dimanche 7 octobre 2012

Partie de campagne en Ukraine




Cette semaine, c’est ma dernière séance de photos ukrainiennes. 


D’abord, parce que je n’en ai plus beaucoup; ensuite parce que j’ai peur de lasser.


Je termine avec des images de la campagne que j’ai pas mal parcourue en empruntant ses petits chemins. 


La campagne en Ukraine, ça n’a vraiment rien à voir avec ce qu’on connaît à l’Ouest. 


C’est plutôt vide, sauvage, exubérant et c’est plein d’animaux, des vaches, des oies, des chiens qui se promènent un peu partout et au hasard dans les villages. 


Je me suis toujours demandé comment leurs propriétaires arrivaient à les retrouver. 


Mais ça n’a peut-être pas tellement d’importance parce qu’un village ukrainien, c’est avant tout une grande famille et tout le monde vit avec tout le monde. 


L’univers de Gogol demeure présent, celui des « Ames mortes » et des «Soirées du hameau ». 

Quelques mots encore à propos de l’Ukraine : à la fin du mois d‘octobre, ont lieu les élections législatives. 

L’enjeu est énorme puisque le résultat peut décider du basculement du pays dans l’un ou l’autre camp, russe ou pro-occidental. 




On s’en fiche complètement à l’Ouest, de même que des récentes élections en Géorgie, mais les élections ukrainiennes peuvent engager une nouvelle configuration de l’Europe. 


C’est peu dire que l’Ukraine est, politiquement, profondément divisée : entre les partisans d’une association avec l’Europe (Ioulia Timochenko) et ceux d’une inféodation à la Russie et à son régime autoritaire et mafieux (Yanoukovitch). 


Cette division recoupe à peu près celle, géographique, de l’Ouest et de l’Est du DNIEPR. Il va de soi que je suis absolument Timochenkiste même si la langue ukrainienne me passe un peu au dessus de la tête.


Malheureusement, le rôle de l’Ouest est très ambigu. Il faut tout de même rappeler qu’en avril 2008, la France et l’Allemagne s’étaient opposées à un plan d’action pour l’adhésion de l’Ukraine et de la Géorgie à l’OTAN. 


La France expliquait son refus par la nécessité de respecter l’équilibre européen, en clair, de ménager la Russie et la Turquie.


Le château Potocki, grands magnats polonais et parents du grand écrivain ("Le manuscrit trouvé à Saragosse")

Certes, il ne s’agit que de l’OTAN mais ça augure très mal de la possibilité pour l’Ukraine de rejoindre un jour l’Union Européenne. L’opinion publique à l’Ouest est de toute manière très hostile même si ça ne repose sur aucun argument rationnel. 


Mais c’est sûr que cette attitude  a priori négative risque de raviver de vieux conflits. L’ignorance et l’indifférence ne sont pas sans conséquences.


Photos de Carmilla Le Golem sur Sigma DP2 Merrill



La fameuse Terre Noire ukrainienne

Je termine avec une dernière photo de ma petite voiture qui m’a accompagnée tout au long de ce voyage et qui est maintenant remisée à Kiev jusqu’à l’année prochaine.



dimanche 30 septembre 2012

ODESSA




Bien sûr, j’ai séjourné à Odessa, pendant près d’une semaine.





Aïvazovsky, l'un de mes peintres préférés



C’est la Marseille d’Ukraine, avec les traces d’un ancien cosmopolitisme (même si curieusement, aujourd’hui, on ne parle que russe à Odessa et pas du tout ukrainien).



Le boulevard Primorski

Surtout aussi, les restes d’une splendeur architecturale, exubérante, excessive, petit à petit restaurée. L’un des sommets de l’Art Nouveau où le kitsch côtoie le sublime.



« Odessa, la plus belle ville du monde », c’était peut-être vrai au début du 20 ème siècle.



Une ambiance presque italienne avec même une chaleur encore plus accablante.


Mon restaurant favori avec la silhouette de Pouchkine auprès d'une tourterelle


Et puis une profusion de cafés élégants, de restaurants, de terrasses. 
Plein de lieux de rendez-vous et de conversation.


Et des arbres, des fontaines, des jardins.




L'escalier Potemkine

Les fantômes bien sûr de Pouchkine, de Mickiewicz, d’Isaac Babel.


La statue du Duc de Richelieu

Mais c’est aussi la plus française des villes d’Europe Centrale. On l’ignore généralement en France mais le véritable fondateur d’Odessa ville est le duc de Richelieu (parent du cardinal du même nom) qui, après avoir été chassé par la Révolution, devint Gouverneur Général de la ville au début du 19 ème siècle.


Un autre escalier d'Odessa

Sa statue de bronze, au sommet de l’escalier Potemkine, est le point de rendez-vous d’Odessa.


Cet escalier Potemkine est bien sûr la première fierté d’Odessa. La seconde est son Opéra, gigantesque, construit sur le modèle de celui de Vienne.


Il vient d’être entièrement rénové. Il faut absolument aller à l’Opéra à Odessa. 


D’abord, c’est très bon marché et les spectacles sont de qualité. 


Ensuite, c’est une expérience complètement différente de celle en France. C’est plein à craquer mais pas de papys et de mamies : rien que des gens très jeunes, splendides, d’une vingtaine d’années.

Photos de Carmilla Le Golem sur Sigma DP2 Merrill

vendredi 21 septembre 2012

Mikhaïl Boulgakov à KIEV




Boulgakov est maintenant un écrivain culte dans le monde russophone.

On l’associe plutôt à Moscou.


C’est peut-être lié à son roman le plus célèbre « Le Maître et Marguerite » qui débute par une évocation des étangs du Patriarche.

Mais Boulgakov est né à Kiev et a longtemps vécu dans un quartier pittoresque de la ville qu’on compare souvent  à Montmartre. Et c’est vrai qu’il y a de ça : des ruelles pentues, des ateliers d’artistes, des boutiques de camelote.


La chambre de Boulgakov

Surtout, Boulgakov a été, à Kiev, le témoin des événements extraordinaires qui ont suivi la révolution d’octobre, avec des renversements continuels de situation. Kiev était devenu le point de ralliement des réfugiés qui fuyaient les Bolcheviks.


Vue sur Kiev depuis le salon de Boulgakov

S’y succédaient alors, dans la violence, des pouvoirs éphémères : le gouvernement de l’Hetman Skoropadsky, manipulé par l’occupant allemand, puis les nationalistes ukrainiens dirigés par Petlioura, puis l’armée blanche dirigée par Dénikine et enfin le corps expéditionnaire franco-britannique.


Le bureau de Boulgakov

Il y a eu une longue période d’indécision avec des renversements continuels, des mouvements d’espoir et de désespoir, jusqu’à la conquête définitive de Kiev par les Rouges.


Les frontières du Bien et du Mal, de la Vérité et du Mensonge, ont alors été abolies.

Boulgakov a été, à cette époque, témoin d’effroyables massacres et ne savait pas, lui-même, pour qui prendre parti. On sait simplement qu’il était plutôt favorable à Dénikine.


Ces événements dramatiques, et plus particulièrement la prise de Kiev par les troupes de Petlioura, constituent la toile de fond de « la Garde Blanche ».


Surtout, cette période de bouleversement moral et intellectuel, constitue la clé de compréhension majeure de l’œuvre de Boulgakov. Comment survivre dans une incertitude absolue, quand tous vos anciens repères ont disparu ? Réflexion très actuelle, aujourd’hui, en Russie ou en Ukraine.

Aujourd’hui, la maison de Boulgakov (située « descente Saint-André ») est un joli musée de Kiev dont je vous livre ici quelques photos.


Photos de Carmilla Le Golem sur Sigma DP2 Merrill