samedi 19 mai 2018

Les routes de la Soie


On a tous rêvé de faire "la route de la soie".


Moi, j'ai la chance d'en avoir fait une grande partie. Il ne me manque plus qu'un morceau de Pakistan et de Chine ou alors la traversée du Turkménistan, Tadjikistan et Kirghizistan.


Il faut dire que si ça n'est peut-être pas très évocateur pour les Français, l'Asie Centrale, de même que la Sibérie, ça structure très fortement l'imaginaire des Russes.


La conquête de l'Asie Centrale, ça a en effet été une épopée fabuleuse faite d'aventures et de destins tragiques. Il a fallu un courage inouï aux explorateurs et armées russes pour affronter des populations hostiles et cruelles. C'est en plus une histoire assez récente achevée seulement à la fin du 19 ème siècle. Adolescente, je me suis ainsi repue d'histoires merveilleuses et insensées.


Il faut dire aussi que l'Asie Centrale, avant qu'elle ne soit islamisée, a été la terre d'éclosion du Zoroastrisme, une religion à la quelle je suis très sensible puisque j'ai, autrefois, vécu à Téhéran chez des Zoroastriens.


C'est un peu dans ce contexte que je me suis retrouvée, ces dernières semaines, en Ouzbékistan, même si c'était surtout pour des raisons professionnelles.


Exprimons d'abord une déception. Si vous pensez rencontrer l'aventure en vous rendant en Ouzbékistan, vous pouvez tout de suite déchanter. Il y a longtemps que le pays est quadrillé par les Tours Operators et envahi par des cohortes de retraités essayant de tromper leur ennui. Dans 10 ans au plus tard, les villes d'Ouzbekistan seront devenues de grands parcs d'attraction, des usines à touristes, comme il en existe tant en Europe. 


On a tout de suite le sentiment d'emprunter des chemins ultra-balisés et il est facile de ne rencontrer, en dehors des marchands de souvenirs, aucun Ouzbek. On fait plus de 7 000 kilomètres pour rester entre soi.


Ce sont les ravages de la mondialisation: il n'existe plus que des villes-musées, des villes récréatives. Ça se retrouve dans l'architecture. Tout a été retapé, refait de neuf.  C'est assez réussi, c'est même beau mais c'est mort, ça fait décor théâtral.


Et puis les paysages en Ouzbékistan, hormis la vallée du Ferghana, sont vraiment d'une désolante platitude et vacuité. La steppe, c'est émouvant, impressionnant, de prime abord mais on s'en lasse très vite.


Mais bon ! Je ne voudrais pas non plus apparaître négative. Il faut reconnaître que les sites sont époustouflants et que l'art et la culture islamique atteignent ici des sommets (même si c'est à mes yeux un cran en dessous de ce que l'on voit en Iran).


Surtout, j'ai beaucoup apprécié la population ouzbèque: charmants, attentifs, hospitaliers, aimant la fête. Pour moi, lier connaissance était facile: presque tout le monde parle russe mais aussi persan (la forte minorité tadjike). Pendant quelques semaines, j'ai eu l'impression d'être une vraie star.


Et puis, j'ai été fascinée par le cosmopolitisme étonnant du pays, son multilinguisme, surtout à Tachkent. On y rencontre beaucoup de Coréens, de Japonais, d'Allemands, de Polonais. Ce sont évidemment les conséquences de l'Histoire.

































Photos de Carmilla Le Golem. J'en ai sans doute posté beaucoup trop mais on a toujours du mal à se censurer. Du moins, je ne vous embêterai pas, pendant plusieurs semaines, avec l'Ouzbékistan.

Mon blog n'ayant ni vocation ni, surtout, prétention à être guide touristique, mes images ne sont pas classées par site mais en fonction de simples critères esthétiques. Vous trouvez donc, pêle-mêle, des images de Khiva, Boukhara, Samarkand, Tachkent. Vous noterez toutefois, parmi les dernières images, une photo de l'Amou-Daria et de la frontière avec le Turkménistan. Elle précède l'image d'une tombe en pleine steppe. Celle-ci est surélevée, ce qui est contraire à l'usage islamique d'enterrer les morts en pleine terre. Ce serait une survivance zoroastrienne.

Enfin, si vous vous intéressez à l'Asie Centrale, je vous recommande trois livres:

- "Sovietistan - Un voyage en Asie Centrale" d'Erika FATLAND
- "Le Grand Jeu - Officiers et espions en Asie Centrale" de Peter HOPKIRK
- "Voyages d'un faux derviche dans l'Asie Centrale" de Armin VAMBERY

Ça pourra être le prélude à votre propre voyage en Ouzbekistan. Je vous le conseille: c'est un pays très facile, très sûr et très bon marché.

2 commentaires:

Ariane Grammaticopoulos a dit…

Non non, il n'y a pas trop de photos, c'est sympa de découvrir ce pays autrement que sur les sites en lignes. Ils sont souvent trop touristiques ou parfois un peu pédagogiques, tandis que chez vous, c'est spontané et très actuel surtout.

Merci pour les ouvrages que vous conseillez; je me permets d'ajouter le dernier de Cédric Gras, Saisons du voyage, qui lui aussi rend un bel hommage à ces régions.
Il évoque, entre autres, avec beaucoup de tendresse un pays mal connu : l'Albanie.
Et bien sûr on y retrouve les steppes de Mongolie, le Caucase, le Tibet et autres lieux d'Asie.
J'aime beaucoup !

Bonne fin de voyage chère Carmilla et à bientôt.

Carmilla Le Golem a dit…

Merci Ariane,

Coïncidence: j'ai moi-même acheté le livre de Cédric Gras mais ne l'ai pas encore lu. J'aime bien cet auteur même si ses livres m'apparaissent inégaux. A vrai dire, je ne suis pas toujours d'accord avec ce qu'il écrit sur la Russie.

L'Albanie, c'est aussi un pays qui m'a longtemps fait rêver. Un peu moins aujourd'hui parce que le pays s'est largement ouvert au tourisme. Mais je pense qu'il fait encore partie des pays où on peut trouver un peu d'aventure.

Bien à vous

Carmilla