
Les vacances, c'est, depuis plus d'un siècle, très largement associé à la Mer.
Les vraies vacances, ce serait pouvoir contempler, sans fin, l'horizon depuis une plage. L'Eternité, disait Rimbaud, "c'est la mer allée avec le soleil".
Ca peut sembler complétement vain et les beaux esprits peuvent en ricaner mais c'est, en fait, une expérience quasi mystique.
Les "plagistes" s'adonnent en réalité à un étrange sentiment fusionnel qu'a bien décrit un ancien Prix Nobel de Littérature (1915), largement oublié, peut-être à tort, Romain Rolland.
Il s'agit du "sentiment océanique". C'est cette impression de communion originelle avec l'ensemble du monde, voire avec un grand Tout. C'est une approche quasi mystique dont Romain Rolland voit même la source de la religion.
Ca concerne évidemment, au premier chef, tous les gens qui aiment l'eau, la mer, la Nature. Des gens plutôt heureux, en général, et pas trop anxieux. "Homme libre, toujours tu chériras la mer" écrivait ainsi Baudelaire en évoquant l'albatros dont les ailes de géant l'empêchaient de marcher.
On peut les appeler des "merriens" et ce sont plutôt des personnes assez sereines et faisant preuve d'équanimité, d'égalité d'humeur.
Ce qui est intéressant, c'est que ce sentiment océanique, qui n'est tout de même pas si rare, a donné à un débat célèbre avec Sigmund Freud. Un débat retranscrit dans son bouquin "Malaise dans la civilisation".
Le sentiment océanique, ça n'a, pour Freud, rien à voir avec la religion ou la mystique. Ca n'est qu'une réminiscence, actualisation, de notre bonheur infantile primaire primaire. Celui de cette courte période des premiers mois de la vie durant la quelle les interdits de la culture n'ont pas encore imprimé leurs marques et leurs brûlures dans le psychisme du nouveau-né.
C'est plus tard et petit à petit que vont survenir l'angoisse et la détresse liées à la découverte que l'on n'est pas tout puissants.
Et c'est alors que l'homme se verra sans cesse contrecarré dans la recherche du plaisir et fera progressivement l'apprentissage du malheur.
C'est à partir de ce moment crucial que se développe la conscience tragique.
Mais à des degrés divers selon les individus. En caricaturant beaucoup, on peut dire, ainsi, que l'humanité se divise entre ceux qui aiment la mer, les "merriens", et ceux qui ne l'aiment pas.
Je fais, bien sûr, partie de cette seconde catégorie qui comprend tous les gens anxieux, torturés. Presque paradoxalement, en effet, même si je nage beaucoup et plutôt pas mal, je n'aime pas la mer. Je m'y ennuie à périr et nager dans la mer, ce n'est pas du tout pareil, je n'y ai plus aucun repère sur le quel me caler.
Et je crois enfin qu'il faut savoir accepter sa finitude. Peut-on rencontrer l'infini ? Pour moi, c'est résolument non à la différence des "merriens".
Images de Georges Lacombe, Hokusaï, Pierre Bonnard, Claude Monet.
Je recommande:
- Sigmund Freud : "Malaise dans la civilisation". L'un des bouquins les plus pessimistes de Freud, rédigé à la fin de sa vie. Le crime est consubstantiel à l'homme et celui cherche de plus en plus à s'affranchir des contraintes de la civilisation. L'Histoire lui a, hélas, vite donné raison.
- Mike Dash : "L'archipel des Hérétiques - La terrifiante histoire des naufragés du Batavia". Un livre extraordinaire, à lire par tous les amoureux d'expéditions maritimes. Tout y est: le drame, la Mort, la lutte pour la survie. Et puis les rapports de pouvoir qui s'établissent avec la soumission et la cruauté. Et tout se termine dans la Folie.






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