samedi 7 octobre 2017

La mort choisie


Deux "Anne" sont mortes cette semaine et ça m'a foutu le  bourdon:

- Anne Wiazemsky, l'égérie, amante de Godard. Je ne l'ai bien sûr pas connue (juste échangé quelques mots, à un Salon du Livre, à propos de ses origines russes) mais Anne Wiazemsky symbolisait bien pour moi, par sa beauté, son allure, la jeune femme française des années 60. La liberté, l'iconoclasme !



- Anne Bert dont on a récemment entendu un peu parler dans les médias pour son combat pour le droit à l'aide médicale pour mourir, pour le droit à l'euthanasie.


Anne Bert était frappée depuis 2 ans, alors qu'elle n'avait que 57 ans, de la terrible maladie de Charcot ou Sclérose Latérale Amyotrophique (SLA). C'est une maladie, moins rare qu'on ne le pense (dont on a, un peu, entendu parler, il y a 3 ans, avec le "Ice Bucket Challenge"), qui se traduit par une destruction rapide des neurones moteurs et la perte des forces musculaires. Dans un délai de 2 à 4 ans, le malade meurt étouffé, emprisonné, lucide, dans un corps qu'il ne peut plus commander.

Anne Bert a été euthanasiée, lundi dernier, en Belgique !


Anne Bert a contribué à l'évolution de ma position sur l'euthanasie. Auparavant, les militants de ce droit, souvent en bonne santé, m'effrayaient un peu. Il faut se méfier des gens qui voudraient se voir accorder le droit de tuer, me disais-je, cela évoque trop de funestes souvenirs.

Anne Bert m'a permis de comprendre que le droit à l'euthanasie était un droit à la dignité tout simplement. Et de la dignité, du courage, elle en a eu, de manière extraordinaire, durant les derniers mois de sa vie !

Elle m'a confrontée aux limites de ce que je pourrais être moi-même face à l'horreur et ça n'est sans doute pas glorieux !


Anne Bert était, surtout, écrivain et il faut vraiment lire son livre-testament: "Le tout dernier été". C'est d'une beauté déchirante.

Anne Bert écrivait surtout des romans érotiques, ce qui était d'une liberté incroyable et me dépassait moi-même !


Je ne l'ai jamais rencontrée mais nous avons échangé, à plusieurs reprises, par mail. Curieusement, elle aimait mon blog où elle trouvait, disait-elle, des sources d'inspiration. Elle m'encourageait aussi notamment lorsque j'avais envisagé d'arrêter mon blog. Elle m'écrivait ainsi: "nous avons des choses en commun notamment le goût des ciels chargés et gris et noirs de la pluie et de la solitude même si nous sommes très, très, différentes".

Ça me flattait et me gênait un peu parce que je ne me sentais pas à la hauteur: un blog, ça n'est rien du tout par rapport à un roman ! Et puis quand elle m'a annoncé sa maladie, je me suis sentie tétanisée, incapable de lui parler. J'ai été complètement nulle en l'occurrence. La monstruosité, l'indicible, de sa maladie, que je connaissais très bien, m'a foudroyée. Je n'ai pas su lui écrire, la réconforter. C'est, pour moi, une culpabilité terrible.

Quelques semaines avant sa mort, fin août, elle m'a écrit ceci: "Il me reste peu de temps à vivre mais je vous embrasse avec joie et sourire, je forme le vœu que vous preniez bien soin de vous, je ne sais pas ce que pensent les vampires de l'après mais je serai dans l'océan et les mers et le vent".



Ce post est, bien sûr, dédié à Anne BERT et à tous ceux, innombrables, qui l'ont aimée.
Tableaux d'un peintre cracovien, Stanislaw Wyspianski (1869-1907). Je sais qu'Anne aimait les fleurs,la montagne, les paysages mélancoliques..

4 commentaires:

nuages a dit…

Vos mots à propos d'Anne Bert sont très beaux, très justes. Ils m'ont beaucoup ému.

Carmilla Le Golem a dit…

Grand merci Nuages,

Mais mon texte est peu de choses, voire rien du tout, en regard de la vie et surtout de la fin de vie d'Anna Bert!

Bien à vous

Carmilla

Ariane Grammaticopoulos a dit…

je partage votre tristesse, Carmilla.

Ces deux disparitions m'ont également bouleversée.

Matthieu Galey, dont je viens de relire le Journal (en version non expurgée) est mort lui aussi de cette maladie.
Lire l'avancée de ce terrible mal est affreusement émouvant.

Et je ne parle pas d'Anne Wiasemsky, moi qui me réjouissais à chaque sortie d'un de ses livres !

Carmilla Le Golem a dit…

Merci Ariane,

Effectivement, Mathieu Galey est mort de la maladie de Charcot de même que Daniel Arasse ou l'historien anglais, Hobsbawm.

C'est une déformation statistique, liée à une espérance de vie très courte, qui conduit à penser que la maladie est rare.

Il n'y a malheureusement aucun traitement contre cette maladie qui ne semble pas non plus beaucoup mobiliser la recherche.

Quant à Anne Wiazemski, j'avoue que je l'ai très peu lue.

Bien à vous

Carmilla