samedi 29 juillet 2017

Votre Vampire galicienne


On se moque quelquefois de ma prétention à me présenter comme une vampire. C'est puéril, me dit-on !


Pour ma défense, je précise d'abord que lorsque j'ai débuté ce blog, il y a près de 10 ans, il n'y avait pas du tout cette mode du vampirisme. J'ai été précurseur (précurseuse ?) du mouvement en quelque sorte.


Il est vrai, toutefois, que j'en rajoute parfois. J'aime bien déambuler dans Paris, à la nuit tombante, vêtue d'une robe rouge et d'un manteau noir. Avec ma silhouette longiligne, mes hauts talons, mes lèvres et mes ongles surlignés de pourpre, je ne passe pas inaperçue. Tant pis pour mon kitsch, ma vulgarité !


Mais le vampirisme, c'est tout de même important pour moi. C'est bien sûr d'abord lié aux paysages et lieux de mon enfance: sinistrose, mélancolie, tristesse..
















Mais c'est plus profond: c'est cette attraction/répulsion que l'on éprouve, que j'éprouve, pour le sang. Ça signe notre duplicité humaine. Avoir des règles, me faire décapsuler, sodomiser, brouter, tailler des pipes pour la première fois, ça a été une inconcevable violence. Ça a été affreusement sanglant, traumatisant. Mais après ça, je me suis aussi sentie transfigurée.


A cet égard, trois films magnifiques, réalisés par des femmes, ont été pour moi des révélations :

"Trouble everyday" de Claire DENIS avec Béatrice Dalle; 
"Dans ma peau" de Marina de VAN; 
"Grave" de Julia DECOURNAU.



Le sang porteur de vie mais aussi de mort. Cette crainte est aujourd'hui ravivée avec l'épidémie du Sida.


Le sang indissolublement lié à la violence et au crime. A l'heure où l'on nous ressasse que la sexualité, c'est cool et c'est fun, le vampirisme rappelle que c'est lié à une violence essentielle surtout pour une femme: la défloration, les règles. Pour évoluer, progresser, devenir adulte, il faut tuer, détruire. Rayer d'un trait de plume celle que l'on était ! Abolir, étrangler, l'oie blanche que l'on était ! Les anges et les saints sont d'éternels enfants,des imbéciles incapables de progrès.


Le sang lié à la chair et au cannibalisme, le grand tabou. On devient de plus en plus végétariens (je m'en félicite d'ailleurs).

On devient de plus en plus immatériels, on expurge, de plus en plus, notre animalité.

Mais elle resurgit, parfois, dans une espèce de révélation. Il m'arrive, comme ça, d'avoir des désirs criminels.


Pour moi enfin, le vampirisme, c'est pour une femme l'affirmation de son pouvoir de séduction, de sa capacité à prendre l'initiative. C'est une manière de renverser les rapports entre les sexes, les genres. J'adore séduire, violenter les mecs, quitte à devenir, ensuite, odieuse.


Conclusion :

D'abord,  je vous conseille vivement d'essayer de voir les trois films, les trois chefs-d'oeuvre, que j'ai cités. Leur bande-son est, en outre, magnifique. C'est très facile pour le film de Julia Decournau sorti très récemment et dont vient de sortir le DVD. Puissant et dérangeant, c'est ce que l'on en dit

Par ailleurs, ce sont les vacances !

Alors, plutôt que d'aller bronzer idiot sur une quelconque plage méditerranéenne surpeuplée, partez donc sur les pas de votre vampire préférée en Ukraine de l'Ouest, mon pays natal. Voilà le programme que je vous ai concocté :

Château de Podhorce
Château de Zolkiew
Château d'Olesko
Château de Palanok à Mukachevo
Kremenets
Le mont Bona à Kremenets
Biyna Mountain près d'Ivano-Frankivk
Cimetière d'Ivano-Frankivsk
Cimetière juif d'Ivano-Frankivsk
Maison hantée de Ternopol
Hôtel de ville de Lviv

Tous ces lieux sont liés à des événements tragiques et je les connais très bien.

Aller là-bas, c'est très facile et c'est pour rien ! Il suffit de me demander ! Mais il y a une difficulté que je ne mesure pas: l'obstacle linguistique, sans doute très faible dans les villes mais majeur à la campagne.

Enfin, même si l'ancienne Autriche-Hongrie ne vous intéresse pas plus que ça, je précise que les Ukainiennes méritent à elles seules le voyage. Sans doute un éblouissement.

6 commentaires:

paul a dit…

bonsoir Carmilla, ah ce n'est pas encore assez l'heure tardive de vous écrire, pourvu au moins qu'on ne soit pas lu au moment, et qu'on surprenne.. Surprendre un vampire !? N'y pensons jamais, ça serait comme de faire peur de faire peur. Ainsi, les vampires me faisaient-ils peur, c'était plutôt des abominables mêlés avec les noir&blancs, les frankensteins, les perkins.. Passe un siècle peut-être sans qu'on s'aperçoive de la sexualité du vampire à l'écran (une raison en réalité, un âge de comprendre où mettre ses peurs de côté), on se réveille un matin et il y avait des femmes vampires. Sidération ; le vampire inscrit en nous est éternellement phallocrate, même indûment peut-être mais inconsciemment c'était limpide. À la lueur rouge, il y a peu, on développait des photographies dans un bac comme sanguinolent, n'est-ce pas le talent photographique des Ukrainiennes qui persiste, selon vous, dans l'appareillage de pointe ? "éblouissant". Aller, pour ma part en Ukraine appelle quelques questions sur la signalétique et le visa : le cyrillique n'est-il qu'après la Pologne ? l'Ukraine est-elle européenne ? Un homme seul en clio, et d'une quarantaine d'années n'y serait-il pas dévoré comme un veau ? en attendant, j'ai pris mémoires des informations présentes, dans un blog de dix ans et vous en remercie

Carmilla Le Golem a dit…

Merci Paul,

Effectivement, la femme vampire devient un nouveau modèle féminin d'affirmation et d'audace.

Pour aller en Ukraine, c'est très facile. Vous n'avez pas besoin de visa, juste un passeport et vous pouvez circuler en toute liberté. Sur place, il n'y a aucun problème pour trouver un hôtel, ce n'est même pas la peine de réserver. Quant aux cafés, restaurants, commerces, boîtes de nuit, il y en a partout, souvent magnifiques et agréables. De plus, le coût de la vie est bon marché.

Je vous assure que vous ne risquez rien là-bas. Contrairement à ce qu'on imagine, le pays est très sûr (sûrement plus que la France). Se faire voler, agresser, c'est très peu probable. Les gens essaieront plutôt de vous aider et vous vous ferez rapidement des copains et des copines (mais c'est peut-être là qu'il faut être un peu vigilant). J'ai rencontré quelques Français qui venaient régulièrement en Ukraine pour y rencontrer un peu d'aventure et parce qu'ils y étaient bien accueillis.

La vraie difficulté, c'est la langue. Beaucoup de gens parlent un bon anglais dans les villes mais en province, ce n'est que le russe, l'ukrainien et le polonais. De plus, à la campagne, tout est en cyrillique. C'est donc sûrement très difficile de se déplacer en voiture. Il faut ajouter que l'état des routes en Ukraine est épouvantable (sûrement ce qu'il y a de pire en Europe) et votre voiture risque de se retrouver en morceaux. Le plus simple, c'est donc de se rendre là-bas en train ou par avion et de se débrouiller ensuite sur place: il y a plein de solutions.

Bien à vous

Carmilla

Richard a dit…

Bonjour Dame Carmilla.
Une vampire végétarienne...
Après avoir parcouru bien des distances et m'être nourrit de toutes les rencontres possibles, je ne pensais jamais un jour me retrouver devant une vampire végétarienne. J'ignorais que cela pouvais exister. Vraiment l'imagination humaine est sans borne et il est inutile d'évoquer la rationalité pour la justifier. Le sang chez moi évoque la vie, toute la vie, celle de faire boucherie, de tuer pour continuer à vivre. Né sur une ferme, bien avant l'école, j'avais assisté ce qui était pour nous une fête, tuer le veau gras au printemps, le cochon en fin d'automne, la vache réformée en plein hiver, tôt on m'a trempé les mains dans le sang, on m'a fait toucher le cœur, le foie, les poumons, tout en m'apprenant à quoi servaient ces organes bien avant mes cours de biologie au collège. J'ai découvert par la suite, qu'il était plus agréable de se tremper les mains dans le sang que dans l'huile hydraulique, le carburant diesel, ou l'essence 100/130 d'aviation. Le sang c'est la vie, il n'y a aucune répulsion chez moi. Je n'aime pas la couleur rouge, mais celle du sang je la trouve jolie. C'est une teinte tout à fait particulière, difficile à imiter, il faut voir ce qu'on peut étaler dans les films, la fiction n'égale jamais la réalité. Le sang c'est le sang, comme le bois c'est le bois, les pommes de terre, les pommes de terre, il n'y a pas de quoi en faire 22 tomes de philosophie. Je parle du sang comme je parle des arbres de l'autre côté de la rivière, cela forme un tout dans mon esprit. Il appert que dans cette époque de conformités, de propretés arrogantes, de surfaces nickels, évoquer le sang c'est passer pour un beau salop. Les gens, du moins pour une bonne partie de ceux qui ont été élevés en ville, qui n'ont jamais assisté à une boucherie, jamais vu un animal mourir, jamais touché un cœur chaud qui vient de cesser de battre ; n'ont aucune idée de comment les choses se passent. Ils ignorent tout d'où vient la nourriture et surtout du travail et de la peine qu'il a fallu dépenser pour l'obtenir. Comment puissent-ils imaginer un instant qu'ils proviennent du sang, du sperme, du ventre de la femme, dans la souffrance et les éclaboussures. Pourtant, et peu importe ce qui arrivera, la naissance c'est un grand moment, ce qui me rappelle l'époque où j'aidais certaines vaches à vêler. Je sais, nous semblons loin de la séduction, voir de la domination; c'est mon côté réaliste qui prend le dessus. D'autre part les vampires n'existent pas plus que les esprits, les fantômes, les dieux, résulta de l'imagination humaine, ce qui peut donner des histoires intéressantes et des blogs tels que celui-ci, qui débouchent sur des idées dérangeantes comme une vampire végétarienne.
Un morceau de boudin avec cela ?
Bon vent à l'est pour ce qui vient
Richard St-Laurent

Carmilla Le Golem a dit…

Bonjour Richard,

J'ai du mal me faire comprendre.

Je n'ai écrit nulle part que j'étais végétarienne.

Certes, je ne mange pas beaucoup de viande. Je suis plutôt ichthyophage, c'est à dire mangeuse de poisson et de coquillages.

On ne sait d'ailleurs pas si les vampires sont ou non carnivores. C'est e sang et non la viande qui les fascine, révulse.

Si je mange peu de viande, ce n'est pas par souci hygiéniste ou parce que ça me dégoûte. Ma préoccupation, c'est la souffrance animale (j'ai tendance à penser qu'un poisson ou une huître souffrent moins qu'une vache ou un cochon) et le rapport hiérarchique de l'homme aux bêtes. C'est, je pense, l'une des grandes questions des décennies à venir. L'humanité carnivore, c'est peut-être la fin.

Enfin, je ne partage pas, bien sûr, votre avis concernant les vampires. Ils existent bien ! C'est un mythe, bien sûr, mais un mythe de notre temps qui répond à beaucoup de nos préoccupations: le sang, la mort, le désir, la séduction, les rapports entre les sexes.

Bien à vous

Carmilla

Richard a dit…

Bonjour Dame Carmilla

Merci pour votre réponse.

Qu'est-ce qui vous pousse vers cette tendance à croire qu'un poisson et une huître souffre moins qu'une vache et un cochon ?

Qu'est-ce que le degré de conscience d'un animal ?

Peut-on prêter nos sentiments humains aux animaux qui nous entourent ?

Peut-on extrapoler dans ce sens ?

Qu'est-ce qu'un humain ressent lorsqu'il souffre ?

Qu'est-ce qu'un animal ressent lorsqu'il est blessé à mort ?

Et, lorsqu'on coupe le foin dans un champ, ou bien, qu'on abat un arbre en forêt, est-ce que le foin et l'arbre poussent des plaintes ? Est-ce qu'ils souffrent ? N'oublions ont pas que le foin et l'arbre c'est aussi du vivant.

Si un jour, on prouve qu'un poisson et une huître souffre plus qu'un vache ou un cochon, qu'elle sera votre réaction ?

Est-ce la fin de l'humanité carnivore ?

Les choses viennent, les choses vont, les modes passent, les tendances évoluent.

Si c'est la fin de l'humanité carnivore, se sera la fin d'un monde tel que nous l'aurons connu, la fin du pétrole, faut voir les élevages industriels ici dans les environs, c'est sidérant, ce que ça bouffe en énergie. Et, l'humain pour fonctionner a besoin de protéine....

Nous sommes peut-être à un tournant historique ?

Intéressant, très intéressant !

Comment nourrir sept milliards d'être humains ?

La question demeure posé et pas question de rater l'examen.

Jamais je n'aurais pensé que le vampirisme pouvait être si inspirant.

Bien vôtre

Richard St-Laurent

Carmilla Le Golem a dit…

Grand merci Richard,

C'est vrai que je n'ai aucune certitude.

Mais si l'on me démontre que les huîtres ou les harengs ont conscience d'eux-mêmes, c'est sûr que je reconsidérerais mes positions même si ça me coûterait beaucoup (à titre anecdotique, si vous voulez me séduire invitez-moi dans un restaurant de poisson).

Sinon, je n'ai pas trop de réponses à vos questions. Je signalerai simplement que, quoi qu'en disent le Pape et les médias, la faim a considérablement régressé dans le monde, depuis plusieurs décennies. Je n'oserais pas dire que c'est grâce au capitalisme.

Bien à vous

Carmilla