samedi 4 juillet 2009

« Eloge du secret »



Personne, aujourd’hui, n’osera faire l’apologie du secret et du mensonge. La transparence est de règle; on est sommés de divulguer, en toute franchise, son intimité.



D’ailleurs, les psychologues, gardiens de l’ordre, sont là pour vous le dire : quand ça va mal, il faut parler ; et puis ce dont on souffre, ça remonte à une blessure d’enfance : on a tous été plus ou moins agressés, violés, à cette époque et plus tard, et, évidemment, on ne s’en est jamais remis. Mieux, c’est probablement lié à un secret de famille (un père incestueux ou collaborateur, une mère volage), souvent transmis de génération en génération. Ce secret, il faut le chasser en l’exhibant.


On souffrirait ainsi, presque tous, d’un passé très lourd qu’il suffirait de faire remonter à la surface. La meilleure prévention, ce serait de ne rien cacher et de tout dire.
De nombreux écrivains et artistes (Emmanuel Carrère dans « un roman russe », Dominique Fernandez et maintenant Gérard Garouste) ont emprunté cette porte étroite. Tout cela semble d’une imparable évidence.























C’est le triomphe d’une psychologie de voyeurs, relayée par la justice et les media. C’est l’obscénité généralisée des relations familiales et affectives.


C’est aussi une psychologie pour les nuls, grossière et simplificatrice. Pourtant, Freud l’a bien démontré, il y a déjà un siècle : le passé, le réel, est inatteignable, toujours retravaillé, recomposé dans les fantasmes. La psychanalyse a pris naissance quand il s’est rendu compte que les jeunes filles qui le consultaient faisaient état d’agressions imaginaires mais néanmoins bien réelles pour elles.


Des jeunes filles menteuses et mystificatrices, en toute bonne foi.

Il faut le reconnaître, dans les relations humaines, la fabulation est générale, même si elle est
sincère, et surtout quand elle vient de gens qui se proclament victimes.



Le langage lui-même est mensonger, continuellement travaillé par l’inconscient, porteur de métaphores. Il ne suffit donc pas de parler pour dire la vérité.























Alors oui, le rêve de transparence est un projet totalitaire.


Surtout, la transparence est destructrice; c’est la banalisation complète de l’imaginaire, la privation du droit à l’intimité.


Pourtant, pour construire son identité, pour conquérir une liberté, il faut parvenir à se soustraire à l’oppression de la réalité et de la vérité. Il faut pouvoir rêver et mentir.



Du reste, la pensée critique ne prend naissance qu’à partir du moment où l’on parvient à composer avec la réalité et à la manipuler, à partir du moment, en fait, où l’on sait manier les signes et mentir. Les enfants les plus intelligents sont aussi les plus grands menteurs. Et il en va de même des plus grands artistes. Nous n’avons que faire de leur honnêteté ou de leur sincérité.



Retrouver le goût du secret, se réapproprier une intimité, réapprendre à rêver, c’est peut-être cela la meilleure thérapie, au rebours de toutes celles aujourd’hui pratiquées.



Redécouvrir aussi le plaisir de la séduction, du mystère, de l’artifice. Devenir une vampire, quoi…


Gérard GAROUSTE
Ce texte est inspiré par Pierre Lévy-Soussan

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