dimanche 12 juin 2016

"Capitalisme énergumène"


S'il est un thème que j'aborde, rarement, avec des Français, c'est bien celui de la politique. D'abord, je n'y comprends rien et puis c'est trop dangereux, on peut se brouiller tout de suite. J'ai l'impression de n'avoir affaire qu'à des idéologues, des dinosaures populo-marxistes. La rancœur, la jalousie, le ressentiment, c'est exacerbé, en France, et ça me terrifie.


C'est bizarre, on est néo-marxistes en France. D'ailleurs, on a longtemps dit que la France était une U.R.S.S. qui avait, plutôt, réussi. Il suffit de consulter les rayons économie des librairies françaises: 95 % des bouquins sont consacrés à la dénonciation virulente du capitalisme et de la finance. Ce qui se vend en ce moment, ce sont les stars de "Nuit Debout":  Yannis Varoufakis ("Et les faibles subissent ce qu'ils doivent ? "Y-a pas un problème de syntaxe dans ce titre bizarre ?), Frédéric Lordon  ("Capitalisme, désir et servitude"), Thomas Piketty ("Le Capital au 21 ème siècle"), "Les économistes atterrés". J'ai fait l'effort de parcourir tout ça mais ça m'a fait rigoler ou débecquetée.



On annonce la fin inéluctable du capitalisme parce qu'il condamnerait les populations à la misère. Le nouveau Pape en a même fait son fond de commerce. Quelle horreur, en effet, le capitalisme ! Personne n'ose rappeler que, depuis 30 ans, la pauvreté a considérablement régressé dans le monde. Il suffit de voyager un peu pour s'en rendre compte. C'est manifeste en Asie, en Amérique Latine, en Afrique. Pour ne parler que de ce que je connais, je puis affirmer que les Polonais, les Russes et même les Ukrainiens ont, aujourd'hui, un niveau et une qualité de vie sans commune mesure avec le Paradis Socialiste.


On éructe contre "la Finance" (c'est le Mal absolu, même si c'est une entité nébuleuse).Pourtant, aujourd'hui, l'argent est quasiment gratuit et on peut emprunter à zéro ou presque: on se croirait dans un pays islamique ou au Moyen-Age quand le prêt à intérêt était proscrit. En plus, le système bancaire est au bord de l'implosion mais il est sommé de financer, aveuglément, notre niveau de vie.


On dénonce les inégalités mais il y a, aujourd'hui, un accès quasiment généralisé à la santé, à l'éducation, à la communication, aux voyages, aux loisirs. Je peux, aujourd'hui, partir pour 100 €, voire moins, à Budapest et je peux échanger, quasi gratuitement, avec tous mes copains dans le monde entier.


On affirme qu'en Europe, les gouvernements conduisent des politiques économiques libérales et même ultra-libérales alors que les dépenses publiques représentent souvent plus de la moitié de la richesse nationale. La France m'apparaît, au contraire, un pays corseté, bridé, ultra-compliqué, vivant sous le poids d'une bureaucratie kafkaïenne, incompréhensible.


Les "Nuits Debout", ça n'est donc pas, de prime abord, ma tasse de thé. Pour moi, ce n'est pas un mouvement révolutionnaire, c'est la simple convivialité beauf et réactionnaire. Des gens pleins de haine, de ressentiment. L'alter-mondialisme, autrefois, je pouvais comprendre ça. L'anti-mondialisme des "Nuits Debout", je déteste.C'est le repli égoïste sur soi, le refus que les choses changent.


Mais je ne crois pas être quelqu'un de droite. Libérale, c'est ce que je suis même si c'est un qualificatif infamant en France. Macron, par exemple, j'aime bien. Mais je comprends aussi la révolte en cours, ce sentiment que le système est bloqué, que rien ne changera jamais parce qu'il y a une conspiration générale pour maintenir en place les petits privilèges. 


Tableaux représentatifs du mouvement de "la figuration narrative" : Jacques MONORY (1924), Yvan MESSAC (1948), ERRO (1932), Valerio ADAMI (1935), Gérard FROMANGER (1939). La figuration narrative, ça a été un mouvement important dans les années 60-70, notamment en France. Je trouve ça très intéressant. Curieusement, c'est beaucoup moins coté, aujourd'hui, que le pop-art américain.

Si vous vous intéressez un peu à l'économie, je vous recommande deux très bons bouquins qui viennent de sortir:

- "Capitalisme, histoire d'une révolution permanente" de Joyce APPLEBY; la puissance révolutionnaire du capitalisme qui remet en cause tous les ordres établis, voilà un aspect trop rarement souligné.

- Jean TIROLE: "Economie du bien commun". Le dernier Prix Nobel d'économie français. Très intelligent, remarquable. Je précise, quand même, que Jean Tirolle est favorable à la Loi El Khomri (1ère version).

Au-delà, voici les économistes que j'aime bien: David Ricardo, Paul Fabra, Jacques Rueff, Maurice Allais, Charles Wyplosz. Beaucoup de Français, en fait, parce qu'il y a d'excellents et véritables économistes français. Curieusement, ils sont peu connus parce qu'on leur préfère les grandes gueules médiatiques.

7 commentaires:

Ariane Grammaticopoulos a dit…

" Les "Nuits Debout", ça n'est donc pas, de prime abord, ma tasse de thé. Pour moi, ce n'est pas un mouvement révolutionnaire, c'est la simple convivialité beauf et réactionnaire. Des gens pleins de haine, de ressentiment. L'alter-mondialisme, autrefois, je pouvais comprendre ça."

J'ai lu avec beaucoup d'intérêt, et je peux dire que je suis tout à fait d'accord avec vous.
Il n'y a rien à ajouter; d'ailleurs, tout comme vous, je répugne à parler politique, les gens sont vraiment bornés, bien assis dans leurs certitudes, c'est insupportable.

Un temps, on parlait de Jacques Rueff, hélas tombé dans l'oubli....Trop subtil sans doute, et moins grande gueule, vous avez raison.

Merci Carmilla !

Richard a dit…

Bonjour dame Carmilla !

Je suis arrivé à la lecture de Piketty parce qu'il avait été publié en anglais aux
USA, puis en Angleterre et lorsque les anglophones, qui en savent un bout sur l'économie, font référence à un économiste, qui plus est, de nationalité française, cela m'a intrigué. Je trouve qu'il a fait un travail gigantesque et très solide. Il dit vrai, lorsque dans l'histoire le PIB n'excède pas 2%. Les taux Chinois à plus de dix pour cent, c'est du rattrapage ou bien du mensonge. C'était la première fois à ma connaissance, que nous pouvions avoir un portrait sur deux siècles, sur ce qui s'était passé au niveau économique. Je m'étais toujours demandé comment les anglais avaient pu rembourser leurs dettes contactés pour faire face aux guerres napoléoniennes ? Ils ont fait quoi ? Des emprunts à longues échéances à l'intérieur de leur pays. Il y a plusieurs faits historiques dans cet ouvrage passionnant. Peut-être Carmilla que vous avez vu autre chose, vu votre formation. Personnellement, je l'ai vu plus sous l'angle historique. Nonobstant, qu'on peu être en désaccords avec ses conclusions.

Il appert, que l'économie ne peut fonctionner sans le crédit, sans la dette, et surtout sans la confiance. Vos propos tombent bien, je viens de terminer la lecture de: Sapiens , une brève histoire de l'humanité de Yuval Noah Harari, qui parle de l'évolution de cet animal fragile et très dangereux : l'homme. Il écrit que pour inventer le monde capitalisme il fallait d'abord inventer les dieux, que sans les dieux, la monnaie, les empires, nous n'aurions pu inventer ce système d'échange et surtout y édifier notre confiance. Si l'homme peut croire qu'il y a une vie éternelle après la mort, il peut bien croire qu'il puisse faire de l'argent ou payer ses dettes. Lorsque je veux rire un coup, je lis les pages économiques de La Presse, et je me roule, c'est meilleurs que n'importe quel BD !

Impérativement, la roue doit rouler, et la plus grande peur présentement, c'est justement que ça grippe et que tout s'arrête. Est-ce que mon impression est bonne ? Je sens dans l'économie, une crainte, une peur, surtout une angoisse lorsqu'on navigue de bulle en bulle, de chimère en chimère, on ne nous dit pas toujours la vérité...

Occupes-toi de la politique, parce que la politique s'occupe de toi même lorsque tu dors. La politique c'est nous, il ne faudrait pas l'oublier. Je le sais d'expérience, je suis né dans un milieu très politique. Passionné d'histoire, je lis, mais surtout je regarde, j'essaie de comprendre. À ce chapitre, La France , m'apparaît comme une entité sidérante, surtout lorsque je me détache des médias spectacles et que je replonge dans la lecture de la Révolution Française de Jean Jaurès. J'ai l'impression que les choses n'ont pas beaucoup changé au niveau de l'esprit, l'humain demeure cupide, indécis, incertain, vulnérable, il trébuche souvent, peut-être que c'est le fondement de son évolution ? Reste, les yeux grands ouverts devant nos cheminements souvent incompréhensibles. Je me demande souvent, et tous pays confondu : Pourquoi, l'univers politique, est la niche des médiocres ? Et, pourquoi, de grands cerveaux deviennent médiocres lorsqu'ils entrent en politique ? Lorsque je regarde François Hollande, il m'arrive de penser : Maudit, que je ne voudrais pas être dans ses bottes.

Et, pour ceux qui n'auraient rien compris, allez relire l'histoire de L'Allemagne de 1918 à 1933, c'est ce qui peut se produire, lorsqu'on délaisse la politique.

Salutations distinguées

Richard St-Laurent

Carmilla Le Golem a dit…

Merci Ariane,

Il est difficile en effet, en France, de parler politique parce que l'on a tôt fait de vous cataloguer de réactionnaire. Ce que je ne pense pas être et je ne me reconnais d'ailleurs nullement dans la pensée de droite. Je me méfie simplement beaucoup de tous ceux qui prétendent oeuvrer pour le bonheur et la défense des intérêts du peuple. Enfin, il me semble évident que "Nuits debout", ce n'est pas mai 68.

Bien à vous

Carmilla

Carmilla Le Golem a dit…

Merci Richard,

J'ai moi-même été très étonnée par le succès international du livre de Piketty. Il est devenu la coqueluche d'une partie de la gauche en France mais il est vrai que je ne partage pas du tout ses analyses. En discuter nous conduirait trop loin mais sa vision du capitalisme m'apparaît très réductrice:

- il oppose revenus et détenteurs de patrimoine aux prolétaires. Il en déduit à la fois croissance faible (+ 2 %) et inégalités accrues. Rien n'est moins sûr; ça me semble largement démenti par les faits.

- surtout, il a du capital une vision étriquée. Le capital, pour lui, ce ne sont que les rémunérations et le patrimoine. Il y a pourtant un aspect vivant du capital autrement plus important. C'est celui de l'entreprise et de la création de valeur qu'avait bien vu Marx. Le capital, ça ne fabrique pas simplement des riches mais ça sert d'abord à financer l'investissement et le progrès économique. Et c'est pour ça qu'on a besoin de capital. L'économie, selon Piketty, c'est une simple pompe étatique qui prélève et redistribue. Plutôt que de réprimer le capital, il vaut mieux favoriser sa création et son orientation.

Si vous aimez l'histoire, je vous conseille vivement le livre de Joyce Appleby (en anglais évidemment). Il vous passionnera sans doute et développe un point de vue novateur sur l'histoire du capitalisme. Je précise, à ce sujet, que les économistes anglo-saxons sont bien connus en France et largement traduits et enseignés.

Bien à vous

Carmilla

Carmilla

KOGAN a dit…


Bonjour CARMILLA

Au commencement la politique était une philosophie de l’organisation sociale et de la nature de l’individu …Elle a toujours été un enjeu de pouvoir extrême…même en démocratie...ruinée par les secrets en tous genres et surtout financiers…

Depuis PLATON, ARISTOTE, et NICOMAQUE , comment guérir les maux de la société qui n’en finit pas de dérailler, le surréalisme faisant de plus en plus place à la réalité, chacun voulant les places suprêmes , et par tous les moyens…sans omettre celui d’écraser ses propres amis …et les autres. C’est surtout cela la politique …

Aristote assignait à la politique le rôle de rendre heureux les citoyens….

Mais les plus heureux, ici-bas sont ceux qui tiennent les rennes…et les réseaux, assurés d’avoir, à la fin de leurs divers mandats, de substantiels et confortables revenus…

Tant mieux pour eux allais-je dire …cyniquement, ils ont bien « réussi « à avoir la place…

Et pendant ce temps, économiquement parlant, l’on vit « mieux »… grâce à la planche à billet…..et le crédit à zéro %

Nous vivons une époque formidable.

NB : humour…toujours

Bien à vous.
Jeff

Carmilla Le Golem a dit…

Bonjour Jeff,

Vous appréciez visiblement les grandes fresques historiques.

Je ne souscris pas, cependant, à cette thèse de quelques tout puissants qui tiendraient aujourd'hui tous les rênes. Les grands patrons ne sont plus, généralement, que des salariés de leur entreprise et le destin de celle-ci est très aléatoire. Aucune n'a une situation de monopole. Il suffit de comparer le classement des grandes entreprises aujourd'hui et il y a 10 ans. Il n'y a aucune situation sûre et établie, c'est la force du capitalisme.

Sinon, je suis d'accord avec vous: on vit aujourd'hui largement grâce à la planche à billets et on ne sait pas ce que cela nous réserve.

Bien à vous

Carmilla

KOGAN a dit…

Bonjour CARMILLA

Oui j'ai une affection pour les grandes fresques historiques, et les métarécits. j'aurais aimé vivre en ces temps là...enfin presque, il n'y avait pas la secu...

J'aime bien DIOGENE le cynique mais j'ai une préférence pour les séjours dans un SHERATON plutôt que vivre dans une jarre, mais également partager un frugal repas sur la plage avec des pêcheurs indonésiens en toute simplicité ,à LOMBOK.

Pour compléter sur la politique et ses servants:

-Chez les hommes politiques il n’y a plus de dialectique de l'esprit, d'émancipation du sujet raisonnable, du héros du savoir qui travaille à une bonne fin éthico-politique… (récit des Lumières), la justice, la vérité, les grands périls, les grands périples, ils préfèrent tous passer à côté de la plaque …car de nos jours nos chers élus ne font plus la différence entre le mensonge et la vérité…

La vérité serait trop cruelle à dévoiler, je pense...

-"De l'économie et des situations qui ne sont plus sûres ni établies."

Finalement cela doit-être un sacré soulagement de se faire éjecter après de "bons et loyaux services" (un peu comme un record d'apnée quand on arrive à remonter à la surface pour "reprendre son souffle" au sens propre comme au figuré ...et de pouvoir penser à pouvoir faire quelque chose pour soi, sans avoir l'épée de DAMOCLES au-dessus de La tête...enfin peut-être..à moins de bonnes relations avec lui.

Mais je ne m'inquiète pas non plus pour les gentils membres de DAVOS.

Bien à vous
Jeff