le plaisir. Le temps de se changer les idées.
En parlant de l’IA, j’ai retenu ce paragraphe :
« La méfiance à l’égard des IA ne doit pas être liée au fait qu’elles risquent de nous tuer ou de nous remplacer, mais plutôt au fait qu’on est peut-être tout proche d’un nouvel hiver de l’IA, voire d’un krach boursier majeur. Quand la fumée se dissipera des esprits et que les gens verront plus clair, à quelles retombées assisterons-nous ? L’euphorie peut s’arrêter du jour au lendemain. L’homme d’affaires Warren Buffet lui-même a déclaré : (Si je souhaitais investir dans l’escroquerie, l’IA serait le secteur le plus porteur de tous les temps.) Reste à savoir s’il parlait justes des arnaques autour des deepfakes ou s’il visait les entreprises qui trompent leurs investisseurs et clients. »
Luc Julia
IA Génératives pas créatives
Page : -200-
Ce qui nous rappelle cette époque de grandes spéculations vers la fin des année 90, où la bulle informative avait éclatée. Et, encore une fois, on s’énerve le poil des jambes ! J’aime bien la petite phrase de Buffet, car il est doté d’un sens de l’humour bien particulier, qui plus est, l’investissement il connaît.
Bonne fin de journée Carmilla
Richard St-Laurent
Merci Richard pour votre commentaire sur mes photos.
La maison de Ravel, c'est bien, en effet, la 15ème. La Normandie, la Picardie, ce sont des régions maritimes proches de Paris qui portent un passé glorieux et intéressant. Elles ne sont pas trop envahies par le tourisme. Et avec un régionalisme encore assez marqué. On demeure fier d'être Normand ou Picard.
Quant à l'IA, on ne sait trop aujourd'hui ce qu'elle nous réserve. Dans le domaine de la Finance que je connais tout de même, je sais déjà qu'elle peut se substituer aux travaux de nombreux cabinets de conseil auprès des entreprises. Mais je déconseille quand même à un chef d'entreprise de faire davantage confiance à une application informatique plutôt qu'à une analyse humaine. Ca peut aboutir à de belles catastrophes.
La prudence est de mise. Souvenons-nous du début des années 2000 au cours des quelles on s'enthousiasmait pour à peu près tout du moment que c'était de l'informatique.
Bien à vous,
Carmilla
Bonjour Carmilla
Silence extérieur par -22 degrés, silence intérieur par le feu de mes passions, où je suis en train de brûler mon existence, par ce matin gris, qui s’étire en attendant le soleil, où les corneilles semblent figés dans le froid, où l’humain se fait discret par son absence, où les mots se bousculent devant les idées, où il devient difficile d’imaginer janvier comme s’il n’avait participé à aucune fête, grelottant dans ses aillons, la morve au nez, aussi muet que le fond de l’air, sans aucune revendication, sans révolte, les deux mains dans ses poches percés parce qu’il a égaré ses mitaines. Janvier si pauvre qui perce le secret d’un hiver sous les champs enneigés. Janvier le mois, Janvier l’humain, une mesure de temps qui se mesure à l’humain, qui s’épuise en cherchant sa chaleur, entre les piquets de clôture et les bâtiments, entre les planches des granges qui s’opposent au aux destins des tempêtes, des couvertures de tôles qui grincent sous le poids de la neige, des plaques de glace traîtresses qui vous tend des pièges, le tout enveloppé de misères et de souffrances, d’attentes mystérieuses, d’espérances vaines qu’on n’ose même pas imaginer, d’impossibilité qui ne porte même plus son nom. Janvier sans papier, sans raisons, sans identité, une ombre au sommet de la colline derrière la grange, qui demeure muette, dans l’espérance d’une tasse de thé et d’un morceau de lard qui ne viendront jamais. Paralysé par son imagination, la honte de frapper à une porte pour demander, au nom de qui ou de quoi ? La faim qui disparait dans le froid efface ses traces. Aucun cadavre ne résiste à l’hiver et les coyotes seront bien servis, dans ces banquets des déchirements où trouver n’est pas volé. Mais, dans ce pays de poudrerie, il est difficile de trouver. Ce pays ne donne pas, il prend. Tous les animaux le savent, surtout par un matin de moins vingt-deux degrés, et le plus vulnérable demeure l’humain, qui se cache dans sa maison occupée à chauffer le poêle à bois. On dit ici : traverser l’hiver, mais il y a encore pire, il y a traversé janvier, gelé dans sa solitude sans aucune espérance d’une douceur printanière, d’une ferveur pardonnable. Janvier ne s’excuse pas, il tourne le dos pour repartir dans une autre direction. C’est sans doute ce dos que j’ai vu, comme une tache sombre, au sommet de la colline derrière la grange. Quelques secondes, entre ce ciel gris, et cette terre blanche, entre les forêts et les praires, entre les villes et les campagnes. L’instant, qu’on ne doit pas manquer, qu’on se demande si on n’a pas rêvé : Est-ce que j’ai bien vu, ce que je viens de voir ? Le doute persiste, dans les voiles blancs, les blizzards, où les distances deviennent impossibles à calculer, où un dos peut ressembler à une grosse pierre, où l’on peut tourner en rond pendant des heures jusqu’à l’effondrement, pour nous égarer dans une prairie qui nous semblera sans fin, sans limite, perdu dans la tourmente. Janvier cherche l’homme, et l’homme que je suis, cherche Janvier. J’aurais deux mots à lui dire, deux mots qui s’étirerait comme une éternité : Où te caches-tu le restant de l’année ?
Nonne fin de journée Carmilla
Richard St-Laurent
Merci Richard,
Un joli texte qui met bien en évidence vos talents littéraires (dont je suis, personnellement, dépourvue).
Pour l'anecdote, il est tombé, hier après-midi, un peu de neige à Paris. Et les températures sont voisines de zéro. Ca ne s'était pas produit depuis janvier 2018.
Ca n'est malheureusement pas très joli parce que ça se transforme vite en une horrible gadoue. Et demain, ça sera terminé.
Mais vous n'imaginez pas la panique que provoque ce petit coup de froid. C'est tout de suite la catastrophe qui mobilise les médias. On parle de températures polaires. Plus rien ne marche, les transports sont à l'arrêt, les voitures se tamponnent, les gens ne vont plus travailler.
A chaque fois, ça m'étonne et me sidère. Comment peut-on détester à ce point le froid, ne pas être sensible à sa beauté, au dépaysement qu'il procure ?
Bien à vous,
Carmilla
Bonjour Carmilla
Janvier demeure un mois que nous oublions le restant de l’année, le mois que nous voulons oublier, après la joie des fêtes, après un arrêt sur image, après les bombances et les fous rires, les souhaits, mais aussi ces soulignements habités par la solitude. Parce que qu’est-ce qui habillent les joies des festivités, si ce n’est que la solitude ? Le sel dans le pain ne nourrit pas, mais il donne de la saveur au pain. Janvier ce n’est pas le renouveau de quelque chose qui recommence, c’est un bloc, un mur, qui ne pardonne jamais. C’est une masse de froid, de colère, que nous tentons d’oublier, mais, qui lui, n’oublie pas. Il n’oublie surtout pas ces humains prétentieux qui le provoquent à chaque année. Je ne crois pas à l’immortalité de l’humain ; mais je crois à l’immortalité de Janvier. Depuis le début de l’hiver, qui a débuté en 2025 dans la dernière semaine de novembre, qui s’est prolongé pendant tout le mois de décembre, où les bâtiments ont été difficiles à chauffer, où l’on a sorti nos gros chandails de laine épaisse, nos gants et nos mitaines, nos manteaux d’hiver, sans oublier nos caleçons longs, nos tuques et nos casques de poils pour affronter, des moteurs difficiles à démarrer. Oublié les époques d’insouciances, de négligences, de paresses, de traversées de rivière à la nage, des tomates succulentes, des couchés de soleil interminables, des lendemains de luminosités impertinentes. Présentement, la lumière marche sur le bout des pieds comme si elle voulait s’excuser. Mais, janvier ne s’excuse jamais avec ses froids polaires et ses redoux intempestifs, ses sautes d’humeurs qui vous saute à la gorge, provoquant même des crises de larmes glacées. Il me rappelle un certain pilote qui s’installait dans son cockpit de Beaver en bardassent toutes les manettes avant le démarrage du moteur. L’hiver était dur, janvier encore plus, tout était impardonnable, on aurait dit que cette époque n’avait ni conclusion, ni fin. Janvier apparaît comme il disparaît, sans aucune prémisse, sans annonce, comme un voisin malcommode qui s’installe dans votre cuisine sans cogner à la porte, sans même vous saluer. Ce qui peut être très déplaisant ; mais au moins, il ne manque pas de franchise, parce que nous le connaissons, janvier est total, il ne ment jamais. Je peux affirmer que c’est un mois de ferveurs sans retenues. On se dit toujours qu’une fois le mois de janvier dépassé, cela ira mieux. Ce qui ne signifie pas que février et mars, ne nous réservent pas quelques surprises qui peuvent être très désagréables. Vivre l’hiver, c’est vivre dans les extrêmes, et comme je suis mal fait, j’aime les extrêmes. J’ai de quoi, je suis né en hiver, c’est ma nature extrême. Je suis aussi provocateur que janvier, et il m’arrive même d’être plus provocateur que janvier. Depuis ce matin, le ciel n’a pas changé, il est toujours aussi gris, aussi buté, ce qui annonce peut-être quelques averses de neige. Je viens de consulter les dernières prévisions météorologique, pluie pour vendredi et samedi, maximum +7 degrés. Ça c’est cruel !
Bonne fin de journée
Richard St-Laurent
Merci Carmilla pour l’appréciation de mon texte d’hier. Il m’arrive ainsi, certain jour, d’être emporté par l’inspiration, ce qui est très agréable, que de plonger dans les mots, de se refaire une réalité, dans un sujet de prédilection que devient l’hiver, que je transforme en humain.
Merci aussi pour la photo 11, cet arbre, ce pin, tordu, face à l’infini, qui me laisse songeur tellement qu’il est inspirant, qui m’a amené à me poser la question : Suis-je aussi tordu que cet arbre ?
Merci !
Richard St-Laurent
Merci Richard,
Le petit coup de froid sur la France ne devait pas durer, lui non plus. Mais les hivers à Paris, il y a longtemps que ça n'existe plus. Et même en Europe Centrale et du Nord, il faut souvent attendre le mois de janvier pour voir apparaître la neige et la glace.
Ce qui est étonnant, c'est que chez vous, au Québec, vous allez remonter, brutalement, jusqu'à +7°. Ca, c'est en effet carrément déprimant. Je n'ose songer à l'effroyable gadoue dans la quelle on s'enlise.
L'arbre tordu (un très vieux pin), il est, en fait, l'emblème de l'hôtel où je séjournais en Normandie. Très singulier, en effet. Comment ne s'écroule-t-il pas ? Mais personne n'a su m'en évaluer l'âge.
Sinon, il est incontestable que vous avez un talent d'écriture. Si vous aviez une ambition de publication, il suffirait, peut-être, qu'ensuite vous élaguiez, synthétisiez un peu. Mais je ne suis pas, non plus, une critique littéraire.
Bien à vous,
Carmilla
Personnellement, une journée sans écriture, n’est pas une journée, cela se produit lorsque je suis obligé de me déplacer pour le ravitaillement et autres commissions en ville, pour des rencontres, et dans ces moments de déplacements, je sens le manque. Je suis sur la route, je conduis, et je pense que je n’ai rien dit aujourd’hui, que je n’ai rien écrit, que je n’ai rien fait. Je vogue dans des espaces d’inutilités, quoi que j’aime conduire un véhicule, piloter un avion, naviguer à bord d’un bateau, bardasser un tracteur, et faire gronder ma scie mécanique. L’autre dimension, c’est de m’enfoncer en forêt, fusil à la main des journées entières, dans le silence, l’attention, et l’admiration, où je me vide l’esprit ; mais mon problème c’est que mon esprit ne se vide jamais totalement. Je sais que je suis privilégié, tout comme vous, j’ai organisé ma vie, j’ai fait en sorte que je me suis donné du temps, et que ce temps est précieux. Je n’ai pas trop envie de vadrouiller en ville. Je règle mes commissions et je rentre, pour me retrouver devant ma table. Ma table ! Elle se résume en un panneau de contreplaqué couché sur des caisses de livres dans une petite pièce qui servait d’espace de rangement, que j’ai transformé en bureau-bibliothèque. Ici, c’est le centre de mon univers, c’est la porte ouverte sur mon imaginaire, ce qui n’a rien à voir avec un pays, je dirais que c’est comme un continent. L’imaginaire c’est mon univers. Je pense qu’il en a toujours été ainsi depuis ma plus tendre enfance, où j’ai grandi solitaire, méfiant, sauvage, avant de me transformer en bouseux pour devenir un pilote de brousse. Je ne voulais pas réussir ma vie ; je voulais la vivre avec passion, et pour la vivre avec passion, il me fallait cette liberté totale par des chemins rarement empruntés par d’autres humains. Je désirais de l’espace, beaucoup d’espace, une liberté infinie pour partir sur un coup de tête afin de provoquer mon destin. Les amarrages ce n’étaient pas pour moi, les quais et les bases, ce n’était qu’un début, mon terrain de jeu c’était le nord. C’était un état d’esprit, où les rencontrent se succédaient, un jour un Montagnais sur un lac qui attendait son ravitaillement, le lendemain un pilote américain sur un Cessna -206-, qui faisait le plein à Schefferville avant de traverser l’Atlantique Nord pour passer par le Groënland, l’Islande, pour livrer cet appareil en Norvège, sur un vol de convoyage. Nous étions tous semblables, nés pour partir. Je suis resté quand même méfiant, surtout de la notoriété, afin de protéger ma solitude et ma liberté. Oui, je me sens privilégier d’avoir vécu ce que j’ai vécu, et lorsque j’en parle, je me sens bien !
Richard St-Laurent
Mais, comment ne pas en revenir aux élucubrations présentes ? De tous ces propos, ces prédictions, ces analyses, ces transgressions qui n’en finissent plus de nous inonder où nous sommes en train de congédier notre sérénité ? Quel sens donner à nos actions, à nos réactions, mais aussi à nos manques, à nos refus de voir la réalité telle qu’elle nous apparaît ? Ce que nous vivons présentement n’est pas inédit.
« Des actes de désobéissance civile interviennent lorsqu’un certain nombre de citoyens ont acquis la conviction que les mécanismes normaux de l’évolution ne fonctionnent plus ou que leurs réclamations ne seront pas entendues ou ne seront suivies d’aucun effet – ou encore, tout au contraire, lorsqu’ils croient possible de faire changer d’attitude un gouvernement qui s’est engagé dans une action dont la légalité et la constitutionnalité sont gravement mise en doute. Les exemples sont nombreux : sept ans de combats au Vietnam sans déclaration de guerre ; l’influence croissante des services secrets sur la conduite des affaires publiques ; les menaces ouvertes ou à peine voilées, contre les libertés fondamentales garanties par le premier amendement ; les efforts à dépouiller le Sénat de ses prérogatives constitutionnelles, suivis de décision présidentielle d’envahir le Cambodge en contradiction évidente avec les termes de la Constitution exigeant explicitement l’approbation du Congrès pour engager la guerre… »
Hannah Arendt
Du mensonge à la violence
Page : -101-et-102-
Je souligne que ce texte a été publié en 1969, qui a été réimprimé en France en 2023. Livre qui a attiré mon attention dans une librairie de Sherbrooke l’automne dernier et que je suis en train de lire. Je savais qu’Arendt avait écrit sur ce sujet. J’ignore pourquoi je n’avais pas lu cet ouvrage immédiatement, j’étais sans doute accaparé par d’autres lectures, alors après Noël, ignorant que les événements qui allaient se produire, je me suis lancé en fin d’année dans cette lecture ; et soudain les événements ont rejoint ma lecture. Effectivement, ce n’est pas la première fois, et se ne sera pas la dernière, que les politiciens américains violent leurs propres lois, qu’ils ont eux-mêmes promulgués, au mépris du Congrès et du Sénat. Que faire de la loi, lorsque le profit et la force occupe tout l’espace social ?
Bonne fin de journée Carmilla
Richard St-Laurent
Oui, c’est beau Paris sous la neige, images que je contemple avec plaisir. Pour nous c’est juste une petite neige, mais ça demeure de la neige, et à Paris comme en Amsterdam et sans doute dans plusieurs aéroports européens, beaucoup de vols ont été annulés. Ce qui relève d’une question de sécurité.
Certes, les européennes comme beaucoup pays dans le monde sont mal équipés pour faire face à la neige, à la glace, et les fortes précipitations. Paris à ce chapitre n’est pas unique, dix centimètres de neige à New-York et la ville est paralysé.
D’après les images que j’ai visionnées en France, pour un Québécois, c’est une petite neige d’automne, une première neige.
Paris sous la neige, cela me fait rêver. Il s’y développe une grâce, une beauté, une atmosphère. C’est Paris emmitouflé, enveloppé, lente, où dans les bistros s’élèvent cette vapeur au-dessus des tasses et des bols de café ou de chocolat chaud, des joues rougies par le froid, des sourires nerveux, excités, où la tour Eiffel perd la tête dans les nuages, où l’on cherche à se soustraire de l’humidité qui envahit tout.
Je crois que c’est une chance de voyager en Europe en hiver. Paris en décembre, j’avais beaucoup aimé. Je trouvais que c’était très inspirant. J’en garde un souvenir impérissable.
Ici aussi, il neige ce matin, mais c’est juste une petite neige, en attendant le redoux, que selon les prévisions, va occuper toute la fin de semaine, on maintient 7 degrés pour vendredi accompagné de pluie. Ça promet ! Mais il faut faire avec. Un québécois, c’est quelqu’un qui est assis entre deux tempêtes, pour ne pas dire entre deux extrêmes.
Salutations distinguées Carmilla
Richard St-Laurent
Merci Richard,
Votre vie n'est certes pas banale.
On ne peut vous contester courage et audace.
Ca n'a, en fait, pas du tout été mon cas. Ma préoccupation première, ça a quand même été mon insertion sociale et ma survie économique, quitte à faire des sacrifices et ne pas choisir d'abord ce qui me plaisait. Ca relève probablement d'une psychologie d'immigrée. S'intégrer, c'est la première préoccupation mais on n'y arrive jamais complétement. Il y a toujours en moi quelque chose d'ailleurs.
Et puis, je ne sais pas écrire. Je ne sais que raisonner mais je suis infichue de parler de choses simples et sensibles comme vous savez le faire. Probablement parce que le français est pour moi une langue instrumentale, sans affectivité.
On rentre, en effet, dans une époque incertaine dominée par les grandes Brutes. Et on est trop éduqués pour trouver la parade adéquate. Les Brutes s'effondreront sans doute un jour mais ils auront eu le temps de faire beaucoup de dégâts.
Le petit épisode neigeux sur Paris vient de se terminer. Mais les médias français m'ont beaucoup énervée. Au lieu de s'émerveiller sur la beauté de la neige, ils n'ont cessé d'évoquer une ridicule catastrophe. On est devenus incapables de joie. C'est désolant.
Bien à vous,
Carmilla
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