samedi 26 mai 2018

Psychologiquement incorrect



Dans ma nouvelle boîte, je vais bientôt avoir un "coach". 
Ou là, là ! Est-ce que j'ai une tête à avoir un coach ? que j'ai dit.
Ça concerne toute l'équipe de direction... qu'on m'a répondu.
Ça devrait m'aider à être plus stratège, à savoir décider, à avoir une vie professionnelle harmonieuse dans laquelle mes objectifs individuels et ceux de l'entreprise se rencontreront.

Ça me laisse rêveuse ! Jusqu'où va-t-on aller ?

Et puis, autour de moi, il y a toutes ces copines qui font du yoga, de la réflexologie, de la sophrologie ou de la méditation alors que, moi, je me contente d'aller, bêtement, à la piscine ou de courir dans le Parc Monceau. Leurs trucs, ça m'apparaît mystico-fumeux mais elles en retireraient, paraît-il, un bien fou.



On est maintenant envahis de "professionnels" du développement personnel. Toutes les librairies sont  encombrées de bouquins insipides et simplistes consacrés au bien-être, au bonheur en 20 leçons, à l'épanouissement personnel. A la radio, dans tous les médias, il y a plein de bons docteurs qui nous encouragent.

Dans son boulot et sa vie professionnelle, on ne se sentirait jamais assez bien dans sa tête et dans sa peau. Heureusement qu'il y a tous ces spécialistes qui viennent nous aider à nous découvrir nous-mêmes.


On vit maintenant sous l'injonction du bonheur obligatoire, de la "vie réussie". C'est le triomphe de la psychologie positive. On aurait tous un sacré potentiel. Simplement, il faudrait vouloir.


Il faudrait arriver à s'aimer soi-même, avoir davantage d'estime de soi. Il faudrait positiver: se répéter, par exemple, chaque jour, qu'à tous points de vue, on va de mieux en mieux.


Il faudrait faire preuve de force de caractère pour réaliser ses aspirations, devenir ce que l'on est.
"Si on veut, on peut", comme disent tous les imbéciles.


Cette psychologie du développement personnel est navrante, bête à pleurer, guère plus évoluée que la méthode Coué. On a l'impression qu'on a guère avancé et plutôt même régressé, depuis un siècle, dans la connaissance du psychisme humain. On a jeté au panier la psychanalyse pour lui substituer un volontarisme boy-scout.


C'est surtout édifiant et lénifiant: de la "moraline" à haute dose.


Ça vise bien sûr à renforcer le contrôle social, à nous rendre dociles et disciplinés, des gens productifs et responsables, ayant complètement intégré les exigences de la vie professionnelle et de sa réussite.


Mais ça vise également à évacuer nos folies privée, à faire le silence sur ce qu'il y a de plus irréductible en nous, ce dont on ne veut absolument pas entendre parler: le chaos de nos vies, l'angoisse, la haine qui nous menacent sans cesse;  tout ce qui fait que rien dans notre psychologie n'est correct.

Nos sourires affichés, notre volontarisme bêta, ne sont que l'envers de notre détresse, de notre ambivalence essentielle. Mais cela, il faut le cacher à tout prix.


Tableaux d'Ornela VORPSI, romancière et plasticienne née en 1968 à Tirana. Il est à noter qu'Ornela Vorpsi s'exprime en albanais, en italien et en français. Elle vient de publier: "L'été d'Olta".

samedi 19 mai 2018

Les routes de la Soie


On a tous rêvé de faire "la route de la soie".


Moi, j'ai la chance d'en avoir fait une grande partie. Il ne me manque plus qu'un morceau de Pakistan et de Chine ou alors la traversée du Turkménistan, Tadjikistan et Kirghizistan.


Il faut dire que si ça n'est peut-être pas très évocateur pour les Français, l'Asie Centrale, de même que la Sibérie, ça structure très fortement l'imaginaire des Russes.


La conquête de l'Asie Centrale, ça a en effet été une épopée fabuleuse faite d'aventures et de destins tragiques. Il a fallu un courage inouï aux explorateurs et armées russes pour affronter des populations hostiles et cruelles. C'est en plus une histoire assez récente achevée seulement à la fin du 19 ème siècle. Adolescente, je me suis ainsi repue d'histoires merveilleuses et insensées.


Il faut dire aussi que l'Asie Centrale, avant qu'elle ne soit islamisée, a été la terre d'éclosion du Zoroastrisme, une religion à la quelle je suis très sensible puisque j'ai, autrefois, vécu à Téhéran chez des Zoroastriens.


C'est un peu dans ce contexte que je me suis retrouvée, ces dernières semaines, en Ouzbékistan, même si c'était surtout pour des raisons professionnelles.


Exprimons d'abord une déception. Si vous pensez rencontrer l'aventure en vous rendant en Ouzbékistan, vous pouvez tout de suite déchanter. Il y a longtemps que le pays est quadrillé par les Tours Operators et envahi par des cohortes de retraités essayant de tromper leur ennui. Dans 10 ans au plus tard, les villes d'Ouzbekistan seront devenues de grands parcs d'attraction, des usines à touristes, comme il en existe tant en Europe. 


On a tout de suite le sentiment d'emprunter des chemins ultra-balisés et il est facile de ne rencontrer, en dehors des marchands de souvenirs, aucun Ouzbek. On fait plus de 7 000 kilomètres pour rester entre soi.


Ce sont les ravages de la mondialisation: il n'existe plus que des villes-musées, des villes récréatives. Ça se retrouve dans l'architecture. Tout a été retapé, refait de neuf.  C'est assez réussi, c'est même beau mais c'est mort, ça fait décor théâtral.


Et puis les paysages en Ouzbékistan, hormis la vallée du Ferghana, sont vraiment d'une désolante platitude et vacuité. La steppe, c'est émouvant, impressionnant, de prime abord mais on s'en lasse très vite.


Mais bon ! Je ne voudrais pas non plus apparaître négative. Il faut reconnaître que les sites sont époustouflants et que l'art et la culture islamique atteignent ici des sommets (même si c'est à mes yeux un cran en dessous de ce que l'on voit en Iran).


Surtout, j'ai beaucoup apprécié la population ouzbèque: charmants, attentifs, hospitaliers, aimant la fête. Pour moi, lier connaissance était facile: presque tout le monde parle russe mais aussi persan (la forte minorité tadjike). Pendant quelques semaines, j'ai eu l'impression d'être une vraie star.


Et puis, j'ai été fascinée par le cosmopolitisme étonnant du pays, son multilinguisme, surtout à Tachkent. On y rencontre beaucoup de Coréens, de Japonais, d'Allemands, de Polonais. Ce sot évidemment les conséquences de l'Histoire.

































Photos de Carmilla Le Golem. J'en ai sans doute posté beaucoup trop mais on a toujours du mal à se censurer. Du moins, je ne vous embêterai pas, pendant plusieurs semaines, avec l'Ouzbékistan.

Mon blog n'ayant ni vocation ni, surtout, prétention à être guide touristique, mes images ne sont pas classées par site mais en fonction de simples critères esthétiques. Vous trouvez donc, pêle-mêle, des images de Khiva, Boukhara, Samarkand, Tachkent. Vous noterez toutefois, parmi les dernières images, une photo de l'Amour-Daria et de la frontière avec le Turkménistan. Elle précède l'image d'une tombe en pleine steppe. Celle-ci est surélevée, ce qui est contraire à l'usage islamique d'enterrer les morts en pleine terre. Ce serait une survivance zoroastrienne.

Enfin, si vous vous intéressez à l'Asie Centrale, je vous recommande trois livres:

- "Sovietistan - Un voyage en Asie Centrale" d'Erika FATLAND
- "Le Grand Jeu - Officiers et espions en Asie Centrale" de Peter HOPKIRK
- "Voyages d'un faux derviche dans l'Asie Centrale" de Armin VAMBERY

Ça pourra être le prélude à votre propre voyage en Ouzbekistan. Je vous le conseille: c'est un pays très facile, très sûr et très bon marché.