samedi 18 juillet 2026

Le voyage, la Vie, l'aventure

 

Ca y est ! Paris s'est brutalement vidée, ce dernier week-end, d'une partie de ses habitants partis...en vacances. Finis les musées, les salles de spectacles, les grands magasins bondés, submergés.

N'était la chaleur insupportable, on aurait presque envie de parcourir les rues désertées. Ce qui m'amuse, c'est que les femmes redécouvrent, sous la canicule, les charmes et avantages de la robe. L'arborer, c'est, maintenant, faire ressurgir une espèce d'érotisme et de fête des corps dont on s'était déshabitués. 

Le temps normal s'est effacé ou, plutôt, on a l'impression qu'il est en suspens: quelques semaines de répit avant le retour de sa grande mécanique monotone, broyeuse de nos vies.


Les vacances, c'est donc d'abord ça, c'est-à-dire la vacance des contraintes, de tout ce qui pèse et nous oppresse: les costumes, la respectabilité, les horaires, le parcage du troupeau humain dans un lieu, une ville, un appartement.


Mais souvent, quand on prend des vacances, on a tendance à s'imposer des contraintes renforcées. On se fixe ainsi quelque part. C'est une villa ou un terrain de camping, un lieu où on s'ennuie encore plus que chez soi. 

On fixe désespérément l'horizon maritime ou bien on s'épuise dans des randonnées dans la nature. Tout cela est d'une lancinante monotonie. Bref, on ne cesse de tourner en rond.


Ou alors, on a recours au tourisme de "catalogue" grâce auquel, comme dans une liste de courses que l'on coche, on peut "faire" en 15 jours, l'Egypte, la Grèce ou le Maroc. C'est épuisant et frustrant. Toutes ces "merveilles", on en est vite gavés d'autant qu'on en a rarement les cadres de compréhension. Quant à l'aventure, il n'y en a aucune puisqu'on se laisse guider.


Tout ça pour, au final, faire quelques selfies de soi devant un monument que l'on s'empressera de poster sur les réseaux sociaux.


Au final, quand on prend des vacances, on a généralement tendance à en faire ou bien trop (carrément tout un pays) ou bien pas assez (à glandouiller quelque part). Mais au final, on part tous pour rester chez soi.


Ce qui nous répugne le plus, en fait, c'est l'inconnu, l'altérité. 

L'altérité, mon histoire personnelle et la force des choses font que j'y ai été d'emblée, et presque continuellement, confrontée. Ca n'a pas toujours été drôle mais ça m'a permis, petit à petit, d'y prendre goût. 


Le retournement, le recentrement de tous mes codes (de langage, d'apparence vestimentaire, de cuisine, de relation entre les sexes, de politesse, d'horaires), j'ai essayé de m'y adapter. J'arrive maintenant, plus ou moins, à "lire" les Français. Mais eux, ils n'arrivent pas à me lire, ce qui est source de nombreuses incompréhensions.
 

Mais au total, ma conviction aujourd'hui, c'est qu'on a tous besoin d'ailleurs, d'altérité et de rêve, en bref, de changer de peau. On périt d'ennui, en fait, dans notre coquille sociale ultra bétonnée. Mais la briser, en sortir, ça nous angoisse profondément.


Mes meilleures vacances, ça a toujours été, en fait, celles au cours des quelles j'errais.... 

J'errais au hasard de billets de train ou bien des routes parcourues par mon bolide ("La Dame dans l'auto avec des lunettes et un fusil", "Thelma et Louise", ce sont des fantasmes très forts chez moi).


J'errais inlassablement et sans sans trop savoir pourquoi ni dans quel but et sans savoir non plus où je serai demain, après-demain. L'Europe, c'est épatant pour ça parce qu'on peut changer, d'un jour à l'autre, de pays, de langue, de monnaie. Et à chaque fois, c'est soi-même que l'on change, c'est tout son comportement que l'on doit réévaluer.


Chacun cherche son chat, dit-on. Mais on ne sait jamais de quel chat, il s'agit ni si, un jour, on arrivera à le retrouver. L'important, en fait, c'est l'errance, ce papillonnement compulsif qui est l'expression même de notre vie et de ses désirs. Toujours hésitante, toujours changeante. On n'est jamais satisfaits, on veut toujours autre chose. C'est la malédiction de la condition humaine mais c'est ce qui nous fait avancer.


Images de Giorgio de Chirico, magazine Harper'S Bazaar, Jean-Pierre Cassigneul, Tamara de Lempicka, Victor Brauner.

Je recommande :

- Werner Herzog : "Mémoires - Chacun pour soi et Dieu contre tous". Le grand cinéaste allemand, le cinéaste de l'impossible ("Aguirre", "Fitzcaraldo", "Cobra Verde"). Et sa vie est aussi incroyable que ses films. Une boulimie d'action, création, écriture, voyages aventureux. Un bouquin fascinant (qui vient de sortir en poche).

- il faut lire aussi les 3 grands écrivains voyageurs suisses: Ella Maillart, Anne-Marie Schwartzenbach, Nicolas Bouvier; ainsi que le Britannique Bruce Chatwin.




samedi 11 juillet 2026

Le Désir contre la transparence et l'indiscrétion générale


Je ne relis quasiment jamais mes anciens posts. Pour moi, ils appartiennent à un passé définitivement  révolu, à des moments vite évanouis de mon existence.

Je l'ai quand même fait brièvement, il y a quelques jours, et l'audace sexuelle et émotive que j'ai parfois pu afficher, il y a quelques années, m'a presque étonnée. Comme si j'étais portée par une véritable arrogance érotique. Je ne sais pas si j'oserais encore écrire ça tant l'ambiance générale a récemment été bouleversée. 

Evoquer la séduction, l'émotion, la chair, c'est devenu tabou. On vit une triste époque où l'on somme chacun de rendre des comptes, où l'on exige sa transparence et sincérité. Il faudrait qu'on soit tous clairs et nets, d'honnêtes citoyens à la vie bien rangée.

On vit une période "d'indiscrétion générale" dans nos relations individuelles et, plus encore, au travers des réseaux sociaux. Le secret, c'est  prohibé tandis que la clarté, la vérité, c'est une exigence absolue. Le plus étonnant, je trouve, c'est que tout le monde se plie aujourd'hui à cette injonction avec une espèce de rage frénétique. On est convaincus que ce grand effort collectif permettra d'assainir les mœurs et que l'humanité se libérera des rapports de sujétion et de la violence.


Mais on ne semble pas percevoir que personne n'est à la hauteur de cette exigence parce qu'on est tous menteurs et cauteleux. On se construit méthodiquement une façade sociale qui n'est qu'une manière de mentir et de jeter un voile pudique sur la réalité de la vie: le crime et la mort.

 

En chacun de nous, il y a de l'inavouable, une part d'ombre. On est une énigme pour soi-même et pour les autres mais, paradoxalement, c'est cela qui alimente notre séduction.

J'ai l'impression qu'on ne croit plus au Désir et à tous les rêves qui le portent. La force d'attraction du péché et du plaisir qui lui est associé, ça m'apparaît pourtant irrésistible. Ca a notamment porté toute l'admirable littérature du 18ème siècle et ça a irrigué tout le roman français. Mais aujourd'hui, on construit méthodiquement nos propres tombeaux et on s'enlise dans le prêchi-prêcha moralisateur. Le corps, on ne cesse de le maltraiter, la sensualité, on la proscrit.

Pour ma part, je suis sans doute affreusement compliquée et, surtout, je ne veux rien céder de moi-même, je n'en fais qu'à ma tête. Me manœuvrer, ça n'est pas facile. 

La relation de couple, on présente ça aujourd'hui sous la forme d'un rapport d'équité et de partage pour un bon fonctionnement. Mais on sait bien qu'en fait, ça ne se passe pas du tout comme ça. Que d'emblée, s'installent plutôt des rapports de domination avec un vainqueur et un vaincu. C'est la guerre des sexes que l'idéologie actuelle voudrait effacer. Pourtant, elle marche à fond en amour et elle marche si les positions sont continuellement réversibles, si ne s'installe jamais de sujétion définitive de l'un par l'autre.

Et ce jeu cruel, il s'explique simplement. Le philosophe Hegel en a bien démonté la mécanique: dans l'Amour, on ne désire pas tellement une autre personne. On désire plutôt être désiré par cette personne. C'est le désir de Désir qui nous anime en fait, la recherche éperdue du regard de l'autre sur soi-même.

J'éprouve ça très fort ! Si j'aime bien, par exemple, m'installer dans un café, c'est d'abord pour attendre les regards qui se poseront sur moi et relever ensuite, éventuellement, le défi. Et si plus personne, un jour, ne me regarde, je me sentirai comme morte.

L'Amour, le Désir, c'est donc d'abord une lutte, un combat et si on n'a plus envie, soi-même, d'être désiré, regardé, par l'autre, c'est fichu.

Mais aujourd'hui, on veut, à tout prix, pacifier le monde, mettre fin à la lutte des sexes entre eux, effacer leur altérité, leur discordance. 

Le grand Désir, c'est fini, on rentre dans l'époque du contre-Désir, celle de l'ascenseur social et du formatage-marketing des individualités. Mais l'homme et la femme du contre-désir se détestent cordialement, ils ne s'accouplent éventuellement que pour vérifier l'ennui qu'ils s'inspirent mutuellement. On devient les fonctionnaires de nos existences.

Faire ressurgir l'aventure, le jeu, le risque pour réenchanter nos vies. On a certes un Destin et on est voués à la Mort. Mais on a trop tendance à se momifier préventivement, à anesthésier d'emblée en nous toute passion.

Contre la transparence, le secret ! Contre le formatage des passions, l'errance du Désir.

Images de Joanna Chrobak, Edward Okun, Michal Swider,  Federico Beltran Masses, Bruno Schulz. Les deux derniers tableaux sont de Jacek Malczewski un peintre polonais symboliste, scandaleux à son époque. Beaucoup de ses oeuvres sont exposées dans ma ville de Lviv. Il va de soi qu'avec Bruno Schulz, autre Galicien, il a pas mal façonné mon imaginaire érotique.

Je recommande :

- Vivant Denon: "Point de lendemain" et Choderlos de Laclos : "Les liaisons dangereuses". Les deux grands bouquins de la fin du 18 ème siècle à lire absolument. Les tours, détours et ruses de la passion. 2 bouquins aussi éloignés que possible de la moraline et du puritanisme actuels

- Philippe Sollers: "Agent secret". L'un de ses tout derniers livres, largement autobiographique. On se plaît, aujourd'hui à le déprécier et il est vrai qu'il est de plus en plus inactuel. Après lui, qui osera encore dénoncer la sinistrose actuelle, celle du Contre-Désir et des passions tristes ? 

- Abnousse Shalmani: "J'ai péché, péché dans le plaisir". La redécouverte de 3 grands personnages: la poétesse iranienne Forough Farrokhzad (que l'on vient de traduire et d'éditer en français), d'une modernité et d'une liberté de pensée remarquables, le poète Pierre Louÿs et son grand amour Marie de Régnier. Les vies extraordinaires de femmes qui firent "le choix de la passion amoureuse, poétique ou sensuelle, au risque de s'y consumer..."; Un livre résolument inactuel.



samedi 4 juillet 2026

Nueva Germania au Paraguay

 

Le Paraguay vient tout à coup de passer au premier plan de l'actualité française avec la Coupe du Monde de foot. La Coupe du Monde, je n'ai pas la disponibilité d'esprit pour m'y intéresser mais cette soudaine émergence du Paraguay a quand même fait tilt en moi.   


Le Paraguay, c'est généralement le grand trou noir, ça n'évoque absolument rien, on sait tout juste que c'est l'Amérique Latine. C'est le grand nulle part et il est vrai que le pays a une longue tradition isolationniste (initiée par les communautés Jésuites) .

J'ai quand même eu l'occasion de m'y intéresser dans le cadre de mes études germaniques. Parce que si le Paraguay ne dit pas grand chose aux Français, il est beaucoup plus évocateur pour les Allemands. Et il est vraiment troublant que le pays vienne, justement, de battre l'Allemagne moderne.

Disons que dans le prolongement de la domination jésuite (17 et 18èmes siècles) qui s'était traduite par la création de petites communautés complétement fermées sur elles-mêmes, le Paraguay est devenu, au 19ème siècle, une petite République dictatoriale qui avait choisi, un peu comme l'ancien Japon, de vivre en complet isolement et autarcie. Le repli sur soi, la méfiance envers l'étranger, c'est toujours la ligne politique suivie par les dictateurs.

Mais le Paraguay a quand même trouvé le moyen de se quereller gravement avec ses voisins, le Brésil, l'Argentine et l'Uruguay. Ces trois larrons, réunis en une sinistre Triple Alliance, sont sortis vainqueurs du conflit (1870) en massacrant soigneusement la population paraguayenne. A l'issue de 6 ans de guerre, celle-ci se serait ainsi effondrée, dégringolant de 800 000 à 300 000 habitants.

Et surtout, il n'aurait subsisté qu'un homme pour 3 ou 4 femmes. Un effrayant génocide complétement oublié aujourd'hui, sauf des Paraguayens qui continuent de porter ce traumatisme. Ce drame a, en fait, préfiguré les grandes exterminations de masse du 20ème siècle.

Et peu de temps après, à la fin du 19ème siècle, est intervenu, au Paraguay, l'épisode Nueva Germania.

Ca a été le projet d'un nationaliste allemand, Bernhard Förster, rêvant de créer, en ces terres vierges, une nouvelle Allemagne digne de l'utopie aryenne et antisémite alors naissante. Il a alors réussi à entrainer dans cette aventure quelques dizaines de familles allemandes.

Il est à noter que ce sinistre Förster était l'époux d'Elisabeth Nietzsche, la sœur adorée du célèbre philosophe. Ce dernier détestait absolument son beauf mais ne parvenait pas, pour autant, à renier sa sœur chérie.

Quoiqu'il en soit, le projet a vite rencontré une foule de difficultés (insécurité, maladies, rentabilité économique) et Förster, confronté à cet échec lamentable, a fini par se suicider.

Mais Nueva Germania continue néanmoins d'exister aujourd'hui et demeure bien connue aujourd'hui. Il s'agit d'une petite communauté rurale d'environ 5 000 habitants située à 300 kms de la capitale Asuncion. On continue d'y parler allemand et on y entretient le souvenir de la vieille Allemagne. Nueva Germania a probablement été  un refuge pour d'anciens nazis et, notamment, pour le sinistre docteur Mengele.

Quoi qu'il en soit, le Paraguay, c'est un pays bien mystérieux qui a longtemps vécu "à l'écart" et replié sur lui-même avec pour conséquence le recours aux dictatures (des Jésuites puis des militaires).

Il affiche, quand même, une particularité démocratique: c'est l'un des rares pays d'Amérique Latine où une langue indigène, le Guarani, est reconnue comme langue officielle aux côtés de l'espagnol.


Je recommande: 

- Christophe Prince, Nathalie Prince: "Nietzsche au Paraguay". Un livre merveilleux racontant une histoire folle rythmée par le délire, la maladie, la violence, la ruine. Un présage sinistre des massacres nazis à venir.

- Guy Boley: "A ma sœur et unique". Un autre magnifique livre narrant l'amour inconditionnel entre Nietzsche et sa sœur. C'est d'autant plus troublant que leurs personnalités étaient très différentes, voire opposées.

- Michel Foucault : Conférence de 1966 "Les utopies réelles ou lieux et autres lieux". Sont ici évoquées les fameuses communautés jésuites du Paraguay. Celles-ci auraient instauré "le communisme le plus parfait". terres et troupeaux appartenaient à tout le monde et les maisons, toutes identiques, étaient disposées en rangs réguliers le long de deux rues qui se coupaient à angle droit. Et les Jésuites réglementaient entièrement les heures de travail et de repos de la communauté. Une société entièrement fermée sur elle-même qui travaillait pour les seuls bénéfices (considérables) de la société de Jésus.

- le film de Roland Joffé: "Mission" (Palme d'or 1986 à Cannes) qui raconte la fin des républiques autonomes des Jésuites du Paraguay








samedi 27 juin 2026

Des Hauts-de-France à la Mongolie

 

J'étais, ces derniers jours, dans la région qu'on appelle aujourd'hui les Hauts-de-France. Ca fait plus noble et distingué que l'ancienne dénomination, Nord/Pas-de-Calais.


Mais je trouve ça judicieux. Il est important de réhabiliter les pays qu'on dit moches. Je suis sensible à ça, moi qui viens d'un pays longtemps qualifié comme tel. Un pays moche invite davantage à réfléchir et à dépasser les apparences.

 

Evidemment, les évolutions sont très lentes. Parce que si j'ai rencontré, en masses, des Belges et des Hollandais, en revanche, des touristes venant du Sud de la France, ça semble une espèce rarissime, tant les préjugés demeurent forts. 


Mais je ne vais pas parler des Hauts-de-France (qui comprennent aussi la Picardie). C'est trop vaste et je n'ai pas les compétences. Je dirai simplement que ça m'a bien plu. Des paysages romantiques, des architectures de rêve, on en trouve beaucoup. La mélancolie, c'est cela qui est émouvant.
 

J'ai en fait consacré mes quelques jours de tourisme aux lieux qu'avait hantés Guillaume de Rubrouck.


C'est un personnage important, l'un de ceux qui ont façonné l'Histoire du monde. On l'a redécouvert il y a seulement quelques décennies avec la traduction et la réédition de ses écrits.


Il est né et a vécu quelque temps, au 13ème siècle, dans la petite ville de Rubrouck, située à quelques kilomètres au Sud de Dunkerque. 


Il était un moine franciscain érudit qui avait rencontré Saint-Louis à Chypre puis l'avait suivi en Egypte et au Moyen-Orient.



A cette époque, la grande angoisse, c'était le péril mongol, la nation qui dominait alors le monde et menaçait d'anéantir la chrétienté. Des récits terrifiants couraient à leur sujet.


Saint-Louis a alors désigné Guillaume de Rubrouck comme son ambassadeur auprès des Mongols et lui a demandé d'aller les rencontrer pour conclure avec eux un accord de paix.


Guillaume de Rubrouck s'est bien sûr exécuté et a entrepris un fantastique voyage en direction de la capitale Karakorum située à plus de 5 000 kilomètres. 


Guillaume de Rubrouck a donc précédé de deux siècles Marco Polo dans l'exploration de l'Asie Centrale. Inutile de préciser qu'il fallait un immense courage physique et moral pour conduire à bonne fin pareille entreprise, accompagné de seulement quelques personnes. L'insécurité et la probabilité de mauvaises rencontres étaient considérables.


Aller et retour, le voyage de Guillaume a tout de même duré 2 ans, semé d'embûches et d'accidents.
 

Mais il a été couronné de succès puisque Guillaume de Rubrouck est parvenu à rencontrer l'Empereur mongol, petit-fils de Gengis Khan, qui lui fait bonne impression par sa tolérance affichée envers les différentes religions. 


Il s'est même voulu rassurant et a demandé à Guillaume de transmettre son message et ses lettres en Occident.  "De même que Dieu a donné à la main plusieurs doigts, de même il a donné aux hommes plusieurs voies".


La mission de Guillaume de Rubrouck a peut-être donc évité à l'Europe occidentale d'être envahie par les Mongols. Ceux-ci se sont finalement limités à la Russie mais leur domination y a tout de même duré jusqu'au 15ème siècle.  On n'est pas d'ailleurs pas sûrs, aujourd'hui encore, que les Russes se soient bien remis du traumatisme du joug mongol. C'est peut-être la racine de la violence et de la brutalité russe. 


Guillaume de Rubrouck a donc été le premier grand diplomate des relations entre le Royaume de France et la Mongolie.


Et le plus merveilleux, c'est qu'il a laissé, à la postérité, le récit magnifique de son aventure en Asie Centrale. On l'a redécouvert et retraduit il y a seulement une quarantaine d'années.


Et on peut dire aujourd'hui de Guillaume de Rubrouck, qu'il a été le premier et le plus  formidable écrivain-voyageur, réceptif et sans préjugés (sauf envers les chrétiens nestoriens). 


Il est sans doute même plus important que Marco Polo ("un marchand qui se prend pour un ambassadeur") qui lui est postérieur de deux siècles et qui inventait et fabulait beaucoup.

 
Ce n'est nullement le cas avec Guillaume de Rubrouck. On est d'abord frappés par la lucidité et l'impartialité de ses analyses et on le sent admirateur des Mongols.


Et je précise enfin que dans la ville de Rubrouck, on trouve encore la maison de Guillaume. Celle-ci abrite un petit musée qui est un haut lieu d'échanges et de relations culturelles et diplomatiques entre la France et la Mongolie.

Si vous voulez donc vous imprégner d'un parfum de Mongolie en vous évitant les fatigues d'un long voyage, venez donc faire un petit tout à Rubrouck et dans les Hauts de France. 


Mes petites photos prises sur la Côte d'Opale, à Boulogne, à Bergues, à Cassel et à Rubrouck. 

Je recommande :

- Guillaume de Rubrouck: "Voyage dans l'Empire Mongol 1253-1255". C'est en poche Payot avec de remarquables introduction (Jean-Paul Roux) et préface (Claire er René Kappler). 

- Stanley Steward : "L'Empire du vent". Le récit d'une longue randonnée, à cheval, en Mongolie au début du siècle. De l'aventure et de l'Histoire narrées par une écrivain irlandais.

- Jack Weatherford: "Gengis Khan et les dynasties mongoles". Comment les armées mongoles, composées d'une centaine de milliers de guerriers, ont pu conquérir, entre la fin du XIIème siècle et le début du XIIIème, un territoire bien plus important que celui de Rome, d'une superficie équivalant, en fait, au continent africain. Ce livre passionnant montre que les Mongols n'étaient pas seulement de grands guerriers mais aussi, une fois vainqueurs, de grands administrateurs.