samedi 4 décembre 2010

« Eloge des frontières » : Sofia Coppola, Michel Houellebecq et Régis Debray


Edward Hopper : le dernier film de Sofia Coppola y fait furieusement référence de même que « la carte et le territoire » de Michel Houellebecq.

L’impossibilité de l’événement, de la rencontre. Il ne se passe absolument rien et il ne peut d’ailleurs rien se passer; rien qu’une succession, en labyrinthe, de formes épurées, abstraites qui miment le réel.


« Somewhere », c’est « Nowhere ». Los Angeles, c’est la ville post-moderne : pas de centre, pas de périphérie, un jeu de dames, un ajointement de surfaces, rien que des points de passage, des carrefours, des échangeurs, des aéroports. Pas de limites, c’est impossible d’en rencontrer une même quand on essaie de pousser à fond sa Ferrari noire sur les highways sans fin.


Précipitez vous donc pour aller voir (sortie dans un mois) le dernier film de Sofia Coppola. C’est un exercice exceptionnel de cadrage, montage. La belle forme étrangement/faussement réelle.


Lisez parallèlement le dernier petit bouquin de Régis Debray : « Eloge des frontières ». L’un éclaire l’autre, je crois. Régis Debray, je croyais que c’était un vieux scrogneugneu donneur de leçons. Et bien non ! c’est d’abord très bien écrit et c’est vraiment iconoclaste. Tout ce qu’il me faut ; en plus c’est le texte d’une conférence prononcée à Kyoto (c’est pour ça que j’ai acheté le bouquin).


Faire l’apologie des frontières, pas seulement celles entre les Etats mais celles entre les cultures, les sexes, les classes sociales, les sphères du public et du privé, il faut vraiment oser aujourd’hui. Aujourd’hui où l’on prône la communication, la transparence, où chacun se croit tenu d’exhiber son intimité.


Plus de frontières, d’interdits, de limites. C’est, croit-on, la liberté démocratique et le monde universel.

Le problème, c’est qu’on ne rencontre plus jamais d’autre, d’autre avec lequel entrer en confrontation, émulation. Plus rien à désirer, à aimer, sauf soi-même.




« Le petit bourgeois s’est cru libéré quand l’air du temps a cessé de discerner entre les classes, entre les sexes, entre l’œuvre et le produit, entre le rouge et le noir, entre l’info et la com, le fric et le chic, la scène et la scène et la salle, la chose et son annonce. Et l’ennui naquit bientôt de l’embrouillamini. L’autre a disparu et avec lui le fouet du négatif. Narcissisme généralisé. »



Edward HOPPER – affiche de « Somewhere » de Sofia Coppola

2 commentaires:

Alexandre a dit…

Tu m'as donné envie d'aller le voir, tiens...

Carmilla Le Golem a dit…

C'est dans trois semaines à Paris. Attention ! comme tous les films de Sofia Coppola, c'est un film qui s'apprécie sur la forme et non sur le fond. Mais la bande-son vaut à elle seule le déplacement.

Carmilla