C'étaient la "Fête des Morts" puis la "Toussaint" les 1er et 2 novembre.
Je ne manque jamais, ces jours là, de me rendre dans les cimetières parisiens.
C'est par conviction. Conviction que notre monde est bien hanté.
Hanté, évidemment pas matériellement par des fantômes.
Notre identité n'est pas simple et transparente. Nous sommes plutôt hantés psychologiquement par une foule d'images et souvenirs qui ne cessent d'affleurer à notre conscience.
Et ces retrouvailles ne sont jamais joyeuses mais douloureuses, ponctuées de remords et reproches. On en vient à se dire qu'on a contribué à la mort prématurée des membres de sa famille.
Ce sont peut-être ces pensées intolérables qui contribuent à la disparition progressive, aujourd'hui, des cimetières et lieux de commémoration: les Morts, on ne veut plus en entendre parler. Pour la première fois dans son histoire, l'humanité cesse d'honorer ses morts.
On vit dans des sociétés qui carburent au Désir et à l'immédiateté et il nous faut toujours d'autres objets d'assouvissement.
On réclame sans cesse, aujourd'hui, une recharge immédiate et effrénée de nos impulsions. Et cela sans avoir à affronter une quelconque altérité ou un interdit. L'économie du Désir est devenue narcissique et masturbatoire.
La mort n'a évidemment pas de place dans ce contexte puisqu'elle est intensité zéro, perte irrémédiable. Elle est le "Never more" que croassait le corbeau du merveilleux poème d'Edgard Allan Poe.
"A mort la Mort", proclame-t-on. Elle est devenue obscène et donc, on l'administre et la gère en l'encadrant en milieu médicalisé. Elle devient prévisible, organisée.
Mais la Mort se venge. Ses nécropoles ne sont plus les cimetières ni même les hôpitaux. Et la mort n'est même plus biologique ou mentale.
Elle s'étend à la société toute entière par le détour d'une bureaucratisation générale de nos vies. On s'adonne à une surenchère de prévisibilité et de programmation: tout doit être rationalisé dans nos vies. C'est l'âge du fonctionnaire de Kafka, expression d'une culture de mort.
Et les nouvelles nécropoles, ce sont en fait, aujourd'hui, tous les grands centres informatiques, tous les Data Centers, toutes les applications d'Intelligence Artificielle, tous ces grands cercueils de verre dans lesquels on gèle la mémoire humaine et enterre, en même temps, toutes les racines de nos rêves et désirs.
Je recommande :
- Charles-Robert Maturin : "Melmoth l'homme errant". L'un des chefs d'œuvre de cette littérature gothique que j'aime tant
- Georges Bataille: tous ses romans et récits et notamment "Le Bleu du ciel", "Ma mère", Histoire de l'œil", "Madame Edwarda".
- Jean Baudrillard: "L'échange symbolique et la mort". Peut-être son meilleur livre, plein de fulgurances d'écriture. Dommage que Baudrillard tombe aujourd'hui un peu dans l'oubli.
Je précise enfin que je serai à Berlin durant les 2 semaines à venir. Je ne suis donc pas sûre d'avoir la disponibilité d'esprit suffisante pour entretenir mon blog. Mais retour bientôt, tout de même, quoi qu'il arrive.
















