dimanche 1 avril 2018

Des origines


On m'a traînée à un film, paraît-il tellement sympa et tellement drôle, "La Ch'tite famille" de Dany Boon.

Quelle horreur! Le succès du film traduit bien, je crois, la montée du populisme en France.


L'anti-intellectualisme, l'anti-parisianisme, pourquoi pas ! Mais je ne vois pas en quoi parler ch'ti et manger du maroilles est gage d'une plus grande authenticité. Ça n'est pas non plus un brevet de générosité et de chaleur humaine.


On nous fait maintenant sans cesse la morale, on distille des leçons grossières, simplistes: il faudrait ne jamais oublier d'où l'on vient, ne jamais perdre ses racines, il faudrait retrouver, au contraire, les vraies valeurs, celles de la famille avant tout.


Brr ! Ça sent un peu le moisi! Je ne me sens pas obligée de partager ce point de vue même si je suis, moi aussi, une étrangère à Paris. Certes, je ne parle aucune langue sans accent (même le français pour lequel j'ai, paraît-il, une diction particulière, précieuse), je mange des choses bizarres (du bigos, des varenyky, des harengs, du poisson-chat) et je préfère la bière au vin. Quant à ma ville d'origine, ma famille, j'en ai déjà parlé et j'entretiens, d'une manière générale, des rapports distants. Plus au-delà, mes ancêtres, ma généalogie, j'y suis totalement indifférente, je ne pense pas que cela soit intéressant, édifiant.


Dans tout cela, il n'y a aucun titre de gloire et je n'ai vraiment pas l'impression que ce soit ça qui me constitue. Je ne suis pas moins apprêtée, plus sincère, plus sympathique, chaleureuse, qu'une Parisienne de souche et d'ailleurs j'ose dire que j'apprécie les Parisiens et me sens Parisienne. Je n'ai vraiment pas l'impression que je me retrouverais, que je serais plus conforme à moi-même, en devenant une Ukrainienne authentique. Les leçons de vie, je ne les attends pas du passé, des traditions; quant aux racines, je n'en ai rien à fiche.


C'est même exactement le contraire. Je me suis plutôt construite en m'arrachant à mes origines, géographiques, biologiques. Et ça vaut sans doute pour moi comme pour tout le monde. On ne conquiert son individualité qu'en se libérant de ce qui nous détermine. Savoir changer, évoluer, s'adapter, s'ouvrir aux autres, c'est ça qui est important. C'est un antidote à la morale sinistre et régressive des Ch'tis mais c'est sans doute plus exaltant, plus dynamisant.
























Tableaux du peintre tchèque Frantisek KUPKA (1871-1957) auquel le Grand Palais consacre en ce moment une belle exposition. Ce qui est intéressant chez Kupka, c'est que sa création a beaucoup changé, beaucoup évolué tout au long de sa vie. C'est là encore un beau démenti à cette idée qu'il faudrait être soi-même, coïncider avec ses origines.

6 commentaires:

Ariane Grammaticopoulos a dit…

" On ne conquiert son individualité qu'en se libérant de ce qui nous détermine. Savoir changer, évoluer, s'adapter, s'ouvrir aux autres, c'est ça qui est important"

Comme je partage votre avis !

Je vous admire de vous être laissée convaincre de voir le film de Dany Boon; pour ma part ce genre me fait fuir...si c'est tout ce qu'on nous offre comme racines françaises, merci bien !
J'ai pourtant une grand-mère originaire de Berck sur Mer, et je ne vois là rien à en apprendre, ce sont les circonstances de la vie.
Je suis née à Paris, et je suis parisienne, parce que c'est dans cette ville que j'ai grandi.

Bon dimanche de Pâques Carmilla, même si pour vous ce sera peut-être le 8.
Христос воскресе ! (Christ est ressuscité !)

Richard Sr-Laurent a dit…

Bonjour madame Carmilla !
Ainsi, vous vous laissez entraîner à aller visionner un film nul ? Je pensais que c'était vous qui entraîniez les autres ? Vous savez vous avez l'état d'esprit pour cela. Reste qu'un mauvais film vous a inspiré pour ce texte qui soulève un débat intéressant. Le populiste qui trempe dans une mauvaise sauce nationaliste. Même situation de ce côté-ci de l'Atlantique. Comme il faut donner un peu de corps à ce plat immangeable on y ajoute des racines anciennes dites d'origines. Les origines ne m'ont jamais dérangées, en histoire nous en parlons souvent, même si mes ancêtres étaient des militaires, j'avoue qu'ils ressemblaient plus à des mercenaires venus casser des indiens rebelles. Ils travaillaient pour Louis XIV, c'est tout dire. Après cette extermination, ils se sont transformés en bons cultivateurs. Aujourd'hui, c'est partout pareil, des gens, abandonnés à leur sort sous le chapiteau de la mondialisation, relèvent la tête. Je puis les comprendre. Ce qui a donné Trump aux USA. On affirme que ce n'est qu'un accident de parcours. Espérons que cela reste un accident. J'ai aussi évoqué la précarité des campagnes et des endroits isolés en Russie, c'est la même chose aux États-Unis, il y a des états pauvres où il ne fait pas bon vivre. Il n'y a pas de surprise, je savais qu'il en serait ainsi, et je constate que c'est identique en France. Il va falloir changer votre registre, un jour les épouvantails qui vous servent à attiser la peur au deuxième tour seront usés à la corde. Vous avez intérêt à brasser votre milieu politique dès maintenant. Si Macron peut être aussi bon à l'intérieur qu'il l'est au niveau international, peut-être que vous vous en sortirez. Macron comme Trudeau sont en train de passer l'examen du pouvoir, promotion de la quarantaine, au cœur des affaires, nous allons voir comment ils vont s'en sortir. Jusqu'à maintenant ils n'ont pas eu à faire face à des crises majeures. On dirait que cela commence à brasser en France, attentats, grèves, manifestations ; mais il va falloir que les français cessent de manifester et recommencent à voter. Autrement dit, s'impliquer politiquement. Comment ne pas surveiller tout cela dans ce climat de médiocrités qui nous fait honte ? J'ose penser que nous sommes meilleurs que nous ne le laissons voir mais le jupon dépasse souvent. Nous nous encrassons dans notre paresse grossière pour voguer sur des vagues de facilités en invoquant des pensées magiques qui n'ont rien à voir avec des solutions difficiles. Peut-être que la réalité rattrapera, Macron, Trudeau et nous tous ? Nous pourrions espérer le tout sans douleur ; je persiste à dire que tout cela sera peut-être très intéressant !
Bon dimanche de Pâques
Que le printemps vous embrase
Richard St-Laurent

Carmilla Le Golem a dit…

Merci Ariane,

Je n'ai pas trop de préjugés. Il m'arrive de voir des comédies populaires. C'est aussi une manière de faire de la sociologie de la France. Du reste, certaines comédies sont très bonnes. J'ai bien aimé comme ça, récemment, "La belle et la belle" de Sophie Fillières et "Le sens de la fête" de Nakache et Toledano.

Sinon, il est vrai que, dans tous les pays du monde, les gens de la capitale sont détestés par les provinciaux. Ils sont toujours jugés arrogants, désagréables et superficiels.

Et puis, on stigmatise généralement le mépris des bourgeois pour les classes populaires mais on dénonce moins le racisme inverse.

Pour ce qui me concerne, j'adore Paris et les Parisiens.

Joyeuses Pâques à vous aussi,

Carmilla

Carmilla Le Golem a dit…

Merci Richard,

Non, non ! Je n'ai pas du tout l'esprit d'un leader d'opinion. J'ai, depuis longtemps, renoncé à convaincre qui que ce soit, je n'ai pas l'âme politicienne. Je me contente donc d'observer les choses.

Il est vrai que la montée du populisme est inquiétante alors même que les populations vivent de mieux en mieux. En France, il ne faut pas oublier que le vote populiste (Mélenchon, Le Pen et quelques autres) était largement majoritaire au premier tour des élections présidentielles.

La jalousie sociale est très forte en France et s'exerce à l'encontre d'à peu près tout le monde, de tous ceux, du moins, qui semblent un tout petit peu plus riches que soi-même. C'est le triomphe de l'esprit niveleur, on en vient à se réconforter qu'il y ait des pauvres. C'est parfois un peu difficile à vivre parce qu'il faut absolument éviter d'afficher son niveau de vie.

Mais c'est bien sûr cette sombre passion du nivellement qui nourrit le populisme.

Je pense en effet que Macron et Trudeau sont très intelligents et très au-dessus de la moyenne des hommes politiques. Qu'ils soient brillants est malheureusement aussi leur fragilité dans un contexte où on déteste de plus en plus les élites.

Il est difficile de porter un jugement sur vos ancêtres. Le contexte culturel n'était pas du tout le même. Ils ont peut-être exterminé des Indiens mais ils étaient du moins entreprenants et avaient beaucoup de courage. Ils étaient sans doute, malgré tout, des gens exceptionnels. Mais nous n'héritons pas automatiquement de nos ancêtres.

Joyeuses Pâques à vous aussi. Le Printemps débute en France mais l'hiver a été très doux.

Bien à vous,

Carmilla


Nuages a dit…

Je viens de passer quatre jours à Paris, et j'ai visité l'exposition de Frantisek Kupka. Elle est magnifique ! Que de recherches, d'évolutions, de phases successives dans son oeuvre.
J'ai visité aussi, au Musée d'Orsay, l'exposition "Ames sauvages", sur les peintres symbolistes dans les Pays Baltes. Elle est très belle aussi.

Carmilla Le Golem a dit…

Oui Nuages, ce sont deux très belles expositions.

Kupka, je connaissais depuis longtemps mais pas sa période abstraite. On est effectivement impressionnés par l'ampleur et la diversité de son oeuvre.

Quant aux Pays Baltes, je suis depuis longtemps grande fan de Ciurlonis, peintre et musicien lituanien, le plus célèbre des artistes présentés mais tout de même peu connu à l'Ouest. Il y a un très beau musée qui lui est consacré à Kaunas. J'aime beaucoup aussi le peintre letton Janis Rozentals.

Cette exposition a surtout permis de rassembler beaucoup d'artistes. C'est important parce que du fait de l'occupation soviétique, les pays baltes n'avaient pas de véritables musées nationaux et toutes les œuvres étaient dispersées un peu partout.

Je recommande vivement, comme vous, l'exposition "âmes sauvages".

Bien à vous

Carmilla