
Le Paraguay, c'est généralement le grand trou noir, ça n'évoque absolument rien, on sait tout juste que c'est l'Amérique Latine. C'est le grand nulle part et il est vrai que le pays a une longue tradition isolationniste (initiée par les communautés Jésuites) .
J'ai quand même eu l'occasion de m'y intéresser dans le cadre de mes études germaniques. Parce que si le Paraguay ne dit pas grand chose aux Français, il est beaucoup plus évocateur pour les Allemands. Et il est vraiment troublant que le pays vienne, justement, de battre l'Allemagne moderne.
Disons que dans le prolongement de la domination jésuite (17 et 18èmes siècles) qui s'était traduite par la création de petites communautés complétement fermées sur elles-mêmes, le Paraguay est devenu, au 19ème siècle, une petite République dictatoriale qui avait choisi, un peu comme l'ancien Japon, de vivre en complet isolement et autarcie. Le repli sur soi, la méfiance envers l'étranger, c'est toujours la ligne politique suivie par les dictateurs.
Mais le Paraguay a quand même trouvé le moyen de se quereller gravement avec ses voisins, le Brésil, l'Argentine et l'Uruguay. Ces trois larrons, réunis en une sinistre Triple Alliance, sont sortis vainqueurs du conflit (1870) en massacrant soigneusement la population paraguayenne. A l'issue de 6 ans de guerre, celle-ci se serait ainsi effondrée, dégringolant de 800 000 à 300 000 habitants.
Et surtout, il n'aurait subsisté qu'un homme pour 3 ou 4 femmes. Un effrayant génocide complétement oublié aujourd'hui, sauf des Paraguayens qui continuent de porter ce traumatisme. Ce drame a, en fait, préfiguré les grandes exterminations de masse du 20ème siècle.
Et peu de temps après, à la fin du 19ème siècle, est intervenu, au Paraguay, l'épisode Nueva Germania.
Ca a été le projet d'un nationaliste allemand, Bernhard Förster, rêvant de créer, en ces terres vierges, une nouvelle Allemagne digne de l'utopie aryenne et antisémite alors naissante. Il a alors réussi à entrainer dans cette aventure quelques dizaines de familles allemandes.
Il est à noter que ce sinistre Förster était l'époux d'Elisabeth Nietzsche, la sœur adorée du célèbre philosophe. Ce dernier détestait absolument son beauf mais ne parvenait pas, pour autant, à renier sa sœur chérie.
Quoiqu'il en soit, le projet a vite rencontré une foule de difficultés (insécurité, maladies, rentabilité économique) et Förster, confronté à cet échec lamentable, a fini par se suicider.
Mais Nueva Germania continue néanmoins d'exister aujourd'hui et demeure bien connue aujourd'hui. Il s'agit d'une petite communauté rurale d'environ 5 000 habitants située à 300 kms de la capitale Asuncion. On continue d'y parler allemand et on y entretient le souvenir de la vieille Allemagne. Nueva Germania a probablement été un refuge pour d'anciens nazis et, notamment, pour le sinistre docteur Mengele.
Quoi qu'il en soit, le Paraguay, c'est un pays bien mystérieux qui a longtemps vécu "à l'écart" et replié sur lui-même avec pour conséquence le recours aux dictatures (des Jésuites puis des militaires).
Il affiche, quand même, une particularité démocratique: c'est l'un des rares pays d'Amérique Latine où une langue indigène, le Guarani, est reconnue comme langue officielle aux côtés de l'espagnol.
Je recommande:
- Christophe Prince, Nathalie Prince: "Nietzsche au Paraguay". Un livre merveilleux racontant une histoire folle rythmée par le délire, la maladie, la violence, la ruine. Un présage sinistre des massacres nazis à venir.
- Guy Boley: "A ma sœur et unique". Un autre magnifique livre narrant l'amour inconditionnel entre Nietzsche et sa sœur. C'est d'autant plus troublant que leurs personnalités étaient très différentes, voire opposées.
- Michel Foucault : Conférence de 1966 "Les utopies réelles ou lieux et autres lieux". Sont ici évoquées les fameuses communautés jésuites du Paraguay. Celles-ci auraient instauré "le communisme le plus parfait". terres et troupeaux appartenaient à tout le monde et les maisons, toutes identiques, étaient disposées en rangs réguliers le long de deux rues qui se coupaient à angle droit. Et les Jésuites réglementaient entièrement les heures de travail et de repos de la communauté. Une société entièrement fermée sur elle-même qui travaillait pour les seuls bénéfices (considérables) de la société de Jésus.
- le film de Roland Joffé: "Mission" (Palme d'or 1986 à Cannes) qui raconte la fin des républiques autonomes des Jésuites du Paraguay












