C’est terrible, mais il m’arrive, en France, de défendre la
Russie de Vladimir Poutine. C’est épidermique, bien sûr, mais on se prend de
telles dégelées d’arrogance et d’ignorance qu’on se laisse quelquefois aller à
réagir.
Les Jeux Olympiques de Sotchi, par exemple, me mettent en fureur.
Je n’ai, jusqu’à aujourd’hui, jamais pu entendre ou lire un commentaire positif
ou simplement neutre. Tout le monde dit que c’est nul, kitsch, mégalo, qu’on a
tout détruit. Personne pour évoquer la beauté et la magie des lieux : les
montagnes du Caucase qui se jettent dans la Mer Noire, c’est tout de même un
paysage extraordinaire, fabuleux, ça fait normalement rêver, me
semble-t-il.
Pour moi, c’est un lieu idyllique, bouleversant, et rien n’est
plus beau que le Caucase. Sotchi, c’est à proximité immédiate du pays de la
Toison d’Or, de Jason et des Argonautes, de la Colchide, mais ça, je crois, ça
passe bien au-dessus du chignon des reporters dépêchés sur place. C’est une
région encore presque déserte et miraculeusement préservée.
Enfin…, grâce à tous
ces imbéciles, je suis tranquille, je pourrai continuer d’aller me balader
là-bas sans craindre l’envahissement touristique. Peut-être, en effet, que Sotchi est maintenant
un peu bétonné et qu’il n’y a sans doute pas beaucoup de neige mais il me
semble que c’est exactement la même chose dans les stations de ski françaises,
la cohue et la surpopulation en prime.
J’ai également jugé grotesques les interventions, à l’occasion de
l’ouverture des JO, de Ban Ki-moon et d’Obama à propos des homosexuels et
lesbiennes. Là, en effet, on sombre dans le ridicule, le kitsch complet.
Et puis, l’abstention, boycott, sous des prétextes fallacieux,
des principaux dirigeants européens, j’ai trouvé ça petit, infantile, des
gamins dans une cour de classe. Ne l’oublions pas : Poutine est quand même
le produit de l’arrogance occidentale qui a, continuellement, refusé à la
Russie une voie d’association avec l’Europe. On a souhaité préserver un ennemi
à qui se confronter.
Ce qui me met aussi en rage, de manière plus anecdotique, c’est
l’affaire de la cathédrale orthodoxe et du centre culturel russe à Paris. La
Fédération de Russie a remporté, en 2010, un appel d’offres incontestable (devant,
il est vrai, l'Arabie Saoudite et
le Canada) pour l’acquisition
d’un terrain à l'angle du quai Branly et de l'avenue Rapp.
Depuis, ça a soulevé une foule de réactions hostiles. Le journal
« Le Monde », la semaine dernière, l’écrit même carrément : « une
église à bâtir ? Voilà bien longtemps que cela n'était pas arrivé,
sinon loin du cœur de la cité, comme à la Goutte d'or, dans le Nord parisien, où a été inauguré à l'automne 2013
l'Institut des cultures d'Islam. Mais quai Branly, l'un des quartiers les plus visités au
monde ! La volonté de la Russie a été la plus forte ».
C’est lamentable ! Quelle horreur en effet pour le peuple
de France, une église et un institut culturel russes à proximité de la tour
Eiffel. Ca pourrait être concevable en lointaine banlieue, à Issy-les-Moulineaux
ou à Saint-Quentin-en-Yvelines, mais tout de même pas là…
Et puis, Bertrand Delanoë et Aurélie Filipetti se sont déchaînés
pour faire capoter l’affaire. Le maire de Paris n’a ainsi pas craint d’affirmer
que le projet russe relevait «d'une
ostentation tout à fait inadaptée au site classé au Patrimoine Mondial de L'Unesco,
ou à la perspective de la tour Eiffel ».
Sans doute, le projet de l’Arabie Saoudite eût été mieux adapté,
plus en ligne avec l’esprit du temps. Enfin…, les choses semblent s’être
calmées et devraient finalement aboutir avec un nouvel architecte, Jean-Michel Wilmotte. Ca me
fait plaisir et je serai bien contente de voir Delanoë, Filipetti et le journal
« Le Monde » avaler leur chapeau.
J’aimerais, en effet, que l’on me dise sincèrement quel est le
problème posé par un institut culturel russe à Paris, fût-il à proximité de la
Tour Eiffel. Je ne peux m’empêcher de penser que l’hostilité affichée relève d’une
sombre ignorance et xénophobie, du type de celle de Valls à l’encontre des Roms.
Les Russes, c’est en effet des gens qu’on peut haïr en toute
bonne conscience, sans le risque des opinons proférées sur les Arabes ou les Blacks. Les Russes, c’est comme
les Roms, on en ignore à peu près tout, mais on sait du moins qu’ils sont fascistes, homophobes, pleins
de fric issu de trafics mafieux; et puis, ils sont vulgaires, machos, m’as-tu vu et les filles russes sont habillées
comme des putes. En bref, ce sont des gens qui ne savent pas se tenir à leur
place. Le fric, l’immoralité, c’est tout ce qu’on déteste en France, c’est ce
qui qualifie la racaille. On peut donc critiquer les Russes impunément, en
passant même pour éclairé, progressiste.
Pourquoi pas ? Mais il ne faut pas oublier que toutes les
positions sont réversibles et que le moqueur devient vite le moqué. J’ai bien
rigolé, par exemple, en écoutant, cette semaine, les commentaires relatifs à la
visite de François Hollande aux Etats-Unis. On nous dit que les Américains
apprécieraient maintenant beaucoup la France, sa culture, son mode vie, sa
civilisation. Tu parles ! Ils en savent autant sur la France que les
Français sur les Roms. Ce retour en grâce ne s’explique, en fait, que parce que
notre cher Président se révèle d’humeur belliqueuse, tout à fait disposé à s’engager,
aux côtés des USA et des grandes « démocraties wahhabites », dans des
guerres absurdes et picrocholines contre la Syrie, l’Iran et … la Russie.























































