dimanche 20 novembre 2016

Le néant de l'amour


On croit que si on se met à aimer, tout d'un coup, quelqu'un c'est parce qu'il a des qualités objectives.


Mais non! D'abord, l'amour, le désir en nous, préexistent à leur objet.


Et puis, on ne tombe jamais amoureux que d'un homme, d'une femme, qui nous semblent inatteignables.

Les trop proches, ceux qui nous ressemblent, ils ne nous émeuvent pas ! Quelqu'un qu'on décrypte facilement, quelqu'un qui nous semble du même monde, on peut passer un temps agréable avec lui mais certainement pas en tomber amoureux. La plupart des mariages reposent, toutefois, là-dessus.


L'amour n'est, aucunement, une relation égalitaire. C'est la dissymétrie, la relation de pouvoir (réelle ou supposée), qui le fondent. L'amour, c'est malgré tout, la transgression ! L'idée de l'amour comme harmonie, concordance, quelle bêtise !


L'amour n'est jamais réciproque. Il condamne l'amoureux à la souffrance, au chagrin. L'amour, c'est l'angoisse absolue.

 

On ne tombe amoureux que de gens qui nous semblent inatteignables mais dès qu'on a commencé à se fixer sur l'un d'eux, on se met à élaborer une infinité de scénarios le concernant: on entame des dialogues imaginaires avec lui, on s'efforce de pénétrer son monde, d'intégrer ses codes. 

C'est ce qui fait la beauté de l'amour, c'est ce qui permet de transfigurer le monde: de percevoir la rue triste et grise dans la quelle je vis (me traîne), comme l'équivalent de la "Nevsky Prospekt"; ou alors mon déplacement dans un train de banlieue comme un voyage enchanteur, ou un objet kitsch comme une pierre magique !.


Mais ce ne sont, bien sûr, que des affabulations, c'est une illusion. Tous ces "délires", comme on dit aujourd'hui, ça n'a pas grand rapport avec son objet. C'est un remplissage visant à combler une angoisse et, aussi, une humiliation. Quand on a compris ça, on a compris le néant, l'inanité, de l'amour. On cesse alors de souffrir.

Tableaux de Janis ROZENTALS (1866-1916) le plus célèbre peintre letton



8 commentaires:

KOGAN a dit…

Bonsoir CARMILLA

La domestication effrénée de la vie amoureuse par la civilisation de notre siècle et des moyens tous azimuts de "communications entre les êtres" entraînent un rabaissement général des objets sexuels et de l'amour .

Cela incite à transférer nos regards des objets aux pulsions elles-mêmes.
Il n'y a qu'a observer les différentes "applications " qui sont proposées pour...
" trouver l'amour" comme si trouver devenait aussi une chose rare.

Le tort causé par la frustration initiale de la jouissance sexuelle se manifeste dans le fait que celle-ci, rendue plus tard soit-disant libre dans le mariage, n'a plus d'effet satisfaisant.

Mais la liberté sexuelle illimitée accordée dès le début ne conduit pas non plus à un meilleur constat.

Ce que l'on nomme amour n'est qu'en fait un sentiment d'égoïsme et de valorisation de soi dans le regard de l'autre.

Quant au sexe , je ne pense pas qu'il s'agisse de l'aboutissement de sentiments amoureux mais plutôt de l'éternel assouvissement des désirs et des pulsions.

Je n'ai par ailleurs jamais eu envie de finir comme PISKARYOV...en me tranchant la gorge...pour une femme et un amour inaccessibles.


Bien à vous
Jeff

Richard St-Laurent a dit…

Bonjour ou bonne nuit Dame Carmilla, c'est selon...


Lu la semaine dernière :

« C'est ça qui fait de nous un troupeau - notre envie de baiser. Ceux qui nous gouvernent n'ont pas besoin d'un fouet, ils nous tiennent par les couilles. Nous avons peur de perdre nos petits plaisirs et, du coup, nous sommes prêts à obéir à n'importe quel salaud.. »

Andreï Makine
L'Archipel d'une autre vie
Page -198-
Roman Seuil

À réfléchir, autant pour les Russes que pour les Américains, avec ce que nous venons de vivre, un certain mardi, 8 novembre 2016 !

Ainsi, l'amour, le sexe et tout le reste, se transforment en politique !

Se sera tout pour cette semaine.

Richard St-Laurent



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KOGAN a dit…

Bonjour Richard

Et aussi:


""La civilisation" est quelque chose d'imposé à une majorité récalcitrante par une minorité ayant compris comment s'approprier les moyens de puissance et de coercition."
L'avenir d'une illusion - Sigmund Freud

Carmilla Le Golem a dit…

Merci Jeff, Merci Richard,

Excusez-moi de vous répondre à tous les deux en même temps (ce que je ne fais normalement pas) mais vos messages sont "en phase".

Sur le fond, je partage, bien sûr, ce que vous écrivez.

Cependant, je suis tout de même un peu surprise. Je n'avais pas l'impression de me tenir sur un terrain entièrement libidineux.

C'est vrai que j'écris que l'impulsion, le désir, sont premiers. Mais après, je souligne que l'on tombe amoureux de personnes qui nous semblent inatteignables. Et on se met, ensuite, à délirer, fantasmer, sur ces personnes. Mais ces rêves n'ont, bien sûr, pas grand chose à voir avec la personne réelle. C'est pourquoi, l'amour est un néant.

Ce ne sont pas des idées très originales. En toute honnêteté, je les ai empruntées à Proust (du moins ce que j'en ai compris).

Bien à vous

Carmilla

KOGAN a dit…

Bonjour CARMILLA

J'ai failli appeler le 15 mais vous êtes là...j'espère que vous allez bien.

Et pour conclure toujours dans l'humour bien sûr...

"Je-t-aime est sans emplois, il n’est pris sous aucune contrainte sociale. C’est un mot socialement baladeur, il peut être un mot sublime, solennel, léger, il peut être un mot érotique, pornographique. Ce mot est sans nuances, il supprime les explications, les aménagements, les degrés, les scrupules, il est toujours vrai, il n’a d’autre référent que sa profération. Ce mot est sans ailleurs : c’est le mot de la dyade amoureuse ou maternelle. Ce mot ne transmet pas un sens et s’accroche à une situation limite, celle où le sujet est suspendu dans un rapport spéculaire à l’autre.
Fragments d'un discours amoureux de Roland Barthes"


Bien à vous
Jeff

Raymond Laser a dit…

Il y a donc des personnes inatteignables, enfin je veux dire, ailleurs que sur l'Olympe ou sur des socles de marbre ou de bronze ?

Cet alpinisme émotionnel m'apparait bien saugrenu et je peine à entrevoir les mécanismes de cette ascension ubuesque.

Je me suis posé la question de savoir pourquoi j'aimais bien votre journal socialo-intime publique, une des raisons est qu'en vous lisant, je passe rapidement du plaisir à l'accablement, ou l'inverse.

Un plaisir iconoclaste.

R.L.


Carmilla Le Golem a dit…

Merci Raymond,

Je pense, en effet, qu'il y a beaucoup de personnes inatteignables.

Je ne vais pas vous l'apprendre: on vit dans des sociétés ultra-compartimentées avec plein de barrières, de frontières. Il ne faut pas rêver, on ne les franchit que très rarement.

Je pense même que c'est pire pour les hommes. Une femme a, du moins, le privilège éventuel de sa beauté qui peut faciliter les choses.

C'est très cruel mais la souffrance éprouvée est à l'origine du rêve.

Bien à vous

Carmilla

Raymond Laser a dit…

On ne peut contester que pour chaque porte il existe une clef Carmilla. Reste la capacité à les forger, ces clefs, et la volonté à les ouvrir, ces portes. Enfin c'est un autre sujet.

La beauté n'est pas uniquement l'apanage des femmes, bien que plus rarement, c'est vrai, les hommes aussi peuvent en tirer profit (car on parle bien d'un profit, ici).

Mais avec ça on ouvre rarement les portes soi-même, on se les fait ouvrir. Ca facilite indéniablement l'entrée, mais ça peut aussi précipiter la sortie. Las les privilèges ont souvent/parfois un prix.

R.L.