samedi 17 novembre 2018

De l'Histoire

L'Histoire, on a tendance à penser qu'elle est enseignée partout de la même manière et avec le même contenu.

Rien n'est plus faux, j'en sais quelque chose. C'est d'ailleurs un sujet que j'évite d'aborder avec des Français: on n'a jamais ni les mêmes repères ni les mêmes points de vue. L'histoire, c'est vraiment la matière la plus politique et la plus idéologique qui soit. On ne voit que midi à sa porte.

Par exemple, j'ai regardé avec intérêt, dimanche dernier, la cérémonie du centenaire de l'armistice du 11 novembre à Paris. Elle a réuni, paraît-il, 72 chefs d’État et de gouvernement. Mais qui a pu y "retrouver ses petits", hormis les Français ?

D'abord cette étrange conviction des Français que leur pays a le plus souffert et qu'il a été le principal théâtre des opérations militaires (ça vaut aussi, et même davantage, pour la seconde guerre mondiale). Verdun, la Marne, le chemin des Dames, quelle barbe ! Tout ce qui s'est passé en Europe Centrale et de l'Est, ça semble à peu près anecdotique (même s'il y a eu, en fait, davantage de morts). Les héros, c'est les Français, les Anglais et les Américains et tant pis pour les autres.


Par rapport à cette vision, les appels à dépasser le nationalisme apparaissent évidemment un peu incongrus.

Et puis, s'agissant du nationalisme, il faut tout de même rappeler que c'est la France elle-même qui a promu l'Europe des Nations au lendemain de la guerre. Il fallait à tout prix abolir les Empires (ottoman, d'Autriche-Hongrie, d'Allemagne), synonymes de despotisme et d'archaïsme, et faire droit aux revendications territoriales des communautés nationales.

Pourquoi pas mais on commence à se rendre compte que les Nations, ça peut être encore plus effrayant que les Empires. Il est par exemple de bon ton, aujourd'hui, de vilipender la Hongrie de Viktor Orban mais la France oublie que c'est elle-même qui a créé la Hongrie actuelle avec tout son potentiel identitaire explosif.


Surtout, les Français considèrent que l'armistice de 1918, ça a consacré la fin des hostilités et la paix universelle en Europe. C'est incroyablement réducteur ! Ça a sans doute été vrai en France mais partout ailleurs, dans les anciens Empires, on a assisté à une explosion des violences et des guerres civiles. Ça a duré au moins jusqu'en 1923 et ça a peut-être été encore plus épouvantable que la Grande Guerre.


Étrangement (scandaleusement ?), c'est complétement occulté en France. Je m'étonne ainsi qu'on y ignore presque totalement, sur cette période des années 1910-1920, des événements historiques qui m'apparaissent pourtant majeurs. Je citerai ainsi :

- l'effondrement austro-hongrois face à l'armée russe au début de la guerre au point que Vienne a été menacée;
- la bataille de Tannenberg;
- la création d'une République démocratique d'Ukraine occupée par l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie.
- la renaissance de la Pologne avec pour Président un grand pianiste et musicien Ignacy Paderewski. Puis la guerre entre la Pologne et la Russie allant d'une occupation de Kiev par l'armée polonaise au "miracle de la Vistule".
- la révolte spartakiste à Berlin avec Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg;
- la révolution communiste de Béla Kun en Hongrie suivie de l'occupation de Budapest par les Roumains;
- la guerre civile en Finlande;
- l'intervention de corps francs allemands dans les pays baltes. L'accession provisoire à l'indépendance de l'Estonie, Lettonie, Lituanie.
- les guerres civiles russes (plus de 3 millions de victimes) avec de multiples interventions extérieures, notamment française et britannique mais aussi les légions tchècoslovaques et des chefs contre-révolutionnaires fous et mystiques: Denikine, Koltchak, l'effrayant baron Ungern-Sternberg;
- la terrible guerre gréco-turque s'achevant avec la catastrophe de Smyrne (Izmir).

Bien sûr, cette énumération ne recouvre que mes propres références. Elle est donc tout aussi partielle et partiale. Et puis, je suis mal placée pour donner des leçons parce que je ne connais moi-même pas bien l'histoire de France ni non plus celle d'une infinité de pays.

Simplement, je veux souligner que l'Histoire, telle qu'on l'enseigne aujourd'hui, est toujours partisane et tronquée; elle est un véritable instrument de propagande, faux et réducteur.

Alors, il serait peut-être bon, à l'heure où l'on proclame l'urgence à lutter contre les nationalismes, d'enseigner non plus une histoire française ou allemande ou italienne mais une histoire européenne. Ce serait un grand pas vers plus de tolérance, de compréhension mutuelle et de sentiment d'unité.

Images de Jacques TARDI (né en 1946) illustrant, principalement, les aventures d'Adèle Blanc Sec. Des images saisissantes, un démenti radical à ceux qui doutent que la BD soit un art..

Si vous vous intéressez aux lendemains de la 1ère guerre mondiale en Europe, je vous recommande "Les vaincus" (Seuil-septembre 2017) de Robert GERWARTH.

samedi 10 novembre 2018

Eloge des frontières: transgenres, animaux et mourants

Nos sociétés semblent d'une compassion et d'une sollicitudes infinies. Jamais, sans doute, on ne s'est montrés autant "à l'écoute".

Il s'agit surtout de "faire droit" à des revendications qui semblent entièrement légitimes, il s'agit d'abolir tout ce qui sépare, tout ce qui divise.

Si j'en juge d'après les piles de livres de la FNAC au rayon "société", on se passionne, en ce moment, pour le droit inconditionnel au changement de genre, pour le droit des animaux, pour le droit à l'euthanasie. Si on ose exprimer des réserves sur ces questions, on est tout de suite qualifié de brontosaure ultra-réactionnaire, de cul-bénit catho, de défenseur des prédateurs sexuels, des bouchers et des chasseurs.

Moi, j'aime bien les animaux, je trouve "sympas" les fêtes LGBT et je suis bien sûr sensible à la souffrance des mourants. Mais je ne suis pas sûre que cette étrange et soudaine passion pour l'abolition des différences (entre l'homme et la femme, entre l'homme et les animaux, entre la vie et la mort) n'ait un sinistre revers: celui de l'effacement de l'homme autonome, responsable (tel que l'avait défini la philosophie des Lumières), capable d'affronter son destin.


La proposition qui suscite le plus d'enthousiasme, c'est celle relative à la légalisation de l'euthanasie. Comment, en effet, ne pas souhaiter une mort apaisée, une mort "digne" (?), aux malades en phase terminale? Et d'ailleurs, n'y-aurait-il pas des vies qui ne valent plus d'être vécues ?

Peut-être ! Mais quel est aussi ce besoin irrépressible de confier à d'autres, à des "experts médicaux", le soin de fixer la date et les modalités de notre mort ? J'ai toujours considéré avec suspicion ces lobbies et groupes de pression, évidemment constitués de gens bien portants, qui font campagne pour abréger la vie des malades (qui, eux, n'ont évidemment pas été consultés).

Une bureaucratisation de notre mort, voilà à quoi l'on aspire aujourd'hui. Une mort administrée par un État tout puissant, une mort sans souffrance et sans angoisse. L'idéal, ce serait de mourir de manière totalement imprévue (une simple injection létale) et durant son sommeil.



L'attitude générale, c'est maintenant celle d'une certaine lâcheté avec le refus d'affronter la dimension la plus personnelle du tragique de notre existence. Il y a déjà longtemps que la vie a été désacralisée, maintenant c'est la mort que l'on veut désacraliser: en faire un événement banal, anodin, aussi insignifiant, aussi médiocre, que l'a été notre passage sur terre. La mort en continuité parfaite, sans rupture, avec la vie. Et d'ailleurs, les morts, on se dépêche de les évacuer, on ne leur offre même plus de sépulture, on disperse leurs cendres dans la nature.

L'expropriation de notre mort, c'est la face ignominieuse de notre rage à légiférer. A ceux qui invoquent une mort digne, on peut rétorquer qu'existe, de toute manière, cette possibilité; librement choisie, elle est, certes, en dehors de toute réglementation: c'est celle du suicide.

En réalité, face à la mort, la conduite à tenir ne s'énonce pas en réglementations et en propositions abstraites mais en attitudes concrètes, tant du côté du malade que du médecin.



Notre passion à légiférer concerne aussi, aujourd'hui, les animaux.

Comment être insensible à la souffrance animale ? Comment ne pas être révulsé par les conditions faites aux animaux d'élevage, leur tuerie atroce dans les abattoirs. Ça ne m'est jamais arrivé mais c'est sûr que j'aurais du mal à fréquenter un boucher, un charcutier ou volailler.

On a donc tous applaudi quand un amendement au Code Civil a reconnu, en 2015, que "les animaux sont des êtres vivants doués de sensibilité" et non plus, comme auparavant, "des biens meubles".


 C'est très bien mais on cherche ensuite à aller bien au-delà. Il y a maintenant une forte pression pour que soient reconnus "des droits" aux animaux.

Des droits ? Même si personne ne sait comment les animaux pourront être amenés à faire valoir ces droits. Et si ces droits concerneront tous les animaux ou les seuls animaux domestiques et d'élevage. Quid des moustiques, des mollusques, des bêtes sauvages ou des prédateurs qui n'ont qu'une vision très confuse du Code Pénal ? Et sur quoi vont porter ces droits ? Le droit à la protection ? Le droit d'occupation d'un territoire ? C'est compliqué, compliqué.



Mais les problèmes ne sont peut-être pas là. L'impression est en effet que l'affichage exacerbé d'un amour inconditionnel pour les animaux, la revendications de "droits" en leur faveur, vont de pair avec une haine et une dépréciation de l'homme.

On croule en effet, aujourd'hui, sous les études, les publications, les bouquins, vantant les capacités extraordinaires des animaux: pas seulement leur intelligence (qui serait supérieure, dans la plupart des cas, à celle des enfants ou des personnes âgées), mais leur sociabilité, leur esprit de famille, leur solidarité, leurs capacités de communication etc....

Il s'agit, en bref, de nous faire comprendre et de nous persuader que les animaux ont autant de capacités que nous, qu'ils sont, en fait, des humains comme nous ou plutôt que "les humains sont des animaux comme les autres".

Il y a une sombre délectation à affirmer cela. C'est le credo du mouvement anti-spéciste (incarné en France par le suffisant et insuffisant Aymeric Caron). On voudrait faire croire que l'homme est totalement immergé dans la Nature, qu'il ne s'en différencie pas, qu'il lui est soumis. Il y aurait donc une continuité, et non une rupture, entre l'homme et l'animal.

Au final, compte tenu de cette identité de nature, les droits à accorder aux animaux devraient être les mêmes que ceux accordés aux hommes, ce qui revient à dire que les droits accordés aux hommes devraient être réduits à ceux des animaux.


Après les mourants et les animaux, on est, enfin, pleins de compassion, pour les transgenres. Certes, les réticences sont un peu plus marquées mais ce n'est qu'une question d'accoutumance. Bientôt, les couples modernes s'interdiront de préciser le sexe de leur enfant qui vient de naître. Il faut savoir respecter et ne pas forcer le choix qu'il sera amené, plus tard, à faire.

J'en ai déjà parlé la semaine dernière et, en ce moment, est projeté, sur les écrans parisiens, un film "Girl" de Lukas Dhont. C'est d'une totale nunucherie mais personne n'ose le dire et il n'y a que des éloges. L'idéologie transgenre, ce n'est en fait que le refus du corps et de la sexualité.

On préfère vivre dans le rêve, dans le déni du réel, on préfère croire que tout est possible. Pourtant, il faut le dire tout net: la revendication transsexuelle est exorbitante, elle n'est qu'un fantasme. Et un fantasme, comme l'a souligné Jacques Lacan, c'est l'impossible.

Jamais donc, un homme ne sera une femme et inversement. Le transgenre, dût-il subir de multiples interventions chirurgicales, est condamné à un éternel inassouvissement. On s'empresse cependant aujourd'hui d'offrir une réassignation sexuelle à toute personne qui éprouve une dysharmonie entre son corps et son psychisme.


Au total, le sentiment prévaut que l'humanité se sent à bout de souffle et qu'elle est rongée par l'inquiétude de sa disparition avec le catastrophisme écologiste.

L'homme refuse aujourd'hui d'affronter la mort, il se détourne de la sexualité et il rêve de faire l'animal. C'est pourquoi, il abolit aujourd'hui, avec rage, toutes les frontières, il quitte son piédestal, il rêve de sombrer dans l'indistinction. Il organise ainsi sa disparition programmée.

Rappelons pourtant que c'est en luttant contre la mort, en affrontant son destin, en s'arrachant à la Nature que l'humanité s'est constituée.

Images de: Amadeo de Souza Cardoso (Portugal), Kwon Kyung Yup (Corée du Sud), Leonor Fini (Argentine, France), Ernst Haeckel (lithographie de sciences naturelles), Ferdinand Bauer (1760-1826), Hashimo Kansetsu (Japon), Okusaï (Japon), Paul Klee (Suisse), Deborah Van Auten (USA).

Ce post m'a été inspiré par l'excellent livre de Jean-François Braunstein: "La philosophie devenue folle".
Je conseille également le livre d'Etienne Bimbenet: "Le complexe des trois singes: essai sur l'animalité humaine".

Enfin, dans le prolongement troublant de ce post, je recommande vivement le film de Claire Denis: "High Life". Le sombre pressentiment de la fin de l'humanité.

A un autre niveau, je recommande également "Un amour  impossible" de Catherine Corsini adapté d'un roman de Christine Angot.

Et enfin, un très beau film du Kazakh Samal Esljamova: "La tendre indifférence du monde".

samedi 3 novembre 2018

La civilisation du mépris des corps

Hier, c'était le jour des morts.

Mais on n'y prête guère attention en Europe de l'Ouest. Et d'ailleurs, on confond généralement le jour des morts (le 2 novembre) avec la Toussaint (le 1er novembre).

Les morts, on veut les oublier et les effacer bien vite, les réduire à  de simples images, des albums souvenir.


Dire que la société de consommation se construit sur le déni de la mort, c'est une banalité.

 
En fait, ça va bien au-delà: le déni de la mort, le rêve d'immortalité, est aussi un mépris des corps. Les corps, on n'y attache plus guère d'importance, on peut les manipuler, les triturer, voire les faire disparaître. On dit qu'ils ne fonderaient plus notre identité personnelle et sexuelle.

Déjà, les cimetières sont appelés à disparaître. Presque tout le monde se fait maintenant incinérer. Il est facile d'invoquer des problèmes de place disponible ou d'hygiène. Il n'y a que les Juifs et les Musulmans qui refusent encore cette pratique.


Et puis on exhibe de moins en moins son corps, on cherche à le dissimuler. Pour une femme, il y a longtemps que l'ère des jupes, des high-heels, du maquillage, est révolue. On préfère les vêtements informes, passe-partout, on cherche à être des petites souris grises. Ne pas se faire remarquer, c'est la préoccupation première même si on la justifie par un souci de tranquillité. Le puritanisme n'a pas seulement envahi nos cœurs, il a aussi envahi nos apparences.


D'ailleurs, on n'aime pas nos corps. On les juge imparfaits, mal fichus, plein de défauts, presque obscènes.

D'où le recours croissant à la chirurgie esthétique.

D'où l'intérêt accru, aussi, pour les "pensées" spiritualistes: le bouddhisme, le yoga, le développement personnel, la psychologie positive mais aussi les Cathares, la Gnose et les Bogomiles.
 

On voudrait maîtriser intégralement son corps, se libérer de sa cage, on voudrait devenir de purs esprits.

C'est d'ailleurs l'avenir qui nous est promis avec le transhumanisme. Il suffira bientôt de télécharger les processus de sa conscience pour accéder à une immortalité débarrassée des  aléas du corps.

Le transhumanisme, ce sera un monde sans sexe.


Mais on a, à vrai dire, déjà atteint ce stade avec la théorie du genre, importée des Etats-Unis avec Judith Butler et ses nombreux comparses, en passe de devenir l'idéologie officielle. Il faudrait surtout bien comprendre que notre identité personnelle et sexuelle n'a rien à voir avec notre sexe anatomique. Et d'ailleurs, parler encore aujourd'hui de transsexuels plutôt que de transgenres est non seulement ringard mais profondément réactionnaire. Il n'y aurait, en effet, pas seulement deux sexes, le masculin et le féminin, mais une éventuelle multiplicité. L'homme, la femme, ce ne sont que des constructions sociales, des effets de discours. Il y aurait plutôt une fluidité dans le genre qui permet de passer, avec aisance, d'un sexe à l'autre. C'est le genre qui fonde le sexe et non l'inverse. C'est la conviction personnelle, l'esprit, qui l'emporte sur le corps.

















Ces élucubrations me laissent un peu sceptique. Que le modèle hétérosexuel soit obsolète, je veux bien le reconnaître. Mais est-ce que ça peut faire rêver l'autre modèle proposé par le mouvement LGBT, celui du transgenre ? L'abolition de la dualité homme-femme, ça m'apparaît sinistre: se construire uniquement par rapport à soi-même, dans la seule réalisation de ses fantasmes, ça ne débouche que sur l'exaltation narcissique et ça a vite fait de sombrer dans un kitsch à la Conchita Wurst. C'est peut-être même totalitaire parce que refuser l'altérité, c'est aussi refuser la rencontre, l'incertitude, tout ce qui peut vous bouleverser, déstabiliser, remettre en cause; bref, c'est refuser l'amour.


Délivrez-nous de nos corps et de nos sexes, c'est cela le rêve des écoles transhumanistes et transgenres.

Et c'est en bonne voie puis qu'avec la P.M.A. (procréation médicalement assistée), la reproduction est désormais dissociée de la sexualité. Bientôt, on pourra totalement s'en passer et se dupliquer tous selon notre bon vouloir.


Les corps disparaissent donc, ils s'effacent de nos consciences.

Mais on assiste peut-être à une petite rébellion. J'en veux pour preuve l'extraordinaire mode du tatouage qui commence à toucher toutes les classes et tous les âges. On a rarement noté que c'était concomitant avec l'effondrement des religions promettant la résurrection des corps. Est-ce que le tatouage n'a alors pas pour fonction de sortir le corps de son insignifiance, de lui redonner sens, de lui permettre de recouvrer son statut de corps glorieux ?


Images de Franciszek STAROWIEYSKI (1930-2009), célèbre affichiste polonais.

Comme je recense, dans ce post, beaucoup de mes préoccupations vampiriques, j'ai placé, en exergue, une image iconique de moi-même, confondante je vous l'assure.

samedi 27 octobre 2018

Mes feuillets d'automne


Je le dirai tout net: la "rentrée littéraire" française d'automne, celle qui fait les prix, m'a déçue. Habituellement, il émerge trois ou quatre très bons bouquins, de ceux qui feront plus ou moins date.

Mais cette année, c'est vraiment moyen, moyen. Il est vrai que je ne pas lu Philippe Lançon (par lassitude de l'évocation des attentats en France) qui semble rallier tous les suffrages. Et puis, je me suis endormie sur le Jérôme Ferrari ("A son image"), en dépit de son analyse intelligente de la photographie et j'ai carrément détesté "Désintégration" d'Emmanuelle Richard même si son écriture est superbe; mais plus pleurnichard, plus aigre, plus misérabiliste, il n'y a pas.



Alors, je me suis rabattue sur la littérature étrangère. Mais je ne suis quand même pas allée bien loin parce que trois chefs d’œuvre, qui marqueront la littérature mondiale, ont récemment été publiés mais je n'ai pas eu le courage de m'y attaquer (plus de 1 000 pages, denses, pour deux d'entre eux et plus de 600 pages pour le plus léger). Il s'agit de Paul Auster ("4 3 2 1"), Ludmila Oulitskaïa ("L'échelle de Jacob") et Olga Tokarczuk ("Les livres de Jakob"). Si quelqu'un, parmi vous, est venu à bout de l'un de ces bouquins, ça me ferait plaisir qu'il m'en donne des nouvelles.

 
Hormis ces trois grands livres, voici donc ma petite liste de recommandations automnales :

- Lisa HALLIDAY: "Asymétrie". Il est rare que je lise de la littérature américaine mais, là, j'ai vraiment été conquise, emballée. Un bouquin étonnant en trois parties complétement distinctes, sans lien apparent : le récit de la liaison entre l'auteur et le grand écrivain, Philip ROTH, de près de 40 ans son aîné; les tribulations d'un jeune irakien; l'interview imaginaire de Philip ROTH. C'est piquant, drôle, transgressif.



- Elena TCHIJOVA: "La planète des champignons". Avec Sentchine et Bouïda, Tchijova est au nombre de mes écrivains contemporains russes favoris. C'est ici le récit de la confrontation de deux voisins de datchas à la campagne: une businesswoman indépendante et un traducteur de seconde zone enlisé dans ses habitudes. Si on ne connaît pas la Russie d'aujourd'hui, on apprend plein de choses, si on connaît, c'est plus vrai que nature.


- Nancy HUSTON: "Lèvres de pierre". J'adore la franco-canadienne Nancy HUSTON avec la quelle je me sens en complète affinité intellectuelle. Je n'ai pas été déçue par "Lèvres de pierre". C'est un livre un peu bizarre, mi-roman, mi-essai, dans le quel Nancy Huston établit des correspondances étonnantes entre elle-même et le monstre sanguinaire, Pol Pot. Déconcertant mais très fort: une réflexion sur le mal qui habite en chacun de nous.


- Vanessa SCHNEIDER: "Tu t'appelais Maria Schneider". Un portrait fulgurant de l'actrice du "Dernier Tango à Paris" par sa proche cousine, journaliste au "Monde" et fille du célèbre psychanalyste Michel Schneider. La vie tragique, rongée par l'alcool, le tabac, la drogue mais la vie intense, flamboyante, de la fascinante actrice. C'est à ce bouquin que j'accorderais, sans hésitation, un prix littéraire d'automne.


- Christophe DONNER: "Au clair de la lune". Un livre très différent de la production littéraire habituelle de Christophe Donner plutôt consacrée au déchirement sexuel et existentiel. Il relate ici la vie et le parcours de Nicéphore Niepce et d'Edouard-Léon Scott de Martinville, inventeurs de la photographie et de la phonographie, qui ont, littéralement, changé le monde. Leurs travaux ont pourtant été pillés par Daguerre et Edison, les privant de la gloire qui leur était normalement destinée. Ce roman, qui nous apprend plein de choses, dévoile le mystère de cette dépossession, caché dans leurs vies intimes.


Paolo RUMIZ: "Comme des chevaux qui dorment debout". J'aime beaucoup l'écrivain-voyageur italien Paolo Rumiz. En plus, il parle principalement ici de mon pays natal, la Galicie. Mais j'ai quand même été un peu déçue. Le propos est alourdi, obscurci, par la recherche des traces des militaires italiens (de Trieste) enrôlés dans l'armé austro-hongroise au cours de la première guerre mondiale et envoyés en Galicie. C'est intéressant,bien sûr, mais ça aboutit à une vision un peu étrange et réductrice de la Galicie.


- Abnousse SHALMANI: "Les exilés meurent aussi d'amour". La description d'une communauté iranienne à Paris, fantasque et cocasse, de réfugiés communistes. C'est drôle, magique, peuplé de personnages déconcertants. Je vous conseille néanmoins de lire d'abord: "Khomeiny, Sade et moi", épatant et percutant.

- Agnès DESARTHE: "La chance de leur vie". Une famille française envoyée dans une université américaine en Caroline du Nord. La France et les Etats-Unis vus à distance. Les tourments des cœurs et des corps, le besoin d'imprimer une direction à son existence mais le constat, finalement, que l'on demeure étranger à son destin.

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Je clos, enfin, ma liste en mentionnant le livre de Richard H. THALER : "Misbehaving Les découvertes de l'économie comportementale". Richard H.THALER a été Prix Nobel d'économie 2017. Je lis en effet, également, beaucoup de livres de finance, économie. Normal, c'est tout de même en rapport avec mon boulot. De toute manière, ça me passionne. Ce livre de Thaler est facile à lire. Il démontre que, contrairement aux analyses classiques, l'homme n'a pas un comportement économique rationnel. C'est novateur et j'ai été intéressée. Un reproche toutefois: l'auteur n'a vraiment pas l'esprit de synthèse. Son bouquin fait plus de 500 pages alors que 100 pages auraient largement suffi.

Photographies de Tim PARCHIKOV né à Moscou en 1983; photographe russe dont les œuvres commencent à être bien cotées.


Enfin, je vous conseille au cinéma: "Cold War" de Pawel PAWLIKOWSKI.

samedi 20 octobre 2018

La Marquise de Sade et la Comtesse de Ségur


La France touristique, je ne connais pas trop.
Mais j'aime bien, quelquefois, visiter les lieux qui ont été fréquentés par de grands écrivains. C'est comme ça que je suis allée à Charleville (Rimbaud), à Ferney (Voltaire), à Illiers-Combray et Cabourg (Proust).



Il y a quelques mois je me suis rendue en Normandie, près de L'Aigle (Orne), pour visiter les villages où ont vécu la comtesse de Ségur (Aube) et la marquise de Sade (Echauffour). Étrange coïncidence: les deux communes sont très proches l'une de l'autre (une dizaine de kilomètres), au point que la Comtesse de Ségur a probablement connu la fille du Marquis de Sade mais elle ignorait certainement l’œuvre de son père (en raison de l'omerta instaurée sur celle-ci par son fils, Claude Armand).



Grande différence toutefois: si tout le monde a entendu parler du "château des Nouettes" de la Comtesse de Ségur, à peu près personne, en revanche, n'identifie Echauffour comme un haut lieu sadien (on ne connaît que le château de Lacoste dans le Vaucluse restauré par son propriétaire, Pierre Cardin).

Pourtant, le "divin marquis" y a vécu pendant près d'une année après son mariage (1763) et le château d'Echauffour a été la résidence principale de sa femme, Renée Pélagie (1741-1810), et de ses trois enfants (Louis-Marie, Claude Armand et Madeleine Laure). Du reste, la commune d'Echauffour ne fait aucune publicité concernant son résident le plus célèbre: rien n'est indiqué et les habitants font de grands yeux quand on les interroge.


Il faut bien reconnaître que les visites tant de Aube (1 300 habitants) que d'Echauffour (750 habitants) sont décevantes. A Aube, le château des Nouettes (où la comtesse a vécu de 1821 à 1872) a été transformé en Institut Médico-Pédagogique et est fermé au public. Il faut se contenter d'un tout petit musée, très succinct et un peu ridicule. Echauffour, c'est un peu mieux: il y a d'abord l'église où les armoiries des Sade figurent en plusieurs endroits des murs et des vitraux (les Sade ont été des bienfaiteurs); il y a ensuite le cimetière où l'on trouve la tombe de la marquise de Sade et de sa fille; il y a enfin le château très beau et impressionnant mais qui est une demeure strictement privée.

Qu'importe ! J'ai quand même pu m'imprégner d'une atmosphère, d'une ambiance. J'avoue en effet être totalement fascinée par la marquise et la comtesse, complexes et énigmatiques l'une et l'autre.
 

Renée Pélagie de Sade, tout d'abord. Quand elle épouse le marquis (un mariage arrangé, d'argent pour Sade, de prestige pour Renée Pélagie), elle est une jeune fille timide et naïve mais cultivée. Étrangement, malgré tout ce qu'elle a pu endurer (la honte, l'infamie, la pauvreté, les mensonges, les insultes, l'ingratitude, les trahisons répétées de sa sœur, l'hostilité de sa mère) elle a aimé son mari d'une manière presque absolue. Elle l'a continuellement défendu et s'est battue, avec une opiniâtreté remarquable, pour le faire libérer ou adoucir son sort. Ce n'était certainement pas de la bêtise ou de la soumission mais, plutôt, l'expression d'une passion authentique et mystérieuse. René-Pélagie nous conduit à réviser toutes nos conceptions de l'amour et c'est probablement elle qui est dans le vrai.


La comtesse de Ségur, ensuite, ou plutôt, Sophie Rostopchine de son nom de jeune fille. Vivre au château des Nouettes n'avait, pour elle, rien d'une ascension sociale. Elle était issue d'une des familles les plus riches de Russie. Elle a ainsi passé son enfance à Voronovo, un immense domaine situé à 50 kilomètres de Moscou: 24 000 hectares, plusieurs villages regroupant 8 000 "âmes", un splendide château entretenu par une centaine de domestiques.


 Mais la mère de Sophie imposait à ses enfants une éducation tyrannique et martiale: knout, gifles, fessées en continu. Mal habillés pour les habituer à supporter le froid. Des lits sans couverture et matelas mais avec des journaux pour édredon. Obligation de tout faire soi-même avec interdiction de recourir aux innombrables domestiques. Privation d'eau et de nourriture à tel point que "Sophie volait souvent le pain des chevaux et lapait l'eau du chien dans son écuelle".  


L'éducation d'une mère cynique et indifférente à la douleur physique et psychologique des autres, voilà ce qu'a subi Sophie Rostopchine dans son enfance. Une espèce d'éducation sadienne pourrait-on dire.

Et d'ailleurs ça transparaît dans ses livres. De mes lectures de la comtesse de Ségur, je n'ai rien retenu des leçons de morale étriquée, de bienséance, de convenance. Être une petite fille modèle, quelle horreur, quelle abomination ! C'est ça la bêtise et la soumission. J'ai en fait lu tout autre chose.

Il y a plutôt, me semble-t-il, un véritable théâtre sadien chez la comtesse de Ségur. D'un côté, des adultes impitoyables, violents, frappant et humiliant sans cesse les enfants: madame Ficchini, les fermières, les bonnes, madame Mac'Miche. Curieusement les bourreaux sont des femmes, elles condamnent le plaisir, le vice, l'argent. Les pères, quant à eux, sont absents




















 
Et puis, de l'autre côté, se dressent, contre les mères, les petites filles. Une rébellion sourde et cruelle. C'est Sophie qui torture sa poupée en l'ébouillantant avant de l'enterrer en riant; Sophie qui découpe en petits morceaux une abeille ou qui fait mourir dans le sel de petits poissons ou abandonne un poulet à un vautour; Sophie qui prend plaisir à se défigurer, quitte à endurer les moqueries, en faisant friser ses cheveux ou en coupant ses sourcils; Sophie qui vole le pain des chevaux, qui mange avec gloutonnerie; Sophie qui fait ingurgiter de l'eau sale et de la craie à ses camarades; Sophie qui tue un écureuil etc...

Les mères s'effacent brutalement, comme mises à mort, foudroyées. Elles ont échoué à préparer leurs filles à être des épouses, à procréer. Sophie devient une libertine que rien n'arrête, une fille délurée adepte de la jouissance libre. Sophie devient Juliette, la Juliette des "Prospérités du vice".

C'est de cela que rêvent les petites filles. Les petites filles qui sont des criminelles comme tout le monde. Les petites filles tellement mignonnes parce que tellement humaines parce que tellement criminelles. Les petites filles sadiques et sadiennes.

Ci dessus, deux photographies du château de la marquise de Sade réalisées par moi-même.

Le médaillon, qui est au château d'Echauffour, représente Renée-Pélagie (c'est la seule image que nous possédons d'elle) et sa jeune sœur Anne Prospère, brûlante amante de Sade. Je vous incite à lire ses lettres au marquis: "Je jure au marquis de Sade, mon amant, de n'être jamais qu'à lui..." C'est publié au Livre de Poche (la lettre et la plume.

Si vous vous intéressez à "Renée Pélagie marquise de Sade", je vous conseille vivement le livre de Gérard Badou, en poche chez Payot. Sur le marquis lui-même, outre les incontournables Pauvert, Lely, Lever, je recommande Jean-Claude Hauc: "Sade amoureux".

S'agissant de la comtesse de Ségur, j'ai bien aimé "La comtesse" de Christophe Fiat (qui formule les bonnes interrogations) et "La comtesse de Ségur, un destin romanesque" de Marie-Joséphine Strich.

Enfin, dans le prolongement de ce post, je vous invite à aller voir le dernier film de Lars von Trier: "The house that Jack built". Accrochez-vous bien quand même et ne venez pas ensuite me reprocher de vous y avoir envoyés: vous êtes adultes, je suppose. Disons que c'est une réflexion sur la relation de l’œuvre d'art avec le Mal.

samedi 13 octobre 2018

Kecébôlafotografie


"La photographie est plus vivante que jamais et, en même temps, elle est plus morte que jamais". C'est le point de vue exprimé par le cinéaste Wim Wenders dans une interview à la BBC. Le coupable: le smartphone.


C'est vrai qu'il y a peu de temps encore, la photo était rare, sa pratique mesurée. Mais aujourd'hui on est submergés d'images, un déluge, des torrents continus. Il paraît que le "smartphoneur" moyen prend plus de 4 000 clichés annuels, une bonne dizaine par jour. Mais poursuit Wim Wenders: "Le problème avec les photos à l'iPhone est que personne ne les voit, même les gens qui les prennent ne les regardent pas et ils n'en font certainement pas des tirages." Tout se perd dans les labyrinthes électroniques et échoue, au mieux, sur un compte Instagram.


Même si je n'ai aucune prétention, je m'intéresse à la photo mais j'en fais peu et surtout pas avec un smartphone. Je râle d'ailleurs quand je dois changer de portable: impossible d'en trouver un sans fonction photo. C'est de la vente forcée et, surtout, ça permet de majorer beaucoup les prix.


Les smartphones, j'aime donc vraiment pas. Je trouve d'ailleurs bizarre que dans une civilisation de "l'audiovisuel", on privilégie surtout les technologies bas de gamme: le fichier MP3 pour la musique et les capteurs riquiquis des smartphones.


Je suis sans doute snob, c'est vrai ! Mais l'iPhone, le smartphone, c'est, quand même la normalisation, la banalisation du regard. Tout est conçu pour un maximum de facilité, pour qu'il suffise d'appuyer sur un bouton, pour que tout le monde puisse se considérer comme photographe: un très grand angle grâce auquel "on voit tout" avec une zone de netteté maximale, un format carré pour dispenser d'avoir à cadrer, composer, un petit capteur qui gomme l'étagement des plans et les effets de flou (le "bokeh").




Au total, le smartphone, c'est le triomphe de cette idée que la photographie, c'est la reproduction du réel, de ce que l'on voit en face de soi. Un peu comme ça le serait aussi pour la peinture classique, représentative.




C'est vraiment trop simple, trop facile ! On sait bien que ce n'est pas du tout ça. A la différence d'une simple image, une œuvre d'art (une peinture, une photographie) n'est pas une "vitre" sur le monde, elle fait signe vers autre chose qu'elle-même. Elle comporte une part d'énigme et d'évidence qui suscite le trouble et l'émotion. Il y a toujours quelque chose de caché, de dissimulé dans une œuvre d'art et c'est cela qui en fait la force, la puissance. "L'origine du monde" de Courbet, ce n'est pas l'image du sexe d'une femme en particulier, c'est l'évocation du caractère sidérant, pétrifiant, de la sexualité. C'est pareil pour les photos de Nan Goldin, Martin Parr, Cindy Sherman, William Eggleston: plus que l'image, c'est le suggéré, ce qui n'est pas expressément visible, qui importe.L’œuvre d'art, la véritable œuvre d'art, est hantée, dira-t-on.


Et puis, je m'interroge sur les motivations de ces gens, innombrables, qui font maintenant de chaque instant du quotidien un prétexte à image, à "selfie", à poster aussitôt sur Instagram.

 
On passe désormais une grande partie de son temps à dupliquer sa vie, à l'"instagramer". C'est vrai que ça relève des affinités, maintes fois soulignées, de la photographie avec la mort mais il devient aujourd'hui plus important d'"instagramer" sa vie que de la vivre.


Alors, je pourrais évidemment disserter sur cette nouvelle expression d'exhibitionnisme et de narcissisme. Mais c'est vraiment trop évident !


Autre chose se joue peut-être avec Instagram. Ça relève probablement de la "rivalité mimétique" décrite par René Girard. Il s'agit de se rapprocher des autres en les imitant, de s'entre-regarder en les copiant. Il s'agit de vivre dans l'adoration commune d'un modèle dans une relation de maître à disciple.


Ça a beaucoup d'aspects positifs parce que c'est très socialisant. Et de fait, les images des comptes Instagram se révèlent, toutes, d'un conformisme renversant: une vie lisse, aseptisée, suintant, jusqu'à l’écœurement, de bonheur et de contentement: ma belle vie de belle nana dans ma belle maison avec mes beaux enfants et ma famille formidable.


On est heureux parce qu'on est tous les mêmes, parce qu'on est tous semblables, qu'on a les mêmes aspirations. C'est comme ça aussi que le monde devient formidablement ennuyeux et monotone.


Mais ça se révèle vite délétère parce que le bonheur ne se partage pas et qu'on ne peut pas être heureux tous ensemble.


Il faut même reconnaître que notre bonheur se nourrit principalement du malheur des autres. On a besoin de savoir que les autres sont dans la détresse pour être pleinement heureux.


Et c'est pourquoi il y a une vraie violence d'Instagram: ma vie est formidable et la vôtre ne vaut rien en comparaison. On veut s'entre-tuer, le désir est un désir de destruction, Instagram offre un exutoire pour cela. Mais c'est aussi une forme d'amour. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'Instagram est devenu un support privilégié des aventures sentimentales. Facile de prendre au piège d'une vie trop belle pour être vraie.

Compte tenu du thème choisi, je n'ai pas eu d'autre choix que de sortir quelques unes de mes images. Garanties sans smartphone et jamais postées sur Instagram mais simplement décoratives: n'est pas artiste qui veut. J'ai principalement regroupé des photos autour de musées (Orsay, Le Louvre). Je me suis donc autorisée à poster également des images du Louvre-Lens et de la maison de la culture du Havre où je me suis rendue récemment. Les deux dernières images sont à l'attention de Richard pour qu'il ait un aperçu de l'état d'avancement de l'automne à Paris.

Enfin, le titre de mon post (que c'est beau la photographie en traduction) est le nom du blog d'un photographe professionnel à la plume acerbe et percutante.