samedi 7 mai 2016

Désaddiction


Je me rends compte qu'avec le temps, je me suis, peu à peu, libérée de toute addiction. C'est, peut-être, l'accession à l'âge adulte. Plus jeune, pourtant, j'ai, à peu près, tout essayé: les médicaments (somnifères, stimulants), l'alcool, la drogue, l'alimentation, la frénésie sexuelle et, aussi, le sport. Il n'y a qu'au tabac que j'ai échappé. J'étais carrément dingue. Curieusement, quand on est addict, on a, souvent, un sentiment de toute puissance. Qui pouvait être plus mince que moi, qui pouvait courir plus vite que moi ? J'étais invincible. Invincible et indifférente. Quel type, quelle fille a, vraiment, compté pour moi ?


Aujourd'hui, je pense être plus sereine. Je suis plus détachée, je doute beaucoup moins de moi-même (mais je suis, également, devenue arrogante). J'ai quand même, toujours, des obsessions alimentaires (rien que du poisson) et je suis toujours aussi mince. Le sport, je demeure fanatique. Et puis, mes nuits sont toujours peuplées de fantasmes noirs, de violence, d'orgie, d'humiliation. Les rêves et les cauchemars me dévorent. Enfin,  je suis toujours indifférente à mes partenaires amoureux, sexuels.


Pourquoi est-on addict ? On a besoin d'une béquille qui nous aide à combler ce qui fait l'un des moteurs de notre vie: le manque. Manque d''amour, d'identité. On passe tous par ça: l'insuffisance, c'est notre condition première, notre angoisse essentielle. On n'arrive pas à trouver son bouclage narcissique. Je voudrais toujours être absolument belle, absolument aimée. C'est  pour oublier ça, cet idéal impossible, que je bois 4 ou 5 bouteilles de bière le samedi et que je couche avec à peu près n'importe qui.


Mais vivre sans aucune addiction, ça n'est pas, non plus, possible. On a tous des petites manies, des petites obsessions, des petites dépendances. D'ailleurs, ça vous structure, vous organise. Renoncer à une addiction, ça peut être encore pire, ça peut être mortel.

Affiches de l'entre-deux guerres: tchèque, française, allemandes. A l'attention des non-germanophones, la   3ème affiche a pour titre: "les hyènes de la luxure".

8 commentaires:

KOGAN a dit…

Bonjour CARMILLA

« L’homme sur terre peut-il jouir d’un bonheur complet ?

Non, puisque la vie lui a été donnée comme épreuve ou expiation ; mais il dépend de lui d’adoucir ses maux et d’être aussi heureux qu’on le peut sur cette terre.

Nous sommes punis dès cette vie de l’infraction aux lois de l’existence corporelle par les maux qui sont la suite de cette infraction et de nos propres excès.

Ce sont souvent les parents qui par orgueil ou par avarice font sortir leurs enfants de la vie tracée par la nature, et par ce déplacement, compromettent leur bonheur ; ils en sont responsables.

Les maux de ce monde sont aussi en raison des besoins que nous nous créons dans la vie, et qui ne sont qu’une halte momentanée dans une mauvaise hôtellerie… »

Allan KARDEC


Personnellement et comme addiction qui me guide presque toujours et quelques fois, plus sûrement que la raison, c’est l’instinct…et le chocolat noir MONTIGNAC 99% de cacao…

Bien à vous
Jeff

Richard St-Laurent a dit…



Bonjour madame !

Je reteints cette pensée qu'on retenu bien des philosophes, entre autre Sénèque et Cioran :

« Le détachement confère un pouvoir infini. »

Ce fameux détachement est moins ardue qu'on pourrait l'imaginer.

J'abonderais vers cette réflexion

« L'homme est fait, beaucoup plus, pour l'abstinence que pour l'abondance. »

Je vous l'accorde, ce qui le rend souvent très arrogant.

Mais comment serions-nous arrivés à aujourd'hui, alors que nos ancêtres on tellement marché l'estomac vide ?

Alors comment punir celui qui est détaché ?

Comment le dominer et surtout le gouverner ?

D'autre part, je me dis, que si vous n'aviez pas vécue toutes ses addictions, vous n'auriez pas cette vue sur l'existence ; et sans doute que vous n'écririez pas ainsi dans ce blog. Ce qui donne une originalité toutes particulières à vos réflexions. Comme de quoi que les addictions, ce n'est peut-être pas si inutiles qu'on veut bien nous le faire croire.

Je ne donne pas ma place, j'aime bien un bon scotch, un bon cigare, ou encore une bonne pipe de tabac rare ; par contre, j'aime plonger dans l'eau froide de ma rivière, partir en canot avec très peu, me fondre comme un animal dans les bois.

J'aime bien vos affiches aujourd'hui, surtout la première, qui me semble bien mystérieuse.

Du manque, fais ta force.

Richard St-Laurent






Carmilla Le Golem a dit…

Merci Jeff,

Allan Kardec, je n'ai jamais lu même si je sais qu'il a beaucoup d'admirateurs. Je me suis toujours méfiée du spiritisme. Je partage néanmoins son avis réservé sur cet idéal contemporain du bonheur à tout prix.

Personnellement, je ne mange pas de chocolat. C'est redoutable. Cependant, j'ai un peu vécu à Grenoble et il y avait le chocolat Bonnat (de Voiron précisément).

Bien à vous,

Carmilla

Carmilla Le Golem a dit…

Merci Richard,

Oui, un certain détachement, vis-à-vis du monde et des émotions, est nécessaire. C'est comme ça qu'on supporte mieux la vie.

Ne déduisez pas de mon post que j'étais complètement addicto. Comme un peu tout le monde, je pense, mais guère plus. C'est lié aussi à une surcharge émotionnelle. Mais c'est vrai aussi que les addictions, ça a une certaine utilité, ça remplit une fonction, ça nous construit d'une certaine manière.

Par ailleurs, je ne fume pas et je ne bois pas d'alcool (même pas de vodka). Plonger dans l'eau froide d'une rivière, j'en serais bien incapable. Enfin, la nature à l'état sauvage, j'aime bien (il y a une forêt primitive, la Bialowieza, à la frontière de la Pologne et de la Biélorussie)mais pas trop longtemps.

La première image est une affiche tchèque "Exposition d'art permanente".

Bien à vous

Carmilla

Ariane Grammaticopoulos a dit…

Vous me faites beaucoup rire Carmilla !
Quand vous écrivez " je bois 4 ou 5 bouteilles de bière le samedi et que je couche avec à peu près n'importe qui".

Loin d'être horrifiée, ceci me plait, parce que vous le dites avec une spontanéité désarmante. Et à vrai dire je pense avoir souvent agi comme vous, sans la bière, je préfère la vodka. J'ai la chance de rester mince avec alcool et chocolat. Et pis que tout je suis grande fumeuse, mais sportive.
Nous les femmes sommes si paradoxales parfois...

Merci pour ces affiches, et bon dimanche à vous !

Richard a dit…

Bonjour madame Carmillia !

Effectivement, j'ai entendu et lu sur cette forêt primitive de Bialowieza.

J'ai été surpris d'apprendre qu'il existe encore une forêt primitive en Europe, moi qui croyait, que les Allemands et les Russes avaient tout détruit dans ces régions.

Je sais que dans ces régions d'Europe, on construit encore des toitures bardeaux de bois. Ici au Québec nous nous servons du Thuya occidental, mieux connu sous le nom de cèdre, qu'est-ce qu'ils utilisent comme essence de bois pour les couvertures en bardeaux, comme nous avons pu le voir dans vos pots précédents en Europe Centrale ?

Je demeure et reste un homme des forêts. Demain, je vais partir pour la journée pour une longue randonnée.

Ici, enfin les feuilles de tremble commence à sortir.

Richard St-Laurent

Carmilla Le Golem a dit…

Bonjour Ariane,

Prendre avec humour mon blog, c'est la bonne attitude. Je ne suis pas totalement sérieuse, je force aussi toujours un peu le trait pour les besoins de l'écriture.

Je n'ai rien contre les fumeurs mais les conséquences du tabac m'effraient. Plusieurs de mes proches en ont été victimes.

Sinon, je pense en effet que notre vie est pleine de paradoxes et contradictions.

Bien à vous

Carmilla

Carmilla Le Golem a dit…

Effectivement Richard,

La "Bialowieza" est une forêt primitive européenne. Comment a-t-elle échappé à la destruction de la guerre ? C'est un mystère.

C'est un lieu fascinant qui devrait enchanter le grand amoureux de la nature que vous êtes. C'est très facile d'y aller et de visiter. Du côté polonais, depuis Varsovie, c'est très bien organisé.

Je ne suis pas capable de vous répondre sur les essences de bois utilisées pour les bardeaux mais je vais me renseigner.

Bien à vous

Carmilla