dimanche 18 avril 2010

L’ombre des jeunes filles

Quand on vient de franchir le Bug (Западный Буг, Західний Буг), la rivière qui marque la frontière entre la Pologne, la Biélorussie et l’Ukraine, on a tout de suite la pleine confirmation de ce que l’on pressentait déjà à Varsovie : le monde slave est bien celui de l’exacerbation de la féminité.


Là-bas, les femmes n’ont pas peur de s’exhiber, d’être séduisantes, élégantes, voire sexy et provocatrices. De plus, pas de problème pour se promener avec mini-jupe affolante et high heels, personne ne vous sifflera, ne vous harcèlera.




Je trouve ça une liberté extraordinaire par rapport à la France où, dans la rue, les gardiens de la décence et de la vertu sont innombrables. Les moins méchants objectent qu’on n’a pas de goût et qu’on est vulgaires mais ça me fait bien rigoler et ça n’est pour moi que le masque du puritanisme. Ce qui est vrai, c’est que beaucoup de françaises portent aujourd’hui une burqua, sans le savoir ; celle-ci est constituée par le jean et les baskets obligatoires.

Cependant, tout n’est pas non plus idéal pour les femmes dans les pays slaves. D’abord, ce qui m’étonne toujours quand je viens de Pologne, où il y a une complète égalité des sexes, c’est de constater qu’en Ukraine, la séparation des sexes est très forte. C’est également vrai en Russie, avec des nuances selon les milieux sociaux. On ne se mélange pas. Ainsi, dans la rue, on est d’abord surpris de croiser des groupes, très nombreux, de jeunes filles qui sortent ensemble, pour s’amuser ou simplement échanger. C’est très gai, c’est sympathique, ça me rappelle furieusement le Japon ou l’Iran, mais, personnellement, je déteste ça.



Pareillement, à table, au restaurant ou dans les réunions entre amis, il y a une même séparation : le coin des femmes et les conversations entre hommes. En Ukraine et en Russie, l’homme et la femme apparaissent deux continents isolés, ce qui n’est pas du tout le cas en Pologne et explique peut-être beaucoup de différences culturelles et d’inimitiés.



La séparation des sexes a du moins quelques avantages. Ca permet de ne pas idéaliser l’autre, d’en attendre plus qu’il ne peut donner. Ca évite de se perdre, comme les françaises, dans les rêveries d’un amour-fusion. Ca rend pragmatique. C’est peut-être aussi une force. D’où notre réputation de ne pas avoir froid aux yeux.




Photos de Carmilla Le Golem à Cracovie (Kraków) et à Lvov (Львов, Львів, Lwów)

2 commentaires:

Princesseneige a dit…

C'est marrant ce que tu dis sur la séparation des sexes, en Lettonie cela n'existe pas. Enfin, cela n'existe plus.

Carmilla Le Golem a dit…

Je ne parle bien sûr, Olga, que de la province en Ukraine et en Russie. Là bas, je trouve que c'est très marqué. Cependant, c'est un peu différent à Moscou et à Kiev. Et c'est sûr que ce n'est pas du tout ça dans les pays baltes en particulier en Lettonie.

Je force le trait comme toujours mais je crois que c'est quand même une grande différence avec l'Ouest, notamment entre la Pologne et la Russie.