jeudi 27 décembre 2007

Igitur - Divagations




































Marc ROTHKO


Les blés et l'Azur d'Ukraine

Pourtant, je suis bien réelle. Je suis née en Galicie dans une ville que les tourbillons de l’histoire ont successivement dénommée Lemberg, Lwov, Lvov et aujourd’hui Lviv; ville de nulle part donc et ville de l’angoisse identitaire, tour à tour autrichienne, polonaise, allemande, soviétique et ukrainienne.

Lvov, en langue slave, cela veut dire le lion. C'est aussi le nom du Rabbi Löw, le rabbin qui a conçu le golem et était le Maharal de Prague.

Lvov était à vrai dire un bazar oriental, un patchwork mal cousu, un effroyable capharnaüm de langues et de cultures. Cette ville désordonnée s’accordait à vrai dire à ma plasticité psychique.

Il y avait et il y a en moi un fantasme totalitaire : épuiser le réel, connaître tous les pays, toutes les langues, tous les hommes. Epuiser les corps, la jouissance... On n'a rien fait si on n'a pas tout fait, on n'a rien dit si on n'a pas tout dit. Mais ce principe, confronté au réel, donne simplement : parler toutes les langues sans en maîtriser aucune; vivre dans la déréliction et la cacophonie des idiomes et des cultures.

Jeune fille, je revendiquais ma superficialité. Séductrice, j'aimais être séduite comme autant de peaux nouvelles endossées. Mais chacun sait que "le plus profond, c'est la peau". Je recherchais donc la fulgurance de la rencontre, le basculement dans le "pays des merveilles".

Détachée, désoeuvrée, me moquant des autorités, je me plaisais ainsi à errer dans le labyrinthe urbain, au hasard de mes mauvaises rencontres, allant d’une « kawiarnia » ou d’une « vinarna » à l’autre, mais buvant des morceaux de vie, de belles images, d’étranges musiques, des mots poétiques et vibrants, m’immergeant dans les mondes juif, catholique, arménien, gréco-catholique (uniate), effleurant leur kaléidoscope.

J’étais à vrai dire surtout fascinée par les mauvais garçons, les trafiquants en tous genres qui pullulaient à Lvov, ville frontalière, et qui constituaient, il faut bien le reconnaître, la frange la plus dynamique de la société soviétique.

Je me rêvais moi-même grande trafiquante, de caviar, d’œufs de Fabergé, de pierres de l’Oural, d’uranium, ou mieux super espionne, pillant les laboratoires de recherche occidentaux, franchissant sans cesse les frontières, apparaissant, disparaissant dans l’exaltation du danger adoré.

1 commentaire:

Etoile Henri a dit…

Voilà, je poursuis la remontée dans le temps........ 2007, c'était pour moi, une belle et riche année,

J'aime beaucoup vos voyages, effectivement, des origines, leur complexité......, leurs richesses.......

cette diversité, ces "mélanges" que l'on nomme "mescladis" dans nos régions du sud.....

Et puis vous évoquez les "mauvais garçons"...., alors en restant sur un registe bien franchouillard, je n'ai pu m'empêcher de penser à cette chanson, là: https://www.youtube.com/watch?v=Am9xDJgzvHo qu'une jolie fille du Nord m'a un jour chanté au téléphone pour me dire que j'étais vraiment un très mauvais garçon et qu'elle ne voulait plus me revoir...., de menace elle est passée à l’exécution, j'en ai été fort narri!

D'une tristesse....! Un mauvais garçon!!!!!

Meuh! Non mé des fois!!!