dimanche 23 décembre 2012
5 ANS
Ce blog a maintenant 5 ans.
A chaque anniversaire, je fais un petit bilan.
Pour la première fois, je ne suis pas trop mécontente.
D’abord parce que la fréquentation quotidienne de mon blog se situe désormais aux alentours de 100 visites par jour. Ca n’a rien d’extraordinaire mais c’est tellement plus qu’aux temps de mes débuts au cours des quels j’ai écrit dans le vide pendant presque deux ans. Et puis c’est dans un contexte où le blog est en passe de devenir une forme obsolète de communication. C’est sans doute dommage parce que le blog autorise, à mes yeux, une plus grande créativité mais c’est un autre sujet.
Mais je considère comme anecdotiques les chiffres de mon blog. Je n’écris pas pour avoir le plus grand nombre possible de lecteurs mais plutôt pour essayer de faire passer quelque chose.
En fait, deux choses me font surtout plaisir :
- je ne suis pas seulement lue dans les pays francophones mais aussi en Allemagne, en Pologne, en Russie et en Ukraine. C’est important pour moi.
- surtout, vous êtes assez nombreux à m’écrire. Je connais maintenant à peu près une trentaine d’entre vous. Je découvre même que vous êtes, pour certains, de véritables fans, ce qui m’embarrasse un petit peu. A contrario, vous me déclarez aussi que vous me lisez avec intérêt mais ne partagez pas du tout mes idées. C’est peut-être une juste attitude parce que je ne suis pas non plus sûre d’être toujours bien d’accord avec moi-même.
Le compliment qui m’a le plus touchée : celui d’une dame italienne qui me déclarait que le dimanche après-midi lui apportait un petit rayon de soleil avec la lecture du dernier post de Carmilla. J’ai trouvé ça très gentil parce que j’ai quand même conscience de ne pas être rigolote du tout.
Difficile de tracer une typologie de vous, mes lecteurs : autant d’hommes que de femmes et de tous âges.
Un seul point commun, me semble-t-il : vous portez tous un intérêt à l’art et à la littérature.
Vous êtes ainsi principalement étudiants en lettres ou en philosophie, passionnés par l’écriture, écrivains, journalistes, enseignants. Vous appartenez à des mondes dont je suis en fait assez éloignée mais c’est justement cela qui est intéressant.
Je réponds à chaque lettre qui m’est adressée. Cependant, je suis incapable de développer ensuite une correspondance : je n’en ai vraiment ni le temps ni la disponibilité d’esprit. Si j’ai donc pu blesser certains, qu’ils veuillent bien me pardonner.
Je vous remercie donc tous, mes chers lecteurs, de m’aider à faire vivre ce blog par votre présence attentive.
Evidemment, je me dis maintenant que 5 ans, ça commence à faire beaucoup et j’ai peur de radoter.
Néanmoins, j’entends bien poursuivre encore en 2013. J’aime trop mon personnage de Carmilla qui me correspond quand même très bien. Et puis, je crois vraiment dans le combat que je mène : l’affirmation de la radicale différence des sexes, de la féminité et de son pouvoir, les jeux du désir et de la séduction. Evidemment, ça peut apparaître un peu inactuel, voire réactionnaire, en ces temps de triomphe de la pensée écologique et de la théorie des genres. C’est même perdu d’avance … mais au moins je me serai exprimée.
Des tableaux des artistes que j’aime le plus : les affichistes polonais. Il y a là des oeuvres de Rafal Olbinski, Wieslaw Walkuski, Franciszek Starowieyski,
dimanche 16 décembre 2012
« Paradis pour tous »
Vous
êtes peut-être comme moi. Vous en avez déjà par-dessus la tête des querelles
sur le mariage homosexuel et l’homoparentalité.
Surtout,
vous n’osez pas vous exprimer de peur qu’on ne vous range tout de suite dans la
catégorie des crétins, à droite ou à gauche.
Des
deux côtés, l’outrance et la mauvaise foi sont bloquantes.
Mais
de toute façon, ça se fera, l’évolution est inéluctable.
On
présente ça comme une mesure progressiste. Peut-être… On peut voir ça aussi
comme une nouvelle étape de la bureaucratisation de nos vies. Sans cesse
légiférer, c’est la préoccupation première… cette irrépressible prolifération
juridique qui réglemente, régimente maintenant
jusqu’à nos corps, nos sexualités.
Pourquoi
diable vouloir à tout prix des textes de loi pour codifier ce que nous avons de
plus intime ? La discipline des corps, c’est devenu la réalité de nos
temps modernes; elle a été décrite par Nietzsche et Michel Foucault et ça n’a
pas grand-chose à voir avec l’histoire d’un affranchissement.
Marcel
Proust considérait l’homosexualité comme un crime mais il lui donnait ainsi une
splendeur bouleversante.
Aujourd’hui,
les homosexuels vont avoir droit au kitsch et au ridicule : celui du
mariage et de la bébémania avec le désir d’enfant ; la sexualité enfermée
dans les lois du couple. Drôle d’époque qui nous infantilise de plus en plus
mais il est vrai que chacun a le droit de bêtifier.
Notre
idéologie, c’est que la sexualité, c’est cool et c’est fun. On s’éclate
forcément et ça ruisselle de bons sentiments. On est pleins d’amour les uns
pour les autres.
Dans
ce contexte, comment refuser à certains les joies de la famille ? Se
priver du concours de toutes ces bonnes volontés pour l’édification d’une
société harmonieuse où chacun ne voudrait que le bonheur de l’autre, son
conjoint ou ses enfants ?
« L’égalité
pour tous », proclame-t-on alors. Bien sûr, sauf qu’on occulte que la
vraie différence n’est pas entre homosexuels et hétérosexuels mais, plus
essentiellement (n’en déplaise aux adeptes de la théorie des genres), entre les
hommes et les femmes. Et c’est tout de même bien de ça, de cette séparation
radicale, que naissent et le désir et l’imaginaire. Comment rêver dans un monde
où on est tous pareils ?
Et
puis on sait bien aussi que les rapports humains, la sexualité, ce n’est pas du
tout ça. Il y a aussi un côté sombre, une part cachée de nous-mêmes.Ca repose également
sur la force, la violence, l’assujettissement. Freud soulignait que la
perversion, le plaisir de faire le mal, étaient consubstantiels à la sexualité
humaine.
Etre
gay, ce n’est donc pas gai. Mais c’est exactement pareil pour les
hétérosexuels.
On
est submergés par l’angélisme et la niaiserie. Comme antidote absolue, je
conseille de revoir le film de Pasolini : « Salo ou les 120 journées
de Sodome ». Trente ans après, ça
demeure absolument immonde et scandaleux et ça recadre les choses. C’est
vraiment étrange : voilà un cinéaste homosexuel déclaré qui filme de
manière grotesque et hideuse des mariages entre hommes. De quoi vous secouer
complètement et relativiser ce qu’on vous présente aujourd’hui comme la plus
belle des choses. Et puis, ce lien du fascisme avec la pensée libertaire et
l’athéisme, c’est complètement inaudible aujourd’hui. Et enfin, cette idée que
la sexualité sans entraves, sans interdit, ça débouche sur le rien, sur la
merde; ça amène à bouffer ses propres excréments. Totalement réactionnaire ou
totalement lucide.
Tableaux
de Vasily Kotarbinsky (1849-1921), peintre polonais de la Russie tsariste. On
lui doit en particulier l’extraordinaire décoration de la cathédrale
Saint-Volodymyr à Kiev.
dimanche 9 décembre 2012
« I don't know where I begin, and where you end”
- Renata Salecl : “La
tyrannie du choix”. J’ai consacré un post à ce bouquin lumineux d’une
philosophe slovène. Une critique de l’idéologie dominante : celle de la
liberté que nous aurions de choisir dans tous les domaines
- Anne Serre : « Petite table sois
mise ». Un bouquin stupéfiant. Il ne fait que 60 pages mais c’est vraiment
un grand livre. Un magnifique conte érotique inspiré des frères Grimm. A lire
absolument en ces temps de moralisme sexuel. Ca démarre comme ça : « La
première fois que je vis mon père vêtu en fille, j'avais sept ans. ». Un
peu plus loin: « Maman était nue la plupart du temps. » « Tu n'as pas de
pudeur, disait papa. » On est chez une aimante famille bourgeoise
provinciale qui pratique avec allégresse l'inceste. Ca n’est ni du Christine
Angot ni de l’auto-fiction. C’est plein d’allégresse et ça a une espèce de
puissance lumineuse. Ca répond à cette question essentielle :
« comment on se construit ? ». Il y a une magnifique scène
originelle : « la table au disque luisant ».
- Emmanuelle
Guattari : « La petite Borde ». Un autre récit très bref mais
parcouru de fulgurances. Il a pour cadre la célèbre clinique La Borde dans les
années 60. Qu’est-ce que c’est, être la fille de quelqu’un qui devient plus
tard célèbre (Felix Guattari) ? Evidemment pas du tout ce qu’on imagine.
L’enfance, ses souvenirs, ce n’est pas un long fleuve tranquille. C’est
complètement discontinu : des images coup de poing et des moments
d’inquiétude, d’angoisse, mais aussi une espèce de paradis perdu, enchanté et
vénéneux.
- Nahal Tajadod :
« Elle joue ». La confrontation de deux iraniennes : Nahal
Tajadod, l’épouse de Jean-Claude Carrière, qui a grandi dans l’Iran du Shah des
années 70 et une jeune comédienne, née après la Révolution, au succès
grandissant. La complexité et la richesse intellectuelle d’un pays que l’on
croit obscurantiste.
- Alexandre Adler Vladimir
Fedorovski : « L’islamisme va-t-il gagner ? » En France, on
s’excite beaucoup sur l’Islam mais on n’en a qu’une vision très restrictive, du
moins sur le plan géographique. Ca se limite pour l’essentiel aux pays du Nord
de l’Afrique. Le premier mérite de ce bouquin, c’est d’avoir une vision
beaucoup plus vaste englobant aussi l’Asie Centrale, l’Iran, l’Irak, la
Turquie, la Syrie. Est aussi rappelé le rôle historique important de la Russie
(moins nocif qu’on ne l’imagine). Beaucoup d’analyses très innovantes.
Est même évoquée la constitution possible d’un nouveau bloc rassemblant la
Turquie, l’Iran et l’Irak face au sunnisme arabe. De très loin, l’un des
meilleurs livres sur la question.
- Tobie Nathan :
« Ethno-Roman ». Les souvenirs du grand ethno-psychanalyste, disciple
de Georges Devereux. Une vie passionnante : Le Caire, Rome, Paris en 68. Une
native complicité avec les mythes, les légendes et, d’une manière générale,
avec la “pensée magique”
- « Les derniers jours
des dictateurs » sous la direction de Diane Ducret et Emmanuel Hecht. Les
derniers jours de Mussolini, Ceausescu, Staline, Franco, Brejnev, Amin Dada,
Ben Ali etc…Un demi-siècle d’histoire, ponctué par le mensonge et le crime,
raconté par les meilleures plumes historiques et journalistiques.
- Josef Schovanec :
« Je suis à l’Est ». Un récit étonnant, peut-être pas un grand livre
mais qui m’a appris plein de choses sur la réalité concrète de la
schizophrénie et sur les difficultés de la socialisation. Ce qui nous
semble simple, évident (parler, échanger, se débrouiller dans la vie
quotidienne) ne l’est en fait pas du tout. Un jeune autiste, d’origine tchèque,
génial et inadapté social. C’est aussi le récit révoltant d’une prise en charge
psychanalytique et psychiatrique dont les préoccupations semblent avant tout
mercantiles.
- Eugen RUGE : « Quand la lumière décline ». Un grand roman
historique à l’allemande couronné par le « Deutscher Buchpreis »
(l’équivalent du Goncourt). De Mexico à Berlin en passant par Moscou, la vie
d’une famille et d’un monde sur quatre générations.
Enfin, à Tokyo, j’avais avec moi « 1Q84 » d’Haruki Murakami (les
2 premiers tomes), le plus célèbre et nobélisable des écrivains japonais. Ca a
déjà plus d’un an et ca dépasse donc le cadre de cette chronique. Ce très gros
bouquin est à bien des égards fascinant : qu’est-ce qui se passe quand les
portes du temps s’ouvrent ? Quand
s’établissent des voies de communication entre deux univers, deux ères. C’est
prodigieux mais il y a aussi quelques faiblesses. Je crois qu’il faut essayer
de le lire à toute allure.
Un mélange hivernal composé
de tableaux d’Andrew Wyeth, Arkhip Kuinji, Harald Sohlberg, Joseph Maria
Pilartz, Marianne Von Werefkin, Evgeny Kouznetsov, Zygmunt Waliszewski, Herbert von Reyl-Hanisch,
Ivan Shishkin, Ivan Bilibin
samedi 1 décembre 2012
TOKYO 2
Tokyo, c’est évidemment aussi la modernité absolue. Un mélange inédit.
Quand on revient du Japon et qu’on atterrit à Roissy, on est frappés d’un grand coup de blues.
Que tout est pauvre, déglingué, désorganisé et malgré tout arrogant.
L’image la plus courante de Tokyo, j’ai noté que c’était, en France, celle du film « Lost in translation » de Sophia Coppola.
J’aime beaucoup Sophia Coppola, mais, sur le fond, j’ai détesté ce film : deux crétins qui se sentent perdus à Tokyo et qui n’osent pas sortir de leur magnifique hôtel. Pourtant, s’il est un pays où l’on ne peut se sentir, à aucun moment, en insécurité, c’est bien le Japon.
Mais le film de Sophia Coppola, c’est quand même une grande écriture cinématographique : chaque image ciselée impeccablement enchaînée à toutes les autres. Et puis aussi, la bande sonore…
Mais, sur Tokyo, il y a encore plus beau que Sophia Coppola. C’est le dernier film d’Abbas Kiarostami : « Like someone in love ». Il y a au début du film une séance d’une dizaine de minutes au cours de la quelle Tokyo est filmée à travers les vitres d’un taxi. C’est d’une beauté à couper le souffle et c’est un grand moment de cinéma.
Il y a également plus déroutant, renversant : un court métrage de Leos Carax, « Tokyo » que l’on peut voir sur You Tube. Une étrangeté et une lucidité totales : une vision décalée, humoristique voire caricaturale du Japon. Féroce et totalement juste et injuste à la fois.
Photos de Carmilla Le Golem à Omotesando, Ginza, Roppongi, Shinjuku, la mairie de Tokyo, les abords du Palais Impérial.
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