samedi 15 février 2014

Rêves de Russie




C’est terrible, mais il m’arrive, en France, de défendre la Russie de Vladimir Poutine. C’est épidermique, bien sûr, mais on se prend de telles dégelées d’arrogance et d’ignorance qu’on se laisse quelquefois aller à réagir.



Les Jeux Olympiques de Sotchi, par exemple, me mettent en fureur. Je n’ai, jusqu’à aujourd’hui, jamais pu entendre ou lire un commentaire positif ou simplement neutre. Tout le monde dit que c’est nul, kitsch, mégalo, qu’on a tout détruit. Personne pour évoquer la beauté et la magie des lieux : les montagnes du Caucase qui se jettent dans la Mer Noire, c’est tout de même un paysage extraordinaire, fabuleux, ça fait normalement rêver, me semble-t-il. 



Pour moi, c’est un lieu idyllique, bouleversant, et rien n’est plus beau que le Caucase. Sotchi, c’est à proximité immédiate du pays de la Toison d’Or, de Jason et des Argonautes, de la Colchide, mais ça, je crois, ça passe bien au-dessus du chignon des reporters dépêchés sur place. C’est une région encore presque déserte et miraculeusement préservée. 


Enfin…, grâce à tous ces imbéciles, je suis tranquille, je pourrai continuer d’aller me balader là-bas sans craindre l’envahissement touristique.  Peut-être, en effet, que Sotchi est maintenant un peu bétonné et qu’il n’y a sans doute pas beaucoup de neige mais il me semble que c’est exactement la même chose dans les stations de ski françaises, la cohue et la surpopulation en prime.



J’ai également  jugé  grotesques les interventions, à l’occasion de l’ouverture des JO, de Ban Ki-moon et d’Obama à propos des homosexuels et lesbiennes. Là, en effet, on sombre dans le ridicule, le kitsch complet.



Et puis, l’abstention, boycott, sous des prétextes fallacieux, des principaux dirigeants européens, j’ai trouvé ça petit, infantile, des gamins dans une cour de classe. Ne l’oublions pas : Poutine est quand même le produit de l’arrogance occidentale qui a, continuellement, refusé à la Russie une voie d’association avec l’Europe. On a souhaité préserver un ennemi à qui se confronter.



Ce qui me met aussi en rage, de manière plus anecdotique, c’est l’affaire de la cathédrale orthodoxe et du centre culturel russe à Paris. La Fédération de Russie a remporté, en 2010, un appel d’offres incontestable (devant, il est vrai, l'Arabie Saoudite et le Canada) pour l’acquisition d’un terrain à l'angle du quai Branly et de l'avenue Rapp.


Depuis, ça a soulevé une foule de réactions hostiles. Le journal « Le Monde », la semaine dernière, l’écrit même carrément : « une église à bâtir ? Voilà bien longtemps que cela n'était pas arrivé, sinon loin du cœur de la cité, comme à la Goutte d'or, dans le Nord parisien, où a été inauguré à l'automne 2013 l'Institut des cultures d'Islam. Mais quai Branly, l'un des quartiers les plus visités au monde ! La volonté de la Russie a été la plus forte ».


C’est lamentable ! Quelle horreur en effet pour le peuple de France, une église et un institut culturel russes à proximité de la tour Eiffel. Ca pourrait être concevable en lointaine banlieue, à Issy-les-Moulineaux ou à Saint-Quentin-en-Yvelines, mais tout de même pas là…


Et puis, Bertrand Delanoë et Aurélie Filipetti se sont déchaînés pour faire capoter l’affaire. Le maire de Paris n’a ainsi pas craint d’affirmer que le projet russe relevait «d'une ostentation tout à fait inadaptée au site classé au Patrimoine Mondial de L'Unesco, ou à la perspective de la tour Eiffel ».

Sans doute, le projet de l’Arabie Saoudite eût été mieux adapté, plus en ligne avec l’esprit du temps. Enfin…, les choses semblent s’être calmées et devraient  finalement aboutir  avec un nouvel architecte, Jean-Michel Wilmotte. Ca me fait plaisir et je serai bien contente de voir Delanoë, Filipetti et le journal « Le Monde » avaler leur chapeau.

J’aimerais, en effet, que l’on me dise sincèrement quel est le problème posé par un institut culturel russe à Paris, fût-il à proximité de la Tour Eiffel. Je ne peux m’empêcher de penser que l’hostilité affichée relève d’une sombre ignorance et xénophobie, du type de celle de Valls à l’encontre des Roms.

Les Russes, c’est en effet des gens qu’on peut haïr en toute bonne conscience, sans le risque des opinons proférées sur  les Arabes ou les Blacks. Les Russes, c’est comme les Roms, on en ignore à peu près tout, mais on sait du moins qu’ils sont fascistes, homophobes, pleins de fric issu de trafics mafieux; et puis, ils sont vulgaires, machos, m’as-tu vu et les filles russes sont habillées comme des putes. En bref, ce sont des gens qui ne savent pas se tenir à leur place. Le fric, l’immoralité, c’est tout ce qu’on déteste en France, c’est ce qui qualifie la racaille. On peut donc critiquer les Russes impunément, en passant même pour éclairé, progressiste.


Pourquoi pas ? Mais il ne faut pas oublier que toutes les positions sont réversibles et que le moqueur devient vite le moqué. J’ai bien rigolé, par exemple, en écoutant, cette semaine, les commentaires relatifs à la visite de François Hollande aux Etats-Unis. On nous dit que les Américains apprécieraient maintenant beaucoup la France, sa culture, son mode vie, sa civilisation. Tu parles ! Ils en savent autant sur la France que les Français sur les Roms. Ce retour en grâce ne s’explique, en fait, que parce que notre cher Président se révèle d’humeur belliqueuse, tout à fait disposé à s’engager, aux côtés des USA et des grandes « démocraties wahhabites », dans des guerres absurdes et picrocholines contre  la Syrie, l’Iran et … la Russie.

Tableaux de l’un de mes peintres préférés Mikhaïl Vroubel (1856-1910)

samedi 8 février 2014

Suite Pragoise


Me voilà revenue mais, cette semaine, je suis trop paresseuse pour écrire. Le bla-bla, ça doit vous lasser vous aussi ! Alors, je me contente de vous livrer quelques-unes de mes petites photos.

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Photos de Carmilla Le Golem à Prague

Compte tenu de l'affluence touristique, je déconseille absolument la visite de Prague au printemps et en été.
Mais on peut visiter la province tchèque. Il y a plein de petites villes merveilleuses complètement ignorées. Voici mes préférées : Ceske Budejovice, Cesky Krumlov (la ville d'Egon Schiele avec un château qui abrite une extraordinaire "salle des masques"), Trebon, Jindrichuv Hradec et le château de Cervena Lhota, Pisec, Telc, Jihlava (la ville de Mahler). Il faut bien sûr également visiter Marienbad (Marianske Lazne) et Carlsbad (Karlovy Vary).

samedi 1 février 2014

Praha Magica

  



 Je pars aujourd’hui à Prague.

Evidemment, dans le contexte actuel, j’aurais aimé aller à Kiev mais on ne fait pas toujours ce que l’on veut. De l’Ukraine, je parlerai donc plus tard.



Prague, ça me fait quand même plaisir. Je connais bien même si ça fait longtemps que je n’y ai pas mis les pieds. J’adorais autrefois mais j’ai été dégoûtée, il y a quelques années, par l’envahissement touristique : du kitsch, du plastique, une foule angoissante. Le brumeux, le mélancolique, ça avait disparu.



Heureusement que j’y vais en plein hiver.

Malheureusement, je joue, là encore, de malchance : presque pas de froid et pas de neige en perspective.



La Tchéquie, c’est vraiment cool, reposant, c’est presque comme chez moi. Quasiment la même bouffe, de la bière, du canard, de la carpe;  et puis la langue tchèque, c’est ultra facile, on comprend tout et, après, il suffit de répéter ce que les gens disent en tapant bien sur la première syllabe. Comme ça, on passe, facilement, pour une génie linguistique.  C'est une jolie langue mais, pour moi, un peu ridicule : on a la manie des diminutifs; on ne peut pas appeler un chat, un chat; il faut que ce soit un "tout petit chat".



Et puis, les Tchèques, ils sont coincés et, d‘ailleurs, on ne les considère pas vraiment comme de vrais slaves, mais plutôt comme des slaves germanisés.  La fantaisie, ce n’est vraiment pas leur truc.

Mais tout ça, ça n’a pas vraiment d’importance. Ce ne sont que des opinions.



Pour moi, Prague, c’est surtout lié à des souvenirs littéraires très forts. La littérature pragoise, celle du début du 20 ème siècle, ça m’a beaucoup impressionnée.

Evidemment, tout le monde connaît Kafka.



J’ai, bien sûr, été fascinée. J’ai à peu près tout lu mais n’ai presque rien compris à sa relation folle à la féminité.

Mais les écrivains pragois qui m’ont vraiment influencée, ce sont, plutôt, Leo Perutz et Gustav Meyrink.




Leo Perutz, c’est mon préféré. Un grand mathématicien qui aurait travaillé, comme actuaire, dans la même compagnie d’assurances et à la même époque que Kafka.

J’ai été bouleversée par : « Où roules-tu petite pomme ? », « Le tour du cadran», « Le cosaque et le rossignol », « Le maître du Jugement dernier ».



Et puis évidemment, Gustav Meyrink. On ne connaît de lui que « Le Golem », écrit en 1915, c’est à dire en pleine guerre. C’est bien sûr en pensant à Meyrink que j’ai choisi mon nom de blog. Mais il faut aussi lire « Le visage vert », « la  nuit de Walpurgis» et « L’ange à la fenêtre d'Occident.

A bientôt




Tableaux d’Alfons MUCHA (1860-1939), l’immense peintre tchèque Art Nouveau. Ce qui est étonnant, c’est son incroyable productivité : près de 1 000 œuvres.