dimanche 26 juillet 2015

Mes rêves


Impossible de dormir avec l'horrible chaleur de ces dernières semaines !  Surtout, je suis assaillie de rêves ou plutôt de cauchemars. Je ne sais pas bien, à vrai dire, distinguer l'un de l'autre. On glorifie le rêve comme s'il était systématiquement empreint de félicité, associé au plaisir et à l'accomplissement. En fait, il est plutôt pour moi porteur d'angoisse, de frustration, de culpabilité. Et un mauvais rêve, ça vous déstabilise, ensuite, pendant toute la journée parce qu'on se rend bien compte que ça correspond bien à une réalité très forte en nous. C'est vraiment notre "renard intérieur" qui se plaît à venir dévorer nos entrailles.


Mais à vrai dire, je fais toujours un peu les mêmes rêves: quelques thèmes inlassablement répétés avec quelques variations. J'ai recensé comme ça quatre grands types de rêves chez moi.


D'abord, c'est celui de l'échec à un examen. Comme ça, je rêve souvent que je me vois dans l'obligation de repasser le baccalauréat et, bien sûr, j'échoue lamentablement. C'est, bien sûr, bizarre parce que je n'ai pas échoué à mon baccalauréat ni d'ailleurs à aucun examen. Mais il paraît que c'est ainsi..., qu'on ne rêve que des examens que l'on a réussis. De toute manière, que l'on soit reçu ou collé, un examen c'est, toujours, une période d'angoisse, une effroyable épreuve pour notre narcissisme. Pour ce qui me concerne, je me souviens que l'époque du baccalauréat, c'était l'apogée de mon arrogance et de mon orgueil. Je me sentais toute puissante, je me croyais admirée. Le baccalauréat, ça ne pouvait être que le moment de gloire de la petite prodige venue du bout du monde, de nulle part. J'étais vraiment une connasse, j'étais sûrement infecte, d'une épouvantable condescendance; pouvoir me côtoyer était un privilège que j'accordais parcimonieusement. J'étais tellement odieuse que j'ai quand même eu peur de ne pas être à la hauteur. Depuis, la vie et ses claques m'ont un peu tempérée mais pas complètement non plus, bien sûr.


Après, c'est le retour des morts... Mes parents, qui sont morts affreusement, font, tout à coup, leur réapparition. Ils sont sinistres, ensanglantés, et ils viennent m'engueuler : "Quelle tête de linotte tu es, Carmilla! Tu t'es empressée de nous mettre dans un cercueil et de nous enterrer mais tu n'as même pas pris la peine de vérifier si on était bien morts." Je suis évidemment confuse mais, heureusement, ils meurent généralement à nouveau à la fin du rêve, pour de bon cette fois. Enfin! ce retour incessant des morts-vivants, ça montre bien qu'on se sent continuellement coupables de la mort de ses parents.


Ensuite, je suis assaillie de rêves érotiques. C'est surtout avec les maris, compagnons, de mes copines mais c'est uniquement ceux avec lesquels je n'ai effectivement jamais couché. Ou bien alors, c'est avec de vieux libidineux de mon entourage mais qui ne m'ont, jusqu'alors, jamais harcelée. Ça se passe dans des lieux invraisemblables et on fait des trucs pas possibles que je n'ai jamais osé faire pour de vrai. Evidemment, on est découverts par ma copine ou par des proches et c'est très embarrassant.


Enfin, je rêve souvent que j'ai commis accidentellement un crime. Mais j'ai choisi de cacher ça, persuadée, au départ, qu'on ne me découvrira pas. Mais, petit à petit, l'étau se resserre et je sens qu'on va me démasquer, que je vais devoir avouer...C'est une angoisse terrible.


Evidemment, je peux me dire que tout ça est absurde et que ça ne mérite pas que je m'y arrête. Mais je m'interroge en fait souvent. Qui suis-je vraiment: le rêveur ou le rêvé ? J'ai aussi de bonnes raisons de penser que je suis également le rêvé et que, même si c'est effrayant, c'est finalement une réalité très forte. 


Tableaux (le 1er et le dernier) d'Arnold Schoenberg (1874-1954). Le grand musicien était également peintre.

Oeuvres également d'Odilon REDON, Zdzislaw Beksinski. 

dimanche 19 juillet 2015

Déprime caniculaire


La chaleur me déprime. Pour y échapper, j'ai heureusement la lecture:

Arno GEIGER: "Tout sur Sally". Il y a une grande littérature autrichienne contemporaine illustrée par Thomas Bernhard, Elfriede Jelinek, Peter Handke. C'est assez étonnant dans un aussi petit pays (seulement 8,5 millions d'habitants). C'est toujours très noir, très cruel, en total contraste avec l'ambiance policée, conservatrice, de l'Autriche. Aux côtés de ces trois grandes stars de la littérature, il y a également plein de bons écrivains moins connus (Robert Menasse, Daniel Glattauer...). "Tout sur Sally", c'est un livre qui passionnera ceux qui vivent en couple depuis de longues années. C'est "un puissant roman sur la sexualité, le mariage et la fidélité". Vraiment très fort.


Anne WEBER: "Vaterland". Anne Weber est franco-allemande, parfaitement bilingue. Ce livre magnifique est un voyage au pays de ses pères depuis la Prusse d'avant la première guerre mondiale jusqu'à un village près de Poznan en Pologne. Cette question: comment vivre avec un passé obsédant, qu'est-ce qu'être allemand, aujourd'hui, il y a un siècle ?



Jean-Claude HAUC: "Sade amoureux" précédé de "Un grand seigneur méchant homme, le Comte de Charolais". Un livre que j'ai adoré. Certes, il y a des biographies (Maurice Lever, Jean-Jacques Pauvert) plus exhaustives du Marquis de Sade mais elles sont un peu indigestes. Ce livre, lui, touche à l'essentiel et donne de Sade un portrait à la fois très humain et, surtout, parfaitement inséré dans le contexte historique de la fin du 18 ème siècle et du début du 19 ème siècle. Il y a aussi, en première partie, un portrait saisissant du Comte de Charolais qui permet de mieux comprendre les causes de la Révolution.


Jean-Noël BENOÎT: "La faucille et la vodka. URSS 1984-1987: journal de la Perestroïka". Il y a de moins en moins de gens qui ont connu le communisme et l'URSS. Voilà un livre vivifiant à une heure où se multiplient les écrits nostalgiques. Il est bon de rappeler ce qu'était la réalité: la crasse, la déglingue générale, l'absence d'espoir. Jean-Noël Benoît a été lecteur à Krasnodar puis à Moscou dans les années 80. Son livre est juste, bien écrit, intelligent. Je le recommande absolument.


Riad SATTOUF: "L'Arabe du futur 1 et 2". Je m'intéresse un peu à la bande dessinée. Il y a notamment un courant en prise directe avec l'actualité politique internationale. Riad Sattouf, il est indispensable de le lire aujourd'hui. Il porte un regard aigu, juste, critique, féroce et tendre, sur le Moyen-Orient, la Lybie, la Syrie.

Delphine MINOUI: "Je vous écris de Téhéran". Delphine Minoui est franco-iranienne, grand reporter. Le récit plein de nuances, tout en complexité, de ses séjours en Iran de 1997 à 2009. A lire par tous les amoureux de l'Iran et par tous ceux qui envisagent, peut-être maintenant (à la suite de l'accord nucléaire), d'effectuer un voyage touristique dans ce magnifique pays. Dépêchez-vous d'y aller, c'est mon conseil.


Franz-Olivier GIESBERT: "L'animal est une personne - Pour nos sœurs et frères les bêtes". Un livre plein de punch en faveur d'une cause qui me tient à cœur: notre communauté de destin avec les animaux et ce que nous partageons avec eux. Plutôt que de rabâcher  les stupidités écologistes sur la pollution,  on ferait bien de se poser cette question essentielle: avons-nous le droit de massacrer les animaux en toute bonne conscience et d'être carnivores ?

FEUILLETON: "Le grand Tour" La revue Feuilleton se décline maintenant en poche. Je recommande vivement le dernier numéro qui comprend plein d'articles passionnants: La vie de Madoff en prison, un Tour d'Europe par des touristes chinois, la parano IKEA, la Bolivie et son Président Morales.


Tableaux en rouge de Georges Barbier, Walter Sickert, Jan Sluijters.

dimanche 12 juillet 2015

"Le Paradis entre les jambes"


C'est l'été..., une horreur, une épouvante pour moi. Je hais cette saison qui vous tétanise, vous abrutit.

Enfin..., cette année, malgré la canicule, j'ai choisi d'affronter les éléments en me baladant, le week-end, dans les rues de Paris avec ma copine Daria. C'était abominable et exaltant à la fois. On était habillées comme à notre habitude: high heels, maquillage mais, évidemment, quasiment nues sous nos robes, juste une culotte.

Atroce! on était accablées, liquéfiées. A mourir, s'effondrer, s'évanouir ! La honte de puer, de fuir de partout, avec un seul fantasme immédiat se noyer dans une piscine glacée! Pourtant, en même temps, on a eu des instants de bonheur, on a eu le sentiment de baigner dans une sensualité exacerbée. On nous a, rarement, autant sifflées, draguées..., c'était très gratifiant, un vrai triomphe...

Même si je vais, peut-être, faire hurler les féministes, je pense que c'est à ça, aussi, que se mesure le privilège d'être une femme:  à cette chance de porter "le Paradis entre les jambes". Ce "Paradis" qui nous vaut toutes les attentions et qui est, sans doute, l'énigme essentielle de la condition humaine, celle autour de la quelle gravitent tous les désirs, peurs, angoisses et obsessions.


C'est, du moins, comme ça, que je vis ma condition. Les femmes ne sont pas seulement des victimes, des proies. Ce sont souvent elles, aussi, les initiatrices, les maîtres du jeu, et il y a un plaisir féminin fondamental à être vues, admirées, à s'éprouver comme la source du désir. Focaliser l'attention, c'est une préoccupation première et quand on n'y arrive plus, c'est la dégringolade totale.

Le harceleur, il est l'expression malheureuse des rapports de pouvoir entre les sexes. Mais la véritable domination, elle est féminine.

Etre une femme, ce n'est pas un assujettissement, c'est une victoire, un pouvoir. C'est comme ça que je vois les choses, même si c'est iconoclaste de dire ça; c'est bien pour ça que je m'appelle Carmilla et que je suis une vampire. C'est moi qui choisis mes partenaires et ça ne saurait se discuter.


Je déteste la présentation qu'on fait, aujourd'hui, des femmes: comme de pauvres petites créatures sans défense. J'ai entendu comme ça, cette semaine, qu'un obscur Secrétaire d'Etat aux Transports allait s'attaquer au problème du harcèlement sexiste dans les transports. Il paraîtrait que 100 % des femmes, en France, ont été victimes d'attouchements ou harcèlement dans les transports. 100 % ! : on voit tout de suite que ça repose sur une étude sérieuse. Ça n'est, d'ailleurs, peut-être pas assez parce que, si je me fie à ma seule expérience personnelle, c'est plutôt 200 ou 300 % qu'il faudrait avancer : 2 ou 3 fois par jour ! Mais, moi, je n'en ai rien à foutre. 

A cette occasion, on nous rappelle, dans les medias, les sanctions encourues par le harceleur: 2 ans de cabane et 30 000 euros d'amende. 

Rien que ça ! C'est sûr que si la Loi était vraiment appliquée, il y aurait beaucoup moins de petits plaisantins à siffler les filles et à les peloter dans le métro.


Quelle rigolade, on devient dingues! On se moque des Islamistes mais on est souvent pires qu'eux. Bientôt, c'est sûr, on proposera, sérieusement, la création de voitures ou d'espaces séparés dans les transports en commun (comme au Japon ou dans les pays musulmans). Dans les restaurants, les cafés, pareil: un espace filles et un espace mecs ! J'ai remarqué aussi, comme ça, que les toilettes mixtes ça n'existait plus.


Bien sûr que la drague, les "lourds", c'est épuisant, horripilant, qu'on a envie de balancer 10 paires de claques par jour. C'est une effroyable perte de temps, d'énergie, mais que serait un monde où ça n'existerait plus, un monde sans séduction où les rapports entre les hommes et les femmes seraient réglés sur les strictes règles de la courtoisie et du respect ? L'Allemagne, les Etats-Unis, la Scandinavie, ça me réfrigère parce qu'on devient transparentes, que la vie devient neutre, atone.


Que ça plaise ou non, la vie repose sur des rapports de pouvoir, d'agression. 

C'est ce qui lui donne aussi son piment, sa saveur. C'est le jeu de la séduction! C'est atroce ! Mais comme c'est un jeu, il importe d'avoir toujours un coup d'avance.Et ce coup d'avance, je crois que ce sont les femmes qui le détiennent.


Tableaux de Jan SLUIJTERS, peintre expressionniste néerlandais (1881-1957). Personnellement, j'adore !

Le titre de mon post est emprunté à celui d'un livre de Nicole CALIGARIS que j'ai, déjà, brièvement évoqué. C'est un bouquin magnifique, troublant, même si je n'en partage pas la perspective.

dimanche 5 juillet 2015

La terreur sacrée


Il y a une étrange discordance: le plus souvent, on se montre pleins de haine à l'encontre des "criminels ordinaires", voleurs, violeurs et petits délinquants. En revanche, on fait preuve d'une étrange mansuétude envers les terroristes et criminels politiques. Le discours victimaire fonctionne, ici, à plein. Il y a toujours quelqu'un qui vient vous expliquer que ces tueurs étaient, en fait, de braves gens, de bons pères, de bons fils, d'excellents étudiants, des voisins serviables. S'ils ont un jour succombé à la folie meurtrière, c'est la faute aux banlieues, à la crise, à la ségrégation, au racisme anti-arabe, au capitalisme, à l'Occident.


Je déteste ça. J'ai une attitude presque exactement inverse: pleine de compassion-compréhension pour les criminels ordinaires mais impitoyable vis-à-vis des criminels politiques. Le discours victimaire, je le trouve inaudible. Les "damnés de la terre", on en a assez soupé avec toutes les conséquences effroyables que l'on sait. On est maîtres de son destin quoiqu'on en dise !


Evidemment, la guerre sainte, le Djihad, ça fait fantasmer, ce serait la juste révolte de l'Islam, de la religion des "opprimés". L'humiliation, la misère, l'impérialisme, ça parle au "peuple de gauche". C'est comme ça qu'on est, inconditionnellement, pro-palestiniens, pro Erdogan, pro Rohani, sans parler des complaisances envers le Qatar, l'Arabie Saoudite...


Mais on peut aussi avoir une autre vision de l'histoire. Ma vision est, elle-même, très simple: "il y a un lien consubstantiel entre la barbarie nazie et la barbarie djihadiste", comme le souligne très justement Pascal Bruckner. On assiste aujourd'hui à un triomphe posthume de Hitler: même obsession de la pureté, même volonté de conquérir, asservir, éradiquer: les autres: les chrétiens, les juifs, la démocratie, l'Occident. 

Le Djihad, c'est un avatar du nazisme. 

C'est une idée qu'on a du mal à admettre en France parce qu'on pense que le nazisme aujourd'hui c'est, simplement, Marine Le Pen. C'est une vision réductrice qui fausse notre compréhension du fascisme parce qu'aussi bête et primitive que soit Marine Le Pen, elle n'est tout de même pas une tueuse et est même, à certains égards, carrément moderne.

Ne soyons pas schizophrènes. Il y a une inquiétante montée de la violence politico-religieuse en Europe et notamment en France. Il devient difficile de porter une étoile et même une croix. Quant à une mini-jupe dans certains quartiers...Bientôt, ce sera peut-être carrément dangereux.

Ce n'est pas acceptable et cela doit être combattu vivement. En même temps, la société française doit s'efforcer d'établir un nouveau contrat avec l'Islam.

Tableaux de Peter GRIC né, en 1968, à BRNO (République Tchèque). 

Si vous cherchez, en cette période de canicule, à profiter de la fraîcheur des salles de cinéma, je vous recommande: "Comme un avion" de Bruno Podalydès, "Une seconde mère" de Anna Muylaert ("Théorème" de Pasolini revu par une jeune cinéaste brésilienne) et "Victoria" de Sebastian SCHIPPER (pour les amoureux de Berlin).

dimanche 28 juin 2015

De l'éducation


C'est la fin des classes, de l'école!

J'ai constaté ça, cette semaine, en côtoyant, dans le métro, un groupe bruyant de lycéens. Je me suis sentie, d'emblée et brutalement, en phase avec eux et j'ai retrouvé la joie que j'éprouvais alors, moi aussi. La fin de l'année scolaire, c'était toujours, pour moi, un soulagement extraordinaire.

Je vivais ça comme un immense bonheur. Jusqu'au baccalauréat, je détestais la contrainte scolaire et je n'aimais pas du tout mes profs aux quels je ne voyais que des défauts. Je les détestais même et n'avais pas grande estime pour eux. Intérieurement, j'étais une rebelle, une révoltée. L'école, ça a toujours été pour moi une horreur et une angoisse.

Ça peut sembler bizarre parce que je n'avais vraiment pas à me plaindre. J'étais même une privilégiée. Dans mes études, je me suis toujours baladée, tout a toujours été facile.

Je devais même être carrément odieuse avec mon petit air continuel de supériorité, ma manière de ne pas y toucher. On me surnommait "Cosmos". C'était lié, bien sûr, à mon nom, mes origines et sans doute, aussi, à cette impression que je devais donner d'être en dehors des lois et préoccupations de la Terre. D'ailleurs, sur ce plan là, je ne sais pas si, aujourd'hui, j'ai beaucoup changé.

La souffrance du cancre, je ne l'ai donc jamais connue.  Toutefois, je me suis toujours sentie proche d'eux et mes ami(e)s étaient souvent des cancres sans doute parce que j'étais sensible à leur révolte. Ma meilleure copine, Daria, était une terrible cancre en Russie mais je n'arrête pas de la considérer comme plus forte et supérieure à moi.

Au final, et même si c'est aujourd'hui devenu très incorrect de dire ça, l'école, ça a toujours été pour moi l'apprentissage de la sujétion, de la violence, de l'humiliation. L'école, c'est bien le premier instrument de la société disciplinaire.

Je suis toujours étonnée par les débats infinis sur l'éducation en France. On entend, sans cesse, parler de profs qu'on ne respecterait plus et même qu'on violenterait. Etre prof, ce serait être un soldat luttant contre la barbarie. On s'indigne violemment là-dessus. Ce serait l'illustration même de la décadence, du niveau qui baisse, du "tout fout le camp". Alain Finkielkraut en a fait son fond de commerce.

On rêve d'une Education Nationale entièrement pacifiée dans laquelle les profs seraient des "maîtres" unanimement respectés par des élèves entièrement dociles. On rêve d'une harmonie complète entre les profs et les élèves.

J'avoue que cette perspective, ça me fait bien rigoler. D'abord, c'est faux : quoiqu'on en dise, et en dépit de la complainte générale, on est bien plus cultivés aujourd'hui qu'autrefois, pas seulement en France mais dans le Monde dans son ensemble.

Le niveau monte, c'est ça la bonne nouvelle et c'est ce qu'il faut rappeler aux innombrables décadentistes.

Ensuite, les profs, c'est comme les parents: de toute façon, ils éduquent mal et leur bonne volonté est souvent contre-productive. D'ailleurs, les élèves méprisent le plus souvent ceux qui se montrent pleins de sollicitude.

En fait, le processus éducatif, il ne repose pas sur l'accord et l'harmonie mais plutôt sur le conflit et la dissension. C'est dans la résistance et la révolte, et non dans la passivité, que l'on construit sa personnalité. Avoir des profs nuls et méchants, c'est aussi formateur que d'avoir des profs exemplaires. Ce qui est important finalement, c'est d'avoir à affronter la contrainte et l'adversité pour pouvoir conquérir sa liberté propre.


Tableaux de Vincent Van GOGH - "La cour de prison" et d'Alexandre Tyschler (1898-1980): "Sacco et Vanzetti.

samedi 20 juin 2015

Vive l'Autriche-Hongrie !


Quand on me demande (c'est rare) d'où je viens, je réponds souvent: d'Autriche-Hongrie. Evidemment, on me prend pour une folle mais c'est quand même bien le pays, même s'il n'existe plus, dont je me sens la plus proche, mentalement et culturellement. Je considère, d'ailleurs, que la disparition de l'Autriche-Hongrie, à l'issue de la 1ère guerre mondiale, a été l'un des grands malheurs de l'Europe. 

Pourquoi, d'ailleurs, les diplomates se sont-ils acharnés à la destruction de l'Etat le plus multi-culturel, le plus tolérant et le plus cosmopolite du monde ? Sans doute parce qu'il contredisait leur vision étroite de l'Etat-Nation. On s'est, tout à coup, mis à penser, à la fin du 19 ème siècle, que l'Etat et la nation devaient, absolument, coïncider. Pourtant, la nation, c'est une connerie mais de cette idée folle, on n'arrête pas d'en payer, aujourd'hui, les effroyables et funestes conséquences, avec la montée de la bêtise chauviniste, du racisme et de l'intolérance.  

En France même, je n'ose pas trop parler de l'Autriche-Hongrie tellement l'opinion est négative. Ça se réduit, d'ailleurs, à quelques clichés: François-Joseph et Sissi, un pays ringard et conservateur uniquement épris de valse et d'Opéra.

Pourtant, l'Autriche-Hongrie, au début du 20 ème siècle, c'était, incontestablement, le pays phare de la culture européenne. Un pays qui produisait des génies à la pelle, comme des petits pains: Sigmund Freud, Karl Kraus, Otto Weininger, Robert Musil, Hugo von Hofmannsthal, Arthur Schnitzler, Stefan Zweig,  Ludwig Wittgenstein, Arnold Schoenberg, Gustav Klimt, Koloman Moser, Oskar Kokoschka, Adolf Loos, Otto Wagner... Et je ne cite, ici, que les Autrichiens. Il faudrait, au moins, ajouter quelques non-Autrichiens, peut-être encore plus grands: Leo Perutz,  Joseph Roth, Franz Kafka, Soma Morgenstern, Gustav Mahler et des dizaines d'autres...En comparaison, il ne se passait, vraiment, pas grand chose dans le reste de l'Europe.
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Et puis, c'était un extraordinaire melting-pot culturel. On y parlait toutes les langues: l'allemand bien sûr mais aussi le hongrois, le yiddish, le roumain, le polonais, le tchèque, le slovaque, l'ukrainien,  le slovène, l'italien, le croate, le roumain... Quant aux religions, on était catholiques, orthodoxes, uniates, protestants, juifs, musulmans... 

Tout ce monde là, malgré tout, a réussi à vivre, en bonne entente, pendant plus d'un siècle. C'est peut-être à méditer, aujourd'hui, à une époque où on croit que l'homogénéisation des populations est la solution, où on parle même de droit du sol et de droit du sang.    


C'était également un pays ultra-moderne, beaucoup moins pauvre qu'on ne l'imagine. A Vienne, on était même plus riches que partout ailleurs, largement autant qu'à Berlin ! 
C'était aussi un pays développé; un exemple: on pouvait se rendre, en quelques heures et très facilement, de Trieste  (Italie) à Lemberg (mon Lviv-Ukraine) par le train, pour une simple représentation d'Opéra . Essayez de faire ça, aujourd'hui, même par avion, vous m'en donnerez des nouvelles...


C'était, aussi, le plus beau pays du monde avec des villes de rêve et une unité architecturale extraordinaire. Pour moi, il n'y a pas de plus belles villes que Prague, Krakow (Cracovie) Lemberg (mon Lviv et la ville préférée de François Joseph), Trieste, Trento, Ljubljana,  Dubrovnik, Sarajevo, Salzburg, Budapest, Sighisoara, Brasov. Si on n'a pas vu tout ça, on n'a rien vu.


Surtout, l'Autriche-Hongrie, c'est pour moi un art et une qualité de vie extraordinaires avec une vie sociale et une convivialité intenses. Dans les milieux bourgeois, on n'arrêtait pas de se recevoir, de se rencontrer à l'Opéra, d'organiser des fêtes avec des accompagnements musicaux extraordinaires. Pour les classes moyennes, il y avait de magnifiques restaurants, pâtisseries, cafés. D'extraordinaires lieux de rencontre, des institutions uniques portées au sommet de leur raffinement. On ferait bien d'ailleurs de s'en inspirer parce que de beaux cafés, par exemple, je trouve vraiment, au risque de choquer, que ça manque beaucoup en Europe de l'Ouest, et notamment en France.

Il est donc urgent de redécouvrir l'Autriche-Hongrie mais je mettrai quand même un bémol à mes propos louangeurs. Lorsqu'il m'arrive ainsi de me rendre, aujourd'hui, à Vienne, je n'ai pas vraiment l'impression de retrouver tout ce dont je vous parle. La magie, le dynamisme, la créativité culturelle du début du 20 ème siècle semblent s'être largement effacés. C'est un peu déprimant mais on trouve tout de même encore un esprit austro-hongrois très vivant dans les villes périphériques. 


Tableaux et images de Gustav KLIMT et Koloman MOSER

Les vacances approchent et vous ne savez peut-être pas où aller. Je vous conseille donc l'Autriche-Hongrie. C'est d'abord l'occasion de lire, relire, les grands classiques littéraires (Schnitzler, Zweig, Musil, Roth). Je recommande aussi un écrivain pragois extraordinaire mais un peu moins connu: Leo Perutz. Il faut ainsi absolument lire: "Où roules-tu petite pomme ?"; "Le tour du cadran"; "Le maître du Jugement dernier"; "La troisième balle"; "Le cosaque et le rossignol".

Un livre référence enfin sur la culture viennoise: "Vienne Fin de siècle" de Carl E. SCHORSKE

dimanche 14 juin 2015

L'étrangeté de l'amour


L'épanouissement amoureux, il reposerait, d'abord, sur l'accord de deux bonnes volontés. On n'est, évidemment, jamais complètement semblables mais, du moins, on pourrait parvenir à s'entendre sur un minimum de choses en commun: culture, goûts, éducation, loisirs. Même la différence entre l'homme et la femme, ce serait, maintenant, anecdotique, quelque chose d'aisément surmontable. 

On est, aujourd'hui, en plein dans la communication, la transparence (il faudrait, surtout, tout se dire, ne rien se cacher), le nivellement des différences, entre des personnalités bien construites, bien intégrées, sûres d'elles-mêmes et de leurs repères. L'amour, ça se nicherait dans des "valeurs" partagées.


C'est l'idéologie contemporaine de l'amour comme accord, harmonie, pacification généralisée. Sauf qu'avec un pareil point de vue, on ne rencontre jamais que soi-même, ses certitudes, son narcissisme bref... son conformisme.


L'amour, c'est peut-être autre chose: c'est, d'abord, l'ouverture à l'autre et c'est sans doute une aptitude que tout le monde n'a pas. Pour commencer, il faut, peut-être, ne pas être blindé de certitudes, encagé dans son identité.

Fondamentalement, il faut se sentir étranger. Etranger, pas seulement par sa nationalité mais surtout étranger par rapport à soi-même, par rapport à ce masque que nous avons modelé selon les convenances sociales. On le sait bien, on est traversés, écartelés, par une part d'ombre en nous que l'on accepte plus ou moins et c'est pour ça que nous sommes toujours "Etrangers à nous-mêmes" parce que nous savons bien que "Je" est toujours un autre comme l'a dit magnifiquement Rimbaud.

Se sentir étranger, étranger à soi-même, c'est une grande liberté. N'être bridé par aucune racine, aucune origine.


Personnellement, je ne me suis jamais sentie en phase ni avec ma langue maternelle, ni avec mon pays, ni avec ma culture. La seule chose qui m'ait convenu, c'est mon sexe.

Le sexe féminin, c'est en en effet l'absolu de l'absolu: celui du pouvoir et celui de la mort. 


A l'encontre de la niaiserie ambiante, j'affirmerai donc que :

- "L'homme et la femme sont des étrangers l'un à l'autre". 
- "L'être féminin n'a pas les mêmes intérêts, sexuels et affectifs, que l'être masculin. La jouissance des hommes et celle des femmes sont différentes, comme le sont leur rapport au pouvoir, à la société, aux enfants".



Finalement, les couples sont toujours formés de deux étrangers. Mais c'est justement ça qui est intéressant. Reconnaître l'autre dans sa pleine différence et non pas dans sa ressemblance, c'est ça le véritable enjeu de l'amour. "La différence entre homme et femme est irréductible, pas de fusion possible. Il s'agit donc d'aimer une contradiction".

La dissonance, c'est ça qui fait la passion.


Couvertures d'une revue "érotique" française de qualité,"Plexus", parue dans les années 60. Cette revue aurait notamment contribué à faire connaître Leonor FINI. Elle était, à ses débuts, interdite aux moins de 18 ans. Je ne sais pas ce que ça impliquait: interdit d'affichage à la vente ?

Ce post m'a été inspiré par la lecture rapide d'un petit livre d'entretiens entre Julia Kristeva et Philippe Sollers: "Du mariage considéré comme un des beaux-arts". Les citations sont extraites de ce livre. Ce qui est intéressant, c'est que leur point de vue est bien éloigné, au risque de passer pour réactionnaire (?), de l'idéologie actuelle de fusion, indifférenciation sexuelle.

Si vous envisagez enfin d'aller au cinéma, je vous recommande: "Loin de la foule déchaînée" (Far from the Madding Crowd", de Thomas VINTERBERG et "Le souffle" d'Alexander KOTT.